‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 81 sur 113 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CLÉMENT Vil, FRANÇOIS 1" ET CHARLES-OUINT (1523-1524).

A peine monté sur le trône pontifical (19 novembre 1523), Clément VII avait pensé à réconcilier les deux grands rivaux qui ensanglantaient l'Europe : François I*' et Charles-Quint. Très vite il se détachait du parti impérial avec Tappui duquel il avait

(1; Nous présentons ici, dans un tableau d'ensemble, les sources de celte nonciature.

SOL'RCikS MANUSCRITES.

Rome. Archives du Vatican. — Clemenlis VII Brevia min. T. VIII, p. 3 (janv.-oct. i534). nn. 35i-368, 443. 445, 45i, 456 459-464, 493-5o3 (Ssept- 3o ocl. i5a4),T. IX {Arm XLIV) (i5a3-i53a), p. h6 (5 janv. iSaS). — Lettere di Principi I (lôiS-iSgo), f. 49, i47 (i3 janv., 19 fév. i5a5) ; — II (ancienne cote : Lettere di ûiversi) (i5i3-i5a4), p. 3i6 355, 38a-387 (a6 oct., i4 nov., la d^. I5a4) ; — Itl ('Saô). p. i3, 367 (a5 déc. i5a4, 10 janv. iSaô}. — Pio 391 (Lettere, capUulazioni... nelli Pontificati di Lione X, Clémente Vil e Paolo III ^ del Cardinal Parnese) f. 17-19 ; Politicorum XGV (ancienne cote : E. 2U8i), f. a87 ; Arm. XI, T. GLU, n<»» i4, 18 : traités du la déc. i5a4 et du 2 janv. i5a5 Voir aussi les mêmes traités dans PoUtic. I, f. 7% H, f 85^, XXXV, f. 39', XXXVIII. f. 29o^

Archives de VÉlat Volume de comptes Î529-Î53i, f. loa' (Gard. Gamerarius Alexandro del Gaccia. 2g août i53o).

Bibliothèque du Vatican ; fonds Vat 39aa, 39a4. 8075, 8444, passim.

lib. Barberini. XXXVI, T a, f. 47\ Si"^ (la oct., 7 nov. i5a4).

Bib. Chigi, L. III. 60. Voir Œuvres dAléandre, p. XLU.

Florence. Archivio di Stato. Carte Strozziane, filze i5i-45U. — ltem,p. XLV.

Bologne Bib. de VUniversité, ms. 954, lU. f. i55-i6o, 166-173 (17 déc. i5i5- 8 (?) août i5a4). — Item, p. XL VI

Venise. Bibt. Marciana, mss. lat. cl. XIV, cod. L. f. iia-iao. — Item, p. XLVKI.

Udinc. Bibliothèque de V Archevêché, n«* 4 et 5. — Item, p XLVIII-XLIX.

BoUaCBS IIIPRIIIÉRS.

Ruscelli, Lettere di Principi (Venise, 1881, in-4), T. I. — Rinaldi, Annales

été élu et il assurait Tambassadeur de François I" à Rome qu'il ne voulait être « rien moins l'ami des Français que des autres et qu'il entendait travailler au bien de la paix (1). » Aussi, au début de 1524, envoyait-il Bemardino della Barba auprès de l'empereur et, au mois de mars de la môme année, Nicolas Schomberg auprès de François l", puis de Charles-Quint et de Henri VIII, avec la mission de procurer une trêve qui serait un acheminement vers la paix (2).

eceîes.y XIII, 490-55i. passim. — Molini, Docamenii disioria ilaliana copiali sugli originali esistenii ùi Parigi (i836, in-8 , T. I. — A. Desjardios, Négo~ dations diplomatiques de la France avec la Toscane, II, (Paris, i86i, in-4^ p. 783-843 • — H- Omont, Journal autobiographique du cardinal Jérôme Alêandre {i^s80-î530), (Paris, 1895, in-4), tiré des Notices et Erlrails des ma-nuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, T. XXXV, P. I. — J. Paquier, Nonciature d Alêandre auprès de François /•', (Paris, 1897, in- 8), p. 45-58.

Parmi lc& ouvrages sur la bataille de Pavie, nous avons consulté surtout : G . de Leva, Storia documentata di Carlo V in relazione alV llalia, (Venise, 1861 et suiv., in-8), T II : MIgnet. Rivalité de François /«"■ et de Charles- Quint, (Paris, 1875, in-8) ; Si. £hses. Die Politikdes Papstes Clemens Vil, bis zurSchlacht von Pavia, dans Historisches Jahrbach, VI (i885), 557-6o3. et Vil (1886), 553-593. Articles soignés, instructifs, surtout pour les missions de Schomberg et les relations politiques du pape avec François I**" et Charles-Quint. Mais l'auteur n'a consulté que les Archives et la Bibliothèque du Vatican ; il a complètement ignoré les Carte Sfrozziane et les autres sources manuscrites de la nonciature d'AIéandre. A. Virgili, Otto giomi avanti alla baitaglia di Pavia, dans Archivio storico Italiano, Ser. V, T. IV (1889). 174-189; Dopola baitaglia di Pavia. Ser. V. T VI (1890), a47-a6o ; U. Baumgarten, Geschichte KarVs V. (Stuttgart. i884 et sulv., in-8),T. II : K. Hiibler, Die Schlacht bei Pavia, dans Porschungen zur deutschen Geschichte XXV, cahier 3, (1895), 5i 1-525.

Les Instituts de Prusse et d'Autriche poursuivent activement la publication des nonciatures allemandes du XVi* siècle. Au contraire, les nonciatures françaises de la même époque n'ont pas été étudiées. Nous présentons ici la première étude sur une nonciature française de la première moitié du XVI» siècle.

(1) Mignet. 1, 5o4 Voir aussi Rinaldi, Ânn. eccL XIII, 490 ; lettres de Clément Vil à François 1*', 10 avril i524; à Charles-Quint, i4 avril i5s4; à Henri VIII, 36 avril i5a4.

(2) De Leva 11. aao ; Pieper, Zur Enstehungsgeschichteder sVïndigen Nantiaturen (hnbourg. 1894. in.8 ). p 66. Vat. 3934, f. 196-202 : Instructions données à Schomberg à cette occasion. Item Bergenroth. Calendar of... State Papers. Spanish 11. p. 610-fiia. n^eaô (11 mars i5a4). Val 8444, p. 3i8- 329 : longue lettre à Schomberg, sans date ni nom d'expéditeur. Tnals qui a été certainement écrite à cette occasion. L'auteur de la lettre expose longuement à Schomberg, dans un ordre presque didactique, l'état de lasittialion et les remèdes à y apporter.

Cette paix répondait aux tendances et aux intérêts du pontife. Dune nature craintive et hésitante, la guerre le jetait dans de constantes préoccupations. Puis, detous les petits princes d'Italie, c'est lui que ces guerres menaçaient en première ligne. Gouverneur de Florence, il avait toujours à craindre qu'au milieu de la lutte, Tun des adversaires ne trouvât son profit à s appuyer dans cette ville sur le parti démocratique pour en chasser les Médicis. Chef de l'État de TÉglise, il voyait Parme et Plaisance,récemment reconquises, confiner au théâtre de la guerre ; quoi qu'il advînt, ces conquêtes courraient risque d'être entamées ou, du moins, de souffrir de la présence des deux armées ennemies. Enfin, sans avoir les ardeurs religieuses d'un Pie II ou d'un Adrien VI, Clément VII, lui aussi, était préoccupé du péril turc ; il eût vivement désiré voir une croisade des princes de l'Europe s'organiser contre le Croissant (d).

Schomberg ne réussit pas dans sa mission. François I*' ne pouvait entendre parler de comprendre dans un traité l'ancien connétable de Bourbon ; Charles Quint voulait des garanties du côté du Milanais et Henri VIII pensait toujours à reconquérir « son royaume de France. » Bientôt même, la guerre se rallumait plus vive que jamais et Bourbon faisait un plan de campagne pour envahir la France de trois côtés à la fois. Tandis qu'il attaquerait la Provence, Charles-Quint descendrait en Roussillon et les Anglais en Picardie; bientôt François I" en serait réduit à quitter son royaume comme l'un de ces petits princes de la Haute Italie qui, du jour au lendemain, se voyaient enlever leurs États, et pouvaient presque compter leurs années par le nombre de leurs exils.

Tandis que, toujours acharné contre son pays, Bourbon s'empressait de pénétrer en Provence et s'avançait jusqu à Marseille, Clément VII envoyait à Charles-Quint et à François I" de nouveaux négociateurs pour en arriver à une solution pacifique : comme interprète de sa pensée auprès de l'empereur, il avait déjà Raphaël Hieronimi et les ambassadeurs de Florence. En juillet, il leur adjoignait comme nonce Balthasar Castiglione ; enfin, deux mois après, sans attendre que Castiglione fût parti

(1) Ru<celli, Ouv cité, f, 106; Rinaldi, XllI, 490-55i, passîm.

de Rome (Ij, il chargeait Schomberg d'une seconde mission auprès de l'empereur et du roi d'Angleterre (2). Dans l'intervalle (8 août 1524), il avait choisi Aléandre comme nonce auprès de François !•' (3).

Peu d'hommes semblaient aussi propres qu' Aléandre à faire réussir la difficile mission qui lui était confiée : sa valeur, l'éclat de son enseignement à Paris, le succès de sa mission à Worms, tout justifiait le choix que Clément VII avait fait de lui dans cette circonstance difficile.

Malheureusement, nommé le 8 août, ce n'est que le 14 novembre et en pleine Lombardie que le nonce entretiendra le roi pour la première fois (4). Comment expliquer ce long retard ? Peut-être par la difficulté de rejoindre François I*"^ et de se tenir près de lui, alors qu'il allait de ville en ville, d'abord pour secourir Marseille, plus tard pour préparer son expédition d'Italie. Peut être aussi par le caractère hésitant de Clément VII, qui voulait voir comment tournerait le siège de Marseille avant de donner des instructions à son envoyé. De plus, après avoir été malade pendant la fin d'août et presque tout le mois de septembre, Aléandre obtint sans doute de pouvoir demeurer encore quelques jours à Rome pour y régler sa nouvelle situation d'ar-

(I) Castiglione partit de Rome le 5 octobre i5i4. St. Ehses, Art. cité, VI (i885), o8a. Le ii janvier i535, il écrivait de Lyon au légat Salviati. A. Desjardins, Ouu. cité, II, 817.

\2) Ruscelli, Oav. cité, l, 124 et suiv.;Rinaldi, XI 11,493, Pieper,Om;. cUé.ijù^ 67 — Schomberg partit de Rome le 7 septembre i52 4. St.Ehses, Art. cité Vî (i885j p. 583. ; Archiv. Vatic. Br. min. Cl. VII, t. 8, p. 3 n«« 35i-368 : brefs du 6 septembre 15a \, sur l'envoi de Schomberg. Br, min, CL VIL t. 8. p. 3, n°443, 445. 45i : la oct. i5a4 : Rinaldi,Xni, 495 : i3 oct. i5a4 : autres brets sur la même mission. On y voit qu'au bout de quelques semaines, Schomberg s'élait arrêté, parce que <* interrupta pacis aul induciarum spe, sine nostro jussu non ultra pulavit progrediendum » (Rinaldi, XI II, 490. Clément Vil à François l•^ i3 oct. i534). Mais Clément VU veut qu'il continue son voyage vers Charles-Quint et Henri VIll. Il prie François l*"" (Rinaldi, XII l. 490) et la duchesse d'.Angoulême, mère du voxiBr. min. Cl VII, l. 8, p 3, n' 445, 13 oct i534) de faciliter ce voyage.

(:|i II. Omont, Journal, p. 43 — Assemani dit qu'Aléandre fut inUrnoAce auprès de François l*^ (Vat. 833i. p. 619). Mais tous les documents contemporains le donnent comme noac^. Voir, par exemple, Friedensburg, IV,/|33-433.

(4) II. Omont. Journal, p. ^4-

chevéque de Brindes (1). Le 9 octobre avait lieu sa consécration; le 14, il partait pour aller vers le roi de France. Mais de nouveaux retards surviendront encore, et ce n'est qu'au milieu du mois suivant qu'il saluera le roi dans son camp, près de Pavie.

Pendant ces trois mois, les événements s'étaient précipités. L'héroïque défense de Marseille avait sauvé la France ; le 28 septembre, Bourbon avait dû lever le siège. Réduite en nombre, épuisée de fatigue, découragée, son armée avait regagné la Lombardie et, à Rome, on écrivait sur le torse du Pasquin : « Une armée s'est perdue dans les montagnes de Gènes : bonne récompense à qui saura la retrouver. »

•Sur les pas des Impériaux, François V' descendait en Italie à la tète d'une brillante armée, avec la première noblesse du royaume : le duc d'Alençon, frère du roi, René de Villars. François de Lorraine, la Trémoïlle, Thomas de Foix, Chabot, d'Armagnac, le roi de Navarre, Montmorency, la Palisse, tous les grands généraux qui avaient survécu aux vingt-cinq dernières années de guerres. A l'approche de l'invasion, les Impériaux avaient reculé jusqu'à Milan, qu'ils abandonnaient bientôt et, de tout le Milanais, ils ne gardaient guère que les deux places fortes de Lodl et de Pavie ; après quelque hésitation, Bonnivet décidait François P' à mettre le siège devant cette dernière place : sa chute devait entraîner pour les Impériaux la perte complète du Milanais.

A Rome. Clément VII est dans une inquiétude croissante : la Toscane et les États de l'Église sont plus menacés que jamais. Aussi multipUe-t-il les missions extraordinaires, qui seront plus nombreuses sous ce pape que sous aucun autre. Un vice-légat, Bartolommeo Ferratino, a déjà été envoyé à Plaisance, mais ni son c^utorité, ni son zèle ne paraissent à la hauteur de sa tâche ; le 7 novembre, le pape nomme son parent, le cardinal Jean Salviati, légat dans la Lombardie cispadane (2; ; dans le camp espagnol se rend Bemardino délia Barba. Pour .suppléer aux informations des deux nonces, Aléandre et délia Barba, Salviati leur adjoindra bientôt à chacun un secrétaire avec mission de le

(I) RusceUi, Oav. cité y I, i35.

(2)Bib. BarberiDi, \\\\[, T. a, f. sr. • -

mettre journellement au courant des moindres détails : le Florentin Alessandro del Caccia, chez les Français ; et le Sicilien Gherardo Spatafora chez les Impériaux.

Mais déjà, à cause peut-être du retard mis par Aléandre à se rendre à Pavie, le dataire Giovan Matteo Giberti est parti de Rome pour aller d'un camp à Tautre et négocier cette paix « que le pape désirait chaque jour davantage (1). » Tandis que Schomberg était Allemand, de cœur comme de nationalité, Giberti inclinait vers la France : aujourd'hui, c'était la France victorieuse qui semblait la moins disposée à la paix ; aussi Clément VII Pemployait-il auprès de François 1", de préférence à l'archevêque de Capoue.

Dans les premiers jours de novembre, nous le voyons aller et venir du camp impérial au camp français, faisant projet sur projet,mais des deux côtés rebuté à peu près avec la même hauteur. Les généraux impériaux y mettaient même une arrogance dont se plaignait amèrement Clément VII (2) : Lannoy déclarait que sa situation était loin d'être mauvaise; on ne pourrait traiter avec le roi de France tant qu'il garderait un pouce de terre en Italie. François P'semblaitplusaccommodant: sonpius grand désir était de complaire au père commun des fidèles ; mais il estimait que

(1) Ruscelli, Oav. cité, \, i33, i36 ; Rinaldi, XIII, 4r5 ; Molinl Ouv. cité, I, ii8, (3o octobre i5a4). Le même jour, àroccasion du départ de Giberti, le pape envoya toute une série de brefs aux principaux personnages des deux partis ennemis. A Charles-Quint et Henri VIII (Rinaldi, XIII, ^gS), le pape disait que, si la guerre continuait, la même ruine envelopperait vainqueurs et vaincus. Voir les brefs aux autres personnages dans Arch. Vatic. Br, min, CL VII, T. 8, P. 3. n*»» 49a-5o3.

A cette époque, Thomas Gampeggio était nonce à Venise. Dans le manuscrit qui contient ses dépêches à la Curie, il y a une lacune allant du 39 juin au 3o septembre i524 (Archiv. Vat. I^umiatura di Venezia, I, t. 7, 11). Dans une étude sur la nonciature de Venise sous Clément VII, étude qui. du reste, se borne presque au dépouillement de ce manuscrit, Tolomei explique cette lacune par Tabsence de Giberti, qui aurait été alors en mission auprès de François I*"* (Tolomei, Nunziaiura di Venezeia ; dans Bivista storica Italiana, xSga, p. 584, 585). On voit que Texplication n'est pas heureuse, puisque Giberti ne partit qu'à la fin d'octobre. Dans les dépèches de Thomas Gampeggio, il y a une seconde lacune, allant du la octobre au 16 décembre i5a4(ms. cité, f. 30, aa). Peut-être celle-ci aurait-elle pour cause le départ de Grberti.

^2) Ruscelli, Ouv. cité, \, p. 144*

son expédition de Marignan lui ayant valu le Milanais, celle-ci devait y ajouter le royaume de Naples (i).

Ce fut sur ces entrefaites que Jérôme Aléandre arriva auprès du roi de France. On comprend combien dès lors sa mission diminuait d*importance en même temps qu'elle croissait en difficulté : les adversaires étaient trop animés pour que sa voix pût se faire entendre en faveur de la paix.

(1) Carte Slrozziane, i5i. f. ao ; Molini, I, ii8 ; Dei^jardins, H, 787 (la nov ibih); Ehses, VI (i885), 594-596.

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