‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 80 sur 113 · CHAPITRE XXIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIl

FIN DU PONTIFICAT D'ADRIEN VI. - ÉLECTION DE CLÉMENT VII. — ALÉANDRE EST NOMMÉ ARCHEVÊQUE DE BRINDES ET NONCE AUPRÈS DE FRANÇOIS !•'.

(Janvier 1523 — 8 août 1524).

On a souvent répété que, sous Adrien VI, Aléandre fut mis à l'écart. Cette assertion est trop absolue. Sans doute, étranger à l'Italie , Adrien commença par s'entourer surtout des Flamands qu'il connaissait déjà, Hezius, Enckenvoirt et quelques autres. Mais, comme on vient de le voir, dès la première année de son pontificat, Adrien donnait à Aléandre des marques particulières d'estime et de confiance. L année suivante, Aléandre fut deux fois encore appelé à s'occuper des affaires de l'Église.

En 1523, Théophile, patriarche d'Alexandrie, envoya à Adrien une lettre grecque où il se déclarait fils soumis du Pape de Rome et disposé à lui obéir, le reconnaissant comme chef de l'Église universelle. Aléandre traduisit la lettre en latin ; original et traduction furent déposés à la bibliothèque du Vatican (1).

Dans une lettre de cette époque , Érasme nous montre Aléandre travaillant sans relâche contre Luther (2). Il faisait peut-être allusion à la collaboration d'Aléandre aux Mémoires

(1) Ciaconius, VUae Ponlif. cl Card. (1677;, 111, 624 (rédillon de i63o, col. 1522, n'en dit rien); Mazzuchelli, T. I, p. 1, p. 423; Liruti, l, 477; G. Hôfler, Papst Adrian VI 1522'îo23, (Wien, 1880, in-8). p. 878-379 ; Lepllre, Adrien VI, (Paris, 1881. ln-8), p. 323.

Nous n'avons pu trouvercette lettre aux Archives ni à la Bibliothèque du Vatican. La source de celte histoire est Onofrio Panvinio, que cite Liruti, mais sans dire de quel ouvrage de Panvinio est tiré le passage cité. L'expression de Pan>inio est assez vague : Ferant eo Ponlifice Theophilum. , . D'après les ternies dont se servent les historiens postérieurs, on voit assez qu*ils n'ont sur cette alTaire que des renseignements très vagues.

(2) Opéra, 111, 777 .V (Bùle, lôiS) : «- Aleandcr nihîl non facit adversus Lulherum. •

que Jean Eck adressait alors au pape et à la Curie (1). Dès les premiers mois du pontificat d'Adrien. Jean Eck était venu à Rome, envoyé par les ducs de Bavière. Il y rédigeait plusieurs Af^moire^ sur les abus qui existaient dans TÉglise d'Allemagne, sur la manière la plus opportune d*y remédier et sur l'état des esprits dans ce pays. L'un de ces Mémoires était adressé à Aléandre lui-même. Un autre, le plus important, passait par ses mains; il le corrigeait et l'annotait, après quoi l'on en faisait une rédaction définitive, destinée à être présentée au pape.

Pendant le pontificat d'Adrien, Aléandre ne reçut aucune mission importante. Mais, après son retour d'Espagne, il fut plus d'un an réduit à l'immobilité par des douleurs de jambe (2), et Adrien mourait un an à peine après être arrivé à Rome. On sait combien ce pape désirait ardemment réformer l'Église ; s'il eût vécu plus longtemps, nul doute qu'Aléandre ne fût bientôt devenu l'un de ses principaux collaborateurs.

Le 19 novembre 1523, Aléandre voyait son protecteur monter sur le trône pontifical : Jules de Médicis devenait pape sous le nom de Clément VIL

Depuis la mort de Léon X, Aléandre était resté lié à Jules aussi intimement qu'autrefois. Dans une lettre du 20 février 1522, le cardinal parlait à son ancien secrétaire de ses difficultés dans la gestion des affaires publiques et dans celle des affaires privées des Médicis; discrètement, il le priait de se souvenir de lui auprès du nouveau pape i3). Le 14 juillet suivant, il le félicitait de son heureuse arrivée en Espagne et le remerciait de traiter ses affaires avec le même zèle qu'autrefois (4). Retourné à Rome, Aléandre avait habité dans le palais de Jules (5) ; à la fin de 1523,

(1) W. Friedensburg, D^ Johann Edis Denckschriflen. . . ; dans Beilrnge zur bayerUchen Kirchengeschichle, 11, (1896), p. 169-196 ; a3a-a53.

(2) " Mia gamba gia altre volte offesa in Spagna da un calce di cavailo,. per la quale steti maie piu di un anno in Roma • Nunz, di Germ. 5i, f. aoo** (Vléandre à ^^anga. Ralisbonne, 37 juillet i53ai.

(3) Arch. Vat. Nanz, di (fCrm. âo, f. loi (Florence, ao fév. lôaa).

(4) /ïtfm, f. io5 (Florence, i4 juillet i5aa».

(5) Friedensburg, Nunlialurberichie . , . IV, 4aî^ -Aléandre à Clément Vil,, juillet i53o).

il était son conclaviste dans le conclave d'où le cardinal était sorti pape (1)

Aussitôt après son élection, Clément VII demandait des renseignements à Aléandre sur Tétat de l'Allemagne ; de là deux Mémoires que nous possédons encore ; Tun devait servir d'Inslructions au légat qu'on enverrait à la prochaine diète de Nuremberg (2) ; l'autre parle des remèdes à apporter à l'état de rÉglise.

Dans un préambule, l'auteur s'excuse de son style trop peu cicéronien : le temps lui a manqué pour soigner la forme de son écrit et, du reste, pour répondre aux Centum Gravamina de Nuremberg, rédigés d'un style barbare il s'est vu obligé d'employer des expressions semblables .

« Avant tout, dit-il au début du premier Mémoire, il faut redoubler de prières pour que Dieu daigne délivrer de cette peste terrible la sainte Église rachetée du sang de son Fils. Il faut implorer aussi la protection de la bienheureuse Vierge Marie qui à elle seule a détruit les hérésies du monde entier ; enfin, il faut corriger les mauvaises mœurs et quelques abus de la Curie Romaine. »

Après avoir indiqué ces remèdes surnaturels il passait en revue les remèdes humains. Il fallait au plus tôt envoyer à Nuremberg un nonce pieux et instruit, homme de bonnes mœurs, d'une parfaite honorabilité et d'un nom sans tâche. En Alle-

(1) H. Omonl, JoarnaL . . 43 ; Vat. SgiS, r. 73^ (Notes autographes d'Aléandre).

(2) J. J. D6llinger, Beitrdge... T. Jll (1882). p. XXI, XXH. 243-a84. Le ms. Vat. 3917, f. 188-2 15, contient le titre (f. 188'" : Consilium saper re lulhe' rana. . ), et cinq morceaux distincts : i® f. i8g'*-'. Préambule, In eo opère.,,; 2* f. 190-201. Quae in Lulherano neyotio viderenlur facienda, Primum om' niain... ; 3* f 204''-'. Saiiclissimo Domino nosiro pedès exosculatar Bieronymus Aleander Ilamani gêner is,,, ; 4** f. 2o5-2i3, Remédia contra LMlheranam haeresim adhibenda. Quod in priore feci libro. . . ; 5« f. 214-21 5. De Peno* narum conditione syncere locuturus.,. De ces cinq morceaux, DôUinger n*a publié ni le premier, ni le dernier. Par ailleurs, il n'a omis qu*une note marginale autographe, qui se placerait à la p. 254, li 17-22 : « Adde hic quod Episcopi lemporibus Julii primi papaD conquesti sunt brevem fuisse terminum indiclionis Concilii Sardicensis. » Sur ces Mémoires, voir aussi Zeitschrift fiir Kirchengeschic/Ue VI (1882', i5i (Brieger); sur la diète de Nuremberg de i5a4, voir J. Janssen, L'Allemagne et la Réforme (Paris, 1889, iii-8), T. II. p. 333 et suiv. et surtout 347 et suiv.

magne, il devrait observer les lois de l'Église, avoir peu ou point de permissions spirituelles à octroyer, peu discuter, et pour tout dire d'un mot. se tenir dans une réserve exempte à la fois de toute hypocrisie et de toute arrogance. Dans les discussions, il devrait s'appuyer avant tout sur l'Écriture sainte et préférer les Pères grecs aux Pères latins ; il pourrait se servir aussi des anciens concil es, mais il laisserait de côtelés documents pontificaux, éviterait tout appareil scolastique et dialectique et ne parlerait que très discrètement des indulgences; enfin, il aurait constamment recours à la prière.

Aléandre passe alors aux Cenlum Gravamina. Le Saint* Père devait sans bruit faire droit à quelques-uns, après quoi il ne serait pas difficile de réfuter les autres. Ici il développe les idées qui lui étaient familières à Worms : l'empire donné à l'Allemagne par Rome; l'Asie, la Grèce, l'Afrique, la Bohème perdant la prospérité temporelle après s'être séparées de Rome, l'Allemagne ayant elle-même grand besoin de s'amender. On n'y désirait nullement le Concile, mais on le demandait pour être désagréable au pape et à la Curie. Enfin, il s'étend longuement sur les Annates et prouve que le pape y a droit comme Pontife universel et patriarche de l'Occident.

Dans le second Mémoire, Aléandre indiquait les remèdes qu'à Rome même devait employer le Souverain Pontife : recours à la prière, abolition des abus touchant la collation des bénéfices, entente avec les princes chrétiens, réformation du clergé allemand, protection des savants, surveillance des imprimeurs. Aléandre approuverait aussi la tenue de synodes diocésains et provinciaux comme Tavait proposé Jean Eck (IJ ; mais à la condition qu'ils fussent présidés par des hommes instruits et dévoués au Siège Apostolique. Pour Frédéric de Saxe, il estime, après mûre réflexion, qu'il ne reste qu'à le déposséder de son duché. La longanimité de Léon X et d'Adrien VI a été excessive : al exemple de Grégoire VII et de plusieurs autres papes illustres, Clément VII doit s'armer de la force du lion.

Dans la conclusion, Aléandre revient à l'idée maîtresse de ces deux Mémoires : tous les moyens que l'on imaginera ne vaudront

(l)Voir W. Friedensburg, !)«• Johann Ecks Denckschriflen . .. ; dans Beitriige zur baycrischen Kirchengpschichle, 11,(1896), p. locj-i^C, aaa-253.

qu'avec la grâce de Dieu. Pour châtier son Église, Dieu s'est un instant éloigné d'elle et il a permis l'hérésie de Luther; il faut que dans cette Église renaissent la foi. Tespérance et la charité ; il faut que ces vertus détruisent la terrible peste qui s'y est introduite. Dans ces Mémoires, Aléandre a répété, bien qu'avec plus d'ampleur, ce qu'il avait écrit lorsqu'il était nonce à Worms (1) ; de nouveau, on lui a donc reproché de n'avoir pas assez compris les aspirations de l'Allemagne, d'avoir attaché trop d'importance aux procédés d'administration pour triompher de la Réforme. 11 s'étend peut-être trop longuement aussi sur la légitimité des Annates (2). Pourtant il y a peu de chose à reprendre dans ces pages. Aléandre a vu que l'hérésie de Luther était un châtiment de Dieu ; les deux remèdes qu'il propose sont les remèdes chrétiens par excellence : la prière et l'amendement de la vie. Sur plus d'un point, le Mémoire à Clément Vil peut être considéré comme une première esquisse de la Délibération sur la Réforme de rKglise, à laquelle Aléandre coopérera sous Paul IH.

Le 8 août 1524, Clément VII nommait Aléandre archevêque de Brindes (3) et nonce auprès de François I" (4)

(1) Ci-dessus, p. 187, etc.

(2) Voir J. J. Dôllinger, Oav. cité, p. XXI, XXII ; il juge avec une sévérilé partiale les deux Mémoires d* Aléandre.

(3) Bibl. Barberini, XXXVI. T. 2; f. 38\

(4) Friedensburg, Ohu. ci7p. IV, p. 432; H. Omont, Joar/ia/, p. 43

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