‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 89 sur 113 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Malgré l'activité multiple d'Aléandre, malgré les nombreux théâtres où cette activité s*est produite, sa vie peut se ramener à trois points principaux : Aléandre fut un humaniste ; il fut l'adversaire de Luther, il fut un réformateur catholique et travailla à la réunion d'un Concile. En 1529. il a rempli les deux premières parties de sa carrière.

A Venise et à Paris, Aléandre a été un humaniste, l'un des plus brillants du commencement du XVP siècle. Pendant quinze ans (1493-1508), il s'est formé à la Motta, à Padoue et surtout à Venise, devenue pour un instant la capitale de la république des lettres. Les cinq années suivantes (1508-1513), il propage en France la Renaissance italienne ; il y implante l'enseignement de la langue grecque. Plus capable de s'assimiler que de créer, il réussit à merveille dans ce rôle de vulgarisateur.

A trente-trois ans, il dit adieu à l'enseignement. Il devient un homme de gouvernement ; les études littéraires passent pour lui au second plan. Dans cette nouvelle carrière, il aura de l'énergie plutôt que de la souplesse ; son activité fébrile le poussera aux décisions rapides plutôt qu'aux lenteurs de la temporisation.

Sa mission à Worms fit de lui le grand adversaire de Luther et l'ennemi d'Érasme. En chacun de ces trois hommes Ton vit se caractériser alors les trois grandes tendances religieuses de répoque : l'idéal romain dans Aléandre, la haine de Rotne dans Luther, la modération dans Érasme. Longtemps après, ce seront surtout les idées d'Érasme qui triompheront; pour l'instant, l'humaniste fut broyé dans la lutte entre ses fougueux adversaires.

Aléandre est au XVI' siècle l'un des plus beaux exemples

d*hommes arrivés à la célébrité par leur intelligence et leur énergie. Mais cette énergie est humaine autant que surnaturelle. Toute sa vie, Aléandre garda le tempérament d'un humaniste italien : conscience de sa valeur personnelle et souci de la carrière. Il n'eut rien du Nirvâhna indien, ni de TefFacement de l'individu au moyen âge. Son dévouement à l'Église ne fut pas exempt de vues personnelles, ni sa vie privée de faiblesses morales : l'on s'exposerait à une désillusion en cherchant en lui le désintéressement et Taustérité d'un saint.

Peu à peu toutefois, les vues d'Al^andre devinrent plus surnaturelles et sa conduite plus austère. Il se prépara ainsi au rôle qu'il devait jouer pendant les douze dernières années de sa vie : la réformation catholique et la préparation du Concile.

UN

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