‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 73 sur 113 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LEDIT DE WORMS (26 mai 1521).

Le 26 mai, le nonce entonnait l'hymne de la victoire et de la ioie ; le profane et le sacré s'unissaient pour exprimer son allégresse : « J'étais sur le point de chanter les vers d'Ovide que j'ai appris dans mon enfance : a lo, chantez le péan. lo, io, chan- « tez deux fois le péan. Elle est tombée dans mes rets, la proie « longtemps convoitée (1). »

« Mais je me rappelle que l'œuvre que nous traitons est une œuvre de religion et de piété ; il faut « me dégager des choses de « l'enfance (2) », et dire avec l'Église dans la fête d'aujourd'hui : « Bénie soit la sainte Trinité et son indivise unité. Rendons- « lui nos hommages, car sa miséricorde s'est manifestée sur « nous (3). »

Peu à peu, le jeune empereur était parvenu à imposer sa volonté aux États. Sur le Conseil de VEmpire, la Chambre impériale, Yexpédition romaine et la politique étrangère, il avait plus obtenu que Maximilien pendant tout son règne. Le 25 mai, à 3 heures, avait lieu la séance solennelle de clôture. Charles remerciait les États du concours qu'ils lui avaient prêté et particulièrement des secours votés pour Yexpédition romaine. En même temps, il leur présentait son frère Ferdinand comme Statlhhalter pour le temps où il serait absent de l'Empire ; enfin, il les priait de rester encore quatre jours à Worms pour l'expédition de quelques affaires de détail (4).

Avant cette session, les deux nonces étaient venus le prier de

(1) Arsam. II, i.

(2) EpisL ad Corinlh. I, ch. XIII, v. ii.

(3) Introït de la messe du jour de la Trinité.

(4) RA. II, 719 etsulv. ; 987, 949.

^ooloir bien enfin terminer rafEaire de Luther : il leur avait dit de rattendre au palais. Après la session^ il retourna, en effet. accompagné d'un grand nombre de princes^ des trois électeurs ecclésiastiques, de celui de BFanddbooFg, des représentants de princes déjà partis, notamment de ceux de Frédéric de Saxe et de Louis le Palatin (iK Ces deux derniers avaient quitté Worms le 23 mai (2). Le désir de les ménager avait sans doute ccmtriboé à retarder la publication de TécUt.

On introduisit alors les deux nonces. Aléandre remit A Tempereur et aux électeurs des brefs où Léon X les félicitait d'être restés fidèles à TÉf^lise.

Après la déclaration de Charles, en effet, (19 avril), et Tadliésicm qu'y avaient donnée les États, la Curie^ oubliant les difficultés passées, avait décidé d'envoyer à l'empereur et à plusieurs personnes des brefs de remerciement (3).

Aléandre avait reçu ces brefs le 22 mai (4). Aussitôt, il avait porté à Charles celui qui lui était adressé ; pour lui être agréable, il le lui avait traduit en français. Charles avait gardé la traduction et avait dit au nonce de réserver le texte latin pour ime autre circonstance.

Le 25 mai, le grand chancelier lut ce bref à haute voix. Les Alle> mands Técoutèrent avec la plus grande attention, les Italiens et les Espagnols avec Ia plus grande satisfaction (5). « Léon X, y lisait-oa, attendait beaucoup de Tempereur pour la défense de la foi catholique : Tattitude de Charles avait dépassé .son attente. La voix publique lui parlait de sa sagesse, de son attachement k la religion de Dieu et de ses pères. U avait donné là un grand exemple et Léon Xse réjouisscut de voir que les princes l'avaient imite (6). »

(l)Ba1an«p. 947.

(S) Famleman, p. 17-16, n« 37. RA.n, gsS. Le PiAata ntoaiwi à Wanm dus \m dénotas joors de mai ;11 y vit brùtetaavmBde Luther. RA.. II, 953.

(3) Balan, p. ai4-ai7 (Jules de Médids à Aléandre, la, i4 mai i5ai) ; n6^ia4: n** 84-88 rBrefii, i-4 mai i5ai). Le bref àrempereor contenait quelques mots de la main de Léon X (Balan, p. 219), comme Aléandre Favait demandé (Balan, aSg, Brieger, 174 (ag avril i5ai).

(4)Balan«ji6 etsuiv.

(5) Balan, 149 ; Brieger. aaa.

(6)BaIan,n»84. p. ai8.

Ensuite Aléandre remit aux électeurs les brefs que Rome avait envoyés pour chacun d'eux. Léon X les remerciait de l'esprit de religion et de la sagesse qu'ils avaient montrés dans l'affaire de Luther II les exhortait à persévérer et à détruire complètement la nouvelle hérésie (IJ.

Le terrain ainsi préparé, les nonces s'éloignèrent ; l'empereur présenta à l'assemblée l'édit contre Luther. « Voici, leur dit-il d'une voix vraiment impériale, l'édit que je veux faire exécuter dans l'affaire de Luther ; vous allez l'entendre (2). »

Spiegel en fit alors la lecture.

Après avoir rappelé qu'il était obligé de défendre et de protéger la religion, Charles-Quint passait en revue la révolte de Luther contre Rome, son refus de comparaître devant des délégués de Léon X, la mission d'Aléandre et la destruction des livres de l'hérésiarque. Condamné à Rome, Luther était déjà justement etlégalement condamné : pour enlever tout prétexte de le croire frappé sans raison, d'après des ouvrages qu'il n'aurait pas écrits et des erreurs où il ne serait pas tombé. Charles Tavait fait venir à Worms, sans prétendre du reste juger d'une affaire qui ressortissait uniquement au siège apostolique. Introduit devant les États, Luther n'avait rien voulu rétracter ; bien plus, il s'était échappé sur les Conciles en paroles malsonnantes. Les conseils les plus éclairés n'avaient pu le ramener dans une meilleure voie. Charles le déclarait donc hérétique: chacun devait le tenir pour tel ; personne ne pouvait lui donner asile dans l'Empire. Suivant l'ancien usage de l'Église, ses écrits devaient être détruits ; les imprimeurs n'avaient pas le droit de les reproduire, ni les libraires de les vendre, ni personne de se les procurer ; il en était de même de toutes autres publications et peintures contre la foi et les mœurs. Ceux qui contreviendraient à cette défense seraient privés de leurs droits civils et leurs biens seraient confisqués. A l'avenir, pour prévenir de semblables désordres, aucun ouvrage ne pourrait être publié sans le consentement de l'ordinaire. Pour les livres sur l'Écriture sainte

(1) Balan, n^ 86, p. 220-222 .

(2) Balan, 2^7, 200; Brieger, 222.

et les matières de foi, il faudrait de plus Tapprobation d*une faculté de théologie (i).

Après la lecture de l'édit, Joachim de Brandebourg déclara au nom de tous qu'on l'acceptait sans aucun changement.

Dès lors, le zélé Aléandre ne se possède pas de joie (2). « A la sortie, dit-il, nous avons trouvé ime foule immense qui attendait cette sainte résolution. Déjà, dans tous les environs, le bruit se répandait que Tempereur mieux informé avait révoqué Tédit. Le peuple le croyait d'autant plus que naguère, comme je Tai écrit, rimprimeur avait déjà commencé les épreuves et qu'on lui avait commandé de ne pas aller plus loin. Les Luthériens en exultaient, mais leur joie tomba court en apprenant cette sainte conclusion. Aussitôt le bruit s'en répandit dans la ville, à la grande tristesse des Luthériens, mais à la grande satisfaction des Espagnols, des Italiens et d'un grand nombre d'Allemands ; çà et là, les amis de Luther tenaient des conventicules et s'entretenaient à voix basse. Moitié joie, moitié peur de les voir encore machiner quelque intrigue, quoiqu'à la vérité il n'y ait plus rien à craindre de semblable, je n'ai presque pas fermé l'œil de la nuit. »

Après la décision des États, Aléandre en avait demandé à Spiegel un acte notarié. Le lendemain, il alla de grand matin chez Gattinara, qui, d'après le protocole, devait être présent lors de la signature de l'empereur. Gattinara était tombé malade la nuit même; aussitôt Aléandre court chez Tévéque de Palencia qui aplanit la difficulté de concert avec Charles. Ensuite il lui faut aller chez le chancelier de l'Empire, Albert ' de Mayence, qui, d'après la coutume, doit apposer sa signature avant l'empereur (3).

Enfin, après le sermon et la grand'messe, il se présente à

(1) Archlv. Vatic. Arm. II, caps, i, n» ga (édit latin) ; n** gS (édil allemand, traduction Ziegler et Spiegel. Voir RA. H, 64a). C'est très probablement redit allemand qui fut lu à la séance.

(3) Balan, a5o; Brieger, aa3.

(3) Aléandre commet une légère erreur en parlant ici d'une signature du chancelier de l'Empire pour les deux édits. Le vice-chancelier Ziegler signa redit allemand. Hannart, Tédit latin (A. Wrede, Dos Datum des Wormser Edikls; dans HistorUche Zeitschrijï , N. F. T. 4o (1896), 449-453; RA. II, 640-64 1).

Charles. « Celui-ci sourit et me dit en français : « Je sais biai « que vous ne dormez pas. » Le visage radieux, il a pris les édits et, au milieu de T^ise, en présence des cardinaux de Majence et de Sion, d'un grand nombre de princes et de toute la foule, en cet heureux jour où je vous l'écris , il a de sa main bénie signé les deux édits, le latin et Tallemand, et de si bon cœur qu*il en paraissait tout joyeux. Puis , en riant , il m'ajouta, toujours en français : « Vous serez donc content de moi. » Je lui répondis dans la même langue : u Oui , certes , Sire , maïs beaucoup plus encore léseront le Saint-Père, le Saint-Siège et toute la chrétienté ; ils remercieront Dieu de leur avoir donné mi si bon, si saint, et si religieux empereur. Daigne Dieu gWder Votre Majesté et la faire prospérer dans les saintes entreprises qui lui assureront une gloire sans fin parmi les hommes et une récompense étemelle auprès de Dieu. »

Le soir même , Aléandre faisait remplir les dernières formalités : les deux édits étaient timbrés et enregistrés : « Et maintenant, dit-il, je les ai là dans ma main, et je sais bien qu'ils ne m'échapperont plus. Du tout soit louée la sainte Trinité qui dans sa vigile et dans sa fête nous a donné ce suprême remède aux maux de son Église, le seul que, dans cette affaire, la sagesse humaine puisse imaginer ; car^ pour ce qui est de changer les cœurs et de les ramener au bien, cela n'appartient qu*à Dieu qui là encore, fe l'espère, ne nous abandonnera pas. i>

Dans sa joie, Aléandre ne savait comment exprimer son admiration pour Tempereur, « la plus belle Ame qui ffiit au monde ; chaque jour il se dévoilait aussi grand en sagesse qu'en bonté. D En Chartes, tout lui paraissait admirable, surtout cette déférence apparente aux États, qui l'avait naguère rendu si soucieux. Parlà^ il avait su obtenir tous les subsides qu'il désirait pour la guerre contre la France et l'expédition romaine. L'affaire même de Luther s'était terminée beaucoup mieux que si, dès le commencement de la diète. Chartes eût expédié les édits. « Du tout soit loué Dieu, conclut-il. Qu'il daigne faire persévérer Tempereur dans ces dispositioi^s à protéger la sainte figlise (i) ! »

(1) Balan, a53; Brieger, 337-339.

L*édit de Wonns ne devait pas obtenir tous les résultats qu'Aléandre s*en promettait. L*hérésie avait de trop puissants protecteurs, elle tenait à des causes trop nombreuses et trop variées pour qu'un èdit impérial pût avoir raison d'elle. De plus, une absence de dix ans allait empêcher l'empereur de s'occuper activement des affaires d'Allemagne. Cet édit eut néanmoins une grande influence sur le cours des affaires religieuses dans l'Empire : c'est l'attitude de Charles-Quint qui a sauvé ce qui est resté de catholicisme dans ce pays. Si, à la voix de son roi, l'Angleterre est devenue schismatique , à bien plus forte raison l'Allemagne entière eût-elle rompu avec Rome, si l'empereur ne s^y fût déclaré le champion du catholicisme. Rome y était si universellement détestée que les princes restés les plus catholiques y criaient bien haut contre le gouvernement romain ; u les arbres et les pierres elles-mêmes acclamaient Luther (1) » . Charles - Quint fut impuissant à résister au torrent ; mais, si au lieu de chercher à l'endiguer, il l'eût favorisé dans sa marche, si l'édit de Worms n'eût pas été lancé, bientôt, sans doute^ l'Allemagne n'eût compté que quelques milliers de catholiques à qui l'on eût dénié le droit d'exister.

C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour juger l'attitude d'Aléandre à l'égard de Charles-Quint. Çà et là, cette attitude peut nous paraître trop obséquieuse. Aujourd'hui, les opinions religieuses d'un empereur de vingt ans pèseraient assez peu sur nos propres convictions. Mais, au XVI* siècle, protestants et catholiques, Luther aussi bien qu'Aléandre pensaient tout différemment et, en 1048, le traité de Westphalie reconnaissait encore aux princes k droit de faire pratiquer dans leurs États la rriigkmde leur dioix. Dès lors, on comprend qu'un nonce ait porté avant tout son attention sur les dispositions d'un jeune homme maître d'un empire « sur lequel le soleil ne se couchait pas. »

Après Charles, c'est Aléandre qui eut le rôle principal dans la condamnation de Luther à Worms. Depuis son arrivée à Anvers jusqu'au dernier jour de la diète, il est constamment au

(1) Ch. VU et XV.

premier plan dans les affaires religieuses ; amis et ennemis de Luther ont également les yeux sur lui. Mainte fois, tout est sur le point de lui échapper ; mais il ne se décourage pas ; constamment il reprend son œuvre, avec une ténacité qui ne connaît pas les grands éclats, mais qui n'en arrive que plus sûrement au but. Enfin, après huit mois de lutte, il obtient un édit qui pendant de longues années sera la base des revendications catholiques en Allemagne.

On a fait contre Tédit de Worms plusieurs objections, tendant à en infirmer la valeur. Pendant longtemps, on a accusé Aléandre et l'entourage de Tempereur de Tavoir antidaté pour lui donner plus d'autorité (1). L'édit fut signé le 26 mai ; déjà beaucoup de princes avaient quitté Worms ; on Tavait daté du 8 mai pour faire croire qu'il avait été consenti par l'ensemble de la diète (2).

Cette objection, qui paraissait formidable naguère, est tombée tout à coup après la publication des lettres d'Aléandre et des autres documents de la diète : c'est le 8 mai que les deux textes, le latin et l'allemand, avaient été arrêtés ; le 10, Spiegel transcrivait les deux minutes sans en modifier la date ; deux jours après (12 mai), Aléandre présentait les deux édits à l'empereur. Les deux semaines suivantes, on décida encore quelques changements ; mais ils ne trouvèrent place que dans l'imprimé allemand : les deux édits manuscrits ne furent plus recopiés (3). Le

(1) Jusqu'à la publication des lettres d'Aléandre, on peut dire que dans nombre d'ouvrages protestants, le récit de la mission d'Aléandre à Worins se résumait en trois accusations : désir de voir une guerre civile en Allemagne (plus haut, oh. Xll, p. ai8) ; désir de faire violer le sauf-conduit (plus haut, ch. XIV, p. 34a) ; date fausse donnée à Tédit de Worms.

(2) Voir les tenants de cette opinion dans Zeitschrifl fur Kirchengei' chichte.W (i888), 129-132. (Wilhelm Tesdorpf). Depuis lors, Fr. Fauth. D' Martin Laihers Leben ( Leipzig, Frey tag, 1897) , in-8 ; (ouvrage de pure vulgarisation), p. 83. A deux reprises, Hausrath {Oav. cité, 1897, p. 334, 34o) explique comment Tédit a été date du 8 mai. On n'est donc pas peu surpris de le voir affirmer ensuite par deux fois que l'édit porte une date fausse (p. 341. 347). — A la p. 351 du même ouvrage, on apprend qu*en i538, après avoir été nommé cardinal, Aléandre devint bibliothécaire du Vatican I

(3) On jugea sans doute inutile d*imposer une nouvelle transcription à des secrétaires surchargés de travail et une nouvelle dépense à Aléandre. Four l'achat du premier parchemin^ Gattinara avait dû se rendre caution pour lui. Brieger, 204.

26 mai, Charles les signa tels qu*on les lui avait présentés quinze jours auparavant (1).

Le motif que Ton assignait à cette fraude est du reste absolument controuvé. Du 26 mai sont datées toutes les autres ordonnances de la diète ; cette date au bas de l'édit contre Luther ne lui eût donc rien enlevé de son autorité (2).

Il n'y a pas davantage d'objection à tirer du lieu où se fit la lecture de Tédit. Cette lecture, objecte-ton, se fit au palais épiscopal, dans l'habitation de l'empereur ; elle eût dû se faire à l'Hôtel-de-Ville, lieu officiel des séances (3). Mais ce n'était pas la première fois que les États se réunissaient chez Uempereur ; il est à remarquer notamment que c'est au palais épiscopal que se traita toute Tafifaire de Luther : c'est là que, le d3 février, Aléandre avait prononcé son discours. C'est là que, le !•' mars, Charles avait réuni les États, que, le 17 et le 18 avril, Luther luimême avait été entendu. Or personne jusqu'aujourd'hui n'a prétendu que le discours d' Aléandre et la comparution de Luther n'aient pas eu un caractère officiel et n'aient pas eu lieu devant la diète. On ne saurait le soutenir davantage de la lecture de l'édit.

On a ajouté que plusieurs de ceux qui étaient à la séance de l'Hôtel-de-Ville ne suivirent pas l'empereur au palais. Mais, pour qu'une séance soit officielle, il n'a jamais été nécessaire que tous ceux qui peuvent y prendre part y assistent en effet. Dans la circonstance, en particulier, on comprend fort bien que les

(1) Le même jour Charles-Quint signait l'ordonnance prescrivant la promulgation de redit dans TEmpire. L'idée d'induire en erreur par une fausse date entrait si peu dans la pensée dWléandre et des Impériaux que cette ordonnance était datée du a6 mai. RA.. Il, GSg, 1007 : texte allemand ; Balan, n<> 81 : traduction latine.

(2) Pour cette opinion, voir Brïeger,Neae Mitteilangen ûber Luther in Worms (i883), p. i3 ; Aleander und Luther , 19a, note 6 ; Brieger, Zeitschrijl fur Kirchengeschichte. IX (1888), i3a-i37.

(3) k.Vfrede, Dos Dalnm des Wormser Edikts ; Historische Zeitschrift, N. F. T. 40(1896), 449-453 ; R. K. II. 453-454; Hausrath. 340. - On est surpris de trouver encore cette objection chez un historien aussi sérieux que le D*" Wrede, l'homme du monde le mieux documenté sur la diète de Worms. Gela nous est une nouvelle preuve de la difficulté, de la presque impossibilité où nous sommes de nous défaire de certaines erreurs séculaires, admises et répétées autour de nous comme un Credo.

Comme on peut le voir par divers passages de notre étude, nous avons relevé chez le même auteur quelques autres inadvertances. 11 semble que vers la fin de son immense travail, le D' Wrede ait éprouvé quelque lassitude.

opposants niaient mis aucun empressement à venir : ils savaient qu'ils ne pourraient arriver à former une majorité. Toutefois, il est certain que l'assemblée fut nombreuse : des six électeurs, notamment, quatre y assistaient en personne ; les deux autres y avaient leurs représentants.

Du reste, au point de vue légal, la lecture du 25 mai n'était vraiment qu'accessoire et, pour ainsi dire , de surérogation. L'acte fondamental et vraiment légal posé par la diète au sujet de Luther, c'était sa réponse à l'empereur, du 19 février précédent. < Si Luther était appelé et ne se rétractait pas, avaient dit à l'unanimité les électeurs et les États, Charles pourrait lancer un édrt contre lui. » Que Luther n'eût absolument rien rétracté, c'est ce qui n'était douteux pour personne. Dès lors, l'empereur pouvait légitimement porter l'édit et légitimement aussi affirmer qu'il émanait du consentement unanime des Ëtats. Sans doute, le 30 avril, dans une nouvelle consultation, Frédéric de Saxe et Louis le Palatin n'avaient pas voulu donner d'avis et, le 26 mai, leurs représentants n'en donnèrent pas davantage. Mais, si alarmant que fût ce silence, il n'impliquait pourtant pas une opposition officielle à la condamnation de Luther (1) ; il permettait au contraire de se reporter à la déclaration du 19 février et d'écrire que redit émanait de l'empereur et de l'accord unanime des Ëtats.

Enfin, voulût-on continuer à affirmer que ce mot d'unanimité contient une légère exagération (2), il reste du moins hors de doute que l'édit fut l'expression de la majorité des États.

En s'ingéniant à chercher des objections contre la légalité de l'édit de Worms, certains écrivains feraient douter de leur impartialité. Convaincus de Texcellence de la mission de Luther, que ne se bornent-ils à dire, en lui appliquant un mot célèbre qu'il est sorti de la légalité pour rentrer dans le droit ? Mais que la retraite de la Wartbourg ait été légale, qu'après la diète de Worms Luther et Frédéric ne soient pas allés contre un édit de l'Empire, c'est ce qui ne saurait se soutenir. Pour quiconque n'apporte pas dans la question des préoccupations confessionnelles, redit de Worms fut légalement porté, et devait faire loi pour l'Allemagne entière.

(1) Plus tard, Frédéric de Saxe écrira lui-même qu*à Wonns il ae tint à récart de toutes les négociations au siget de Luther. RA. II, 66o.

(2) Wrede, R\. Il, 653.

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