‹ L'humanité et la patrieChapitre 16 sur 61 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

rayons spéciaux arrêtés par le premier corps. Rien dès lors ne passe plus, et le système est athermane malgré la diathermanéité de chacune des parties dont il se compose.

On jDeut se faire une idée très claire de ces phénomènes par la comparaison suivante.

Imaginons un mélange de petites masses, les unes cubiques et les autres sphériques; et supposons deux cribles percés de trous tels que l'un laisserait passer les cubes à l'exclusion des sphères et l'autre les sphères à l'exclusion des cubes.

Pris isolément chaque crible sera perméable à une partie du mélange.

Mais superposés, ils constitueront un système totalement imperméable à la masse dans toutes ses parties. Le premier, en effet, arrêtant les sphères et le second les cubes, rien ne traversera plus l'appareil.

C'est là une image grossière mais fidèle de ce qui se passe à l'égard de la chaleur ou de la lumière, lorsqu'on obtient l'extinction de l'un ou l'autre de ces agents par la superposition de deux corps séparément diathermanes ou transparents.

La dispersion de la chaleur ne peut donc pas être mise en doute.

Enfin la chaleur est susceptible de donner lieu à des interférences.

Longtemps on s'est trouvé dans l'impossibilité d'en fournir la preuve expérimentale. Les bandes obscures produites par les interférences lumineuses ont une épaisseur inférieure au diamètre de la boule de nos plus petits thermomètres. Les bandes froides produites par l'interférence de la chaleur ne pouvant pas être plus épaisses, la boule thermométrique empiétait de l'une sur l'autre et le phénomène ne pouvait pas être rendu apparent. Mais les instruments d'observation se sont perfectionnés et la propriété que possède la chaleur d'interférer a fini par être mise en évidence.

Toutes ces concordances ne suffisent point encore à démontrer absolument l'identité des anciennes entités chaleur et lumière, car l'esprit pourrait concevoir à la rigueur des principes différents par essence et jouissant

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néanmoins d'un ensemble de propriétés semblables. Mais si l'identité n'en résulte pas nécessairement, elle en devient cependant dès à présent très probable.

On pourrait élever une objection tirée de ce que les substances transparentes sont loin d'être toujours diathermanes et réciproquement, mais ce serait là une objection sans valeur.

Un corps transparent au rayon violet ne l'est pas nécessairement au rayon rouge. Si donc on voulait conclure à la diflerence de nature du calorique et de la lumière en s'appuyant sur ce que les substances opaques ne sont pas toujours athermanes et les substances transparentes toujours diathermanes, la logique exigerait que le raisonnement fût poussé plus loin. Il faudrait, par une déduction analogue, professer aussi qu'il y a autant de causes distinctes dans les phénomènes lumineux qu'il y a de couleurs différentes. Or le nombre de ces couleurs n'étant point, nous l'avons vu, de sept comme l'imperfection de nos yeux nous porte à le croire, mais étant indéfini ou à peu près, il y aurait une quantité presqu'indéfinie d'entités lumineuses, assertion contraire au sens commun.

Et si un rayon bleu et rouge peuvent procéder d'un seul et même principe quoique ne se transmettant pas dans les mêmes milieux, il n'y a aucune raison de conclure à des différences essentielles entre la chaleur et la lumière, de ce que telle substance perméable à l'une est imperméable à l'autre.

En réalité, la matière pondérable ou impondérable vibre; et selon que l'oscillation est plus longue et moins rapide ou plus rapide et plus courte, elle se manifeste à nous par des effets distincts, tels que les différentes couleurs et les différentes espèces de calorique. L'onde calorifique est la plus longue, l'onde lumineuse la plus courte, et la longueur de cette dernière devient d'autant plus faible que du rouge on passe au violet.

C'est la trop grande longujeur de l'onde calorifique et sa trop faible vitesse qui empêche notre rétine de la saisir.

Cette impuissance relative de notre appareil visuel est analogue à celle de notre appareil auditif, lequel

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