INTRODUCTION XVII
0° Si Ton fait passer un rayon lumineux h travers un prisme transparent et qu'on le reçoive sur un écran placé de l'autre côté de l'appareil, on n'obtient pas sur cet écran un point blanc^ mais une bande colorée dont les diverses parties présentent des teintes différentes qui ne sont autres que les couleurs dé Tarc-en-ciel. En allant de gauche à droite ces teintes sont le rouge, l'orange, le jaune, le vert, le bleu, l'indigo et le violet.
On conclut de cette expérience que la lumière ordinaire ou lumière blanche est un composé de plusieurs espèces de lumières colorées qui produisent le blanc par leur combinaison.
Il serait du reste erroné de croire que ces différentes espèces de lumière se réduisent à 7. Ce nombre ne représente qu'un effet de nos facultés visuelles. En réalité nous nous trouvons ici presque en présence de l'indéfini.
Si je décompose la lumière blanche, dit M. Poincaré (1); je pourrai isoler une petite portion du spectre, mais, si petite qu^elle soit, elle conservera une certaine largeur. De même, les lumières naturelles dites monochromaliques nous donnent ime raie très fine, mais qui n'est pas cependant infiniment fine. On pourrait supposer qu'en étudiant expérimentalement les propriétés de ces lumières naturelles, en opérant avec des raies spectrales de plus en plus fines, et en passant enfin à la limite, pour ainsi dire, on arrivera à connaître les propriétés d'une lumière rigoureusement monochromatique.
Gela ne serait pas exact. Je suppose que deux rayons émanent d'une même source, qu'on les polarise d'abord dans deux plans rectangulaires, qu'on les ramène ensuite au même plan de polarisation et qu'on cherche à les faire interférer. Si la hxmieve éidXi rigoureusement monochromatique ils interféreraient; mais, avec nos lumières à peu près monochromatiques, il n'y aura pas d'interférence, et cela si étroite que soit la raie; il faudrait, pour qu'il en fût autrement, qu'elle fût plusieurs millions de fois plus étroite que les plus fines raies connues.
La transformation de la lumière blanche en lumières colorées, réduites à 7 par le sens de la vue, mais
(1) Poincaré, loc. cit., p. 13,
XYIII INTRODUCTION
presqu'indéfinies en nombre dans la réalité, provient de la déviation que subissent les ondulations lumineuses en changeant de milieu. Cette déviation diffère avec la longueur d'onde ; et il en résulte une séparation des diverses ondulations c'est-à-dire des diverses lumières. Le rouge est la nuance la moins déviée parce que lesv ondulations en sont les plus longues, le violet est le plus dévié parce que les ondulations qui le produisent sont les plus courtes, et toutes les autres nuances accusent naturellement des positions intermédiaires. En traversant le prisme les différentes lumières se séparent, par suite, et s'étalent suivant l'ordre de leur déviation, oui en nous servant du mot consacré, de leur réfringence.
Ce phénomène a reçu le nom de dispersion.
Le prisme n'est pas le seul moyen pour nous de séparer les différentes lumières. On peut atteindre le même résultat, quoique d'une manière infiniment moins parfaite, au moyen de verres de couleur. Ces verres doivent leur coloration à la propriété qu'ils possèdent de ne laisser passer qu'une partie de la lumière qu'ils reçoiventet d'éteindre l'autre partie. Ainsi, un verre rouge laisse uniquement passer un ensemble d'ondulations dont la réunion nous donne la sensation du rouge. Il en est de même des verres orangés, jaunes, verts, bleus, indigo et violets ; ils laissent passer chacun un ensemble d'ondulations qui nous procurent l'impression visuelle de ces diverses teintes; ils éteignent toutes les autres.
La conséquence de ces propriétés des verres colorés est que la lumière s'éteint complètement lorsqu'on cherche à lui faire traverser un systèm.e formé de deux verres de couleur différente. Par exemple si, entre une source lumineuse et l'œil, on place un verre bleu et un verre rouge superposés, l'œil n'aperçoit plus rien du tout.
Le verre rouge, en effet, ne laisse passer que la lumière rouge, et éteint toutes les autres, au nombre desquelles se trouve la bleue.
De son côté, le verre bleu laisse passer la seule lumière bleue. Mais comme le rayon qui a déjà traversé le verre rouge ne renferme plus aucune des ondulations