INTRODUCTION LXIII
Il a placé un homme sous une cloche sans le faire travailler ; et il a mesuré : d'une part le nombre des calories dégagées pendant un temps donné, de l'autre la quantité d'acide carbonique expirée dans le môme laps de temps. La quantité d'acide carbonique peut être considérée comme la mesure approximative de la combustion accomplie dans l'organisme, car elle est à peu près proportionnelle à celle des autres produits éliminés.
Ces premiers chiffres une fois obtenus, Hirn a fait exécuter des mouvements — c'est-à-dire du travail — à l'homme placé sous la cloche. Il le faisait grimper sur une roue analogue à celles que l'on place dans la cage des écureuils, ou à celles sur lesquelles doivent peiner en Angleterre les condamnés au« Hard labour,» et qu'en argot d'outre-Manche les criminels appellent « le moulin. » Il a naturellement mesuré, tout comme lorsque l'homme était au repos, le nombre des calories dégagées, et la quantité d'acide carbonique expiré dans un temps donné.
, Ses expériences ont été concluantes. Il a constamment observé que, pour une même quantité d'acide carbonique produit, il se dégage un moins grand nombre de calories quand l'homme travaille que lorsqu'il est au repos. La différence provient uniquement de la transformation d'une partie de l'énergie en travail ; et, si de telles expériences n'étaient pas d'une complication trop grande pour se prêter à une suffisante précision, il aurait été possible d'en déduire l'équivalent mécanique de la chaleur.
Une objection se présente cependant à l'esprit. S'il est vrai que lorsque nous travaillons nous dégageons moins de chaleur pour une même quantité de matière organique brûlée, nous devrions nous refroidir en travaillant, alors qu'au contraire le travail nous réchauffe.
C'est là une objection purement spécieuse et uniquement fondée sur des apparences.
Il est tout à fait exact que nous nous réchauffons en travaillant au lieu de nous refroidir. Mais cela tient à ce que le travail favorise la combustion intersticielle. Nous brûlons beaucoup plus de combustible quand nous
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sommes en mouvement que lorsque noua nous reposons. L'excès de cette combustion est assez considérable pour permettre à notre température de s'élever, malgré la conversion en travail d'une fraction de la chaleur produite.
Nous pourrions, do même, en brûlant beaucoup plus de houille, élever une machine à vapeur en travail à une température supérieure à celle que prendrait la même machine au repos, si le foyer en était éteint ou presque éteint. Gela ne prouverait évidemment rien contre le principe de l'équivalence mécanique de la chaleur.
Tout le monde d'ailleurs a pu observer que, loi^sque nous travaillons, la circulation devient plus rapide, la respiration plus pressée. Étant plus vive, la combustion exige une quantité d'air plus considérable. Il atrive même que, malgré la rapidité des mouvements respiratoires, la proportion d'oxygène est insuffisante. Les matières combustibles sont alors incomplètement brûlées, et il se forme en abondance des produits toxiques résultant d'une combustion imparfaite. Telle est la > cause des douleurs, de la courbature, qui se manifestent souvent après une marche forcée.
Le corps de l'homme et des animaux est donc une vraie machine, semblable à nos machines thermiques ou électro-magnétiques. Une différence cependant est à signaler entre ces dernières et les organismes animés. Dans les machines l'organe producteur de force se distingue des organes où la force se dépense et se convertit en travail. Dans l'animal et dans l'homme au contraire ils sont confondus.
Dans la machine thermique, la force se produit dans la chaudière ; elle est consommée par le piston, la bielle..., etc.
Dans la machine électro-motrice mue par la pile, la force prend naissance dans l'élément voltaïque, se transmet au moyen du fil conducteur et vient se transformer Mans la roue qui tourne ou dans i'électro-aimant qui oscille.
Chez l'animal, chaque partie du corps est, au con-