‹ L'humanité divine, poèmesChapitre 9 sur 124 · LA TENTATION DU HÉROS · texte numérisé non relu

LA TENTATION DU HÉROS

.4 Jean Dornis.

Je vais enfin goûter le repos qui m'est dû. D'un pied sanglant j'ai pu gravir la Tour Mystique. J'étais l'Amant, j'étais le Conquérant. J'abdique. Je serai le Héros, par l'Idéal mordu.

Mais en vain j'ai quitté ce monde ; il me possède. Je l'ai fui ; mais il monte, acharné, jusqu'à moi. Je n'ai jamais frémi d'un plus cruel émoi, Et je crie éperdu vers le ciel sourd : « A l'aide ! »

La molle volupté, dont mon cœur a gémi, Enveloppe d'un bras odorant mon courage ; La molle volupté me caresse et m'outrage. Seigneur, préservez-moi du suave Ennemi !

Le temps s'écoule ; et le Héros que j'allais être S'estompe dans la brume obscure du futur ; La Nature a lié mon corps d'un piège sûr, Et je ne sais plus si le Héros pourra naître...

Que le Plaisir perfide et l'infidèle Amour Abandonnent enfin mon âme harassée !

Les roses de l'Effort, les lys de la Pensée S'enroulent seuls au mur de la Mystique Tour.

Leurs parfums douloureux montent vers la terrasse, Où j'accoude une veille ardente, un front amer ; Hs veulent conserver insensible ma chair, Et m'entraîner loin du vertige de la Race.

LA TKNTATION DU IIKROS

Mais les derniers rayons du soleil sont si doux ; 1 /automne a tellement pressé sa grappe blonde Dansle couchant, vers la montagne et sur le monde, Que Tivresso du ciel a rempli mes nerfs fous !

Maintenant, c'est la Nuit qui descend dans mes moelles, Mon cœur est traversé d'une lance d'azur, Le soleil protecteur s'éteint ; et l'œil impur Des femmes que j'aimais s'allume en les étoiles !

Maintenant c'est la nuit, et je ne suis plus las : Maintenant c'est la nuit, et ce n'est pas le calme ; Un éventail de volupté, telle une palme Invisible, me persécute à chaque pas.

J'ai trop aimé ! j'ai trop aimé ! la nuit est lourde. Mes désirs ont peuplé de spectres mon destin ; J'ai beau martyriser ma chair jusqu'au matin. Mon ange s'est voilé, mon âme reste sourde...

L HUMAIVITE DIVINE

La terrasse n'est plus solitaire! Et les fleurs Héroïques de ma volonté sont flétries, Un parfum de cheveux plane sur les prairies... Et les arbres sont pleins de baisers et de pleurs.

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