‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 109 sur 124 · A LA CRÈTE · texte numérisé non relu

A LA CRÈTE

Je te revois avec tes rochers, que domine

Quelque village ou quelque fort; je te revois

Avec ton dur rivage et ses replis étroits,

lie des purs torrents, terre austère et marine,

Et je sens se gonfler mon cœur et ma narine

Au parfum de tes fleurs, au bruit de tes exploits !

Sur la mer qui te frappe et qui t'enlace, ô Crète, Tu t'ériges, pareille à ton nom valeureux; Et les navigateurs, s'interrogeant entre eux, Dans l'écume t'ont vue au loin comme une crête, Toi qui lèves ton front plus haut que la tempête, Repaire de héros et famille de preux !

Je suis venu vers toi, pour Lon antique gloire Et l'orgueil des palais défunts ressuscité, Pour Haghia-Trias, tel un rêve d'été, Pour Phœstos où persiste un éciio de victoire, Pour le sombre Cnossos, mystère de l'histoire, Où Minos, Ariane et Phèdre ont existé...

Mais quand je m'égarai sur ta route sauvage Où l'insurgé d'hier glissait en bondissant Sous réclair des fusils et l'astre caressant, J'ai retrouvé partout des traces de carnage Et l'aube du martyre autour de ton visage, Toi qui payas tes libertés avec ton sang !

VOYAGi:S 293

Page 1