‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 77 sur 113 · RÉCONCILIATION AVEC ÉRASME. — LES AUGUSTINS Ç'ANVERS · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION AVEC ÉRASME. — LES AUGUSTINS Ç'ANVERS

(Septembre 152^.^— Février 1522).

A chaque pas qui! avait fait dan^les Pays-Bas, Aléandre avait trouvé des traces de l'influence irtçuvaise d'Erasme et des siens (i). Il parvint même à ranger à soik opinion Jules de Médicis et son entourage, et à leur persuader qlj'Érasme était l'auteur de plusieurs ouvrages luthériens (2),

Cependant Érasme s'accommodait de moinsS^n moins des violences de Luther. En outre il n'était pas homnu^ à sacrifier sa vie ni même sa tranquillité pour la défense d'àçe opinion quelle qu'elle fût : Tédit de Worms rendu, il trarta donc Aléandre comme une force avec laquelle il devait compter ; au commencement de^eptembre, il vint le trouver à Bruxelles et « resta près de cinq heures avec lui (3) » ; quelques jours apT^s, fortuitement, si on l'en croit (4), ils se retrouvaient à Louvain Î9" géant dans la même auberge. Tout à coup, Tun et l'autre paraissent avoir tout oublié ; ils s'entretiennent avec un abandon tout fraternel. A voir certaines lettres d'Érasme, on pourrait

(1) Balan, p. aGa, Brieger, a43, li. 8 (Bruxelles. 6 juillet i5ai) ; Dalan, p. 272, Brieger, 2,^19, li. 28. (.\nvers, 16 juillet i52i).

(2) Balan, p. 292 (Jules de Médlclsà Aléandre, 27 sept. i5ai ) ; 29') (Gibcrti à Aléandre, 22 oct. 1021) ; 296 (J. de Médicis à Méandre 27 oct. i52i). Dans cette dernière lettre, il s'agit de rattribution à Érasme d'un ouvrage luthérien contre le séjour de saint Pierre à Rome. Mais Aléandre était dans l'erreur. Voir, plus haut, p. 229, et rAppendice 1, p. 867.

(3» Balan, 285, Brleger, 260 (n<> 45, 1. 5) ^Bruxelles, a sept. i52i); Vat. 6262 , p. 196, 197. Erasmi Opéra X, i645 E [Sphngia Erasmi adversus aspergines Huiteni .

(4; OperaUl, fiiij) I) (29 nov. lôai»; 760 D (i«'fév. i5a3>

croire que la bienveillance, sinon Tamitié pour Aléandre venait de ressusciter en lui. Le 23 septembre, il annonçait la réconciliation à Paolo Bonbaslo : « Des langues empoisonnées, lui écrivait-il, avaient presque détruit Tamitié déjà ancienne qui m'unissait à Aléandre ; il a reconnu la vérité et il est revenu à ses sentiments d'autrefois. »

Il se demande même s'il n'ira pas à Rome avec Aléandre : « Mon penchant m'y pousse ; peut-être finirai-je par lever l'ancre, Invité surtout comme je le suis par Aléandre*, dont je n'estime pas moins rhabileté dans la gestion des affaires que le goût dans les lettres (1). »

« Depuis longtemps déjà, écrit-il à Budé. Aléandre est parmi nous, mais jusqu'à présent nous n'avons guère pu jouir de sa présence, tout occupé qu'il est de cette affaire de Luther où l'on ne saurait nier qu'il a montré de la décision et du courage Aussitôt qu'il aura terminé, ou plutôt comme il a déjà terminé, il va être permis de jouir quelquefois de son commerce non moins agréable qu'érudit (2). »

Les avances d'Érasme n'enlevèrent à Aléandre aucune de ses préventions contre lui. Il continua de 1^ croire lauteur de plus d'un livre luthérien (3). Mais il suivit la ligne de conduite que Rome lui avait tracée et qu'il s'était lui même imposée : il traita Érasme avec douceur pour le gagner à la cause du pape et de la Curie (4). Probablement aussi eut-il quelque sentiment de dédain

0) Opéra, III, 66 i C-666 D.

(2) Op.^ m, 68o E. Érasme pouvait supposer qu'Aléandre aurait connaissance de la preruîèrede ces deux lettres et que la seconde aurait au moins une demt-publicité. Paolo Bonbasio vivait ii Rome et était dans les meilleurs ternies avec Aléandre (voir, plus haut, p. ii3) -, la lettre à Budé était évidemment destinée aussi aux nombreux amis du savant français. — Voir aussi 68 1 B (Érasme à W. Mountjov, sept.-déc. i5ai).

(3) Balan, Î194-295 ; Brieger, 270-71 (i3 octobre lôai).

(4) Voir, entre autres passages, Balan, p. 281 (J. de Médicis à Aléandre ; Florence, 20 août i52[ : réponse à une lettre perdue du 3 août).

Aléandre a beaucoup moins parlé qu'Érasme des entrevues de Bruxelles et de Louvain. Çà et là seulement, il mentionne quelques passages défectueux des œuvres d'Érasme, sur lesquels il avait alors attiré son attention. Laemmer, Monumenia Vaticana 1 1861), p. 96 ; Méandre à Sanga ; Bruxelles, 3o déc. i53i; G. Cantù, Les Hérétiques d Italie ; T. II, La Réforme en Italie el le Concile de Trente (Paris, \SCtS. in-S., p. 4o; Vat. 3^27, p. 175 ; Vat. 6262, p. 196-197.

pour ce « satrape » (1) autrefois si puissant et qui, adorateur du succès, venait maintenant au devant de lui.

Aléandre rencontra des difficultés plus grandes avec les Augustins d'Anvers (2).

Ces religieux s'étaient établis à Anvers en 1511 ; ils appartenaient à la même province que ceux de Wittemberg. Déjà, le premier prieur, Jean van Mechelen, avait manifesté des tendances luthériennes; son succesceur, Jacques Prsepositus ou Proost, alla bien plus loin dans cette voie. Il venait de Wittemberg où il avait été Télève de Luther. A Anvers, il prêcha les doctrines de son maître et u c'est celui-là, dit Aléandre, dont Érasme écrivait qu'à Anvers il était presque le seul à prêcher le Christ. (3) » En même temps, il engageait Hans van Remunde, Timprimeur anversois, à mettre ses presses au service de la Réforme (4).

Lorsque Aléandre fit brûler à Anvers les œuvres de Luther, ;5) Proost était retourné à Wittemberg pour prendre ses grades en théologie. De retour à Anvers, « sans dire mot de Luther en public, écrit Aléandre le 2 septembre, il excite les gens sous main, si bien qu'Anvers est qtîelque peu retombé. » D'abord, Aléandre essaya de la douceur et de la persuasion. Mais ce procédé n'eut aucun effet sur Proost et, dès lors, le nonce songea à employer la rigueur.

Ses lettres ne nous renseignent pas plus longtemps sur cette affaire ; mais, comme il le prévoj'^ait, Proost ne voulut pas revenir. Le 5 décembre, peut-être sous l'impulsion du nonce, François van der Hulst venait chez les Augustins et emmenait le prieur

(1) Balan, a85; Brieger, 360 (a sept. i5ai).

(2) Balan, 286-287,289, 29a (n** 124, ia5) ; Brieger, p.'262-a63, a65. — Sur les Augustins d'A.nvers, voir Seckendorf, De Lulheranismo (Francrort, 1688, in-4), liv. I, § i58. p. 898; Henné. Histoire du règne de Charlet^Qaint en Belgique (iSoS'iS6ct . in-8), IV, 292 ; de Decker, Les Augasiins d^dnvenet la Réjorme; dans Messager des sciences historiques de Belgique^ (Ganid^ i883, p. 373-888); Baumgarten, I, loc.

(3) En efTet, Érasme avait écrit à Luther : « Antuerpiae...is omnium penesolusGhristum praedicat. ^(Op. 111, 445 D, 3o mai i5i9).

(4) Messager, art. cité. C'est sans doute de cet imprimeur qu* Aléandre parle dans une lettre du 28 février 1621 . Balan, 79, 81 ; Brieger^ 81, 84.

(5) Voir, ci-dessus, p. 276.

à Bruxelles. Le 9 février 1522, dans l'église Sainte-Gudule, Proost se rétractait en présence d'Aléandre, de Glapion et de plusieurs théologiens (1).

(1) Henné, Ouv. cité, IV, aga. C. A. H. Burkhardt, D' Af . Laihefs Briefwechsel (Leipzig, i866, in-8), p. aa, et les sources indiquées à cet endroit.

Le retour de Proost du catholicisme ne fui pas de longue durée. Il reocHUniença bientôt à prêcher les doctrines de Luther. Arrêté de nouveau, il parvenait à s'échapper, et s'en allait à Wittemberg. Mais des germes luthériens étaient restés dans son couvent et finalement deux augustins d'Anvers étaient brûlés à Bruxelles le i*' juillet i5a3.

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