‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 62 sur 113 · RA. U · texte numérisé non relu

RA. U

nêtes et intelligents eussent été avec lui. Il avait nié la plupart des sacrements : que ne s*était-il borné à blâmer les abus qui s'étaient glissés dans leur administration? Mais son livre de la Captivité de Babylone Ta vait. effrayé. Ce n'était ni le style, ni la manière de Luther. Il devrait le renier ou dire qu'il Tavait écrit sous le coup de la colère que lui avait causée la condamnation papale. »>

« On était allé trop vite. Glapion n'approuvait pas la destruction des livres de Luther à Cologne et à Mayence. Mais la plaie pouvait se guérir. Il suffisait que Luther retirât certaines propositions dangereuses et qu'il donnât à quelques autres une explication convenable. Sans doute, la bulle de Léon X avait précédé la Captivité de Babylone ; mais si Ton avait condamné Luther c'était surtout parce qu'on ne l'avait pas entendu. Charles estimait Luther; il désirait son retour à l'Église. Il ne pensait pas avec Aléandre qu'il n'eût rien à voir à ces matières ni que Ton pût condamner Luttier sans l'entendre. »

M II fallait recommencer le procès ; Luther devait être entendu en Allemagne par des hommes instruits, intelligents et impartiaux. 11 se soumettrait à leur décision et reconnaîtrait l'autorité du pape. En attendant, les deux partis demeureraient en paix. Luther resterait à Wittemberg, sous la protection de son prince; surtout, il devrait se garder de se rendre à Rome. »

Comme on le voit, les négociations entreprises par Glapion sont loin d'être présentées sous le même jour par Brûck et par Aléandre. Chez Aléandre, il s'agissait d'un simple interrogatoire ; en toute hypothèse, les livres de Luther seraient brûlés comme dangereux. Dans les comptes-rendus de Brûck, au contraire, Luther devient un homme incompris ; on a procédé trop brusquement contre lui et l'interrogatoire se change en un nouveau jugement qu'on lui fera subir en Allemagne. En attendant, ses livres seront séquestrés sans qu'il s'agisse de les brûler ensuite.

Brûck a peut-être çà et là interprété les paroles de Glapion dans un sens trop favorable à Luther. Toutefois, il paraît certain que cet homme taciturne n'était pas devenu subitement aussi romain qu' Aléandre l'écrivait (1). Assuré ment, il n'était point un secret partisan de Luther. Brûck lui-même lui fait dire que les hérésies sont une bien triste

(1) Plus haut, Ch. VU, p. i8i.

chose : « La bible était une cire molle que Ton pouvait tirer eu tous sens et façonner à sa manière (1). »

Mais comme Érasme, comme Faber, il semble avoir craint que Rome ne se dirigeât trop par des préoccupations humaines. De plus, il voyait en Luther un homme que l'Allemagne pouvait opposer utilement à la toute-puissance papale et aux abus de la cour de Rome. Si Ton parvenait à lui faire rétracter ses propositions hérétiques, il deviendrait utile à TEmpire.

A sa manière, Glapion se faisait donc l'écho de cette opinion modérée, si répandue alors, qui voulait le maintien de la religion catholique, mais non celui de la toute-puissance romaine. Peu après, ce sera encore cette même opinion qui se fera jour dans la rédaction des Griefs de rF]glise d* Allemagne.

Dans la pensée des conseillers de Charles, Frédéric devait faire à Tempereur la proposition indiquée par Glapion Mais, malgré leurs concessions, l'électeur de Saxe se refusa à tout et Charles se trouva inéluctablement réduit à Taltemative de procéder de lui-même contre Luther, ou de demander Passentiment des États.

Aléandre plaidait toujours pour la première solution ; il avait rangé à son opinion la plupart des membres du conseil de l'Empire (2) ; mais les conseillers intimes de Charles craignirent de s'aliéner l'Allemagne par une mesure aussi autoritaire. En vain le nonce exposa-t-il que la plupart des princes penchaient pour Luther, que pour cette affaire, l'Allemagne entière n'avait plus son bon sens, que si les États n'étaient pas de l'avis de l'empereur, celui-ci aurait les mains liées : Gattinara et les autres conseillers lui répondirentqu'avec un édit publié du consentement de la diète, l'incendie s'éteindrait mieux et plus vite. Du reste, il n'y avait aucune crainte que l'empereur eût les mains liées, car on voulait uniquement communiquer l'édit aux États, mais non point demander leur assentiment. S'ils ne le donnaient pas, Sa Majesté n'en irait pas moins de l'avant (3).

(1) RA.. I[, 48a: € Sagte welter, es were eine slechte sache, keczerd ader irthum einzufuren. Die biblie wer ein buch wie ein weich wachs, das manzerren und denen kont nach eins iden gefallen. »

(2) Balan, p. 71 ; Brieger, p. 68, 69.

(3) Balan, 71 ; Brieger, 69.

L'empereur suivit Topinion de ses conseillers. Subitement, le 12 février, il manda Aléandre et lui annonça une grande réunion des Ëtats pour le lendemain. Le nonce y parlerait ; il pourrait exprimer sa pensée sans crainte et dire ce qu'il demandait contre l'hérésiarque (i).

Aléandre était pris à Timproviste. Mais depuis plusieurs mois, en particulier comme en public, ces matières étaient son unique préoccupation. Bien que malade de la fièvre, il passa la journée et la nuit à travailler et le lendemain il était prêt pour sa tâche.

(1) Balan, ; 54 Brieger, 59; RA. H, 5i6.

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