PAROLES A UN JEUNK POETE XXV
humain, nie dilil, danse comme un coryl)ante, et son lire do mépris ressemble au rugissement du fauve. » .luslement nous étions arrêtés dans la première salle du petit musée, à gauche, devant ce Typhon sardonique à trois lètes et qui a Tair de saiiter encore sur les replis tortueux de son corps de dragon. « Cet antique symbole discordant, contradictoire, et ricaneur, observa la lectrice d'Emerson, on peut le comparer à Fennemi toujours renaissant de la sagesse et de la beauté athéniennes, au barbare et au monstre qui prétend à la supériorité, quand il n'atteint que la bizarrerie et la démence. « Uebermensche » venu d'Allemagne, forgé de pièces et de morceaux disparates, difforme, brutalblasphémateur, cauchemar d'un cerveau génial et malade, te voilà préfiguré à l'aurore des temps ! Tu es le contraire de l'Humanité divine, du héros que Pallas- Atiiéné modela. Tu n'es pas surhumain, tu es antihumain; tu n'as reçu de la Divinité que le reflet défiguré, l'ombre grimaçante, divisée et diabolique.
« Tu ne nous feras pas croire que l'humanité supérieure doit être cruelle et despotique, alors que Pallas nous la montre avec les traits de la paix sous les armes et pareille à l'ordre qui persuade. Notre surhomme saura réunir en lui les deux forces de l'avenir : celle de l'homme et celle de, la femme; il sera mâle et doux comme cette vierge qui porte une lance... »
De retour enFrance, je n'ai pas oublié la voix de l'Acropole. Une véritable recrudescence d'inspirations se ma-
nirestailchez nous. J'en ai senti au cœur toute l'allégresse. S'agil-il d'un renouveau classique ? « Classicisme, romantisme », vieux mots, vieilles querelles. Il est bon de se rappeler la parole d'un poète, né en Hcllade et qui vécut au Quartier Latin. Au moment de rendre son dernier souffle, il confia à un ami ; « Classicisme, romantisme, tout ça, ce sont des bêtises. » Le conflit qui divisa nos ancêtres est aujourd'hui élucidé. Et voici la nouvelle formule qui concilie les contraires apparents : « Des idées nobles et vivantes dans une forme pure. » Quant à être classique, dans le vieux sens du mot, c'est inutile et impossible.
Quel que soit notre elîort, nous n'atteindrons jamais en ce siècle la sérénité dont témoignent encore les ruines immoi'telles de l'Acropole. Les pins belles oeuvres resteront.incomplètes et frémissantes.
Il nous faut les chocs douloureux du monde extérieur ou l'épuration du recueillement, pour que se manifeste le magnifique Attendu.
Les conditions de cette révélation singulière sont difficiles et complexes. Si la méditation et la solitude sont nécessaires, les vertiges et les secousses de la passion y contribuent aussi. Les heures de bonheur comme celles de la détresse, l'amour comme la chasteté, les maladies comme la plénitude de la santé, les errances à travers l'univers comme la silencieuse et immobile étude, l'ivresse de la vie comme l'attirance vers la mort, tout ce qui nous emporte et nous arrache de la terre et de la chair après nous en avoir donné la cruelle expérience, voilà comment nous parvenons à nous confronter avec une image de nous-mêmes, qui est nous