‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 70 sur 113 · RA · texte numérisé non relu

RA

(2) Brieger, 157-159; RA.. H, 596-699.

(3) Balan, m 71 ; RA. II, 599.

(4) Brieger, 169, i6o ; RA. Il, 601 (22 avril).

(5) Chancelier du margrave Philippe de Bade.

(6) Cochlœus, Commenlaria de actis et scriptis Lulheri (Mogunliae iSép), p. J^. Fel. Gess, Johannes Cochlaus dtr Gegner Luthers (Oppeln, 188O, in-8), p. ia-i5 ; Enders, Ilî, 174 et suiv., RA. II. 563, 6al-63a. — Gochlœus avait été envoyé par Aléandre

H) Briegcr. 16 4. R\. ÎT, 566.

Luther refusa tout.

L'archevêque en arriva à des concessions suprêmes ; il révoquerait présentement quelques propositions plus malsonnantes, et pour le reste, il s'en remettrait au futur concile.

La veille. Aléandre avait écrit à l'archevêque, lui demandant d'écarter toute révocation partielle (1). Lorsqu'il apprit les concessions auxquelles Richard était descendu, il lui en témoigna son étonnement. « Mais, dit-il, l'obstination de Luther a délivré l'archevêque du danger auquel il s'était exposé. »

En effet, Luther ne voulut rien écouter : la piété, la science, la politique, la condescendance, le désir de la paix, tout échouait devant l'obstination d'un seul homme. Le 26 avril, il quittait Worms entre 9 et 10 heures du matin. Fidèle à sa parole, l'empereur lui donnait vingt-et-un jours pour son retour : il devait s'abstenir de prêcher dans les endroits où il passerait.

Aléandre salue ce départ avec autant de joie qu'il avait marqué de tristesse à l'arrivée ; il semble qu'il ait été délivré d'un poids accablant. « Hier matin, écrit-il, le vénérable vaurien s'en est allé après s'être préparé force rôties de pain en présence de nombre de gens, et avoir bu force tasses de malvoisie : c'est, diton, son vin favori. En dehors delà porte, il a été reçu par vingt cavaliers que l'on croit avoir été envoyés par Sickingen à la demande de Hutten. Les uns disent qu'il se retirera en Bohême, d'autres en Danemark (2j; c'est pourquoi nous {3) avons prié l'empereur d'avertir les rois de ces deux pays et de mettre la dernière main à notre affaire. Il a promis de faire l'un et lautre, de parler aux États et, en un mot, de tout régler pour le mieux (i). »

« En somme, conclut Aléandre, sa venue a été très profitable. L'empereur, presque tout le monde a vu en lui un insensé, un débauché et un possédé ; bien plus, aussitôt que l'empereur l'a vu, il a dit : « Ce n'est pas cet homme-là qui me rendra jamais

(1) Balan, 19a. Brieger, i64, 16.

(2) La mention du Danemark prouve une fois de plus à quel point Aléandre était informé. Voir Th. Kolde, CarUtadt und Danemarck ; dans Zeitschrifljûr Kirchengeschichte, \UHi8Sô),p. aSS-aga; P. Kallcofl, Briefe^ Depeschen, (1898), p. 9, 65 (note ag).

(3) La lettre est écrite par les deux nonces.

(4) Balan 199, aoi ; Brieger, 166, 169, 17a.

hérétique. » Ensuite lorsqu'on a lu les titres de ses livres» Charles a dit à haute voix» et a répété souvent dans la suite. qu*il ne pouvait en être Tauteur. Je laisse de côté Tivresse, à laquelle Luther est certainement très adonné, et mille autres choses malséantes dans ses goûts, ses paroles, ses actions, son visage et son maintien : elles lui ont fait perdre toute la bonne opinion que Ton avait conçue de lui (1). >

Quant à Luther, il ne vit probablement jamais Aléandre à Worms, mais souvent, pendant les dix jours qu'il y passa, ses amis durent lui parler du nonce. L'impression qui en résulta fut une aversion plus profonde que jamais contre ce Juif. Les mois suivants, Torigine juive d'Aléandre lui permettait toute une série de rapprochements entre lui-même et Jésus-Christ. Jésus-Christ avait été condamné parles Juifs : lui Tavait été par le Juif Aléandre. Après son départ de Worms, les Juifs se réjouissaient ; ils chantaient : « lo, io, io 1 » Mais cette joie serait de courte durée. Après le tombeau de la Wartbourg, lui aussi il aurait son jour de Pâques et Ton pourrait chanter l'alléluia : « Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; mais encore un peu de temps, et vous me reverrez, dit le Christ. J'espère qu'il en sera ainsi de moi (2). >•

D'après Luther et ses amis (3), Caracciolo et Aléandre n'auraient cessé de lui tendre des embûches pendant son séjour i Worms et d'essayer de le faire arrêter, malgré le sauf-conduit qu'on lui avait octroyé. Depuis, presque tous les écrivains protestants ont reproduit le même grief. Mais cette accusation n*a pas le moindre fondement.

C'est surtout dans les dépêches d'Aléandre que l'on trouve cette « simplicité de la colombe » dont parle Laemmer à propos des instructions pontificales (^4). Aléandre, en effet, expose à Jules

(1) Balan, aoo ; Brieger, 170.

(2) l>e Welte, 1, 588 (Luther à Lucas Granach, 98 avril i5si) ; Éd. Brian* gen, T. 39, p. 179. i8a. (ExpUcalioa du piaume 68) ; dans rédllfon de Weimar, VIII (1889), p. 4 et suiv. ; Uausrath, Oav. ciU^ p. 309, 3i3.

(3) Luthers Werke (Édition d*Erlangen), T. LXIV, p. 368, 373 ; BftcUng, 11. Go, 61 (Huiten à Pirkheimer, i*^ mai i5ai) ; RX. H, 56o : récit luthérien (Spalatin), de la comparution de Luther à Worms. etc.

(4) H. Laemmer, Monumenla Vaiieana^ (1^^1)1 p* ni.

de Médicis toute la suite de ses négociations avec la diète, tous les moyens qu*il emploie pour arriver à son but. A certains autres, il peut quelquefois cacher sa pensée : à son protecteur, il raconte toutes ses impressions, tous ses desseins; il les rapporte avec V objectivité d'un savant qui cite un document. Or, dans ces lettres, pas une seule fois il n'émet rh3rpothèse ni même le désir de faire annuler le sauf-conduit. Rome ne le fait pas davantage : dans une note envoyée aux nonces on lit, au contraire, que si Ton accorde à Luther un sauf-conduit pour venir à Worms, il faudra en attendre l'expiration pour traiter l'hérétique en ennemi de rftglise et de l'Empire (1).

Au milieu de son retour, pour faciliter le coup de main que ses amis avaient prémédité, Luther renvoya le héraut Sturm ; peu après» il prêcha à Eysenach (2). Par le premier de ces actes, il renonçait au sauf-conduit; par le second, il était infidèle aux conditions qui lui avaient été posées et qu'il avait acceptées en venant à Worms. Quelques jours après. Frédéric le fait disparaître, mais un moment le bruit court qu'un gentilhomme, Hector Behem^ s'est emparé de lui pour déplaire à l'électeur.

Alors seulement, après avoir exposé que Luther a renoncé à son sauf-conduit en renvoyant le héraut, Aléandre émet l'idée d'accepter le fait accompli de la prise de Luther, et d'engager l'empereur à traiter avec Behem pour se le 'faire remettre (3). Encore est-il fort douteux que, dans la suite, il ait fait auprès de Charles une démarche de ce genre.

Dans les dépêches de ses deux autres nonciatures allemandes (4), il revient souvent sur les incidents de celle de Worms : jamais il ne parle du désir qu'il aurait eu alors de faire violer le sauf-conduit. Ses papiers intimes nous renseignent sur les plus petits détails de son existence (b) ; c'est par eux que

(1) Balan. 85; RA. Il, 826 (seconde moitié de mars).

(2) Fôrstemann. Oav. cité, 78; Kubn. I, 5a8 ; KK. II. 568, 585^ etc — Sur la préparation de ce coup de main, voir Spalatin, Annales, p. 5o; de Wette. Luther Briefe, I, 588 (Luther à Granach. a^ avril i5ai); Bndert, D' M. £aiher's Briefweçhêel^ \\\, n* Mp (Luther à SpaiaUn. i4 mal i5ai).

(3) Balan, a46; Brieger, ai a.

(4) Voir ci-dessus, Œuvrez d Aléandre, Nuni. di Germ. LI, LU, p. XX-XXI. (.5) H. Omont, Journal; J. Paquier, J. Aléandre et Liège; Ub$. Vat. lai.

Sgaô, 3937, 3938, 6a6i, 6a6a, 8076, etc.

nous connaissons les faiblesses de sa vie privée. Souvent, dans ces papiers, il revient sur la diète de Worms et sur la nécessité de punir les hérétiques : nulle part, on ne trouve un seul mot de regret sur le respect de Charles pour le sauf-conduit accordé à Luther. L'un des traits les plus accentués du caractère d'Aléandre, c'est la loyauté et le respect de la parole donnée. Par là, il est bien supérieur à la plupart de ses contemporains, supérieur à Luther dont tous, amis comme ennemis, doivent reconnaître, non seulement les nombreuses et surprenantes palinodies, mais Toubli de plus d'une promesse (i),

La publication des lettres d'Aléandre a donné lieu contre lui à une accusation non moins grave et qui de prime abord semble plus justifiée : il aurait essayé de faire dévoiler par l'archevêque de Trêves, Richard de GreiflFenklau, des choses entendues en confession (2). Le 15 mai, dans une lettre à Jules de Médicis, il parle d'une conversation de Luther avec Richard : « Il faut absolument, dit-il, veiller à ce que Luther ne s'échappe pas, non pas tant pour le punir, que pour savoir de lui quels sont ses fauteurs et qui a composé les livres parus sous son nom. En effet, Martin a demandé à l'archevêque de Trêves de lui promettre le secret de la confession pour ce qu'il lui dirait ; la promesse faite, il lui a révélé beaucoup de choses et surtout les auteurs de ces livres. Mais Trêves n*a jamais voulu en dire davantage à l'empereur, qui l'en priait instamment, et Chièvres a répliqué qu'en effet , il ne serait pas honnête de le révéler , puisqu'il avait promis le secret de la confession. Toutefois , comme je suis dans les meilleurs termes avec Trêves, je veux voir si je ne pourrais pas obtenir de lui que, pour l'honneur de Dieu et pour la paix de T'ïglise, il fît cette révélation à Sa Sainteté par des lettres secrètes, car on n'est pas tenu de garder le secret de la confession pour qui détruit la confession, pour qui est un hérétique notoire et ne fait pas partie de l'Église (3). »

A propos de ce passage se présente une remarque qui s'ap-

(1) Sur les contradictiont et hésitations de Luther, Yoir, e^tre autres, 0. Douen, dans Bulletin de la Société de V histoire du ProtestanU$meJ\rançaiM. T. XLI (189a). p. 74-81.

(2) Brieger, ao3 ; Hausrath, Ouv. cité^ p. 49, 3oi.

(3) Balan, a46; Brieger, aia-ai3.

piique aux dépêches des ambassadeurs en général et tout partie culièrement à celles qu'Aléandre envoyait de Worms. Lorsqu'après une journée de fatigue, il écrivait à la hâte à Jules de Médicis, il ne songeait aucunement que plus tard ses lettres seraient plusieurs fois publiées, annotées , commentées et pesées dans toutes leurs nuances. Ici, comme ailleurs, il faut donc prendre le sens général plutôt que celui de chaque mot en particulier. Or, si l'on peut discuter la valeur de certaines expressions employées par Aléandre, la pensée est du moins parfaitement claire : Aléandre estime, non pas que Ton puisse violer le secret de la confession, mais que, dans la circonstance, Luther n*a pas fait une vraie confession.

Dès lors, son respect pour le secret de la confession est mis hors de cause. Mais il faut aller plus loin et dire qu'il était dans le vrai en niant la confession de Luther et, par là même, l'existence d'un secret sacramentel. Seule, une vraie confession assujétit le prêtre à ce secret. Or, il est clair que, dans la circonstance, Luther n'a pas voulu faire une vraie confession : le récit d'Aléandre suffirait à le prouver. Du reste, dans la bulle Exurge, l'absolution de Luther était réservée à Rome (1), et Worms était complètement en dehors de la juridiction de l'archevêque de Trêves : deux raisons qui eussent empêché la confession de Luther d'être valide, raisons que ni l'administrateur GreiflFenklau, ni le théologien Luther ne pouvaient ignorer.

Il ne reste donc que l'expression de « secret de la confession » mise en avant par Luther. Mais la formule « je vous donne ceci ou cela sous le secret de la confession » n'aura jamais la force de changer la nature d'une conversation et de la faire devenir sacramentelle. Cette formule peut augmenter l'obligation naturelle résultant de la promesse du secret ; elle ne met point une conversation sous la protection de la loi positive par laquelle Jésus-Christ a imposé le silence au ministre du sacrement de pénitence. Le secret confié à Greiffenklau n'était donc qu'un secret naturel, l'un de ceux que l'on doit le plus religieusement garder, mais qui, pourtant, peuvent être dévoilés pour des raisons exceptionnelles (2).

(1) Cocquelines, Bullarum CoUectio, T. III. P. III, p. 49a.

(2) Ce que nous venons de dire suffira à convaincre tout lecteur qui connaît la théologie catholique. S*il s'en trouvait quelque autre qui voulût

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