PAROLES A UN JEUNE POETE XXI
poésie du « Slrynion glacé » ou colle qu'on trouve dans u l'ivresse du Thrace », elles se disciplinent el s'épurent sous le regard de Pallas, en s'approchant du seuil sacré. Sans perdre leur caraclère propre, elles sont agréées après avoir reçju une comni,une initiation. C'est ainsi que l'architecture persane et hindoue atteignit son épanouissement absolu à Lahore avec ce tombeau d'une Bégun, appelé le « Tag » et qui est le Parthénon de rinde. Là, j'avais déjà compris par l'exemple que cette Pallas-Athéné, depuis qu'elle n'exisie plus sous la forme d'une idole visible, est vivante partout où les hommes rêvent de la Beauté parfaite et tentent de lui donner un abri (i).
On a voulu que l'enseignement du Parthénon fût sectaire. Il n'en est rien. Qui a gravi l'escalier de marbre des Propylées comprend qu'il est le pèlerin du temple où la perfection existe, et où elle est communiquée à chacun selon son aspiration et ses mérites. Là, toute beauté étrangère et nationale trouve sa mesure. Ces débris sublimes accueillent toutes les prières et se prêtent à toutes les méditations; mais leur poussière ne supporte pas l'empreinte des monstres difformes, et la pure lumière qui les baigne dissipe tous les cauchemars de l'ombre.
Le/antôme vivant de V Hiimanilé divine m'a tellement hanté sur l'Acropole que, corrigeant les épreuves de ce livre à l'ombre de la colonnade sacrée, rompue par l'obus vénitien, j'ai cru recevoir l'ordre de t'adresser ce
(1) Visions de l'Inde.
message, à toi doiil le devoir sera de reconstituer le Parl!i('Mion dans Ion cœur. La voix de la Déesse, qui, là, est plus pressante, m'ordonnait de réveiller dans l'aine des jeunes Français son souv(niir, qu'ont obscurci les barbares. Elle me disait :
« L'humanité marche, sans se lasser, vers des buts mystérieux, sur une roule semée de tombeaux. Il est inutile de recommencer le passé. Ceux qui me copient ne sont, en effet, que des copistes; ceux qui m'ontimitée ne sont encore que des imitateurs ; seuls, ils me comprennent et m'obéissent, ceux (jui me retrouvent. Je suis là où règne l'harmonie ; et seul il est harmonieux celui qui réconcilie en soi la terre et le ciel, l'idéal et la vie, l'humain et le divin, le passé et l'avenir par l'action et par l'œuvre... La mission des peuples que baigne le lac méditerranéen n'est pas terminée : je m'intéresse à eux toujours... »
Parfois, cependant, je sentais l'état de grâce m'abandonner. Devant le vil égoïsme, le culte de l'argent, la suprématie de tout ce qui est mécanique et utile, devant la laideur qui nous assiège de toutes parts, je me demandais si je ne rêvais pas tout éveillé et si le reste du monde n'était pas irrémédiablement perdu. J'étais là sur l'Acropole, comme sur un îlot sacré. Ce paysage de l'Attique ne serait-il pas la concession suprême faite par l'univers à notre idéal ? La mer, comme un lac, toute blanche ou toute rose, sous la caresse du soleil; les îles paradisiaques ; l'Hymette se dressant contre l'approche du soir, pareille à une épaule protectrice aux frissons nuancés ; Athènes, charmante, gaie et neuve, symbole