ALLICNCE DE CLEMENT VII AVEC FRANÇOIS I« TENTATIVES DE PAIX
(Mi-novembre 1524. — Mi-février 15!fâ).
Rome est dans de mortelles inquiétudes. « Le Saint -Père suit avec une constante sollicitude les choses de Tarméeil) », écrivait, le 4décembre,Salviati à Aléandre. Il en sera ainsi pendant toute la campagne. Au milieu de ces préoccupations, toujours craintif et toujours indécis, Clément tient avant tout à contenter les deux rivaux. Il veut faire croire à Charles Quint et aux siens qu'il a pour eux la môme bienveillance que pour les Français (2). Au début de la campagne, il avait fait remettre mystérieusement 6.000 ducats au vice-roi de Naples (3;.
Dans la suite, ses agents ont ordre de ne pas refuser aux Impériaux les approvisionnements qu'ils demandent. Un trompette vient de leur part à Plaisance ; il demande des vivres, offre de les envoyer chercher sous bonne escorte et d'en donner un prix convenable ; on lui répond qu'on les tiendra prêts et que le pape entend avoir la même mesure pour tous (4). « Sa Sainteté, écrivait Giberti au Ic'gat. voulait être vraiment le père des deux rivaux o). » Les lettres des divers représentants du pape, surtout dans les derniers mois de 1524, sont remplies de semblables affirmations ; dans les premiers jours de janvier 1525, Clé-
(1) Udine, n» 4. p. 19.
(2) A. Desjardins, Ouv, ciléjU, 794 ; Jacques Salviati au légat Jean Salviati, a5 nov. i5a4 : II. 795, Leandro di Domo à Cristoforo Carnesecchi, Rome, a6 nov. i5a4.
(3) RuscoUi, Oav. cité, l, iï\; BuchoUz, Geschichte der RegUrung Ferdinands /. iWien, i83i-i838, 9 vol. in-8), II, 270 ; Bergenroth, Calendar.., II, 670; Mignet, Oav cité, II, aS ; Ehses, Art. cité, VI, ôga.
(4) Çhigi, rns cité, f 36. (Caccia à Aléandre, ao déc. i5a40
(5) Slroz, , i5a f. 433 (Gibertià Jean Salviati. aa déc. i5a4;.
ment VII publiait les articles d'un traité entre lui et François P% où la même neutralité était de nouveau affirmée (\).
Dans la réalité, cette neutralité n'existait pas. Dès l'arrivée de François !•' en Lombardie, Clément VII avait incliné en sa faveur ; la prépondérance de Charles en Italie menaçait trop les intérêts de la papauté : Tempereur à Naples et le roi de France à Milan écrasaient moins le centre de la péninsule. Du reste, en dépit de leurs paroles hautaines, le pape voyait les affaires des Impériaux décliner (2) : il regardait François I" comme assuré du succès et cherchait dès lors à se concilier le futur vainqueur. Peu après avoir remis de l'argent à Lannoy, il concluait avec François un traité très secret, dans lequel étaient comprises Florence et Venise (42 décembre 1524) (3; ; ces anciennes alliées de
{\)Stroz., i53 f. 58-6a. 117, i3o ; Rinaldi, XIII, 497 ; Desjardins. Ouv» cité. H, 812-814. Giberli à Salviati, 4 janvier 1021 ; on y trouve aussi le texte du traité. — Le 4 janvier et les jours suivants. Clément VII en avisa les principaux personnages de lEurope : le vice-roi de Naples, 4 janvier (Balan. Monamenta saecali XV 1 historiam Uluslrantia, Oeniponte, i885, in-8, p. 45) ; Charles-Quint. 5 janvier {Item, p. 48) ; le roi d'Angleterre, 5 janvier (Item, p. 5a] : Wolsey, le doge de Venise, le duc de Savoie, etc. {Item, pages suiv , et, de plus, pour le bref au doge : M. Sanuto, I Diarii^T. XXXVII, (Venise, 1893. in-4), p. 416-417.
C*est évidemment de cette publication que parle Franç<>b l" dans une lettre à Clément VII, du 10 janvier i5a5 : « Très sainct Père, Nous avons entendu par lettres de nostre amé et féal cousin le conte de Carpy la résolution par elTect prinse et conclutte et arrestée par Vre sté, sur le faict de la déclaration par nous tant désirée... » Cette déclaration, ajoute le roi. servira à amener la paix universelle (A.rcb.Vat. Letl. di Princ., 111, p. i3). (D RuscelU, Ouv. cité, I, 444.
(3) « Dei nomine invocato His praesentibus Ittteris declaratur quodcum ad commodum Reipublicae christianae el Italiae tranquiliitatem inili fuerint quidam traclaius concordiae, pacb et confoederationls, inter Sancmum D. N. Clemetttem Vil ex una, et Cbristianissimum Regem ex altéra^ pactis et convenlionibut in illis contentts, quorum tractatuum duo icti fuere die XX octobrb praeteriti. stipulât! et conQrmati per Jo. Baptistam Sangam, Notarium apostolicum, etc., XXVI* ejusdem ; alter autem in quo intervenitunacam Sanctitate Sua Sefnus Princeps D. Andreaa Gritti, et 111°" Dontinium Venetorum ut una ex partibus contrahontibus, et per ipsum magc^ D . Marcus Fuscarus orator et procurator, plénum et sufflciens ad hoc halsenamandatum ipsius Itlmt Princtpis et Dominii.XI! Decembris proxime praeteriti stipulât! (stipulatus) perR (). Joannem Matthaeum Glbertum episcopum Veronensem S^^i D. N Datarium ; in praesentiaque contingtt, habendo rationem temporum, nonnullas conventiones pubUeandas de novo inire inter piraedictos principes Snium u. N. et Chrisiiamsaîmum Regem; in quibus elsî nonnulla contineantur in praedictb tractatibus et conveall-
Tempereur promettaientde ne lui accorder aucune assistance: en retour, le roi devait maintenir les Médicis dans Florence et protéger le pape et les Vénitiens. Le traité de neutralité que la Curie promulgua quelques semaines après n*était qu'un pâle reflet des clauses amicales que l'autre renfermait. Aussi en France se réjouissait-on d'une convention que l'on savait être un vrai pacte d'amitié (1), tandis que l'empereur et les Impériaux en manifestaient le plus vif mécontentement (2).
C'est surtout grâce à cette alliance que l'abondance ne cessa de régner dans le camp français alors que, dans le leur, les Impériaux vivaient misérablement. Constamment les chefs français furent en parfaite intelligence avec le légat Salviati, et le
bus contenta, attamen, et cum plurima ex illis sint praetermissa, nonnulk mutilata rationabilibus de causis uti nunc minime manifestanda, sive publicanda, ne in dubium verti posait illa labefactata esse et infirmata ob bas posteriores conventiones, ad eam dubitationem et omnem ambiguîtatem tollendam praedictae partes convenerunt his litteris attestari et declarare non intelligere nec velle dlctum superius foedus, conventiones et pacta ob haec posteriora ullo pacte fracta, aut diminuta esse, sed permanere in omnibus punclis, et clausulis suis Integra, rata et flrmain suc robore. uti erant antequam haec ullima publicanda inirentur. In quorum fldem hae subscriptae erunt manu ipsius Ser»' ac Clem^ D^ N^ et film' D* Albert! Pi! Garpi Gomitis oratoris, et procuratoris ad haec et similia praedieti Christ"^* Régis. Romae, in palatio apostolico. secunda mensis januarii, anno salutis MDXXV, Pontes vero Sanctitatis suœ secundo. » Archiv. Vatic. Arm. X{.T. i5a, n" i4, copie. Gomme on le Yoit par ce document, le traité très secret entre le Pape. François I*', Florence et Venise était du 12 décembre. Ge traité antérieur se trouve aussi aux Archives Vaticanes (Capitula pacis et confoederationis inita inter Sanc^»^ Onum nrum ciementem VII et Venelot ex una, et Ser^^f^ Franciscum Regem Franciae, ex aliera, die 12 decembris ib^h : Pio, Sgi, f. 17- 19 ; Politic. XCV, f. 287 (sommaire); Arm. XI, T. i5a, n* 18; copies. Voir aussi, ci-dessus, p. 3o3).
Jusqu'aujourd'hui, la convention du a janvier que nous publions ici est restée complètement inconnue. Voir Du Mont, Corps diplomatique (1796, in-fol.); S. Ehses. Art cité. Vil. 079*580; G. Jacque ton, La po/f/i^u^^x/^rietire de Louise de Sauoi« (Paris. 189a, in- 8^), p 67; — Catalogue des actes de François /", T. I (Paris, 18S7, in-8) V (1891), Vil (1896).
Ginq jours après, Sessa en écrivait à Charles-Quint (Bergenroth, Calendar: Spanish, H, p. 689-690). Voir aussi S. Ehses, Art. cité, VII, 671 et suiv.
Le traité du i a décembre est donné sommairement, d'après une copie espagnole, par Bergenroth, Calendar, II, p 684, n» 70a. Item S. Ehses, Art, cité Vil, 6oa-6o3. Voir aussi Paruta, Historia Veneta, p. aoi. Marine Sanuto, / Diarii T. XXXVII (Venise. 1898, in-4). col. 4i8-4ao.
(1) A Desjardins, II, 817
(2) Pour Gharles-Quint, voir, entre autres, Rinaldi. XIII, 497, 534 ; pour les Impériaux, J. Paq uier, A^oncia^ure p. a8, et, ci-après, p. 33o.
mot d'ordre fut toujours le même : faire parvenir aux Impériaux le moins de vivres possible, et le plus qu'il se pourrait chez les Français (1).
Clément VII donna des marques plus apparentes encore de son alliance avec la France. Au milieu de novembre, le condottiere Jean de Médicis,de la famille du pape et de Salviati, s'enrôlait avec ses Bandes noires au service de François I". Sanga, il est vrai, affirmera à Schomberg que Jean s*est déterminé de son propre mouvement et sans même prendre conseil du pape (2). Mais s'il n'avait pas parlé directement à Clément VII, il avait du moins demandé au légat Salviati s'il devait accepter les offres de François I"v3).De son côté, Giberti l'avait assuré qu'en se donnant à la France, il répondait au désir intime de Clément VII (4), et celui-ci, loin d'être mécontent de cet enrôlement, suivit toujours d'un œil attentif et complaisant les exploits du capitaine.
L'acquisition de Jean de Médicis était d'un grand prix pour les Français. Aussi le roi ne cessa-t-il de l'entourer des marques les plus spéciales de sa considération (5). Le jour de son arrivée, il le combla de prévenances, pourvut aussitôt à son logement et commanda que 500 de ses hommes fussent comme lui logés dans le camp. Le lendemain, il faisait de Jean un grand éloge à Aléandre, lui disait tout ce qu'il en attendait et qu'il le voulait constamment auprès de lui. Pendant le siège de Pavie, le condottiere devait déjouer plus d'une fois les plans des ennemis et empêcher les escarmouches de tourner en leur faveur (6) ; il fut leur effroi jusqu'au jour où une blessure vint le mettre hors d'état de combattre et l'éloigner d'un camp où sa seule présence donnait du courage au soldat.
1) Slroz,, i5i, f. 55o; i54, f. i : i54 f. a58. — Il y a, il est vrai, une ombre au tableau. Le Yice-légat Ferratino se montre peu disposé à fournir aux Français des approvisionnements : le roi et Bonnivet 8*en plaignent souvent à Aléandre. {Stroz , :5a, 1. SgS). Us l'accusent même de tenir les Impériaux au courant de tout ce qui se passe dans le camp français. (Slroz,^ 102, f. 474; i53, f. aïo).
2) Ruscelli, Ouv, cité, I, i4a, i45 (ai, ag nov. i5a/i). (3)\. Desjardins, II, 786, (i5 nov. i5a4).
(4) De Leva, Ouv. cité, II, aa8.
i^) Stroz.. i5i, f. i85 (Giberti à Salviati, 19 nov. i5a4) ; De^jardins, II, 791 (Jean de Médicis à Salviati. a4 nov. iDa4) ; J. Paquier. i^onciatare. ., p. 5o. (Méandre à Salviati, 4 déc. i5a4).
\(^) Stros.. i54, f. aa7, aa8, etc.
Éhfi'n, Clément Vlï ne s*opposa ménlèpas à ce qu*utie armée ifrànçaise passât par ses États pour se rendre à Naplès. Quelques semaines après son arrivée devant Pavie, François I"' avait décidé une expédition dans ce royaume sous la conduite du duc d'Albany. Le pape, il est vrai, répugnait à accéder sur ce point aux désirs du roi (1) : l'alliance devenait trop évidente et, d'àilïèùrs, s*il voulait François !•' à Milatl, il ne le désirait aucuneùient à Naples. N'ayant pu dissuader son allié de cette entreprise (2), il consentit au passage des troupes par la Toscane et les États de l'Église : le 13 décembre (3), le duc d'Albany s'éloigna du camp français avec plus de 5 000 fantassins, 500 lances et chevau-légers. « Il ne devait pas entrer dans les villes, mais se contenter du passage et de ce que le légat et les autres agents du pape jugeraient bon de lui accorder (4). «
En môme temps le roi priait Aléandre avec grande instance d'écrire à Salviati pour que dans les terres et lieux des États de l'Église où ils passeraient, [ses gens pussent se procurer les vivres nécessaires (5). A la manière dont Aléatidre appuie cette demande, on croirait même qu'il ignore la nature des relations qui existaient dès lors (6) entre Clément VÏI et François I''. « Père de tous les chrétiens, le pape, dit-il, ne veut pas faire de l'un de ces grands princes son enfant et rebuter l'autre comme un étranger. » Le nonce était-il donc ignorant de la politique pontificale et de
(1) Ce point est absolument certain, quoi qu'en aient dit Leva et quelques autres historiens. Voir Ruscelli, Oav. cité, I, i4o, i43 ; Rinaidi, Xllly 496, 53$ : « Obstitit omni contentione Pontirex... ut sedes apostolica suam dignitatem authoritatemque. divisa iiiter aemulos Italia, retinerét. » Desjardins, 11, 798 ;fin nov. lôaA) ; Ebses. ArL eité^ VI, 697, VII, 5.54 etsuir.
(2) A. Desjardiiis, II, 798 (Giberti à Jean Salviati, a5 nov. i5a4) ; 797 (Même au même. 28 nov. i5a4.)
(3) Desjardins. II, 8o5 : Aléandre au légat Jean Salviati, la déc. i594. Il dit qu*ils partiront le lendemain sans faute Le i4 décembre, AI bany s'était éloigné; A. De^jardins. II, ^o5: Albany à Jean Salviati. i4déc. i5a4.
(4) Slroz y i5a. T a33. (Aléandre à Salviati, i3 déc. i5a4).
(5^ A. Desjardins, II, 3oo, 801 (Aléandre à Salviati, 10 déc. ioa4). Neuf jours après, dans une lettre à Giberti, Aléandre revient sur la nécessité de faire contre fortune bon cœur et d'accéder aux demandes du roi : c Les temps sont durs ; il n'est guère possible de refuser le passage des troupes ; il fdut courber Téchine puisqu^on ne peut agir selon son gré > (Venise, 3/arciana, ms cité, i. ii3. Aléandre à Giberti, 19 déc. i5a4).
(6) Voir ci-de«sus (p. 3i9-3ao ) le traité du la déoetebre,et, dans la convention du a Janvier i5a5, la mention d'un traité antérieur, dû ao octobre i5a^.
ses tendances présentes ? A Worms, on pouvait déjà s'étonner de le voir si peu au courant des préoccupations politiques de Léon X qu'il fût obligé d'apprendre de Chièvres les avances du pape à la France (1); mais là, du moins, il n'était chargé que des affaires religieuses ; auprès de lui, Caracciolo devait s'occuper des temporelles. Aujourd'hui, qu'il était chargé des affaires religieuses et politiques à la fois, Clément VII, moins confiant encore que Léon X, Tavait-il donc laissé dans la même ignorance de ses projets et de ses alliances. Il est probable qu'Aléandre s'était exagéré le mécontentement de Clément VII au sujet de l'expédition d'Albany. Dès lors, il aura cru faussement à un commencement de rupture entre la France et le Saint-Siège (2).
Alliance avec la France, secours donnés à François I", condescendance à ses désirs, tout cela dans la pensée de Clément VII n'était pourtant qu'un pis aller : sans cesse, ses aspirations et ses efforts tendent à une paix ou du moins à une trêve entre les Français et les Impériaux. Dans les jours qui suivent l'arrivée d'Aléandre, Giberti reste encore pour essayer une conciliation (3). Mais ses tentatives demeurent constamment vaines
(1) Brieger, Aleander und Luther iS2S^ p. 99 ; Baomgarten, Getc/iic^tf Karlt V. T. I. p 434. Ci-dessus, p. 209.
(2) Dans les semaines qui suiyent, l'expédition d'Aibany s'avance lentement par la Toscane. Au milieu de janyier, elle est sur le territoire de Sienne, et Albany demande aux Siennols de Targentet des canons. (5/roz., i53, f. 174. Rlnaldi. XllI, 689 et suiv. S. Ehses, Art. cUé, VII. p. 669, 585). Un mois après, elle campe aux environs de Rome. (Stroz., i54, f. ai a, a34^ ; le i3 février, Albany arrive dans cette ville (A. Desjardins, II, 837. Giberti au légat Jean Salviati, Kome, i3 février i5a5 : « U signor duca e purvenuto »), où il reste quatre jours entiers. (Gayangos, Calendar, Spanish, T. III, P. I, p. 5o, Lannoy à Marguerite d*Auiricbe, ai fév. i5a5 ; S. Ebses, Art. cUê^ VU, 586). A la On du mois, il était enfin parvenu aux frontières du royaume de Naples. L'expédition ne devait pas aller plus loin : c Je crois que cette victoire sera le vrai secours de Naples >, écrivait Lannoy à Sessa le soir de la bataille de Pavie (Ruscelli, Oau. cUé, I, i5o).
U disait vrai : à peine le désastre connu, Tarmée d'Aibany fut dispersée par les Espagnols et les gens des Colonna ; le duc se réfugia dans Rome avec les débris de ses troupes. Peu après, il fut heureux de s'enfuir en s'embarquant sur une flotte française. Rioaldi, XIII, 54o-54a; Arehiuio deUa Società Romana di storia patria, XVIII (1895), p. 3a9 (Alberini, Diario) ; L. Dorez, Le tac de Rome ; dans Mélanges... de l Ecole française de Rome, XVI. (1896) p. 383-384.
(3) Ruscelli. Oau. cité, I, i4o. (ai nov. i5a4).
et Jacques Salviati résumait la situation en écrivant à son fils le cardinal : « Personne ne veut ni paix ni trêve. (1) »
Le dataire partit le 27 novembre ; tandis qu'un autre négociateur, Paolo Vettori, se rendait auprès du vice-roi (2), Aléandre demeura l'interprète unique des pensées du pape et du légat auprès de François I" (3). Mais il semble s'être passé de longs jours sans que Rome trouvât sage de parler de nouveau d'accommodement. Inutile de rien tenter alors que chaque parti se renforçait de plus en plus pour la lutte, que tous les deux se croyaient sûrs de la victoire, que leur haine et leur ambition croissaient à la fois : tandis que François I*^ voulait ajouter Naples à Milan, Bourbon suppliait Henri VIII de l'aider à porter la guerre au cœur de la France, ou tout au moins, d'envoyer des secours en Lombardie (4).
Au milieu de janvier, les négociations recommencent. Clément VII, il est vrai, a peu d'espoir qu'elles aboutissent et les brefs qu'il envoie à cette époque sont empreints d'un grand sentiment de tristesse et de découragement (5). Mais François l*' avait paru plus accommodant (6) ; à Rome, quelques-uns s'étaient repris à espérer et le 20 janvier, Sadolet écrivait à Salviati : « Il semble que sur certains points on puisse aisément tomber d'accord : donner l'État de Milan au second fils du roi, qui en recevra l'investiture de l'empereur moyennant une somme d'argent ; abandon à Charles-Quint des droits que François I" possède avec lui sur le royaume de Naples, ligue défensive contre les Turcs et compensation accordée à François Sforza devenu simple duc de Bari. Sa Sainteté se déclarerait l'ennemi du premier qui briserait la concorde. » Pour les détails, les deux partis s'en remettraient au jugement du pape. On essaierait ensuite de régler la situation du duc de Bourbon et l'on éviterait
(1) Stroz , i5i, f. i35 (i6 nov. iSaA).
(2) Sur Paolo Vellori. amiral des galères du pape, voir A. Deijardins, II, 795. 797 (26, a8 nov. i5^4) ; S. Ehses, Art. cité, VI, 600-601, VII, SSg.
(3) Stroz., i5i, f. 4i7,45o(Gibertià Salviati, 28,29 nov. 1624).
(4) Stroz., i52. f, 464 (Gibertià Salviati, 26déc. i524).
(5) Par exemple. Balan, Monumenta saecali XVI^ hUioriam Ulu$irantia (Oeniponte, i885, in-8), p. 63 et suiv. (28 janvier, eic ).
(6) Stroz,, i53, f. 276, 889 (i6 janvier i525).
de faire mention de Tournai, de la Navarre et de l'Artois (1).
Mais quelques jours après, ce projet s'en est allé rejoindre les précédents ; toute espérance semble évanouie « surtout à cause des Français qui ne veulent entendre parler d'accord qu'à la condition d'avoir toute la Lombardie sous leur domination. Pourtant, Sa Sainteté ne cessera de tenter tous les moyens qui s'offriront à Elle de faire le bien (2) >>
Une fois encore, le pape recourut à Nicolas Schomberg. A l'automne précédent, comme on l'a vu (3), la Curie l'avait chargé d'une seconde mission pacifique auprès de Charles-Quint et de Henri VIII (4). Avant d'avoir pu se rendre en Angleterre, il avait reçu de Clément VII Tordre de venir en Lombardie (5 janvier 1525) (5); mais, comme on le savait enclin à favoriser les Impériaux, on lui adjoignit comme secrétaire Sigismond de' Santi, homme tout dévoué au prince de Carpi et par là même acquis aux intérêts français.
(1; \ Desjardins, II, 819-822 (19 janv., 20 janv. i525) : 2 lettres de Sadolet au légat Jean Salviati . D*au très projets semblables se trouvent dans le ms. Vat.3922, f. 56-59, parmi les papiers d'Aléandrc : ils ne sont pas datés, mais ils semblent se rapporter aux négociations dont il s*agit ici.
(2) Stroz., i53, f. 896. 407 (24 janvier i5a5).
(4) François I*** lui avait d'abord refusé le passage et l'avait fait arrêter parLautrec. Stroz. ^ i52, f. 78, Giberti à Jean Salviati. 5 déc. i524. où Ton voit que Schomberg était arrêté en France et ne s*était pas encore rendu en Espagne ; f. 157, Aléandreà Salviati, iodée. i524, où Aléandre dit qu'il a réglé cette affaire avec le roi ; — Ruscelii, Ouv, cité^ I, i36 (Sadolet à Hieronimi, 4 nov. i524) . St. Ehses, Art. cité, VI (i885), p. 585.
Vers le milieu de décembre, Schomberg était cependant parvenu à Madrid, aupi es de Charles-Quint. Balan, Monumenta saeculi XVl^ historiam î/Ui5£ran(îa (Oeniponte, i885, in-8), p. 3i2 ; Charles-Quint à Clément YII, Madrid, 18 décembre i524
De là. il devait se rendre par la France en Angleterre, mais les Français ravalent empêché de poursuivre sa route et il s'était arrêté à Lyon. Balan, Monumenta saeculi XVIK.. p 58 (Clément VII à Schomberg, 5 janv. i525); A. Desjardins, Ouv. cité, II, 8i4 (Giberti à Jean Salviati. 4 janv. i525) . II, 81 4 (Même au même, 6 janv. i525); II, 81 5 (Agostino Foglietta à Jean Salviati, Rome, 6 janv. iÔ25). Le 11 janvier, il était encore à Lyon. A. Desjardins II, 817
(5) BeLlan, Monumenta saeculi XV IK.. p. 58 (Clément VII à Schomberg. 5 janv. i525). Voir aussi A. Desjardins, Ouv. cité, 11, 835 ; Gachard, Correspondance de Charles-Quint et d'Adrien VI (Bruxelles 1859, ln-8), p. 211; St. Ehses, Art. cité, VI, p. 585-586 ; G. Jacqueton, La politique extérieure de Louise de Savoie (Pbtïs, 1892. in-8), p. 68.
^K la fin de janvier, Schomberg reprenait le rôle qu'avait joué Giberti trois mois auparavant. Comme lui, il alla des Impériaux aux Français et des Français aux Impériaux, mais, peu après, il se retirait à Plaisance auprès du légat ; jusqu'au jour de la bataille, Schomberg et Salviati continueront à diriger de là les négociations en vue de la paix ; par un hasard malheureux, ces tentatives, comme on le verra, hâtèrent la mêlée définitive.
Quant à Aléandre, il se dépensait toujours à faire réussur les projets de Rome et le cardinal Passerini lui écrivait que son zèle était apprécié (1). Mais sa faible santé ne put supporter tant de fatigues et d'ennuis. Dès le mois de décembre^ il pouvait à peine écrire et souvent, dans la suite, del Caccia nous le peint très chancelant en même temps que très occupé (2) .
(1) Stroz,, i5a, f. 107, 127 (A.léandre à Salviati, 7 déc. i5s4) ; Udine. n^ 4, p. 18 (Passerini à Àléandre, Florence, aadéc. i5a4).
(2) Siroz.^ i5a f. 476, 507. 619; i54, f- 191. — Dans notre précédente étude, nous avons décrit ici, diaprés les papiers de Salviati, la situation du camp français et du camp impérial, du mois de novembre xb^k au mois de février i6a5 (p. a3-3a, 88-39).