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INTRODUCTION XLV

la représentation exacte d'une certaine quantité de calorique consommé ; et ce calorique, produit dans un cas par la combustion de la houille, dans l'autre par la réaction de l'acide sulfurique sur le zinc, a en somme une origine commune, l'action chimique.

Mais l'étude de la machine électro-magnétique, la diminution du courant galvanique que l'on observe quand la machine fonctionne, l'explication des courants d'induction qu'on en a tirée, nous amènent à une nouvelle conclusion : La chaleur et l'électricité ont une origine commune, l'action chimique, et elles se résolvent l'une et l'autre en un produit commun, le travail mécanique, lequel est apte à les engendrer par un effet inverse. Nous sommes en droit d'en déduire, par conséquent, qu'électricité et chaleur, loin d'être, ainsi'qu'on l'avait ci^u jusque-là, deux entités distinctes et irréductibles, ne sont en réalité que deux modalités du mouvement susceptibles de se convertir l'une dans l'autre, ou, comme nous disons aujourd'hui de préférence, de l'énergie.

Ainsi, de toutes ces entités de la physique ancienne, chaleur, lumière, électricité, magnétisme, il ne reste plus qu'une chose : V énergie se manifestant à nous sous des formes infiniment variées, capable de passer, soit directement soit indirectement, de l'une de ces formes à l'autre, mais se conservant intégralement à travers toutes ces manifestations, et ne pouvant pas plus se créer ou se détruire que ne le peut la matière ellemême (1), avec laquelle elle est au moins coéternelle.

Quant à ce qu'est en soi l'énergie, nous ne pouvons pas plus le connaître que nous ne savons ce qu'est la

(1) En disant que la matière ne se crée ni ne se détruit, nous prenons le mot matière dans son acception la plus large. Nous nous en servons à la fois pour désigner la substance pondérable et la substance impondérable. Si on l'appliquait exclusivement à la substance pondérable, l'affirmation cesserait d'être certaine. Quoique nous n'en ayons jamais eu la preuve expérimentale, il n'est pas impossible, en effet, qu'un circulus s'établisse entre le pondérable et l'impondérable et cela semble môme probable.

XLVI INTRODUCTÏON

matière, si ce n'est que l'une et l'autre représentent des principes constants, et peut-être, probablement même, deux aspects opposés d'un seul et même principe.

Ce que je viens de dire, dit Poincaré (1), éclaire en même temps le rôle des principes généraux tels que le principe de la moindre action, ou celui de la conservation de l'énergie.

Ces principes ont une très haute valeur ; on les a obtenus en cherchant ce qu'il y avait de commun dans l'énoncé de nombreuses lois physiques ; ils représentent donc la quintessence d'innombrables observations.

Toutefois, de leur généralité même résulte une conséquence sur laquelle j'ai appelé l'attention dans la préface de mon cours de thermo-dynamique, c'est qu'ils ne peuvent plus ne pas être vérifiés. Comme nous ne pouvons pas donner de Z'ÉNERGiE une définition générale, le principe de la conservation DE l'énergie signifie simplement qu'il y a quelque chose qui demeure constant. Eh bien ! quelles que soient les notions nouvelles que les expériences futures nous donneront sur le monde, nous sommes sûrs d'avance qu'il y aura quelque chose qui demeurera constant et que nous pourrons appeler énergie,

DE LA CONSERVATION DE l'ÉNERGIE DANS LE DOMAINE DE LA VIE

Ainsi dans le inonde inorganique il n'y a pas de doute. Toutes les forces, toutes les causes de mouvement se résument en un principe unique, inconnu dans sa nature, Ténergie. Les mômes solutions sontelles applicables lorsque de la nature inorganique nous passons à la nature organique, à la vie? C'est ce qu'il échet d'examiner maintenant. Il est toutefois nécessaire, pour pouvoir ensuite aborder de front ce redoutable problème, de passer d'abord encore en revue quelques faits de l'ordre physico-chimique.

(1) Poincaré, loc. cit., p. 18.

Chaleurs latentes. — Le premier de ces faits est celui des chaleurs latentes.

Lorsqu'un corps solide entre en fusion ou qu'un corps liquide se volatilise un singulier phénomène est observé. A partir du moment où commence soit la fusion soit l'ébuUition, jusqu'à celui où, la totalité de la substance sur laquelle on opérait ayant subi la transformation, le changement d'état est complet, il est nécessaire de fournir au corps qui passe de l'état solide à l'état liquide ou de l'état liquide à l'état gazeux une certaine quantité de chaleur que les thermomètres n'accusent pas.

Ainsi lorsqu'on met de l'eau sur le feu, cette eau s'élève graduellement à une température de 100°; mais •dès que cette température est atteinte elle demeure stalionnaire jusqu'au complet épuisement du liquide. La vapeur qui se produit accuse au thermomètre une température de cent degrés, comme l'eau elle-même, et cependant le foyer ne cesse pas de produire de nouvelles quantités de chaleur. Cette chaleur que le liquide absorbe et qui ne se manifeste au dehors par rien d'apparent est ce que les anciens physiciens appelaient chaleur latente (c'est-à-dire chaleur cachée). En cette circonstance, comme en bien d'autres, les savants masquaient leur ignorance par un mot. Ils auraient pu dire qu'ils ne savaient pas ce que devenait le calorique

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