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ALÉANDRE ET LA DIÈTE

(14 février — 5 mars 4521)

Le mois qui suivit le discours d'Aléandre fut peut-être le plus fiévreux de sa mission. Chaque jour, c'étaient des conversations, des discussions, des délibérations soit avec le conseil de Charles, soit avec le conseil de l'Empire, soit avec les membres de la diète ; journellement aussi^ c*étaient des attaques de ses ennemis.

Par son énergie active et tenace, Aléandre força les États à s'occuper d'une question que plus d'un aurait voulu indéfiniment ajourner.

Le 14 février, les conseillers de l'Empire, des électeurs, des princes étaient en conseil avec Charles-Quint. Charles leur fit connaître sa volonté au sujet de Luther : après en avoir mûrement délibéré avec tous ses conseillers, il avait arrêté un édit contre l'hérésiarque et ses ouvrages II entendait le faire exécuter dans ses États héréditaires d'Autriche et d'Espagne ainsi que dans le Wurtemberg. Pour l'Empire, sa volonté était la même; mais il n'avait pas voulu agir à Tinsu de la diète et il désirait avoir son avis sur ce point.

Les électeurs et les princes demandèrent à l'empereur une réunion générale des États pour le lendemain (1).

(édition de Weimar), VII (1897), p. 6o5-6i3. A.ux raisons données dans cet ouvrage pour attribuera Aléandre la paternité de ces articles, ils^en igoute une autre plus forte encore : la même liste se trouve dans le manuscrit Vatican SgaS, Tun des recueils de notes d'Alcandre (fî loiiia). Certains mois sont différents, mais le fond est identique. La première feuille semble de la main d* Aléandre lui-même ; les suivantes sont d'une autre écriture.

( I; Ita RA. II, iG4, i65, 5o8. — Dans deux lettres à Jean Rck et à Jules de Médicis. Aléandre expose ces négociations avec une légère variante : aussitôt après le discours d'Aléandre, l'empereur aurait manifesté sa volonté aux États, les cinq électeurs présents auraient donné leur assen tinrent, mais les autres princes auraient demandé six jours pour délibérer, et Tempereur

Dans cette réunion, un conseiller impérial lut le projet d'édit contre Luther et ses adhérents, le même que, dès le 29 décembre précédent, Tempereur avait approuvé(l) « Il était inutile et malséant d'entendre Luther ; ses écrits devaient être brûlés ; il était défendu de les répandre et de les imprimer davantage. La bulle du pape serait mise à exécution ; Luther et ses adhérents seraient arrêtés pour qu'on disposât d*eux selon les lois. » Ensuite le conseiller impérial redisait la volonté de Tempereur de faire exécuter tout de suite cet édit dans ses terres et, pour le reste de TEmpire, d'y procéder de concert avec les États (2).

Mais, feinte ou réelle, la maladie de Frédéric continuait toujours. Pourtant il avait témoigné un vif désir d'assister aux délibérations (3). Son entourage lui avait rappoité le discours d*Aléandre, 1 impression produite ; on lui avait dit que le nonce Tavait attaqué avec passion et on Tavait poussé sans doute à venir au secours d'une cause compromise (4j. Pour lui être agréable, la diète demanda à Tempereur un délai de quatre jour3, et il consentit à ce retard (5).

Si ces négociations avaient été confiées à une commission, nous serions mieux renseignés sur les tendances qui s'y manifestèrent. Conduites par les membres mêmes delà diète, elles n'ont été consignées dans aucun écrit. Toutefois, nous savons d'Aléandre que les séances furent des plus orageuses. Dans l'une d'elles, les électeurs de Saxe et de Brandebourg faillirent en venir aux mains ; le cardinal Lang et quelques autres durent se jeter entre eux pour les séparer. « On s'accorde à dire, écrit Aléandre, que jamais pareille scène ne s'était produite entre des électeurs. C'était une stupeur générale et l'on craignait quelque grand trouble » (6).

leur en aurait accordé trois Le lendemain il aurait envoyé un conseiller dans la salle des Princes, pour manifester de nouveau sa volonté. Aléandre parle sur la foi d'autrui : ut audio. CeiU variante ^t peu vrainemblable. Balan, p. 59, 71 ; Brieger, p. 69. 70.

(l)RA. II, 5o7,5i3; 8o5.

(2) RA. Il, 5i5.

(3) RA. II, i64, i65, 5i4.

(4) Balan, p. 67 ; Brieger, p. 6a. (5)RA. Il, p. 5o8, 5i4.

(6) Baian. 7a; Brieger, p. 70; RA. 11. 5i4.

Les électeurs finirent par se séparer en deux groupes. « D'un côté, continue Aléandre, il y a les trois ecclésiastiques et le marquis de Brandebourg avec d'excellentes dispositions, quoique non conformes de tout point à celles que nous aurions désirées ; de l'autre, rélecteur de Saxe et le Palatin. Obstinés au point d'en être extravagants, ces deux derniers ont quitté la séance en protestant, bien que leur devoir fût de suivre sans démonstration la pluralité des votes de leur collège. Les quatre autres ont donné leur avis par l'organe du marquis de Brandebourg qui s'exprime avec la plus grande facilité en latin et en allemand. Un grand nombre de princes de second ordre y ont adhéré ; peu après, les deux autres électeurs ont témoigné s'incliner devant la majorité de leurs collègues. Toutefois, le grand débat qui avait précédé et les menées de l'électeur de Saxe ont si bien embrouillé les choses que sans satisfaire Frédéric, la conclusion n'a pas répondu à ce que la conduite des quatre électeurs avait fait espérer » (1).

Au jour fixé (19 février), les États donnèrent à l'empereur cette réponse ou conclusion mêlée de bon et de mauvais dont Aléandre parle ici (2). Après avoir remercié l'empereur de n'avoir pas

(I) Balan, 7a ; Brieger, p. 70 (27 février i5ai;.

(^) Balan, 61, 72-73 ; — Brieger, 64, 70-72 ; RA. II, i65, 5i4-5i7 ; 8o5 (Saxelta à Pelegrini, 20 février) ; 891.

Nous avons deux versions de cette réponse ; Tune imprimée depuis longtemps dans Fôrstemann (p 57, n® i5) et ailleurs, et reproduite par Wrede (RA. II, 5i4-5i7), l'autre, donnée par Aléandre dans sa lettre du 27 février à Jules de Médicis (Brieger, 70-72;. En général la version d'AIéandre est plus violente, plus anti-romaine que Taulre. Wrede la croit fausse : les variantes qu*elle contient viendraient soit du nonce lui-même qui aurait voulu ainsi grandir à Rome Timportance de ses services, soit plutôt des hommes de l'entourage de Charles, qui auraient voulu par là faire admettre à Aléandre leurs condescendances à l'égard de la diète et de Luther. A vrai dire, il est difficile de savoir la vérité sur ce détail. Mais avec Elter {Luther and der Wormser Reichslag (Bonn, 1886, in-S"), p . 27), nous penchons vers le rédt d'Aléandre. La réponse des £tats, telle que nous la lisons dans Fôrstemann, ait formed'un récit privé, d'un simple résumé, et non celle d* un document officiel De plus, Topinion qu'Aléandre prête à la diète sur l'autorité du pape est absolument conforme aux préoccupations de 1 époque. Souvent, dans ses lettres, il reviendra sur cette distinction que Ton aurait voulu faire entre la foi et l'autorité papale. On dut fréquemment en parler à Worms, et, le i5 avril, l'université de Paris l'admettra dans sa condamnation de Luther. (D'Argentré, Collectio Judiciorum (Parisiis, in-fol ), 11 (1728;, p. I-iV; Balan, p. 166, 195, 198 ; Brieger, p. i4i, 160, i64).

voulu agir à leur insu, ils représentèrent qu*ii était impossible de publier Tédit dans la forme où il était conçu. L'Allemagne entière était surexcitée, prête à en venir aux mains : on ne pouvait condamner Luther sans l'entendre. On le ferait venir à Worms sous la garantie d'un sauf -conduit ; on lui demanderait de rétracter immédiatement ce qu'il avait écrit contre la foi et les sacrements ; s'il s'y refusait, on le tiendrait pour hérétique et, de retour dans sa patrie, on procéderait contre lui en conséquence. Pour tout ce qui était de l'autorité du pape et des lois positives, on l'entendrait ; l'empereur nommerait des juges pour décider entre lui et ceux qui voudraient discuter avec lui. Ensuite, on publierait l'édit impérial.

Enfin les États exposèrent à l'empereur de combien d'abus l'Empire souffrait de la part de Rome ; ils le priaient instamment de vouloir bien y porter un prompt remède. « Ils ont supplié Sa Majesté, dit Aléandre, de les délivrer de la tyrannie romaine, et là, à qui mieux mieux, chacun a vomi contre nous son fiel empoisonné. >»

En réalité, les États avaient donc mis en discussion le projet impérial de Tédit ; de plus, comme condition de leur adhésion, ils demandaient que Ton entendît Luther avant de le condamner. Aléandre voyait ainsi arriver tout ce qu'il avait le plus redouté, ce contre quoi il n'avait cessé de mettre en garde l'entourage de Charles (1).

Les semaines suivantes, c'est à la cour la plus grande confusion d'idées qui se vît jamais (2). « Chacun s'agite, voit le péril, et ne sait rien résoudre. Un jour tout est décidé, mais en un clin d'œil tout est remis en question. Nos affaires sont dans un tel chaos que, si Dieu n'y met la main, personne au monde ne saura y porter remède. »

Tous les jours, Aléandre avait des entrevues avec l'empereur, avec Chièvres, avec les autres membres du conseil. Il recevait partout les plus belles assurances ; mais, en réalité, il n*osait plus rien se promettre de l'avenir (3). « Voilà déjà trois mois

(1) Balan, p. 71 ; Brieçer, p. 68, 6p, etc.

(2) Brieger, p. 79. 80.

(3) Brieger, p. 86.

que je suisà Worms, trois mois pleins de discussions, d'instructions, d'intercessions et de démarches de tout genre ; mille fois Ton a conclu, et mille fois on a laissé là la décision prise ; c'est la plus grande honte qui soit au monde ».

Chacun des principaux conseillers est d'un avis différent (1) ; c'est la tour de Babel. Chièvres ne voit pas grande difficulté à résoudre la question : on obtiendra l'assentiment des États et le désordre s'apaisera. Au contraire, Gattinara ne voit d'autre issue qu'un Concile ; à chaque nouvelle instance du nonce, il répond que « les destins s'y opposent », et ce mot favori lui tient lieu de tout. Glapion estime que Tincendie est déjà allumé, les princes sont indécis, les prélats timides « on ne voit comment en arriver à un remède efficace ; et ceux-là mêmes qui constatent le péril parlent en faveur de Luther. »

Enfin, des préoccupations d'un ordre tout différent se mêlaient à la question religieuse et achevaient de l'embrouiller. « Les conseillers de Charles, écrit Aléandre, semblent avoir plus d'égard pour les hommes que pour Dieu ; au milieu de l'embarras des hommes d'Église, ils cherchent à servir leurs intérêts temporels (2) ». C'était le moment le plus critique de la révolte des Cornmunero^; Charles devait d'autant plus compter avec l'Allemagne que sa situation était moins affermie en Espagne. On était aussi au plus fort des délibérations de la diète sur le Conseil de l* Empire (3): lempereur voulait obtenir que ce conseil fût l'auxiliaire et non le rival de son autorité. A bref délai, on entrevoyait d'autres négociations au sujet de la Suisse (4), et de V expédition romaine {b). Mais, par-dessus tout, on voulait amener Léon X à un changement de politique : il devait payer de son alliance avec l'empereur la condamnation de Luther.

D'abord, Aléandre n'entrevoit que confusément cette préoccupation (6 . Caracciolo semble l'avoir tenu complètement à l'écart de tout ce qui touchait à la politique. Mais une conversa-

(1) Brieger, p. 79.

(2) Balan, 79 ; Brieger, 80.

(3) RA.. II. 173-191 (28janv.-7 mars 1021 .

(4) RA. II, 362-379 (7-25 mars i5ai).

(5) RA. II, 389-396 (18-24 mars 1621).

(6) Balan, 76 ; Brieger. 76.

tion avec Chièvres vient bientôt confirmer tous ses soupçons (1). Un soir, Tempereur était sorti près des remparts de Worms ; il essayait deux chevaux que lui avait envoyés le marquis de Mantoue. Chièvres se tenait près de là. Aléandre profita du moment pour Taborder et, de nouveau, sollicita de lui l'expédition du fameux édit.

Les relations du nonce et du ministre étaient des plus cordiales et Tentretienprit vite un ton familier. Le lendemain, Aléandre en écrivait à Rome : « Nous nous sommes promenés assez longtemps en causant ensemble. Je Texhortais à tenir la main à Toppression et extinctioh de cette abominable hérésie ; ce serait un grand titre de gloire pour son empereur, et pour lui-même un non moins grand honneur,puisque en fin de compte tout aboutissait à lui. Il finit par me dire : « Faites donc que le pape fasse son devoir et marche « droit avec nous ; nous ferons alors tout ce que Sa Sainteté vou- « dra ». Un instant après, il me répliquait encore :« Dites donc « à votre pape de ne pas brouiller nos affaires, et Sa Sainteté ob- « tiendra de nous tout ce qu'il lui plaira de nous demander ; autrece ment nous la ferons entrer dans un labyrinthe d'où elle ne sorte tira pas aussitôt qu'elle le voudra. » Il continua dans le même sens, très simplement et familièrement, ce qui m'a fait comprendre que depuis quelques mois, et surtout depuis Tentrevue de Cologne entre l'empereur et le duc de Saxe, ils ont toujours eu le dessein de profiter de Taffaire de Luther. »

« Je ne savais au juste ce que Chièvres voulait dire. Je lui répondispar les généralités qui me paraissaient le mieux convenir à la circonstance ; je ne pus m'empêcher surtout de m'élever avec force contre cette manière déparier de « notre pape ». S'ils étaient chrétiens, le pape était aussi bien leur pape que le nôtre. Dans le haut rang où ils étaient placés.ils devaient prendre garde d'irriter Dieu qui « peut envoyer aux grands un esprit de démence », et il était de leur devoir de ne pas mêler les choses de la foi avec les intérêts temporels et privés. A la fin, il me répondit en souriant qu'à son avis, il n'estimait pas si difficile de mettre fin à l'agitation luthérienne ; à quoi je répondis que, s'ils n'agissaient en toute diligence, ils verraient bientôt un tel incendie que toute l'eau de leur mer de Flandre ne suffirait pas à l'éteindre. »

(l) Balan, i3i ; Brieger, 91.

C'est au milieu de cette confusion que se poursuivirent entre la cour et la diète les négociations au sujet de Luther.

Le 19 février, Tempereur, probablement sous l'inspiration d'Aléandre, répondit oralement à la diète qu'elle ne devait pas confondre la question de la foi avec celle des doléances contre Rome. On ne devait pas disputer davantage sur l'autorité du pape, les lois et les canons de TÉglise. Si Luther devait venir, on aurait uniquement à lui demander s'il avait composé les ouvrages parus sous son nom. Au cas où il les reconnaîtrait pour siens, on lui demanderait s'il entendait soutenir et défendre ce qu'il y avait écrit contre la foi et contre ce que l'on avait observé jusque-là dans l'Église. S'il se rétractait, l'empereur travaillerait à lui obtenir l'absolution de Rome ; sinon, une fois son saufconduit expiré, on le punirait comme hérétique (1).

Ensuite il réunit le conâeil de tous ses États (2) et il y resta en délibération jusqu'à 9 heures du soir (3), On n'y put aboutir à une conclusion (4).

« A la fin, l'empereur confia aux cardinaux Lang et Schinner, aux évéques de Trieste, de Palenza et de Tuy, à Glapion et à trois autres docteurs le soin de trouver une combinaison de nature à servir à la fois Dieu et le pape, l'honneur et les intérêts de Sa Majesté, tout en contentant les princes le plus possible et en indisposant le peuple le moins qu'il se pourrait. »

Instruit par Lang de ces négociations, Aléandre en écrivait aussitôt à Gattinara : (5) « Ce qu'il prévoyait était arrivé ! Mais il avait foi dans la prudence et dans lexpérience du chancelier : Gattinara ne voudrait pas souffrir que l'on rabaissât Tautorité de l'empereur en soumettant ses volontés aux désirs de ses su-

(1) Brieger. p. 72; RA. II, 800.

(2) G*est peut-être seulement dans cette séance que Tempereur donna, ou du moins développa la réponse que Ton vient de lire. RA. II, ôig-ôao.

(3) " Quatre heures de nuit. > Brieger, p. 7a. A Rome, les heures de nuit se comptent à partir du coucher du soleil, ou de VAve Maria. Wrede (RA, II, 5ao, note a) commet une légère erreur en les faisant partir de six heures du soir. De même, p. 5a i, au lieu de 5 heures à 8 heures f;2, il faut lire 3 heures (aa heures et non a3 : Brieger, p. 3o5) à 7 heures i/2. Ci-après, p. au.

(4) Aléandre en voyait la cause dans les pensions que quelques conseillers recevaient de l'électeur de Saxe. Brieger, p. 7a.

(5) Brieger, p. 0)5, i()Oii 20 février lôai. RA. II. 5io.

— 2il -

jets, ni que Ton fût injuste envers le pape, ou plutôt envers la vraie foi et la religion chrétienne elle-même. »

Pour empêcher la venue de Luther, il faisait de nouvelles instances auprès des conseillers impériaux, surtout auprès du cardinal de Salzbourg, chargé de modifier l'édit. Il répétait ce qu'il avait dit mainte fois que l'empereur n'avait pas à juger des choses de la foi.

Mais on lui objectait que la comparution de Luther était nécessaire pour donner satisfaction aux princes et aux peuples, u Le résultat final en serait meilleur et, à Rome même, on serait ainsi pleinement satisfait ; on s'y préoccupait peu du zèle d'un nonce à remplir sa mission, mais uniquement du résultat obtenu. Du reste, les princes n'étaient plus aussi bien disposés pour Luther ; le discours d'Aléandre les avait changés ; on obtiendrait sans peine leur consentement à l'édit et ils le mettraient ensuite plus volontiers à exécution. Tous les jours, conclut Aléandre, je suis engagé dans ces labyrinthes si bien qu'en vérité je ne sais de quel côté me tourner. » (1)

Les conseillers de Charles avaient donc à moitié désarmé le nonce ; ils allaient continuer dans la voie où ils étaient entrés et chercher à se mettre d'accord avec la diète.

Les jours qui suivirent, Lang fut tout occupé à élaborer le nouvel édit. Le 26 février, le texte allemand était prêt et, le lendemain matin, il le montrait à Aléandre. En même temps, Spiegel était chargé de le traduire en latin; on devait le communiquer au nonce avant de le présenter à la commission.

Mais la traduction latine fut retardée ; aucune communication ne fut donc faite à Aléandre et le soir même du 27, de 3 heures à 7 heures et demie, une longue délibération avait lieu chez le cardinal de Sion (2). Dès le lendemain matin (28 février), Aléandre essaya d'apprendre de Chièvres et de Schinner ce que Ton avait décidé : mais ce fut en vain. Il s'aperçut qu'on voulait le tenir à Técart des négociations. Il craignit même qu'on ne prît une décision sans lui communiquer la teneur du nouvel édit. Ce n'est que par voie détournée qu'il apprit qu on parlait de

(1) Balan, 75, 76; Brieger. 74, 75.

{"l) Balan, 76 ; Brieger. 76.

détruire les livres de Luther^et de] le citer lui-même à comparaître pour une rétractation.

Le 28j février, on 'chargea enfin] Spiegel de traduire Tédit en latin (1). Mais Glapion, désormais][tenu lui aussi à l'écart, exprimait la crainte que les conseillers ne cherchassent à embrouiller tout, de manière à ne rien décider. Aussi, le jour même, les] trois envoyés pontificaux, Caracciolo, Aléandre et Raphaël de Médicis, allaient-ils trouver l'empereur pour le prier de mettre fin à de'Fsi longs^retards. « Le roi, écrit Aléandre, paraissait soucieux, sans doute à cause des mauvaises nouvelles venues d'Espagne ;Jil me {sembla moins résolu que naguère ; toutefois, il promit de nouveau de faire ce qui dépendrait de lui pour mettre fin à toutes ces délibérations. » (2).

Enfin, le 1*^' mars au soir, Charles réunissait les États pour leur donner quelques éclaircissements et leur poser quelques questions (3). Le lendemain, il leur faisait donner officiellement sa réponse (4). Il les remerciait du zèle qu'ils montraient pour la religion et pour l'Empire.JPuisque les États désiraient que l'on fît venir Luther, et! cela, seulement pour [l'interroger et l'entendre, il se rendait à leur désir. II donnerait à Luther un saufconduit'pour qu'il pût venir à* Worms (5) ; on l'interrogerait, on saurait de lui ce qu'il avait écrit contre la foi. S'il se refusait à une rétractation, on le traiterait comme hérétique.

Les États avaient demandé de pourvoir à la réduction des charges et abus qui pesaient sur l'EmpireJde la part du Saint- Siège ; Charles était tout disposé à entrer avec eux dans cette voiejet il leur demandait de vouloir bien lui. consigner fleurs doléances par écrit.

En même temps, on communiquait aux États le nouveau projet derédit(6).« Luther était cité à"comparaîtrepourJse rétracter; au cas où il s'y refuserait, on procéderait vigoureusement contre lui et ses adhérents. En attendant, ses livres et écrits devaient être détruits ; la vente et l'impression en étaient interdites. »

r (1) Balan, 78 ; Brieger, 79.

(2) Balan,'.78 ; Brieger, 80.

(3) RA. II.[i65, 517,81a.

(4) RA. II, 166, 5i8-5ao ; Balan, 117-118.

(5) « Ad hune locum. » Balan. 118.

(6) Le premierileur avait clé communique le i4 février. Gi-dessus, p. 200.

Ce second projet contenait une importante modification. ^ Tandis que les œuvres de Luther étaient condamnées, lui-même était cité à comparaître. C'était le moyen terme que Lang avait trouvé pour satisfaire à la fois Rome et TAllemagne, Aléandre et Frédéric de Saxe.

Le lieu de comparution n'était pas explicitement désigné. Sans doute, dans sa réponse aux États, Charles avait dit qu'on citerait Luther dans le lieu de la diète. Mais la veille, il avait proposé de le faire venir dans quelque ville des environs, par exemple à Francfort-sur-le-Mein (1). En réalité, l'entourage de l'empereur ùt été très désireux de ne pas mettre Luther en contact avec la diète.

De nouveau, les États demandèrent quelques jours pour délibérer (2). Il devenait clair que certains membres voulaient traîner l'affaire en longueur. L'empereur, probablement sous l'influence d' Aléandre, ne leur accorda que jusqu'au 5 mars.

C'est en effet ce jour-là qu'ils donnèrent leur réponse. Elle ne nous est pas parvenue. L'empereur avait fait droit aux principales observations des États : vraisemblablement, ceux-ci acceptèrent en substance le projet de l'édit, mais toutefois le refusèrent dans la forme où il était conçu. Ils durent notamment manifester le désir que Luther fût mandé à Worms et non ailleurs, et que jusqu'à sa comparution, on se bornât à séquestrer ses livres au lieu de les détruire (3).

(1) RA. Il,8ia.

(2) RA. U, i66, ôag.

(3) RA. Il, 8ao,

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