‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 3 sur 55 · TA · texte numérisé non relu

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ou tard, à l'improviste, ni s'échapper de leurs mains ; ils allaient enfin les nourrir avec une sollicitude féroce jusqu'aux jours des fêtes joyeuses où ils devaient être soumis à un feu ardent, coupés en morceaux et dévorés, quand tout à coup le Roi assembla ses guerriers dans sa tente et leur dit :

— Braves Zokis, nous voilà vainqueurs, grâce à votre courage ; mais ce n'est pas tout : vingt de nos frères sont morts hier sous les coups des Houkas maudits; cinquante autres, en ce moment en leur pouvoir, blessés, malades et souffrants, vont être à la première occasion dévorés par eux , puisque c'est la coutume. Epargnez la vie des cent ennemis qui sont aujourd'hui dans vos mains, sans armes, sans force et sans énergie. Ne leur faites aucun mal, attachez-les seulement deux par deux avec des lianes et partagezles entre vous. Qu'ils soient, nuit et jour, à vos ordres ; qu'ils travaillent la terre pour vous , qu'ils portent vos fardeaux pesants, qu'ils aillent puiser à la grande rivière l'eau dont vous avez besoin, qu'ils construisent vos cabanes, qu'ils préparent vos armes de guerre et de chasse, qu'ils oient du chemin les pierres et les épines qui pourraient blesser vos pieds, qu'ils sourient enfin à toutes vos joies et qu'ils tremblent de vos colères 1 Je vais renvoyer librement chez eux les trois plus vieux de ces Houkas pour qu'ils racontent comment nous avons traité leurs derniers prisonniers et comment nous nous proposons de traiter, désormais, tous ceux qui tomberont dans nos mains. Si on les écoute, les maudits agiront-ils peut-être un jour chez eux avec moins de cruauté envers nous. Quoi qu'il arrive, j'ai dit : exécutez mes ordres.

Les Zokis courbèrent humblement la tête et s'écrièrent tous ensemble :

— Il sera fait comme tu Iç veux.

Et voilà l'origine de l'Esclavage !

Esclavage impie! ton nom seul fait bondir aujourd'hui d'indignation tous les cœurs généreux , et pourtant tu as été à ton origine le premier triomphe d'une société naissante sur la barbarie et un progrès immense dans l'humanité.

Mais les siècles, les années, les mois, les jours, les heures, les minutes, les secondes ont continué de rouler successivement et en nombre infini sur la tête des Peuples.

Les soleils les ont éclairé? et ont mûri leurs moissons et leurs fruits ; le zéphyr a rafraîchi leur front et leur poitrine; le chant des oiseaux a charmé leurs oreilles ; les fleurs se sont ouvertes pour les enivrer de leurs parfums; l'eau pure des ruisseaux les a désaltères; ils ont fait la joie de leurs pères, de même qu'ils ont reçu plus tard les doux sourires et les baisers de leurs enfants; puis, après bien des contentements et des bonheurs, comme après bien des déceptions, des misères, des souffrances, des larmes et des désespoirs ; après des hommages ioGnis, et de toutes sortes, rendus à des dieux de pourriture et de fange ; après des croyances stupides aux paroles des faux prophètes, des faux prêtres, des philosophes orgueilleux, des faux savants, des sophistes ehonlés et des sectaire-: après nombre de combats sanglants et inse; de tyrannies brutales, de révolutions féroces, de irrandes espérances déçues, d'illusions plus ou moins fantasques évanouies, on adressé tout à coup sur le mont

Golgotha une Croix de bois, dont la cime a rayonné soudain dans le ciel , dont le pied a traversé les enfers, et dont les deux bras ont embrassé le monde. Puis on a attaché à cette croix une grande victime abandonnée lâchement par Caïphe et Pilale (Proconsuls romains en Judée), aux fureurs d'une populace stupide; la bouche de cette victime mourante n'a proféré aucune malédiction contre ses bourreaux; elle a dit, au contraire, avec un accent divin :

— Noire Père qui êtes aux cieux, pardonnez à ces hommes qui m'ont outragé, frappé de verges, couronné d'épines, abreuvé de fiel, et enfin attaché à cette croix, comme je leur pardonne moi-même, car ils ne savent pas ce qu'ils font ; puis le Juste a rendu l'âme. . .

Soudain le tonnerre a retenti d'un pôle à l'autre; l'éclair a déchiré la nue, la terre a tremblé jusque dans ses entrailles les plus profondes.

Les morts, secouant leurs linceuls poudreux, ont soulevé avec effroi la pierre de leurs sépulcres. Puis les ténèbres se sont dissipées peu à peu , et il est tombé de la croix un livre d'or , Eùzyyéhov — La Bonne Nouvelle.

Les peuples ont ouvert le livre avec une sainte terreur ; ils y ont lu :

Espérance, amour, charité'.

Soudain le bandeau épais qui couvrait leurs yeux est tombé : la Foi a remplacé la terreur.

Et voilà V origine du Christianisme!

CHAP1TE il Temps historiques.

Il y a deux mille ans, un des plus célèbres philosophes de la Grèce, le sage et placide Socrate , condamné à mort comme impie et corrupteur de la jeunesse d'Athènes, se sentait déjà dans sa prison inspiré de l'esprit divin (un souci, une inquiétude , une idée fixe, qu'il appelait son démon familier), et, tout en buvant la froide ciguë, continuait de prêcher à ses disciples l'immortalité de l'âme et l'obéissance aux lois.

Ceux-ci fondaient en larmes en l'écoutant religieusement pour la dernière fois , tandis que le Maître, calme, résigné, admirable, quoique torturé déjà par le poison, s'efforçait de les consoler, et leur donnait rendez-vous au ciel , qu'il leur montrait du doigt à travers les barreaux de fer de son cachot.

A quelque temps de là, un autre philosophe d'Athènes, disciple fameux du premier, et son digne successeur au Portiqne, le divin Platon, disait également aux jeunes citoyens qui suivaient alors avec avidité ses leçons :

— Si vous me demandez le secret de devenir riches, je vous répondrai : ce secret, je ne le connais pas; si vous me demandez le moyen de devenir savants, je vous répondrai : étudiez, scrutez les choses et méditez ; si vous m'interrogez enfin pour savoir comment

— 26 ~~ l'Homme peut être dans toutes les conditions imaginables, plus ou moins heureux sur la terre, je vous répondrai cette fois, avec assurance et en attestant les dieux immortels que mes paroles sortent de mon âme : le bonheur de chaque individu se trouve plus certainement pour lui dans l'accomplissement exact de ses devoirs (<&eWoyîa la Philosophie , la Sagesse).

Un siècle plus tard, le prince des Orateurs romains, Cicéron, écrivait de Rome à son fils Marcus , suivant alors les leçons de Gratippe à Athènes. (De officiis, Traité des devoirs.)

« Il m'en coûte beaucoup, croyez-le bien, mon cher Marcus? de vivre séparé de vous; mais quand je pense que vous habitez Athènes , la capitale glorieuse des lettres, des sciences et des arts, et que vous avez, en outre, le bonheur d'étudier sous le plus grand philosophe de nos jours, mon cœur paternel se console de votre absence , dans la persuasion qu'à votre retour à mon foyer , formé par les grands exemples de la Ville et instruit par les bonnes leçons du Sage, vous posséderez toutes les vertus morales et les nobles connaissances qui font la joie et la félicité de l'homme sur la terre. »

Eh bien! ce que Socrate mourant prêchait, il y a deux mille ans f à ses disciples , ce que Platon enseignait à la même époque aux jeunes citoyens d'Athènes, ce que Cicéron écrivait à son fils, sont encore aujourd'hui des vérités incontestables , et c'est encore seulement dans la régularité de la vie, dans l'observation des lois et dans l'accomplissement de nos devoirs, que se trouve pour nous le vrai bonheur, un

bonheur que rien n'altère, que rien n'empoisonne, qui est en nous, à l'abri des voleurs et des révolutions politiques, qui nous suit partout, à la ville comme aux champs, dans les travaux du jour comme dans les réflexions de la nuit , sur les divans soyeux des palais comme dans l'humble chaumière du pauvre, et contre lequel la méchanceté des hommes et les caprices de la fortune ne peuvent rien , rien, rien !

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