PAROLES A UN JEUNE POETE XXVII
encoro, tout on (Mant plus lointaine et j)lus haute. Nous avons perdu la sôrtMiilé lielléniipie, mais nous n'échapperons pas pour cela an Divin. Nous en sommes comme traqués et le remords autant que l'enthousiasme en est l'indice. L'n trésor caché en nous bondit et se répand au dehors, à travers les larmes et respérance.
Une salutaire crise, qui a épuré, spiritualisé notre psychologie et notre philosophie, nous permet de croire que nos élans lyriques, d'accord avec les orientations de la pensée, ne se perdront pas dans un rapide oubli. Nous sommes en harmonie avec l'esprit du temps.
Les intelligences et les volontés furent longtemps gouvernées par le scientisme matérialiste ou le scepticisme dilettante. Un grand découragement avait été la conséquence de ces deux doctrines, un abaissement des caractères et un alTaiblissement de l'idéal. Le Dieu intime s'était voilé, puisqu'on refusait de le reconnaître. Dès cette douloureuse époque, nous fûmes quelquesuns à lutter pour défendre les prérogatives de l'âme, malgré l'enseignement officiel et officieux. Les études concernant la subconscience et les faits mystérieux dont elle est le théâtre, — depuis 1890 nous n'avons cessé d'y apporter notre modeste, mais ardente contribution (i), — ont préparé l'éclosion d'une philosophie
(1) Les Petites Religions de Paris ; Le Satanisme et la Magie ; Le Monde Invisible ; Le Miracle moderne ; L'Au-delà et les Forces inconnues ; etc.
XXVIIl L HUMANITI-: DIVINE
plus aérée et d'une psyclioloyie plus perspicace. Et mainlenant commence à triompher notre plus cher idéal. M. Alfred Croiset n'a-l-il pas, en Sorbonne, récemment fait allusion à « dés courants nouveaux dans le monde de la pensée » ? M. Emile Boutroux et M. Bergson ont rendu une part de leur valeur méconnue à l'intuition, aux pressentiments et aux forces divinatoires cachées sous les voiles de l'âme profonde. Une ère nouvelle, que nous saluons avec d'autant plus de joie que nous ra\ons appelée par nos travaux et nos espoirs, est déjà inaugurée. Qu'est-ce que ces facultés que le rationalisme étouffait ou dédaignait, sinon l'inspiration et le courage, la poésie et l'action? La France qui pense et qui veut n'est plus ligotée par les mauvais enchanteurs d'autrefois qui tarissaient, en la décriant, la sève du génie et de la victoire ; car la même énergie sert à cette double fin.
S'il existe encore un mysticisme s'opposant à la nature et à la vie, le sentiment qui pénètre ce livre loin de contrarier les élans, les active, feu interne par lequel l'âme devient le véritable buisson ardent. Notre mysticisme à nous fait partie de la vie, c'est même la vie à sa source et dans sa pureté neigeuse et brûlante, — volcan sous un glacier.
Secouée par des émotions profondes, l'humanité sent bien qu'elle sort d'elle-même ; ou plutôt que d'ellemême sort le divin. L'extase et le transport sont des mots et des mouvements que nous ne pouvons reléguer aux manuels des églises ou dans l'ombre pieuse des cloîtres; ils apparliennent à la langue et aux rites de cette religion universelle, dont le culte illumine et