‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 55 sur 124 · L'ÉTERNELLE DESDÉMONE · texte numérisé non relu

L'ÉTERNELLE DESDÉMONE

A M. Camille Le Senne.

Je te vois accoudée à ton balcon de pierre, Desdémone, et rêvant aux prochaines amours ; Ta nourrice plus loin murmure une prière Au Divin Moissonneur des heures et des jours..

Au-delà du jardin, toi-même, tu l'évoques, L'Étranger se glissant sous les arbres, le soir. Bientôt commenceront dans l'ombre les colloques, Qui versent le poison du chimérique espoir.

Il parle. Et les combats étincellent. Des inondes Inconnus à sa voix apparaissent. Ton cœur Frémit ; car tu pressens ses détresses profondes. Ta main tient le laurier qu'exige ce vainqueur.

11 se tait. Tu lui dis : « Parle-moi, parle encore, « 0 bien-aimé, j'ai soif de tes nombreux exploits; « Jusqu'à réclosion de la trop prompte aurore « Je resterai, vivant tes gloires d'autrefois... »

Desdémone, prends garde aux futures alarmes; Toi qui sèmes tes vœux vers l'infini béant. Si tu ne récoltais que fureurs et que larmes, Si tes fleuves d'amour se perdaient au néant?

Tu reviendrais alors, lasse de l'aventure. Sur le même balcon reposer ta pâleur ; Et tu regretterais la fleur de ta ceinture, Ton père, ta patrie et le passé rieur.

LE POEMR DES FIANCES 12Î)

11 nie semble écouler la rancune qui clame : " Le Messager du Rêve était un honune impur,

I/Idéal souriait sur une lèvre infâme; « Tout mon Ijonlieur se perd dans un naufrage obscur.

" Ma couronne de lys et de rose est fanée ;

« Il déchira le toile et profana l'autel;

« Sans qu'elle rayonnât s'éteint ma destinée ;

c< Je suis comme une veuve au tourment immortel ! »

0 Desdémone, clos la menteuse fenêtre :

N'écoute pas celui qui va venir, tenant

Un poignard sous des fleurs, l'Époux qui fait connaître

La détresse... Tu es heureuse maintenant...

l:?(» L HUMANITE DIVINE

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