PAYSAGE FRANÇAIS
^l M. Siinéon de Bruchard.
J'épouse la douceur du couchant sur la plaine,
La rivière serpente, immobile et sans plis;
Elle mire le ciel qui, plus pâle, promène
Dans son immensité, de fins nuages gris.
Les saules, tout rougis par le sang de l'automne.
Racontent une histoire ardente au flot trop pur.
Les grands bœufs, qui s'en vont de leur pas monotone,
Traînent le foin épais ou le feuillage obscur.
Sur la route où se plaint Tessieu lourd des charrettes,
Les arbres, dépouillés par l'hiver menaçant.
Allongent jusqu'au ciel leurs minces silhouettes;
Et le village grimpe, au loin, sur le versant.
J'écoute : tout là-bas, après le pont qui tremble, L'église, qui découpe une tour sur le mont, Jette un accent de joie et de prière ensemble Avec sa cloche frêle où vibre un divin son. Si la nature est douce au naissant crépuscule, L'homme ne goûte pas son repos souriant, Le fourneau de l'usine, où l'effort chante et brûle. Vomit une fumée impure en travaillant.
L'écume s'est jaunie aux parois de l'écluse, Le ciel est comme triste ; et, dans la paix du soir, Déchirant notre rêve et notre âme recluse, Le sifflet d'un long train nous perce d'un cri noir.