‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 82 sur 113 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PREMIÈRES NÉGOCIATIONS D'ALEANDRE (14 octobre — J4 novembre 1524).

Lorsqu'AIéandre partit de Rome, Clément VII écrivit de sa propre main à François I'"^ (1) : « Nous nous sommes décidé, lui disait-il, à envoyer un nonce à Votre Majesté, pour l'entretenir de plusieurs affaires fort importantes, et non seulement utiles, mais nécessaires au bien de la chrétienté ; à cet effet, nous avons choisi entre tous nos familiers notre cher fils Jérôme Aléandre ;

(1) Au départ d'un nonce, la Curie lui remettait d'ordinaire quatre sortes d'écrits : des brefs ou lettres de créance, des instructions, des facultés et un chiffre. (Voir plus haut, p. i^g).

Les brefs au roi et aux grands personnages de France se trouvent aux Archives Valicanes. (Br, min. CL K//, t. 8, p 3, n°» Mi'i, 45o, 456, 459-464). Les m* 445 et 4!)o ne sont pas des brefs de créance pour Aléandre, mais des lettres préliminaires à Louise de Savoie et à François I*''. N^ 445 : Clément Vil à Louise de Savoie, Non poiuit nobis, ta octobre i5a4 (Rinaldi, XllI, 496). — N* 45o : Clément VII à François !•', In hoc adventu tuo in lialiam, i3oct. i5a4 (Rinaldi, XÏII, 4'^5) : Clément VU y blâme François I" d*être venu de nouveau en Italie, et cela sans l'en avoir prévenu ; en même temps, il lui demande de laisser Tarchevèque de Capoue, Nicolas Schomberg. aller traiter de la paix avec Charles-Quint et Henri VllI.

N° 4^9 (Passus pro Domino Hiéronymo Aleandro nuniio) est la lettre de recommandation que la Curie remettait aux nonces à l'adresse des gens des douanes : on les prie de le laisser passer, lui et sa suite, sans exiger aucune redevance.

N» 46o : à la duchesse d'Alençon.— N<»» 46i-464 : à Tamiral de Bonnivet. dn<^ Sancti Marcelli (Saint-Marsault P), à Robertet, au grand chancelier, au grand maître, au grand écuyer, à Etienne Poncher, à François (Pencher), au grand aumônier, et aux trois cardinaux d'Auch, de Lorraine et de Bourbon (i4 octobre i5a4).

Le n^ 456, Accedit, est la minute de la lettre que nous traduisons id. Elle est publiée, avec d*assez nombreuses variantes, dans Molini. I, 177. Noos suivons la version des Archives Vaticanes. Sans date dans Molini, cette lettre est datée, aux Archives, du i4 octobre i5a4. Aléandre partit de Rome le jour même : H Omont, Journal.., p. 44, et ci après, p. 3ia.

Ces brefs avaient dû être décidés dans le consistoire du la octobre, où

sa probité, son habileté dans les aflfaires , sa vaste connaissance des belles-lettres et des langues nous ont appris depuis longtemps à lestimer et à Taimer. Ces qualités, jointes à Taffection que nous avons pour lui, nous ont poussé récemment à le choisir comme archevêque deBrindes; déplus, ayant jadis professé publiquement les lettres grecques dans votre Université de Paris, il y a pris l'amour de votre couronne, les mœurs et la langue de votre royaume. Nous l'avons donc de tous points jugé digne de cette mission ; quoiqu'il nous soit doux de nous éclairer de ses lumières, nous vous l'envoyons au nom de Dieu comme notre nonce et le nonce de ce Saint-Siège apostolique, à vous que par devoir de notre charge et par bienveillance particulière , nous regardons comme notre très cher fils en Jésus-Christ. Nous exhortons donc votre Sérénité, tant à cause de votre déférence envers nous que pour les qualités d'Aléandre et son dévouement pour nous, à recevoir avec joie et à écouter avec bienveillance un homme aussi éminent ; nous la prions d*avoir pleine confiance en tout ce qu'il lui dira pendant toute la durée de sa mission auprès de Votre Majesté. » La lettre était flatteuse et sortait des banalités ordinaires de

Clément VU avait exprimé sa peine de voir François !•' descendre en Italie, et la paix une fois de plus ajournée, ainsi que l'entreprise contre les Turcs (Bib. Barberini XXXVI, t. 2, f. 4?').

Nous n*avons trouvé aucunes /n</ruc<iofu de Clément Vil à Aléandre. Probablement le nonce les reçut-il de vive voix.

Nous n'avons pas trouvé davantage trace de chiffre dans les papiers de cette nonciature II est vrai que la presque totalité de la correspondance entre le nonce et la Curie ect perdue.

Dans les papiers d'Aléandre se trouve une copie du bref des JacuUés ou pouvoirs qu'il reçut pour cette mission (Bologne, Université 95it, III, f. id6- 169). Cum nos le ad carissimum, sans date. — Même ms., f. i55-i6o : Copia duorum Brevium faculiaium D'^^ Archiepiscopo Barensi concessarum et de novo confirmaiarum. Cum nos ie. Saragosse, 27 mai i5aa, Tortose, 5 juillet lôaa. Stefano Gabriele Merino, archevêque de hari, avait été nonce en France sous Adrien VI : Aléandre aimait à faire copier les brefs de facultés de ses prédécesseurs. Plus tard, il en agira ainsi pour la nonciature de Venise.

Enfin, pendant la durée de sa mission, il reçut de la Curie 5a5 ducats (Friedensburg, Ouu. cité, l, p. LUI), A. Pieper, (Zur EntsUhungsgeidhichU der êtdndigen Nuntiaturen, p. i3), estime que cette somme dut couvrir sinon la totalité, du moins une grande partie des dépenses du nonce, parce qu*i n'alla que dans la Haute Italie. Pourtant, comme on le verra plus loin (livre VI, ch. I, p. 34o;. dèsavant ledésastre de Pavie et lesennuis qui s*en suivilrent pour Aléandre, il emprunta aoo ducats d'or à Alessandro del Gaccia.

la diplomatie. Mais le nonce partait de Rome un vendredi I date néfaste pour un esprit supérieur pourtant, mais impuissant à s*affranchir de superstitions universelles autour de lui. Plus tardt Aléandre notera soigneusement cette date (1) : dans sa pensée, elle expliquait sans doute Tinsuccès de sa mission.

Il traversait ensuite le beau pays de Toscane, mais en homme tout occupé de ses affaires et de ses livres, sans y attacher la moindre attention ; le 8 novembre, il arrivait à la Chartreuse de Pavie. Depuis plusieurs jours déjà, Giberti avait commencé ses négociations et il devait les poursuivre jusqu'à k fin du mois. Aléandre était Tami de Giberti ; néanmoins la présence de cet envoyé extraordinaire devait forcément le gêner, peut-être même lui fut-elle quelque peu à charge. Cependant, il se concerta avec lui sur Tattitude à tenir auprès de François !•' (2) et le 14 novembre, il avait du roi sa première audience. Peu après, il en faisait au pape une longue relation : c'est Tune des lettres^ les plus importantes que nous ayons de cette nonciature (3).

Dès Tabord, Aléandre parla du désir de Clément VII de procurer la paix. Il exposa comment, depuis plusieurs mois déjà, le pape avait décidé d'envoyer à cette intention des nonces et ambassadeurs aux princes chrétiens. Présentement, cette paix pouvait se conclure au plus grand honneuf et renom de Sa Majesté; au contraire, elle n'ignorait pas combien l'issue d'une guerre était

(1) H. Omont, Journal, . . , p. 44 . Dans son idée Qxe que ce jour de départ avait influé sur lUnsuccès de sa mission, Aléandre crut même dans la suite que ce vendredi était tombé le i3, et qu'il était ainsi doublement néfaste. Mais il commet là une erreur : ie i3 octobre i534 ne tomba pas un vendredi, mais un jeudi. Du reste, il ne pouvait partir avant d'avoir reçu la lettre par laquelle Clément Vil le recommandait à François I*' et cette lettre est du i4 octobre. (Ci-dessus, p. 3io).

(2) Venise, Marciana, Lat. cl. XIV, cod. L. f. iia. (i3 nov. i5a4).

(3) J. Paquier, Nonciature.., (1897), P« ^^ et suiv. - Nous avons trouvé cette lettre à Venise en 1895. Comme le temps nous manquait pour la copier, nous priâmes Tun des bibliothécaires de vouloir bien nous en faire parvenir la copie. A propos du passage sur Tétude du grec et la lecture des œuvres de Luther par Aléandre, (ci-après, p. 3i3), nous conçûmes des doutes sur la fidélité de cette copie. En 1839, nous en avons écrit à M. le Di* Morpurgo, bibliothécaire de la Marciana . 11 nous a fait très obligeamment collationner le . document entier. Les variantes de détail sont nombreuses, mais aucune ne change notablement le sens de la lettre. 11 faut en dire autant du passage suspecté : pour le sens général, il est tel que nous Tavon^ donné.

incertaine et combien ses ennemis étaient puissants. Si François I" faisait passer le bien de la Chrétienté avant ses désirs personnels, s*il remettait ces différends entre les mains de quelque bon médiateur, il pourrait employer les forces dont il disposait à de bien plus louables entreprises et montrerait ainsi une générosité et une grandeur d'âme dignes du roi très chrétien.

François I" témoigna sa satisfaction de recevoir comme nonce un prélat qui avait si longtemps vécu en France. Mais, sur la question de la paix, Aléandre reçut les mêmes réponses que Giberti. Il ne put davantage en recevoir de précises sur des questions touchant le concordat conclu récemment entre Léon X et François I •' et sur diverses autres affaires qui lui avaient été confiées : le roi s*excusa sur l'absence de son chancelier et de son conseil, témoignant du reste de son ardent désir d'être agréable au pape.

L'audience se changea alors en conversation familière. Fran • çois P' parla des lettrés et des savants de son royaume, de ceux d'Italie et d'Allemagne, et il en arriva à Luther : « Il me dit qu'il l'avait toujours tenu pour un triste personnage, sa doctrine pour très pernicieuse et rien moins qu'évangélique, quoique du reste, il eût dit certaines choses qui lui paraissaient bonnes. Il développa si bien sa pensée que j'en pleurais presque de joie. Il me parla ensuite des œuvres de saint Grégoire de Nazianze et me demanda si je les avais lues en grec; il me dit qu'à son avis elles ne le cédaient pas en éloquence à celles de Démosthène et qu'il se les faisait traduire en français par un moine, ainsi que les livres de Josèphe contre Appion le Grammairien. Il ajouta mille autres choses surprenantes, en homme d'une vive intelligence, d'une grande éloquence naturelle, et d'un savoir aussi vaste que précis. Le pauvre Aléandre se lamentait de n'avoir pas étudié le grec, de n'avoir lu ni Grégoire, ni Josèphe ; il était plus étranger encore aux ordures de Luther (1). »

Pour l'instant, le nonce ne crut pas devoir insister sur certain

(I) « Ad questa parte el povero Aleandro se struggea denonhaverstudiato greco, non baver letto Nazlanzeno né Josepho et manco havea letto le ritmldarie de Luther. » H Omont, Journal, p. if4; J. Paquler, Nonciature, p. 46. On est surpris d entendre Aléandre dire qull n*a pas étudié le grec et moins encore les ordures de Luther. i*our le giec on peut à la rigueur expliquer la chose en disant qu*Aléandre songe aux auteurs dont vient de

prédicateur de Grenoble (1), ni sur le chapelain de la duchesse <l'Alençon (2) ou sur Tévéque de Meaux (3), tous plus ou moins suspects de luthéranisme (4). Mais le cardinal de Lorraine (5i s'étant retiré, il en profita pour amener une autre question, que Clément VII lavait également chargé de traiter : la défense de la

parler le roi, saint Grégoire de Nazianze cl Josèphe (I(a Villorio Clan, dans Giornale storico délia Lelleralura ilaliana.T. XXXIII, (1899), p. i4o, i4i). Mais, pour Luther, aucun pallialif de ce genre n>sl possible ; les mots d*Aloandre sont d'autant plus surprenants que pendant sa nonciature de Worms il avait écrit plus d'une fois au même Clément VII, alors cardinal secrétaire d'Ëlat, qu'il possédait à fond et presque par cœur les écrits de l'hérésiarque (Voir Briager, Aleander und Lnlher zu W^orms I52i, p. a 1,61, etc., et, ci-dessus, livre IV, p. 176, 197. ao3, etc.). Peut-être Aléandre voulait-il dire que les années précédentes, il n'avait pas rafraîchi ses connaissances sur ces deux points. Peut-être aussi, pour ce qui est de Luther, ce passage signifie-t-ii que, devant François ^'^ Aléandre ne voulut pas paraître avoir lu les œuvres de l'hérésiarque.

(1) Probablement Guillaume Farci. Voir Herminjard. Correspondance des Féformaleurs dans les pays de langue Jr an çaise, passim et surtout I, 178-180; O. Douen, dans Bullelin de la Socièlé de Vhistoire da protestantisme J)rançais (189a), p. laa. A. vrai dire, on ne mentionne pas spécialement la présence de Farel à Grenoble, mais il est certain qu'à cette époque il prêcha aux environs de cette ville, en particulier à Gap. Du reste. Aléandre n*étiit pas toujours précis dans ses renseignements géographiques. En voir une .preuve dans Herminjard. Onu. cité. M, 388, note 11.

(2) Ce doit être « Maître Michel. » Toussaints du Piessis (Histoire de lÉglise de Meaux, Paris, 1781, T. 1, p. 3a8) parle d'un Michel Roussel, qui parait être le même personnage. Dans le procès entre les Cordeliers et l'évêquede Meaux (11 août i5a5), Bochard. avocat des Cordeliers, le nomme « un appelé Michel, autrement ne sçay son nom. » (Du Boulay, Historia Univ. Paris. VI, 178). Vers loai, ce Michel était envoyé par Guillaume Briçonnet à Marguerite pour être son chapelain (Graf, Jacobus Faber Stapulensis; dans ZeitschriJÏ fur die hisiorische Théologie, i85a, p. 66, 66). Voir aussi Herminjard, I, passim.

(3) Guillaume Rriçonnet, transféré de Lodève à Meaux en i5i6. A la même époque, Guillaume Briçonnet commença à donner des signes non équivoques de son attachement à la foi catholique. Pourtant, en août i5a5, il devait encore avoir avec les Cordeliers un procès retentissant. Du Boulay, Ouv. cité, VI, 178-184 (Procès du ii-3i août i5a5) ; Graf, Jacobus Faber Stapulensis ] dans Zeiischrift fur die historische Théologie (i85a), p. 69 et suiv., 168 et suiv. ; S. Berger, Le procès de Guillaume Briçonnet au parlement de Paris {i5Q5) ; dans Bulletin de la Société de r histoire du proteslantisme français, lôjanv. 1896.

(4) Sur le protestantisme en France à cette époque, on peut voir, outre les ouvrages cités, l'étude de M. F. Buisson. Sébastien CasteUion (Paris, Hachette, 1892. a vol. in-8), I, p. 64 et suiv. Toutefois, nous ne pouvons -admettre sans réserves les conclusions de l'auteur.

(5) Jean de Guise.

chrétienté contre les Turcs. Le péril protestant et le péril turc, telles seront en ejffet les deux grandes préoccupations religieuses de la papauté pendant toute la durée du XVI* siècle. <« Sire, dit Aléandre. Votre Majesté promit autrefois au pape Léon, d'heureuse mémoire, d'entreprendre l'expédition contre les infidèles, si Dieu lui donnait un héritier. Vous fîtes cette promesse au vicaire de Dieu, et ce n'est pas hier, puisque, depuis lors. Votre Majesté a reçu au triple la grâce qu'elle demandait, celle de trois beaux enfants, en parfaite santé de corps et d'esprit ; dès lors, elle est tenue de laisser de côté toutes les discordes et les guerres entre Chrétiens, fût-ce môme quelque peu à son détriment, et de tenter cette sainte entreprise ; en récompense, au lieu de châteaux et de forteresses pour lesquels elle combat, Dieu lui donnera des royaumes et des empires. Il est selon toute raison que cette promesse faite à Léon X. Votre Majesté l'accomplisse sous le pape Clément, héritier de Léon par le sang et la dignité pontificale. » Le roi répondit qu'en effet il avait fait cette promesse à Léon X (1; ; « le nonce pouvait écrire à Clément VII qu'il la renouvelait, jurant sur sa foi royale de l'accomplir aussitôt que ses ennemis lui en laisseraient le pouvoir. »

Ce pouvoir hélas î ne devait jamais- lui être accordé, et bientôt la France, dans Tune des heures les plus tristes de son histoire, devra demander à Soliman le Magnifique de venir abattre le dur orgueil de son ennemi triomphant.

La conversation se continua sur les dispositions bienveillantes du pape à Tégard du roi : Aléandre excusa Clément VII d'avoir auti*efois porté les armes contre la France ; mais François I*' témoigna comprendre parfaitement les raisons qui Ty avaient obligé, et il remercia le pape de sa bienveillance présente. L'entretien se termina par de nouveaux aperçus sur les lettrés que possédaient les divers peuples de l'Europe.

Toute la lettre d' Aléandre respire la satisfaction de cette première entrevue. Avec ses qualités brillantes et sa nature che-

(1) C'est à Bologne que François !•' aYait fait cette promesse. En i5i8 et 1 5 19, la nécessité de la lutte contre les Turcs et sa volonté de s'opposer à eux fut Tune des grandes raisons que fit valoir François !*■* auprès des princes allemands pour se faire élire empereur. Deutsche Reichstagsakten unter Karl V. T. I ; A. Kluckhohn, Die Wahl 45î9, (Gotha, 1893, in-4), p, 189 etc.

valeresque, François P' l'avait charmé. Naguère, après la diète de Worms, le nonce ne savait comment exalter le catholicisme de Charles-Quint (1). Pourtant, dans ses lettres de cette époque on ne sent pas pour la personne de l'empereur l'admiration et l'inclination qu'il montre ici pour le roi. Dans une lettre qu'il envoyait en môme temps à son ami le prince Alberto Pio, alors ambassadeur de France à Rome , sa satisfaction se peint plus vivement encore. Il avait appris de François I** et de Giberti qu'Alberto avait écrit au roi pour le prévenir en sa faveur : il lui en témoigne sa gratitude en termes émus : le roi très chrétien l'a reçu avec une bonté extrême, prêtant la plus grande attention à ses paroles, et répliquant toujours avec justesse ; il Ta interrogé sur mille choses intéressantes et a témoigné avoir le plus vif plaisir à s'entretenir avec lui. Aléandre ne sait comment remercier son ami de lui avoir ménagé par ses recommandations l'accueil favorable d'un aussi grand roi (2).

Toutefois Aléandre n'avait rien obtenu et, dans la suite, il ne pourra pas davantage procurer cette paix, qui était le but principal de sa mission. Aussi, dans les longs jours qui s'écouleront jusqu'à l'approche de l'orage définitif, plus d'un se passera morne et plein dennui. Malgré le désir du légat Salviati d'être journellement renseigné, ni Aléandre, ni Alessandro del Caccia, ni, dans l'autre camp, délia Barba et Spatafora, ni d'autres encore, qui avaient l'ordre de lui écrire ne trouveront à remplir des lettres si fréquentes; ils en resteront le plus souvent à des lamentations sur les pluies torrentielles et l'état déplorable des routes, sur le malheur des guerres et les ennuis d'un long blocus où les Français attendaient la victoire de deux alliés, le manque d'argent et le manque de vivres dans le camp impérial et dans la garnison de Pavie.

La correspondance d'Aléandre avec la Curie eût sans doute présenté plus d'intérêt: elle nous eût renseignés sur les négociations qu'il entama en vue de la paix et sur les autres points qu'il traita avec François I•^ Mais il ne nous est parvenu que quelques

(I) Voir, plus haut, p. a()6.

{■*) Venise. Marciana, Lat. CL \IV, cod. L, f. lao.

débris de cette correspondance (1). Aléandre qui nous a conservé avec un soin minutieux tant d'autres de ses papiers^ a dû perdre les minutés de ses lettres dans le désastre de Pavie, et les archives du Vatican n'ont pas davantage conservé les originaux, détruits peut-être deux ans après pendant le sac de Rome (2).

Néanmoins, l'ensemble des papiers qui nous restent nous permet de suivre presque jour par jour les négociations de Rome et du nonce pendant ces mois troublés.

(1) J. P&quïer, Noncialare, p. 45, 68.

(2) La série des Nonciatares françaises n'y commence qu'en 1637 . Voir, plus haut, Œuvres d Aléandre, p. XIX.

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