LA MONTAGNE
A Mrs David Jaijne Hill.
Il est tard. J'ai marché d'épreuves en épreuves. Me voici maintenant plus seul, sur la hauteur. Au coteau j'ai laissé, pareilles à mes veuves, Les chimères de ma jeunesse qui se meurt.
La triste ambition et la frivole ivresse
M'ont dit adieu, fuyant mon trop austère orgueil ;
Et je vois, aux maisons dernières que je laisse,
M e plaindre les ^'ands yeux des f(nmes sur le seuil.
32S T. Ill^MAMTi: DIVINE
Toiil là-bas, très au loin, aux pieds de la montagne, La cité me rappelle et me sourit encor... Tout à eouj) je m'arrête, un doux regret me gagne, Mais je dompte mon cœur, et je repars, plus fort !
Humanité tremblante et toi, vie incertaine, Vous me tentez en vain par un fugace espoir; Je suis le pèlerin d'une route Iiautaine, Et je ne m'assieds point à l'auberge du soir.
La montagne est pourtant solitaire et cruelle, Les pierres du sentier sont tristes de mes pleurs, La nuit étend déjà le crêpe de son aile ; Un nuage a rempli le ciel de mes douleurs...
De nouveau mon regard plonge dans les abîmes. Les lieux que j'ai quittés sont pleins encor de moi. Je n'aperçois plus rien des laideurs ou des crimes. Je me sens défaillir de tendresse et d'émoi.
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Au-dessus des maisons de la calme vallée Une finnée ondule en llocons délicats ; Et c'est la vie luunaine, en bas, tonte envolée. Le foyer qui rassemble enlin les enfants las.
Si la nature est sombre, une vitre s'allume ; [/homme veille, et la femme auprès de lui s'endort Et la lampe, éternelle et petite, consume l/huile des volontés aux llammes de la mort.
Un conseil d'apaiser ma fièvre et l'aventure Où s'exaltent mes nerfs irrités d'idéal Vient de la vitre claire et de la ville sûre, Qui voudraient me guérir de mon glorieux mal.
Pourtant je n'irai point vers la cité charmante ; Je resterai parmi les arbres et le vent, Car je sais un destin, beau comme l'épouvante, Et je hais le repos suave et décevant...
Je préfère souffrir, rebelle, et sur les cimes Meurtrir mes pieds sanglants, avides de tout fuir L'aigle tournoie au loin, et ses ailes sublimes Ne palpitent jamais plus haut que mon désir !
Mais serai-je déçu par mon rêve, et mon âme N'atteindra-t-elle point le but qu'elle poursuit ? De la ténèbre enfin vient de naître la flamme. L'opaque firmament se déchire et reluit,
Et voici que l'Ëtoile a vaincu le nuage ! La ruche de la nuit s'ouvre en rayons de miel,. . Dormez, dormez encore, ô frères sans courage. Mon lit et mon flambeau m'appellent dans le ciel !
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