‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 60 sur 113 · L'ALLEMAGNE A LA FIN DE · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNE A LA FIN DE

Les premières négociations d'Aléandre 1 avaient mis en contact avec Charles-Quint et son entourage, avec l'Allemagne et les hommes de l'Empire. Dans les lettres qu'il écrivait à Rome, il ne se bornait pas à donner des renseignements sur les incidents quotidiens de sa mission ; il communiquait ses observations sur Tétat d'âme et les dispositions de ceux avec qui il était mêlé, il essayait d'éclairer la Curie sur la situation de l'Allemagne et sur les remèdes à apporter à un état de choses presque désespéré. Ses remarques à ce sujet ne servent pas seulement à montrer le talent d'observation de leur auteur, et à nous faire voir ce qu'était l'Allemagne d'alors ; elles sont le meilleur des préambules pour nous faire connaître le terrain où il devra lutter pendant la diète qui va s'ouvrir, les difficultés au milieu desquelles il devra se mouvoir pour arriver à son but, et l'angle sous lequel il les aperçoit (1).

L'empereur est au-dessus de tous les éloges. Depuis des siècles, jamais homme n'eut des intentions aussi droites. S'il en était autrement^ la cause de la religion catholique serait bien compromise ; c'est par lui surtout, c'est par lui seul que l'on peut espérer la victoire.

Depuis le mois d'octobre 1520, Charles avait pour confesseur Jean Glapion, moine franciscain du Mans. Sous des dehors taciturnes, Glapion était animé à l'égard de Rome de dispositions peu favorables. Mais à la suite de quelques prévenances il devient bientôt l'un des hommes en qui Aléandre a le plus de confiance, son interprète et son intermédiaire auprès des impériaux.

(!) Voir Al. à Léon X, 5-6 nov. iSao (R \. Il, 46o); Al. à Jules de Médids; milieu déc. lôao (Balan. 27, Brieger, aa, RA. II, 768r, i8-a4 déc. (Balan, p. aa ; Brieger p. 38 ; R A. H. 769); 6, 8, 37 fév. i5ai (Balan, 67, 71,97 ; Brieger, 4a et suîv. \l. à Eck. 17 fév. T=>ai (Balan. 57-60).

Chièvres est un politique qui veut tout mener de front ; il désire ne pas heurter 1* Allemagne dans les affaires religieuses afin de se la rendre favorable dans les autres questions. Il prête Toreille aux Allemands, temporise à leur gré dans l'affaire de Luther, afin d'obtenir d'eux les subsides qu'il désire pour le couronnement de l'empereur à Rome. De plus, le ministre pense que des atermoiements dans la question religieuse pourront rendre Léon X plus accommodant sur le terrain politique ; il veut que Talliance du pape avec l'empereur soit le prix de la condamnation de l'hérésiarque.

L'évéque de Tuy, Marliano, aécrit un livre remarquable contre Luther, le chancelier Gattinara se comporte bien, l'évéque de Palencia, Pier Ruiz de la Mota» offre constamment ses services, leducd'Albe témoigne toujours d'un ardent amour pour TÉglise et le Pape , tous les Espagnols, en un mot» sont bien disposés, à l'exception de quelques marchands Marranos (1), qui s'en vont faisant partout l'éloge de Luther.

En Allemagne, plusieurs princes sont encore catholiques ; les trois électeurs ecclésiastiques ont fait leur devoir ; celui de Brandebourg est tout gagné à Rome ; on peut bien augurer du Palatin, surtout à cause de ses deux frères, Frédéric et Wolfgang. Le premier est dans les meilleurs termes avec Aléandre, le second a été naguère son élève à Paris.

Les cardinaux, la Marck, les évêques deTrente,deTriesteet tous les autres sont animés du plus grand zèle pour la cause catholique. Les facultés de théologie, enfin, se sont partout correctement conduites.

Toutefois, Aléandre ne se fait aucune illusion sur les dispositions de l'Allemagne et sur les difficultés qu'il rencontrera. Il n'est presque pas un Allemand sur lequel il n'ait à faire d'inquiétantes restrictions. En paroles, l'archevêque de Mayence est tout dévoué à l'Église ; en fait, il est timide et se demande toujours quelle manière de faire adopteront les autres princes. Puis, ses conseillers sont luthériens jusqu'au fond de l'âme, et d'autant

(1) On appelait ainsi les Juifs occultes, c'est-à-dire ceux qui après Tédit de Ferdinand (3o mars i^ga) s*étaient fait baptiser pour y échapper. Us pratiquaient en secret les rites judaïques. — I^es Maures baptisés s'appelaient Moriscos.

plus dangereux qu'ils se disent constamment les ennemis de Luther. L'archevêque de Trêves et l'électeur Palatin sont intimement liés avec Frédéric de Saxe. A la fin de février, le Palatin dévoile ses dispositions hostiles à Rome. « Lui que nous avions tenu pour nôtre, écrit Aléandre, lui que nous avions cru animé des meilleures intentions, lui qui dit à peine dis paroles par an, il a mugi comme un taureau en faveur de Luther contre le Siège apostolique. »

Sans doute les évéques sont pqur Rome ; mais dans leurs vêtements et leur manière de vivre, ils gardent tout ce qui accroît la vieille haine de la race allemande contre tout Tordre ecclésiastique (1).

Enfin, il y a le grand protecteur de Luther, l'électeur de Saxe. Au début, Aléandre ne désespère pas de le gagner. Sans doute, tous ses conseillers sont plus luthériens que Luther, et, récemment, une question de bénéfices Ta lui-même exaspéré contre Rome. Toutefois, le prince est bon, religieux et très fréquemment dans les églises ; l'influence de l'empereur et de quelques autres pourra faire le reste. Mais bientôt, il a perdu à ce sujet toute illusion ; à Cologne, devant trois électeurs, « ce basilic de Saxon a dit tenir de bonne source que très volontiers le pape donnerait à Luther un grand archevêché ou même le chapeau de cardinal pour lui faire chanter la palinodie. » Après l'arrivée de l'électeur à Worms, Aléandre voit que tout est fini et qu'il n'y a plus aucune espérance de le ramener par la douceur.

Derrière les princes, il y a l'Allemagne, la multitude. Dans ce peuple, c'est une haine effrayante contre Rome. Dès son arrivée à Cologne à la fin d'octobre, Aléandre constate cette opposition :« En tête, écrit-il à l^éon X, il y a quelques princes laïques, bon nombre d'ecclésiastiques et beaucoup de membres de la petite noblesse, parmi lesquels des poétail Ions venimeux. A leur suite marche une plèbe toujours amie des révolutions et que, dans un clin d'oeil, Ton voit tourner de droite à gauche. Hutten a réuni une troupe de nobles gueux ; il crie partout qu'il a déclaré la guerre au pape et aux papistes. De fait, il a déjà dépouillé beaucoup de pèlerins se

(1) Sur la triste tenue du haut clergé pendant la diète, voir en particulier la relation de Lazare Spengler, dans M. M . Mayer, Spengleriana, (Nuremberg, i83o), p. i3-6i ; résumé dans RA. If, p. 889.

rendant à Rome, et leur a fait jurer de retourner chez eux. Il a écrit à l'empereur une lettre pleine d*impiétés contre Votre Sainteté, et des hommes du plus grand poids m ont affirmé qu'il me tendait des embûches. Des gens qui se disent poètes ou professeurs de belles-lettres ne cessent d'écrire contre moi des dialogues et des poésies qu'ils affichent aux portes des églises ; ils inventent mille autres monstruosités du même genre, me regardent avec des yeux de travers et parlent de me donner la mort ».

Au milieu de décembre, le nonce a vu l'opposition grandir. Les amis de Hutten sont devenus légion ; ils ont soif du sang des prêtres et ne cherchent que l'occasion de se précipiter sur eux. Ce sont les légistes et les canonistes, beaux parleurs dénués de science, et n'ayant pour toute parure qu'un titre de docteur; Luther a beau parler contre eux, ils le vantent et le défendent en tous lieux. Ce sont les grammairiens et les faiseurs de vers ; ils s'imaginent être savants et surtout savoir le grec une fois qu'ils ont fait profession de n'être plus soumis à l'Église. Ce sont des religieux et des moines, c'est le clergé presque tout entier ; les plus mal disposés sont ceux qui ont reçu leurs dignités de Rome. C'est la plèbe, qui se précipite derrière tous ces novateurs, c'est le Nord tout entier enfin qui entre en révolution. « Toute l'Allemagne est bouleversée ; les neuf dixièmes crient « Vive « Luther », et tout en ne suivant pas Luther, le reste fait chorus pour crier: a Mort à Rome ! ». Chacun s'en va criant : a Le Con- « cile, le Concile » et c'est en Allemagne seulement qu'ils prétendent l'avoir ».

Pour entretenir cette agitation, c'était une grêle de livres luthériens qui pleuvaient sur l'Allemagne (1). Chaque jour, les novateurs publiaient quelque nouvel ouvrage en latin ou en

(I) Balan, p. 33 ; Brieger, p. 3i. Au mois de juin i5ao, Luther lançait son opuscule A la noblesse allemande ; le 6 octobre, sa fameuse Captivité de Babylone ; au commencement de novembre, une dissertation Contre Vexécrable bulle de V Antéchrist; le mois suivant une autre dissertation sur les raisons qui ravalent poussé à brûler les livres du pape et de ses partisans. — Kosllin, I, p. 336-4o4. D. Martin Luthers Werke (Weimar, i883 et suiv. éd. K.naake), VI i888), p. 38f et suiv.

Coup sur coup, Hutten faisait paraître plusieurs éditions de ses Dialogaes, une Lettre à Luther, d'autres à l'empereur et aux princes d'Allemagne, son Commentaire de la Bulle, et divers opuscules en vers et en prose. — E. Bôcking, l, p. 48*773*; Strauss, Ulrich von Hutten (Bonn, 1877, in-8,

allemand (i). A Worms même, ils avaient un imprimeur, là où il ne s'en était jamais vu auparavant. Partout, et jusqu'à la cour de l'empereur, on ne vendait que des livres de Luther : « L'union de ces hommes est étonnante, écrivait Aléandre, et ils semblent posséder des monceaux d'or. (2). »

On exaltait Luther comme un saint. « Il n'était pas surprenant, disait-on, qu'il fût supérieur à Augustin. Augustin avait péché, c'est pourquoi il avait erré ; Luther était demeuré pur et sa doctrine était sans tache ». On le représentait tantôt avec la croix de Jésus-Christ et une colombe sur la tète, tantôt avec le nimbe des bienheureux. Un jour, Aléandre vit une gravure où il avait un livre à la main ; auprès de lui^ flutten se tenait en armes^ la main sur la garde de son épée ; au-dessus on lisait en beaux caractères : « Aux défenseurs de la liberté chrétienne (3) «.Aussitôt que ces images avaient paru, on se les arrachait, et Aléandre ne pouvait arriver à temps pour en acheter. On les trouvait partout, jusque dans le palais impérial, et on les baisait avec vénération.

Le nonce, au contraire, était particulièrement maltraité. A Cologne, déjà, on faisait contre lui des dialogues, des vers, mille écrits satiriques ; les mois suivants on le menaça de mort. Dès le mois d'octobre, Ulrich de Hutten commença cette série d'attaques qui devait se prolonger pendant tout le séjour d' Aléandre en Allemagne. 11 tendit des embûches aux deux envoyés pontificaux (4); le bruit courut même qu'il avait tué un homme de leur

3* édition ; 7* vol. des œuvres complètes de Strauss), p. 337 et suiv. ; Siegfried Szamatôlski, Ulrichs von Huiten deatsche SeprijUn (Strasbourg, 1891, in-8}, passim, et surtout 1 43-149 {co\\eciion Qnellen und Fortchungen zur Sprach'und CuUargeschichte der germanischen Vôlker ; n" 67).

(1) Sur cette propagande, voir K. Hagen^ DeutsMands Utt. u. religiôte VerhâUniue (Francfurt a. M. 1868, in-8), II, 127 et suiv.

(2) Balan, 99. Brieger, 49. Aléandre commettait une légère erreur en disant qu'il n*y avait pas eu d'imprimeur à Worms avant la diète. En i5ia ou i5i3. Pierre Schôflèr était venu s*y établir : mais, en i5i8, il était parti àMayence. Roth; Die Mainxer Buchdrakerjamilie Schiffer (i89a), p. ii5 et suiv.; Knaake, Bemerkangen,,. (1896), p. 166.

(3) Cette gravure était en tête de l'édition allemande des dialogues FebrU, VadUctu, Inspicientes . Voir Knaake, Bemerkangen. . . (1896).

(4) E. BAcking, I, 871 et suiv. (Hutten à Charles-Quint, sept loao); 4a6, Luther à Spaiatin, i5 nov. i5ao); RA. II. 46o (Al. à Léon X, 5/6 nov. i5ao); D. F. Strauss, Ulrich von Hatten, dans Gesammelte Scfiriflen [Bonn^ 1876i878,in-8),T.VlI, p. 4ia.

suite (1). Le dimanche après la fête de la Toussaint, il faisait afficher à Cologne une lettre de railleries sur Aléandre. « C'était un homme plein de lui-même. Il possédait admirablement les langues, rhébreu était son patrimoine national. II pouvait à bon droit être fier de son antique origine, puisqu'il descendait d* Abraham. On ne savait pas s'il était baptisé : mais à coup sûr, il n'était pas pharisien, puisqu^il ne croyait pas à la résurrection des morts. C'était un parfait épicumnr, -qiu voulait jouir de la vie. Il était violent et hautain, esclave d'un orgueil sans bornes et adonné à des débordements sans nom. Sa conversion simulée au christianisme lui avait été d'un grand profit et sa mission présente lui avait paru une heureuse occasion de travailler à exalter son Moïse (2). » Peu après, Hutten déplorait dans un poème latin et dans une chanson allemande la destruction des livres de Luther « par ce coquin de Juif d' Aléandre (3). »

On a vu l'accueil que le nonce reçut à Mayence. A Worms u les Reuchliniens, Luthériens ou Érasmites »» composent contre lui des vers et des dialogues ; ils l'appellent transfuge des belleslettres, flatteur des gens de cour, défenseur des partisans des

(1) O Walti, EpUlolae Rejormatorum I, dans Zeitsehrifî fur Kirehenget* chichle II, ia6, note a.

(2) E. Bôcking» 1, ^Sg-iic Cette lettre n'était probablement pas de Hutten, mais dé quelque autre de l'entourage de Sickingen, peut-être d'Hermann de Busch.

Elle est imprimée aussi dans les anciennes éditions des œuvres de Luther. Walch, XV, i58a : préface de Luther à la condamnation de ses écrits par les universités de Cologne et de Louvain. Voir aussi Seckendorf, Commentarius de Lutheraniimo (Francfort, i688, in-4), T, § 8i, p. i86 ; RA. Il, 5o6.

Mais l'attribution à Luther est fautive : la réponse de Luther aux condamnations des universités de Cologne et de Louvain est antérieure à l'arrivée d*Aléandreen Allemagne.

L'écrit*qui suit dans Walch (XV, i583-i588) nest nas davantage de Luther, et n'a rien à voir non plus avec sa réponse à ces deux universités.

Aussi ces deux morceaux ne sont-ils pas reproduits dans Tédition critique de Weimar (VI, 170-195). Déjà Tédition d*Erlangen-Francfort, tout en donnant ces deux écrits, faisait remarquer qu'ils n'étaient pas de Luther ; H. 8chmidt,D. Martini Luiheri Opéra latina, IV, 3o8-3i4.— Sur la prétendue origine juive d'Aléandre voir aussi Bôcking, I, 43g (Petrus Francisci poeta Ulrico Ilatteno, a5 déc. i5ao); C.A . H. Burkhardt,D'' Martin Luther's Briefwechsel (Leipzig, 1866, in-8), p. 34.

(3) E. Bôcking, III, 45i-459. Les p. 440-469 et II, 36 contiennent d'autres écrits injurieux à l'adresse d'Aléandre. Voir aussi D. F. Strauss, Ulrich von Hatien. (Bonn, 1877, 3» éd.) P« ^^'î Brieger, p. 3i.

mauvaises mœurs (l),bourreau, incendiaire des saints livres(2). » Ses anciens disciples se tournent contre lui ; ils le fuient comme un excommunié. Dans les endroits où il passe, il trouve à grand peine à se loger, et il lui faut payer le double des autres. C'est un bruit général que Hutten veut l'assassiner ; il est à peine à une journée de marche, dans un château dé Franz de Sickingen, pour observer ce qui se passera à la diète, et quelle route le nonce prendra en partant (3). Aléandre se trouve moins en sûreté à Worms qu'au fond de la Calabre ; pour être moins en danger, il a dû se loger tout près de la Cour. A prix d'or, il s'est procuré une pauvre chambre sans cheminée, lui . qui naguère, avec toutes ses commodités et du feu de septembre à mai, pouvait à peine maintenir sa santé. Jamais il n'avait été aussi souffrant. Il pense à la mort et se remet à la volonté de Dieu ; s'il s'en va, il prie Sa Sainteté de penser à son âme, le cardinal Jules de se souvenir de ses frères et des serviteurs qui en ce moment sont à la peine avec lui (4).

Quelle pouvait être la cause d'une si étrange et si rapide surexcitation ? Pour Aléandre, la grande hérésie de l'Allemagne, c'est la haine inextinguible qu'elle nourrit contre Rome : « Irrité contre elle, on y confondait sa cause avec celle de la foi ; bien plus, la cause de la foi se noyait dans les ressentiments que l'on avait contre Rome. (5) »

(1) Jeu de mots intraduisible entre praedicator et paedicator. Voir P. Kalkoff, Die Depetchen. . (1897), p. 45, note i ; G. A. H. Burkhardt, Dr. Martin Laihefs Briejwechsel (Leipzig, 1866, in-8), p. 34.

(2) Brieger. a8, 99 (milieu de décembre). Voir aussi A Horawitz, Briefufechsel des Beaius Rhenanus (Leipzig, 1886, in-8), p. aSi (B. Rh. à B. Amerbach, 8 nov. i53o) ; 3a8 ^Aug. Gemosetis à B. Rli).

(3) Aléandre n'exagérait pas les desseins de Hutten. Voir, entre autres passages, E. Bôcking I, 4a4 (Hutten à Érasme, i3 novembre iSao). Voir aussi les Invectives; ci-après,p. ai9-aao ; et Luther à Spalatin (i5 novembre i5ao) : (Bôcking, I, 4a6 ; De Wette, I, 5a3 : Burkliardt, 34) : « Gaudeo Huttenum prodiisse : atque utinam Marinum (Caracciolo) aut Aleandrum interœpisset. »

(4) Brieger, a9. (Mi-décembre i5ao).

(5) Balan, 3a-33 ; Brieger, 3o, etc. — » Lsl réponse d'Aléandre, dit Bonghi, n*est pas suffisante. Deux causes avaient produit ce mouvement : la conduite de l'Église romaine, et le réveil du sentiment religieux. Aléandre ne voit que la première, encore ne la voit-i) que sous un seul aspect. Rome avait eu une influence malheureuse, non seulement par Tavidité avec laquelle elle avait voulu profiter de l'Église, en tirant tout à elle, mais aussi

Plus tard, Aléandre insistera sur les réformes générales que Rome doit s'imposer pour qu'à Tavenir, si on Tidentifie avec rÉglise, ce ne soit plus dans une même haine, mais dans un même amour. Dès aujourd'hui, il demande à Jules de Médicis quelques remèdes urgents : « Pour l'amour de Dieu, je demande avec instance, et tous les catholiques demandent avec moi, que Ton mette fin à toutes ces réserves, à toutes ces dispenses et dérogations aux Concordats d'Allemagne, aux compositions et aux nouveautés du même genre ; que Ton mette un frein aux appétits de ceux qui non contents de posséder une infinité de bénéfices prennent comme dans un filet ceux de l'Allemagne entière. Voilà les questions que ces peuples mêlent à celle de Luther ; voilà ce qui nous fait le plus grand tort dans les points qui concernent la foi catholique. Dans ces régions, on se soucie fort peu de renier son Dieu pourvu qu'on tire vengeance de ces énormités. Sans doute, elles sont moins grandes qu'on ne les fait, et souvent je leur en ai mis moi-même la preuve sous les yeux ; toutefois, au milieu de ces troubles, il faut enlever aux gens tout prétexte et toute occasion d'être déraisonnables. »

Il faut donc révoquer aussitôt toutes les réserves, surtout celles qui ont été obtenues en dérogation des concordats. A l'avenir, il faudra s'abstenir de toute nouvelle dérogation, l'empereur insistàt-il mille fois pour en obtenir.

Mais cette ligne de conduite ne pourra produire ses effets que

par la corruption morale qu'elle avait laissée s'introduire dans le clergé, en donnant elle-même Texemple. » Bonghi, Martin Latero ; dans Naova Antologia, S« II, T. 43 (i884), 47^-473. Voir aussi, à peu près dans le même sens. P. Kalkoff, Die Depeschen des Suntias Aleanders (1897), p. 5-6.

Avec Bonghi, on peut reprocher à Aléandre de n'avoir guère compris que le mouvement provoqué par Luther avait été favorisé par le réveil, ou mieux par la nature du sentiment religieux en Allemagne. Cet Italien de la Renaissance n'était pas apte à saisir la divergence profonde entre les races du Nord et celles du Midi sur la manière de comprendre la religion. (Plus haut, ch. I.) Mais quant au mauvais exemple donné par Rome, il en sentait si bien rinfluence que souvent, dans ses lettres, il parle de la nécessité de s'amen. der, et que cette mission fut le point de départ de sa propre conversion .

Du reste, se trompait-il si grandement en résumant tous les motifs de la Réforme dans l'excès de la centralisation et dans l'avidité de Rome à proûter de l'Église à cette époque P Cette centralisation disparue, Timmoralité venant de Rome avait une influence moins grande sur le reste de la chrétienté, l'esprit formaliste que Ton reprochait à Rome pesait moins sur le génie idéaliste et sentimental de TAUemagne.

plus tard. Pour l'instant, le nonce propose une série de mesures propres à calmer les irritations les plus formidables et à enrayer les mauvaises volontés : des brefs à l'empereur, à Chièvres et aux cardinaux, quelques faveurs pour des prélats et, sans toutefois nuire à personne, la solution à l'avantage de ces personnages des procès qu'ils ont en cour de Rome ; enfin quelque argent pour les secrétaires et employés subalternes qui mettent la plus insigne mauvaise volonté à expédier les affaires. « Il faut nous aider, conclut-il, par tous les moyens honnêtes qui sont en notre pouvoir, afin que nous n'omettions rien de ce qui est utile pour vaincre les ennemis de l'Église et rendre la paix à la chrétienté (1) »

Dans la suite, ces moyens reparaîtront dans les lettres d'Aléandre. Çà et là, il demandera des brefs et de l'argent pour exciter les bonnes volontés, et plus souvent pour remercier de services rendus (2).

Les écrivains protestants se sont en général montrés fort scandalisés de ces procédés, alors que pourtant Luther s'en permettait de même nature et de plus étranges encore (3).

Assurément, on peut imaginer des moyens plus élevés d'amener les hommes à la vertu. Le remède le plus efficace à la situation de l'Allemagne, c'eût été un François d'Assise ou un Vincent Ferrier, ramenant les hommes à Dieu par une conduite exemplaire et des prédications enflammées. Mais un nonce n'est pas un homme d'apostolat, c'est avant tout un homme de gouvernement. Or tous les gouvernements ont usé de ces procédés ; au commencement du XVI* siècle en particulier, ils étaient tellement employés, ceux-là et d'autres beaucoup moins excusables, que Ton ne concevait pas les relations politiques en dehors d'eux (4i.

(1) Balan, i44 ; Brieger, no.

(2) Brieger, io6. 109-iia, 118, 127-129, 178, 175, 196, ao4-2o8, 280, etc. Bologne Univ. 954. f. iio-iii (Pro Dn<> Nicolao Ziegler).

(3) Karl Jansen a dit que ces moyens ne difTéraient pas de ceux que recommande Machiavel, et il termine ainsi son appréciation : « Mentir, tromper, transgresser la loi de Dieu pour Thonneur de Dieu, aller contre les ordres divins pour maintenir Tordre divin, voilà ce qu'Aléandre tient pour permis, pour commandé. » K. Jansen, p. 33. 36 et suiv. Voir aussi Mùnter, Ouv. cité (1798), p. 83 et suiv.

(4) Un premier ministre d'Angleterre, par exemple, trouvait tout naturel de se (aire pensionner par les Princes avec lesquels il contractait des al-

Aléandre, du reste, ne tombe pas dans le système démoralisateur de ne récompenser que les oppositions et les mauvaises volontés : il recommande la fidélité de la Marck aussi bien que les récriminations d* Armes torflf et Thumeur douteuse de Glapion. C'est pour parler des trois hommes les plus sincèrement catholiques de tous ceux qui l'approchèrent alors, Jean d'Ecken, Cochlœus et Burchard, qu'il a trouvé les accents les plus vifs et les plus pressants : u II faut que Ton sache, dit-il^ que qui va par la voie droite n'est abandonné ni de Dieu ni de son vicaire (1). »

Enfin, il sait fort bien qu'il y aurait des moyens plus élevés que ceux-là : a Mais, aujourd'hui, écrit-il à Jules de Médicis, les Allemands ne font cas de rien autre; ils se rient des choses de la foi, de la religion et du salut étemel, aussi bien que des bénédictions et des excommunications (2). » Il est même tellement frappé de cet état d'esprit que ce sont ces réflexions qui reviennent le plus souvent sous sa plume.

liances. Voir Baamgarlen et les autres historiens. Voir aussi Kaikoff, WimpJeUng^ dans Zeitschrijl fur die Geschichte dès Oberrheins (1898), p. 273 : En Allemagne, on ne pouvait arriver à rien sans distribuer de Targent oa des faveurs.

(1) Balan, 290; Bridger, a66.

(Z) Balan, 99, i3a. i63; Brieger, 49, 98, 137. Item Vat. 8076, f. aa4' (Al. à Enckenvoirt, 6 fév. i5ax), etc.

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