‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 72 sur 113 · RA · texte numérisé non relu

RA

(7) /6ideiii. 396, 396 et suiv.

(8) Ibidem^ 4o3 et suiv.

sirait amener la diète à ses vues avant de promulguer Tédit contre Luther.

Le nonce devra donc attendre : avant que ces questions soient tranchées il ne pourra rien obtenir.

D'ici là, il s'occupera à composer un récit véridique de la comparution de Luther devant la diète et à publier la nouvelle bulle lancée contre lui.

Pendant son séjour à Worms , l'hérésiarque avait écrit un récit de sa comparution (1). Peu glorieuse pour lui, la première audience n'y était pas même mentionnée ; mais on y trouvait au long son discoure du 18 avril et sa réplique à Jean d'Ecken. Quant au discours de celui-ci, il était résumé en quatre lignes d'un style de pamphlet : « D'un ton de forcené, y lisait-on, l'orateur de l'Empire lui avait reproché de n'avoir pas répondu à ses questions et de remettre en discussion des points condamnés et définis par les Conciles. » Bientôt cette œuvre était imprimée a Worms ; on la traduisait en allemand (2] et la propagande luthérienne la répandait à profusion, pour relever le prestige de Luther, qui subissait une éclipse.

Dans les jours qui suivirent cette publication, Aléandre s'occupa à rétablir la vérité. On a reproché au nonce son tempérament emporté ; la composition des Actes de la comparution de Luther, telsqu'il les prépara pour l'impression (3). suffirait à prouver le contraire ; elle forme un contraste étrange avec l'allure du libelle de Luther. Au milieu de la lutte, alors que ses ennemis ne reculent devant aucun mensonge ni aucune hyperbole, il s'y montre aussi soucieux de l'exactitude historique qu'eût pu l'être un de nos modernes érudits. Au lieu d'abréger ou de dénaturer le discours de Luther, il prend l'œuvre même que celui-ci a publiée et il l'insère en entier dans la sienne. Mais il y ajoute tout ce qu'il avait plu à ce dernier d'omettre : la première audience et les discours de l'official.

(I) Balan, aa5. Brieger, 198 ;R.\. Il, 543, 544-

(2)Biilan, ao5 ; Brieger, p. 178 ; Kk, II, 582.

(3; On ne sait si de fait le morceau fut imprimé. Tout au moins at-il dû en circuler de nombreuses copies. RA. II, 54a, 689, Aujourd'hui, il est imprimé dans Balan, p. 175-184* et dans RA. II, 587-594.

En même temps, il publiait la nouvelle bulle contre Luther.

Il en avait reçu une première le 10 février (1), mais comme Hutten , Pirkheimer et Spengler y étaient nommés, il n'avait pas osé la publier (2). Il s'était contenté de donner une nouvelle publicité à celle du 15 juin (3). Mais il fallait un acte authentique pour déclarer que Luther ne s'était pas rétracté, et était hérétique notoire ; Aléandre avait donc prié la Curie de rédiger une bulle où Luther seul serait nommé (4). Le 29 avril, la bulle fut enfin envoyée (5) ; elle arrivait à Worms dans les premiers jours de mai. L'édit était déjà composé, et Aléandre ne pouvait plus Ty mentionner (6) ; mais il s'empressa de la publier. Il la donnait à révêque de Brandebourg, à celui d'Hildesheim et vraisemblablement à plusieurs autres prélats de la diète (7). L'évêque de Brandebourg promettait, s'il était nécessaire, d'aller en personne la porter à Wittemberg. Pour la première , Aléandre la publiait dans les derniers jours de son séjour à Worms ; elle remplissait d'épouvante Spengler et Pirkheimer (8). Quanta Hutten, il quittait Ébernbourg dans les jours mêmes. A la nouvelle de la dé-

(\) Balan, p. 54 ; Brieger, p. 58.

(2) Ci-dessus, p. aao.

(3) Balan, p. ia3, i48, i5o, n^MS, 5f), 6o ; Brieger, n» i5, p. p6

(4) Balan, p. i58 , aSô, a4o; Brieger, p. lag. i6S, 175. Les termes qu*il emploie le 5 avril (Brieger, p. lag), semblent indiquer qu'il avait déjà fait celle demande dans une lettre précédente, aujourd'hui perdue.

(5) I^alan, aoa. ai5. Voir cette bulle dans Goquelines, Buliarum Amplissi-ma collectio T. lïl, P. lll. p. 49^ et suiv. Decel Romanum Pontificem; reproduite dans Le Plat, Monamenlorum ad historiam Co.icilii Tridentini . . , collectio (Louvain, 1781-1782, a vol. in-4). H, 79-8.3 ; J. G. Limig, Spicilegiam ecclesiaslicum desTeuischen Reichs^Archivs , (Leipzig, 1716, in-fol.) I, 376-379. répétée, le début en moins, dans Continaatio Spicilegii Ecclesiastici des TeuUchen Reichs-Archivs, du même auteur (Leipzig, 1720, in-fol.), p. 99-101. La bulle du 3 janvier, avec les noms de Wilibald Pirkheimer, Lazare Spengler et Ulrich de Hutten, n'a pas été conservée.

(6) Balan, p. aa4 ; Brieger, 191-192 (8 mai),

(7) Balan, p. aia ; Brieger. p. 187-188 (i4 mai i5ai). Pour la date, il faut évidemment se ranger à Topinion de Wrede. RA. II, 901, 9 11-91 a. Cette lettre comprend 3 parties : Brieger, p. 178-185, ligne i4* : 5 mai; p.i85, ligne i5« — p. 18G, ligne a8<': fond de renseignements répétés le i5 elle 18 mai, p. a i3, a 16 ; p.i86,lignea9*, — fin: i4mai.0n ne peut qu'adhérerauxconclusionsde Wrede, surtout lorsqu'on a vu les manuscrits d'Aléandre, par exemple ses autographes dans les mss. Vat. lat. 3913, 3918 (f. 174-184), et les copies du 8075.

(8) Balan, p. a5i-a5a; Brieger, p. aa4-a25. Plus loin, ch. XIX, p. 277.

claration catholique de Charles aux États (19 avril), il avait écrit à ArmestOTff qu'il ne pouvait plus rester aux gages de l'empereur n renonça aux quatre cents florins annuels promis un mois auparavant et quitta Sickingen qui demeurait rallié de Charles-Quint(l ) . Les travaux du nonce continuaient d'accroître contre lui la haine de ses adversaires ; les jours qui suivirent le départ de Luther marquèrent un redoublement de fureur. « Après le placard du 19 avril, dit une relation espagnole, on afficha dans Worms des caricatures; noires et difformes, avec le nom de Jérôme. En outre» dans des écrits allemands, on injuriait le même envoyé pontifical (2). » Aléandre lui-même parle souvent des écrits et des images satiriques qui pieuvaient contre lui. Les académiciens juraient de ne pas cesser avant d'avoir sa tête (3). On le représentait pendu par les pieds à une potence ; son nom était écrit au-dessus, avec des vers allemands à rentour(4). Tous les jours, en un mot, c'étaient des défis, des menaces et des embûches à son endroit : s'il eût voulu tout envoyer à Rome, il en eût empli un charriot (5).

Tout à coup arrivait à Worms l'annonce de la disparition de Luther (11 mai 1521) (6). Aléandre eut vite fait de soupçonner la vérité (7) ; c'était une nouvelle ruse du Renard de Saxe : il voulait mettre son protégé en sûreté avant l'expiration du sauf-conduit. L'empereur, un grand nombre de princes, la cour presque entière partagea l'opinion du nonce. Gêné par ces soupçons, Frédéric se déclara prêt à jurer mille fois qu'il ignorait le premier

(1) Balan, p. a5a-353 ; Brieger, 326-227 ; J. Elter, Luther und der Wormser Reichstag (Bonn, 1886, in-8), p. 4o, note i.

(2) « Despues desto parecieron por ciertas partes de la dudad de Bormes unas figuras pintadasen papel negras y disformes, y decia la letra Geronimo; este era un nuncio especial del papa, que abia embiado sobre lo de Luterio. Tambien estaban escritas ciertas copias en Aleman en injuria del dicho Geronimo, nuncio del papa. » RA. II, 687.

• (3; Balan, 208 ; Brieger, 181 (5 mai). Sur cette Académie, voir P. KalkolT, DieDepeschen,.. (1897), p. 162-2 10, Wimpjeling.,. dans Zeitschrift Jûr dU Geschichte des OberrheinSyN. F. XIII (1898), cahier 2, p. 267 (défavorable i Aléandre) .

(4) Balan, 209 ; Brieger, i83 (5 mai).

(5; Balan, 226, 228 ; Brieger^ 194* 198 (8 mai;.

(6) Balan, 243-247 ; 253; Brieger, 208-213 (i5 mai) ; 227 (a6 mai); RA. II, 906 (Dépêches de Gontarini et de l'ambassadeur de Mantoue).

(7) Balan, 244, 274 ; Brieger, 209-210, 245,

mot de cette affaire. « Il en paraît dans le plus grand étonnement, écrit Aléandre. Mais ni à son visage qu'il tient constamment fixé à terre, ni à ses paroles il n'y a beaucoup à se fier, siutout pour ce qui concerne Luther. »

L^avenir devait justifier ces soupçons. En attendant, c'était à Worms une avalanche de nouvelles extraordinaires et contradictoires : suivant les uns, Sickingen Tavait fait prendre pour ravoir avec lui à Ébembourg (1) : suivant d'autres, un certain Hector Behem Tavait arrêté en haine du duc de Saxe (2). Le 14 mai, des lettres arrivaient à Worms, annonçant qu'on Tavait trouvé mort dans une mine d'argent, le corps percé d'un estoc.

C'était en même temps un redoublement d'attaques contre les deux nonces et particulièrement contre Aléandre • les Luthériens Taccusaient de n'avoir pas craint de violer le sauf-conduit pour faire prendre l'homme de l'Esprit-Saint. Lorsque arriva la nouvelle que Luther avait été tué, le soulèvement redoubla. Aléandre était alors à la cour, devant l'appartement de Charles : plusieurs hauts personnages vinrent lui dirent qu'ils ne l'estimeraient pas en sûreté dans les bras mêmes de l'empereur. De retour chez lui, on lui révéla mille conciliabules et conspirations où l'on avait juré sa perte. « Mais que la volonté de Dieu soit faite, conclut-il, lui dont nous défendons la cause (3). »

Un mois et demi après paraissait un pamphlet violent qui peint l'irritation où en étaient arrivés contre lui les partisans de Luther (4).

(1) Balan, aaS, 344, a47 ; Brieger, 194, aïo, ai3.

(2) Sur cet Hector Behem, voir R\. 11. 833, 834.

(3) Balan, a45 ; Brieger. an (i5 mai).

(4) Das ist DEa uocu thu |i ren Babel^ idest Conjhsio Pa \lpae, darinn Doctor La II ther gefangen ist. — L'auteur, Johannes Rhomanus, se nomme dans la préface. In-4. Signatures Aîi-Kiii. 4o f. non numérotés. En tète de chaque page se lit le moi Maria. Â la un : Geben uff Zynstag nach dem Sontag Exaudi, (a5 juin^ Anno DominiM. D. und. XXI. AU botschaft kam gen Worms, wie doctor Luther mit seinem geleit bey Manssfelden hinveg ge-

furt, und sein XXL tag des zugesagten geleites noch nit uss was. Ista pro redemptione Ghristianitatis, et Martini Lutheri, qui non hereticus sed merus Ghrislianus, fidelium amator conscripsit (sine loco).

Gomme on le Yoit par la date, ce pamphlet suivit d*un mois la promutgation de Tédit de Worms. Aussi Tauteur a-t-ii en vue cet édit autant que

« Chez les papistes, y lisait-on, c'était la tour de Babel : Tun y parlait hébreu, l'autre chaldéen, un troisième grec, un quatrième syriaque. Avec de tels ouvriers, cette tour n'atteindrait jamais le ciel et ne saurait y mener les hommes. Du reste, ce n'était plus du côté du ciel qu'on désirait les conduire : le Juif Aléandre voulait les enrôler dans l'armée romaine, véritable école de perversion. »

" Luther avait été fait prisonnier. Le Juif y était parvenu en jetant l'argent à pleines mains. Le Juif Pfefferkorn avait persécuté Reuchlin ; le Juif Aléandre persécutait Luther. Il ne croyait qu'à l'or et à l'argent, mais Judas avait de l'argent, lui aussi, et son argent l'avait conduit à sa perte. Si TafiFaire de Luther venait de Dieu, à quoi servirait d'en avoir fait disparaître l'auteur ? Et si elle venait des hommes, que ne le prouvait-on par les Saintes Écritures? On ne pouvait savoir au juste si Aléandre était l'agent des Juifs ou du pape ; mais, dans l'un et l'autre cas, son rôle était également néfaste. Au lieu de persécuter Tel u de Dieu, il ferait sagement de prouver que Eck ou Emser l'cnt enfin lui-même baptisé. S'il ne peut en faire la preuve, qu'on le baptise au plus vite, lui et ses fausses bulles, et qu'à l'avenir le pape ne confie qu'à de bons chrétiens ses missions en Allemagne. »

Quand finiraient tous ces ennuis ? La diète touchait à sa fin. Depuis le commencement de mai, « les princes s'en détachaient l'un après l'autre, comme les feuilles se détachent des arbres à

la captivité de Luther. « Aléandre, y lit-on, aura beau se pavaner avec son édit, la Babylone moderne ne saurait échapper aux malédictions lancées contre elle dans l'Apocalypse (f. 7' et suiv.). » Du reste, il ne faudrait pas exagérer l'importance de cet opuscule. Les injures contre Aléandre mises à part, ce n*est guère qu'une suite, languissante et sans ordre, d'argumentations sur des textes de l'Écriture sainte, avec applications à la situation présente. Plusieurs passages montrent que l'auteur avait des liens particuliers avec Strasbourg et l'Alsace. Au f. Sa*", il se donne comme «un pauvre disciple de Luther. » Le nom d'Aléandre ne va jamais sans lepithète de Juif; de temps en temps, on lit à la manière d'un refrain : ( Est-il baptisé P C'est ce que l'on n'a jamais su. »

British Muséum, iaa6, b. 2 ; Bibl. deBàle, P. M. XI, i5). —Nous avons lu l'exemplaire de Bâle. Nous remercions M. Bernoulli, bibliothécaire de l'Université de Bâle, de nous avoir facilité cette lecture en envoyant Topusculeà la Bibliothèque nationale de Paris. Voir aussi Hagen, Deutschland litt. u. relig, Verhti Unisse y II, ia5, i57-i58.

rapproche de Thiver (1). » L'édit contre Luther serait-iJ enfin signé, comme ren\pereur lavait promis aux nonces (2), ou fallait-il en croire ses partisans qui déjà chantaient victoire, affirmant que Charles ne décréterait jamais rien contre « l'élu de Dieu (3) ? »

(1) Balan, 209 ; Brieger, i83 (5 mai).

(2) Balan. ao6, a^a ; Brieger, 179-180, 2o5. RA. II, 638.

(3) Balan, a5o; Brieger, aa3. Huld. ZwingUi Opéra (Schuler et Schulless ; Zurich, i8a8.i84a, in-8), VII. n» XII. p. 173-174, (Bucerà Zwingli, a3 mai i5ai) ; A. Horawitz, Briefwechsel des Beatus Rhenanus, 376 (Bucer à Beatus Rhenanus),

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