PAROLES A. UN JEUNE POETE XXIX
entraîne tous les cœurs dans les moments suprêmes de la vie.
Oue nous puissions désormais être appelés des platoniciens d'hier ou des praii;malisles de demain, peu importe? sous des noms diirérents, des 'doctrines similairesà de longs intervalles de temps se manifestent. William James est le fils spirituel d'Emerson, qui à son tour puisa dans la sagesse orientale. En tout cas, pas plus que moi, lu ne doutes de Tidentité entre la force qui nous inspire et la force qui nous pousse à combattre. Le même dieu intérieur qui dicte aux Homérides leur poème, gonfle de fureur le cœur d'Achille et rend subtil Odysseus. L'humanité divine n'a-t-elle pas réuni, — en le jeune Sophocle combattant à Salamine ou en Byron allant mourir à Missolonghi, — le poète et le héros ?
Celui qui a été touché, même indigne, par la flamme qu'alluma Prometheus, ne peut plus se contenter des tâches égoïstes. Il se donne en activité et en lumière. Il est devenu une torche que le pied même de la mort n'éteindra pas.
Tu le sais mieux que tout autre, telles strophes, écrites çà et là, parmi les chemins de la terre ou de la mer, avec une inquiète ardeur, je ne les aurais jamais ajoutées à ce livre, elles dispersées par le roulis au fumoir des paquebots, ou bien ébauchées sur les tables de ces palais modernes qui ne sont que des palaces, si elles n'avaient le mérite d'être des hymnes de reconnaissance, de célébrer la minute où la personnalité éphémère, terrassée par les circonstances, se relève, appuyée à une main secourable qui est sentie
XXX L HUMAMTL DIVINE
sans êlre vue... Ces poèmes, qui appartiennent au maître qui me les a inspirés, — 11 me connaît et je ne le connais pas et jai été son disciple trop distrait, — puisque In m'as fait croire qu'ils t'avaient plu et qu'ils avaient parfois rendu plus sereines les Ames troublées, je les laisserai donc maintenant sous leur robe nouvelle, porter un sourire et un aveu fraternels à des amis ignorés qui, comme nous, ont souiïert et ont, malgré tout, repris courage !
Aidei* et servir par le geste ou par le chant, quel que soit son talent, quelle que soit sa force, telle est la mission des « Prométhéens » ; tel est aussi le devoir de leurs plus humbles disciples. Ceux même d'entre eux à qui ne sourira pas la fortune, ne seront pas pour cela des vaincus. D'autres réaliseront le rêve ébauché. Une immense foi doit habiter en nous, mon ami. Que non seulement elle soit notre raison de vivre, mais encore qu'elle réconforte ceux qui viendront après nous ! Rappelle-toi, dans les meilleures pages de l'Anthologie, cette épitaphe d'un optimisme infrangible, et qu'elle soit notre devise : « Le matelot qui a naufragé sur ce rivage te conseille : Embarque-toi \ Les courants de la mer qui m'ont détruit faisaient naviguer au loin toute une Hotte heureuse ! »