CONVERSION. L'ORATOIRE DU DIVIN AMOUR
Dans les années qui suivirent sa mission près de François I", Aléandre acheva de se tourner vers Dieu.
Aléandre eut toujours des sentiments très chrétiens. Dans la préface de Tlliade (1503), Aide Manuce félicitait le jeune humaniste « de sa religion si chrétienne». Dans celle de TOdyssée, il trouvait d*un heureux présage le prénom de Jérôme qu'on lui avait donné au baptême : « Son saint patron était un modèle à suivre pour la science et pour la vertu : jusqu'à présent, Aléandre s'était merveilleusement avancé vers le but indiqué (1). »
En 1508, Aléandre perd une chaîne d'or : pour la retrouver, il fait vœu de visiter le sanctuaire de saint Antoine de Padoue, de jeûner deux fois le vendredi, et quatre fois la veille de la fête du saint; la chaîne retrouvée,il accomplit fidèlement sa promesse (2j. Au milieu de ses maladies, il se recommande aux prières de son ancien élève, Michel Hummelberg (3). Dans la lettre dédicatoire de son lexique grec, il s'élève à propos de l'ingratitude aux plus hautes considérations chrétiennes. « C'est ce vice qui a porté nos premiers parents à se révolter contre Dieu et les Juifs à mettre Jésus-Christ à mort ; nous-mêmes, ajoute t-il, pécherions-nous si fréquemment si nous considérions que la laideur de nos péchés offense Dieu et nous rend ingrats envers lui (4) ?»
De plus, partout, dans les lettres et les notes de ses années
(1) a-des8U8, liv. I, oh. III, p. ai-aa.
(2) H. Omont, Journal^ p. ii. 46.
(3) A. Horawitz, Analekten. . . , dans SitzangsberichU der Wiener Akademiey Ph. Hisl. Kl. T. LXXXVI (1877),?. 269. (11 octobre i5i3).
(4) H. Omont, Ezzai, (1891). p. ag. Mais H. Omont n'a pas reproduit cette épitre dans sa description du Lexique.
d'humanisme, on retrouve des phrases de piété, des signes religieux, en rhonneur de Dieu et de Jésus-Christ. Ils nous frappent moins aujourd'hui que nous sommes habitués à voir en lui un homme d'Église ; mais ils sont assez surprenants, quand on songe qu'ils étaient écrits par un jeune professeur de grec à rUiiiversité de Paris (l).
En 1514, avant de s'engager avec la Marck, il veut s'éclairer par la prière et fait dire une messe en l'honneur de TEsprit- Saint(2). Lorsque la Marck lui promet des bénéfices, il y met comme condition que dans cette collation rien ne sera contraire aux lois de l'Église (3). En voyage, il a soin de chercher un prêtre afin de pouvoir entendre la messe le dimanche (4) ; arrivé à Liège, il regrette qu'un malaise l'empêche de communier le jour de Noël (5).
Aussitôt son arrivée à Rome (1516), il fait un pèlerinage à Sainte-Marie Majeure, se recommande à la Vierge et fait don à l'église d'une aiguière d'argent. Dans la suite, il a toujours une dévotion particulière pour ce sanctuaire et il le visite une fois par semaine lorsqu'il se trouve à Rome (6).
A Liège et à Rome enfin, il est toujours fidèle à la récitation du bréviaire, que lui impose la possession de ses bénéfices (7).
Si l'on consulte sur la jeunesse d'Aléandre les témoignages de l'époque, 'on trouve qu'il ne fut pas moins pur de mœurs que religieux de sentiments Dans la préface de l'Iliade, Aide vantait « la pureté de ses mœurs ». Neuf ans après, dans la préface de la Grammaire de Chrysoloras^ Vatable parlait aussi de « la pureté des mœurs d'Aléandre, son précepteur vénéré, à qui l'on ne saurait jamais donner assez de louanges (8). »
Combien d'hommes n'ont jamais reçu dans leur vie la moitié
(1) Voir, par exemple, les en-tèle des lettres publiées par M. de Nolhâc dam Stadi e Docamenti di sloria e diritto, T. IX (i888), p. aoS-ai7.
(2) H. Omonl, Journal, p. 26.
(3) //cm, p. a6.
(4) Ilem.p a8.
(5) Hem, p. 3o.
(6) Liruti Nolizie, (1760), I, 475.
(7) U. Omont, Journal, p. 17.
(8) H. Omont, Essai (1891), p. 58.
de ces éloges et combien ne sont supérieurs à Aléandre que pour n*avoir pas laissé de notes intimes !
Malheureusement pour lui, Aléandre a laissé de ces notes. Avec la précision scientifique qu'il aimait à apporter à tout, arec la naïveté d*un enfant, il a consigné ses faiblesses et les tristes conséquences qu'elles devaient avoir pour lui (1).
Dans l'ensemble, ces erreurs furent peu nombreuses (2) ; elles furent rares pendant ses années de Venise, il n'y en pas trace pendant son séjour en France. De plus, elles venaient d'un homme qui les reconnaissait comme telles; il les relate en grec et en hébreu, langues moins accessibles dont il se servait d'ordinaire pour rendre ce qu'il avait de la gêne à exprimer ; souvent même, il n en parle que pour les regretter. On comprend donc que les amis d' Aléandre aient pu vanter sa jeunesse exemplaire : elle apparaît ainsi à qui compare la vie de ce jeune humaniste à celle des lettrés de son temps : à des mœurs déplorables, la plupart joignaient une inconscience presque absolue de l'irrégularité de leur conduite (3).
Dans les premières années de son séjour à Rome, des conseils aussi pressants que malheureux, le milieu corrompu où il se trouva jeté, les ennuis et les difficultés avec lesquels il eut à lutter, tout agit fâcheusement sur Aléandre : ce fut le moment de ses plus grands et de ses plus longs oublis (4).
Pour lui, comme plus tard pour l'Église en général, l'hérésie de Luther fut le coup de foudre salutaire qui amena le réveil.
A quelle époque Aléandre commença-t-il à mener une vie complètement austère ? Peut-être dès son retour de Worms : il est certain du moins que pendant toute cette nonciature , comme du reste pendant toutes ses missions , il ne donna pas prise à la moindre attaque. Peut-être aussi, toutefois, les études sacrées auxquelles à cette époque il s'adonna de plus en
(1) H Omont, Joiir/ial, p. 9.
{2y L. Dorez, nne Mire de GiUes de Goarmont, (1898), p. 3o : < Prteter meam consuetudinein. »
(3) J. Burckhardt, La CivilUaiionen Italie aa tempi delà Renaisianee (tnd. Schmidt, Paris, i885, in-8), I, 338 et suiv.
(4) H. Omont, Journal p. 17 ; J. Paquier, Oav. cité, p. 187 ; L. DoreSj Une leUre de GlUes de Gourmonl (1898), p. 16, 3o.
plus (1), les sentiments de religion qui redoublèrent chez lui ne suffirent-ils pas, après son retour à Rome, à lui faire surmonter les influences qui jadis avait agi fâcheusement sur lui (2).
( I ) Voir Brieger, passim, et spécialement p. 35, 6i ; Dôllinger, Beilràge, {ib6j) III, a43-a84- (plus haut, p. agS-Soo). Val. 8076, f. n' (Aléandre à Alberto Plo, i5a2-i5a3).
(2) Nous avons de lui sur ces années un ou deux témoignages assez obscurs : ils ne sufTisent pas à une accusation précise ; toutefois, le premier au moins doit probablement recevoir une interprétation défavorable. (H.Omont, Journal^ p. 43. li. 8-i3; 4? (20 »ept. i5a5); 5o(3ioct. lôaô), 5i (a3 janv. 1527); — 46, i-i3 juillet i525 ; 47, i3 sept. i5a5. Les signes hébraïques de ces deux dernières pages sont inintelligibles. Ne pouvant parvenir à en saisir le sens, nous nous sommes adressé à des hébraïsants distingués ; mais ils n'y sont pas parvenus davantage. Nous avons interrogé M. Omont lui- même, qui nous a avoué avoir suivi la même marche que nous, et ne pas être arrivé à un meilleur résultat. Il n'y a donc rien à conclure de ces signes mystérieux : rexclamation grecque placée en regard : € Plût à Dieu que je n*eusse pas agi ainsi », ne suflit évidemment pas à leur donner un sens mauvais.
L'histoire ne doit point être une œuvre de polémique : aussi, s*il ne dépendait que de nous, n'ajouterions-nous rien à ces lignes qui paraîtront à tous, nous l'espérons, Texpression sincère et adéquate de la vérité. Si Aléandre n'avait été. qu'un homme de lettres, elles seraient déjà trop longues pour prouver la vérité de cette assertion à qui connaît la Renaissance : c*est que pour le temps où il vécut, Ton peut dire qu'Aléandre eut une vie sage et réglée.
Mais Aléandre a été autre chose qu'im humaniste : en i520, il a été chargé par Léon X de combattre la Réforme naissante : à ce moment et dans la suite, il fut l'un de ses plus grands adversaires. Dès lors un grand nombre d'écrivains de souligner les faiblesses de sa vie antérieure pour diminuer ainsi le prestige de l'adversaire de Luther : ceux-là mêmes qui prétendent le plus à la sérénité impartiale de l'histoire sont les premiers à Toublier sur ce point. Est-il donc juste d'établir une comparaison entre Aléandre et Luther pour en conclure en faveur de l'un ou de l'autre parti ?
En i5ao, Luther était un moine qui avait reçu une éducation toute catholique et avait passé les années de sa jeunesse dans la retraite et les exercices religieux. « Luther, dit l'un de ses historiens,a grandi comme un vrai moine, sans famille comme sans patrie -> (Th. Kolde, Luther und der Reichslag zu Worms i52i ; Gotha, ,i883 in- 8, p. 3). A la même époque, Aléandre n'était guère encore qu'un humaniste, nourri de la lecture de Tbéocrite, d*Ovide et de Lucien, jeune lettré brillant, allant de Pordenone à Venise, de Venise à Paris, de Paris à Liège et à Rome et qui, pour toute formation morale, n'avait guère eu que la fréquentation des humanistes de son temps Qui donc pourra s'étonner qu'à cette époque le théologien soit supérieur à l'humaniste, l'ermite au littérateur qui voyage partout, le moine et le prêtre à celui qui n'appartient à la cléricature que d'une manière tout extérieure et en vertu d'un usage du temps ?
Mais à supposer qu'on voulût,malgré tout, établir cette comparaison entre Aléandre et Luther, en faveur de qui aboutirait-elle? A partir de i5so,
L'ordination sacerdotale qu'Aléandre reçut à la fin de 1524, les ennuis qui suivirent sa nbnciature auprès de François I", les maux qu'il vit alors fondre sur l'Église et sur l'Italie, l'âge enfin opérèrent en lui une conversion définitive.
Aléandre ne fut prêtre que fort tard. Au mois de mai 1509, il est vrai, au témoignage d'Aléandre le jeune, il « fut initié aux ordres sacrés (1). » Mais loin de désigner la prêtrise, ni même les ordres inférieurs, ces mots sont au contraire l'expression consacrée dans le langage de l'Église pour désigner la simple' tonsure. De plus, il semble qu'à la même époque, il reçut aussi les ordres mineurs (2). Mais il resta longtemps simple minoré :
Luther s*éloigne du catholicisme : nous croyons n^étonnernine blesser personne en disant qu'en même temps sa moralité s'en va baissant ; qui oserait soutenir que le Luther de la Captivité de Babylone, le Luther des Sermons sar le Mariage, le Luther de Catherine Bora et des Propos de Table a une valeur morale aussi haute que le Luther des Psaumes de la Pénitence et de VOraison dominicale, que le prèlre catholique d'avant la diète de Worms P Cf. Walch, Luthers Schrijten, (Halle, 1740, in-4), IX, p. i3io ; Dôllinger, Die Rejormation (Ratisbonne, i846, in-8). I. 4o. 3o6-348, III, ai5-a74 : — Das Luthermonument zu Worms, (1869, in-8;, p. 170-181; Kirchenlexicon (iSgZ, a« éd.). Vin, 344 (Dôllinger).
Pour Aléandre, cette diète marque un point de départ en sens inverse : en devenant Thomme du Catholicisme et Tadversaire de la Réforme, il sent qu'il doit corriger sa vie. A. partir de i5aa, il s'élève tandis que Luther décline. A quarante- deux ans, la Réforme rend Luther amoureux et le moine se lie à une religieuse. Au même âge. la lutte contre la réforme fait renoncer Aléandre à ses liens; l'humaniste de la Renaissance devient un prêtre catholique aux mœurs sévères. Peut-être le souvenir de ses faiblesses servitil plus tard à le pousser plus ardemment vers le bien : si Augustin n'était pas descendu si bas, il ne serait sans doute jamais monté si haut
La Réforme eut sur plusieurs des hommes qui y furent mêlés une influence contraire : ceux qu'elle saisit passèrent du bon au mauvais. Ceux qu'elle réveilla passèrent du mauvais au bon.
(1) Barberini, XXX, 109, f. 6g -, Mélanges .., de ï École Jrançaise de Rome (Pélissier), 1888, p. 384 : « 1609, Mense maii initiatus est sacris. » Item dans Ciaconius (éd. de i63o, col. i5aa : éd dé 1677, III, col. 6a4). Par ce qu'on lit dans les mêmes passages, on voit qu' Aléandre le jeune était assez mal renseigné sur plus d'un détail du séjour de son oncle en France. Ainsi, dans le manuscrit Barberini, on lit immédiatement après le passage cité, sous la même année 1609 : € Rector Universitatis, » alors qu'Aléandre ne fut recteur qu'en i5i3. Toutefois, il parait certain qu'Aléandre reçut la tonsure en France. En i5ia, il postulait des bénéfices à Paris et à Orléans {cidessus p. 95); or, on ne pouvait en posséder à moins d'appartenir à la cléricature, c'est-à-dire à moins d'être tonsuré.
(2) Udine, n*' 5, Xotizie istoriche... Voirie passage reproduit dans Rocco, Ouv. cité, p. 349.
c'est le nom que lai donnait le diplôme où Léon X lui accordait le titre de comte du palais et d'autres privilèges (1). Cest aussi le nom que lui donne, pour Tépoque de sa nonciature de Worms, la quittance générale que lui délivra Clément VII en 1531 (2). Enfin en 1524, Tacte qui le nomme archevêque de Brindes dit qu'alors il était sous-diacre (3) ; le 9 octobre suivant, lorsqu'il fut consacré par Carafa, il dut donc recevoir & la fois le sacrement du diaconat, celui de la prêtrise et celui de i*épiscopat.
Dès lors, il se vêt conformément à son état : le 24 février 1525, lorsqu'il fut pris à Pavie, les contemporains font la remarque qu'il était en habits épiscopaux (4). Toutefois, au milieu du camp français, les circonstances ne lui permettaient guère de remplir les fonctions sacerdotales ni épiscopales, et on sait que Tusage du temps ne l'y poussait aucunement. Aussi, d'après son propre témoignage, ce n'est qu'après son retour à Rome qu'il apprit à célébrer la messe (5) ; sans doute, nnéme avant cette époque ne la dit-il que fort rarement.
L'époque de ce retour marque chez lui un changement complet.
A son premier séjour à Rome, il avait fréquenté surtout les membres de V Académie romaine ; après sa mission de Worms, et plus encore après celle qu'il remplit auprès de Fran-
(1) Plus haut, liv. IV, ch. 1. p. 1^9. (M minoribas œnstitulus). (iSig-iSaoï. Même expression dans le bref par lequel Paul I[[ nomma Agostino Sfeaco bibliothécaire. On y lit que, lorsque Aléandre fut nommé (27 juillet 1019), il était « in minoribus constitutus. » Voir Assemani, Praejaiio gtneraUsin cat. mss. Bib. Vaticanae» dans Bibliotheeae vaticanae... calalogtu (Rome 1756, irv-fol). T. I p. LXin.
(2) Friedensburg, IV, p. 43i, l. a8. ^Rome, 5 mai i53i).
(3) Bologne, Univ. 954, f. 65. Gedula consistorialis Ecclesiae Brundusinae in personam R<ii patris Dni Hieronymi Aleandri. Hodie in consUtorio.
Bottoglia ne connut qu'une très faible partie des documents que nous cHons ici; pourtant, il avait déjà soupçonné qu*Aléandre n'avait pas reçu le sacrement de la prêtrise avant celui de leplscopat. Udine, n^5, p. 159.
(4) Ruscelii. Letlere diPrincipi (Venise. i58i, in-8*, I, 159, ci dessus, p. 334 ; G. Ribier, LeUres et yfémoires d Estai... (Paris. 1666. iii-fol.)I, iâ3. lauUle d*ajouter que, par là, il ne laut point entendre les habits que revêt Tévèque dans une cérémonie religieuse, mais Thabit ecclésiastique ordinaire. A l'époque, un grand nombre d'évèques, surtout en Italie et en Allemagne, portaient ordinairement des habits laïcs.
(5) H. Omont^ Journal, p. 47 (17 oct. i5a5).
çcMS P*, œ ne sont plus ces lettrés qui furent sa compagnie ordisaire ; c*est le petit cercle pieux de VOratoire du divin amour à la fête duquel étaient Gaétan de Thiène et Carafa (1;. Il remplaça Carafa sur le siège de Brindes et c'est même en sa faveur^ sembie-t-il, que celui ci avait démissionné (2). Le 9 octobre sui- Tttnt, c*est Carafa qui lui donnait la consécration épiscopale (3). A pinrtir de 1525, Carafa eut sur lui une grande influence : par <» ses ccmsetls enflammés » il acheva de le décider à tout tenter pour aller, même au péril de sa vie, visiter l'Église de Brindes « son épouse (4) ». Aléandre le nomme « son père, son précepteur », il lui demande de prier pour lui (5). 11 vit avec lui en complète communauté de sentiments : les attaques dirigées contre l'un sont par là même dingées contre l'autre |6).
En même temps, il achève de délaisser les études profanes pour les études sacrées. Avec Carafa, il discute des questions d'Écriture sainte (7). A Giberti, il explique le passage de saint Jean : « Rendez gloire à Dieu (8) ; » à Félix Trofino, évéque de Chieti, le texte hébreu du titre de la croix de Jésus-Christ (9). Les pensées de la piété l'occupent à tel point que pendant son sommeil il pleure sur les souffrances de Jésus-Christ, en songeant aux paroles d'Isaïe: « Il sera mené à la mort comme une brebis; il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche comme un agneau devant celui qui le tond (10). »
Mais ce qui revient sans cesse, surtout dans ses lettres à Giberti (il), c*est son désir de se donner à Dieu, de quitter Rome
(1) Sur VOratoriam divini AmorU, voir Gregorovius, VIIÏ, a84; F. Diltrili, Zur Geschichie der katholUchen Reformation, dans HistorUches Jahrbach, Vï, (i884> p 345 et suîv; Revue du Clergé français (M. Charles) i5 cet. 1896, p. 369.
(2) J Paquler, J, Aléandre et. . . Liège, p. 268.
(3) H Omont, Journal, p. 44.
(4) Vat. 807^, f. iio» (Aléandre à Glberll, comm. de nov. 1526). (^ Vat 807Ô, f. 74^ (M. à Carafa, nov. 1)26),
(6) Vat. 807Î, f. m' (i526-i5a7).
(7> (4. Mai) Spicilegium ttomanum (1839), I(, p. a33-»lo (i525>i5a6).
(8) Vat. 8075, f. 121^ (i525-i526).
(9) Vat 807&, f. ia3»(i5a5-i5a6).
(10) H. Ocnont, Journal, p. 48 (4 février 1526). — Isaïc, LIIF, 7.
(FI) On a vu plus haut (p. ii5-ii6), les relations d'Aléandre avec Gîberti sous Léon X. Plus loin (AppendHce II), on trouvera le tableau de leur cor-
et d'aller visiter son diocèse. Il songe à la mort et au jugement de Dieu (1). Il veut fuir les soucis du siècle et se donner tout entier à la contemplation des choses divines ; il veut remplir les devoirs de sa charge en gouvernant le troupeau qui lui a été confié (2).
A l'automne de 1526, il devient de plus en plus pressant. Le 20 septembre 1526, les Colonna avaient pillé le Vatican et le Borgo. Le lendemain, Clément VII avait traité avec les rebelles aux conditions les plus dures (3). Aléandre avait dû s'enfermer au château Saint- Ange avec le pape ; sa maison du Borgo avait été complètement saccagée (4) ; son neveu et chapelain, Laurent Alécmdre, avait été tué (5). Malade, inquiété par ses créanciers, alarmé de la politique de Clément VII, il veut partir loin de Rome : « Qui ne voit, écrit-il à Giberti, que tous ces malheurs ne me sont venus que pour être resté trop longtemps à Rome ? Si, il y a quelques années je m'étais retiré là où Tesprit de Dieu me poussait de tant de manières, outre les fruits incomparables que j'en aurais retirés pour le bien de mon âme, j'y aurais également gagné de pouvoir supporter plus facilement ces malheurs, si tant est qu'il y ait encore des malheurs pour un homme qui s'est donné tout à Dieu; j'y vivrais à moins de frais et Tâme plus tranquille qu'à Rome où la vie est beaucoup plus triste que la mort. Ici, les bons
respondance de i5ao à i5aa Voici les lettres de cette correspondance qui nous sont parvenues à partir de iSaa. Venise, Marciana Cl. XIV. Cod. L, f. lia (\. à G.) [Camp français près Pavie, i3 nov.i5a4] : ii3 (A. àG , Camp français,i9 déc. i5a4); KusceliU Lettere di Principi (Venise, i58i,in-4),I, i47i49(G.à\.,Rome, igfév. i5a5); Val.8o75,f. iaP(\.àG.)[Rome, i5a5-i5a6] ; f. log^ (A. à G.) [Rome, milieu de fév. i5a6J ; f. iia''(A.. à G.)[Rome,fta de sept. i5a6J; f. no* (A. à G.) [Rome, premiers jours de nov. i5a6]: f. 4r (\. à G.) [Rome, début de i5a7] ; f. 8r (A. à G., Bruxelles, 4 janv. i53a).
(l) Val. 8075. i. lar (Aléandre à Giberti, i5a5-i5a6).
(l) Va t. 8075, f. log'' (même au même, milieu de février i5a6).
(3) L. Dorez. Le Sac de Rome, Relation inédile de Jean Cave. Orléanais ^ dans Mélanges de V École française de Rome XVI (1896), p. 385 etsuiv.
1^4) Ruscelli, Lelteredi Principi I, a35 (Girolamo Negri à Micheli, a4 8ept. i5a6); H. Omont, Journal, p. 5o.
(5) Udine, n" 5, Notizie isloriche, c Essendo in oltre restato mortoildi lui nipote e cappellano Lorenzo Aleandro, corne apparisce da una lettert ms authentica che presso di me si conserva di Jacopo Huerne scritta a Pietro Aleandro, il giovine célèbre canonlco d'Aquileja »
conseillers ne sont plus écoutés et nous ne pouvons éviter les maux causés par des conseils malheureux ; que dis-je ? nous en souffrons plus que ceux-là mêmes qui les ont amenés. Ici, parmi tant d'autres calamités, Ton oublie le Créateur pour servir les créatures (1). »
Quelques semaines après, il revient avec éloquence sur les mêmes idées. « Il lui faut absolument partir pour Brindes ; des songes mêmes Ty invitent. Giberti est tenu en conscience de lui faire octroyer la permission de s*y rendre. Quantité d'évêques, ajoute-t-il, restent à Rome à battre le pavé, que vous feriez plus sagement d'envoyer dans leurs diocèses exercer les fonctions de leur charge. Si, dans ses desseins impénétrables» Dieu a résolu de vous retenir encore quelque temps à Rome, je vous en prie, ne me refusez pas le genre de vie que vous enviez tant pour vous-même, alors surtout qu'ici je ne fais rien pour la République chrétienne, mais que j'y suis un poids inutile pour la terre et une charge pour la charité publique. Cette situation fausse disparaîtra aisément si vous voulez bien faire que je vous précède dans cette voie, où il m'eût été si doux de vous avoir pour compagnon. »
Que si l'on ne veut pas lui permettre d'aller dans son diocèse, Aléandre a du moins décidé de se choisir un autre endroit que Rome pour pleurer ses péchés. « A la vérité, on ne voit dans Rome rien que de lamentable, rien qui. ne tire les pleurs ; aucun autre lieu ne donne autant de sujet de larmes que cette Babylone ; pourtant il est d'une grande importance d'être dans un endroit où Ton ait assez de liberté et de calme pour pleurer ses péchés, et non dans celui-ci, où Ion ne demeure que par ambition et par avance. »
« Mais, ajoute t-il, quel que soit le lieu qui me reçoive, ayez pour très certain que je vous serai toujours présent par le cœur. Les âmes consacrées à Dieu sont unies par la communauté de sentiments bien plus fortement qu'elles ne le sauraient être par la juxtaposition des corps. Ainsi faisait saint Jérôme, dont je voudrais imiter les vertus en même temps que je porte son nom ; tout en demeurant en Judée, il se tenait à Rome auprès
(1) Val. 8075, f. lia' (fin de sept. iSaô).
du pape Damase et s'entretenait constamment avec Héliodore, Chromatius et Sophronius. (1) »
En même temps, il priait Carafa d'employer son influence pour faire aboutir son dessein : « Qu'il agisse auprès de Giberti, qu'il écrive au vice-roi de Naples, à l'empereur lui-même, s'il est besoin : Carafa doit faire tout ce qui dépendra de lui pour que son ami aille à ce troupeau qui lui est confié et qui, en ce moment, est livré à des loups dévorants. Que si d'autres s'y opposaient, loin d'en concevoir de la joie, il en ressentirait la plus vive amertume. Pourtant, ce serait par la faute d'autrui qu'il n'aurait pu remplir ses obligations , et il aurait évité les jugements de Dieu (2). »
La conversion d'Aléandre ne fut pas aussi sublime que celle d'un Paul ou d'un Augustin. Ni à ce moment, ni plus tard, il ne dit complètement adieu à l'amour de la gloire et des richesses. Il devint du moins un prêtre vertueux, soucieux de la morale chrétienne, chez lui comme chez les autres. Certaines notes intimes de son Journal ;3) prouvent même que le mysticisme de ses lettres à Carafa et à Giberti n'était pas un habit d'emprunt.
(1) Val. 8070, f. 110'' (A. à Giberti, nov. i5a6). Mêmes idées dans une lettre à un anonyme de la fln de i5a6 (Vat. 8075, f. ia6*').
(2) Vat. 8075, f. 74' (Aléandre à Carafa, nov. i5a6).
H) P. 48 (4 fév. i5a6 ; plus haut, p 35a) ; p 4o (i53i).