‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 8 sur 55 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Devoirs des Rois, des Princes* des Nobles.

Hélas! c'est bien souvent aussi une couronne de* pines que la couronne des Rois; îe front se ride vite à son contact; les cheveux blanchissent prématurément, etBossuet a eu raison de s'étonner de la quantité de larmes que leurs yeux pouvaient contenir.

En effet, le bien qu'ils font personnellement et par leur propre inspiration, la gloire qu'ils donnent pendant leur règne, aux armes, aux lettres, aux sciences, aux beaux-arts; la prospérité de l'Etat, les grandes entreprises, les expéditions lointaines, la construction de monuments admirables et utiles en même temps, le territoire agrandi , la patrie même sauvée par leur fermeté, leur sagesse, leur courage, tout cela, tant qu'ils vivent, n'est rien aux yeux du peuple, qui, soit par instinct de jalousie ou esprit de contradiction, ne leur en tient généralement aucun compte.

Tout le mal au contraire qui se fait dans le royaume, souvent même à leur insu, leur est attribué :

La moindre passion excusée journellement dans un simple particulier, leur manière de vivre somptueuse ou modeste, la plus légère difformité physique dans la taille» la démarche, la vue, la voix, ainsi que l'obésité, la maigreur, la calvitie, la couleur de la peau leur sont reprochées avec sarcasmes; la stagnation dans

le commerce, la suspension dans les travaux, les revers dans les batailles, les trahisons de certains chefs et jusqu'aux famines, aux inondations, aux pestes, aux morts soudaines dans leur famille , aux forfaits commis dans un certain monde , aux concussions de leurs ministres, au triste scandale donné par des hommes au pouvoir, aux ventes frauduleuses faites à l'Etat, aux banqueroutes scandaleuses, tout, jusqu'à la dégénérescence momentanée des pommes de terre à l'oïdium (maladie de la vigne), leur est imputé à crime.

Bien plus, on les calomnie, on les outrage, on les ridiculise dans des livres, des mémoires, des pamphlets, des journaux, des caricatures; on arrache le voile de la pudeur aux nobles dames; un Prêtre ambitieux et désireux de briller, à tout prix, à la cour, s'associe avec une Aventurière pour leur offrir des parures scandaleuses et compromettantes qu'elles ne désiraient pas, que leur dignité aurait rougi d'accepter, (Le collier de la Reine, le cardinal de Rohan, madame de La Motte), et on les voue ainsi, indirectement il est vrai, mais néanmoins positivement aux poignards de misérables fanatiques ou d'imbéciles gagnés avec de Tor (Jacques Clément , Jean Chatel , Ravaillac, Louvel, cent autres, enfin Fieschi, Orsini, etc.). Jadis une bulle d'excommunication, une conspiration, une intrigue de cour les renversait du trône pour les jeter dans un cloître.

Aujourd'hui, une poignée d'individus qu'on appelle peuple souverain pendant une semaine, ensuite vile populace, s'insurge tout à coup contre eux, les chasse et les condamne à l'exil j elle se précipite en outre tumultueusement et en hurlant quelques mots de

guerre, dans leurs palais abandonnes, ainsi que dans certaines églises stygmatisees par la calomnie, et en quelques heures elle en fait des ruines (les Tuileries, l'Archevêché, Saint-Germain-l'Auxerrois, eu 4 830 ; les mêmes Tuileries, le Palais-Royal, Neuilly, Villiers, Monceau et jusqu'aux ateliers du Moniteur, en 4 848).

D'autres fois on les retient captifs dans leurs demeures ou on les jette dans des prisons jour et nuit, ouvertes aux outrages etjamaisaux sympathies (la Tour de Londres, le Temple, la Conciergerie, la Force).

À moins encore qu'une Assemblée politique en démence ne demande leur tête, car, dans ces cas, il faut qu'elle tombe avec celle de leur Femme, de leur Sœur, de leurs Enfants, (on n'exécute pas, il est vrai, les enfants, en plein jour, sur la place publique, mais pour tuer le Dauphin, physiquement et moralement, on l'enferme, à l'âge de sept ans, entre les quatre mur. dune prison et on lui donne un Savetier,— le citoyen Simon, — pour Gouverneur; quant à la Dauphine, on l'échange, à treize ans, contre des prisonniers de guerre et elle recouvre ainsi la liberté) , de leurs parents, de leurs amis, de leurs défenseurs, de leurs ministres et de leurs plus fidèles serviteurs (Charles Iei , Louis XYI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth, la Princesse de Lamballe, Lamoignon de Malesherbes et tant d'autres nobles victimes). Cependant tous ces meurtres abominables , toutes ces têtes tranchées avec solennité , tout ce sang répandu sans miséricorde ne satisfont point encore complètement les grands patriotes de ces belles époque , car, un jour , poussant la colère ju^uau sacrilège * jusqu'à là rage, ils

courent à Fabbaye de Saint-Denis , ouvrent les tombeaux des Rois que la vieille coutume nationale y déposait depuis quatre siècles, se partagent leurs linceuls (comme les Pharisiens s'étaient jadis partagé la robe du Christ ) et jettent aux vents leurs cendres profanées! ! 1

Mais, bientôt, les malheurs qui suivent ordinairement ces frénésies donnent à réfléchir aux hommes qui ont conservé quelque peu de sens moral , de dignité personnelle et de patriotisme; alors on se re« peut de son égoïsme,, de son indifférence aux douleurs des autres, de sa lâcheté à laisser faire le mal ; on rougit des atrocités commises et on finit par élever aux morts de magnifiques tombeaux chargés d'hyperboliques épitaphes i vains regrets , sottise , hypocrisie (1)!

Et voilà trop souvent le sort réservé aux Princes de la terre en compensation de leur puissance, de leurs honneurs et de leurs privilèges qui, eux-mêmes, leur imposent en outre de si grands devoirs, de si grandes obligations, tant de veilles et tant de travaux incessants I Ces devoirs , ces obligations , cette dignité morale à conserver, ces études à faire continuellement pour arriver toujours au mieux possible, nous n'avons pas le courage de les mentionner ici ; nous n'avons pas également la prétention de nous faire lire par des Rois, parlons de la Noblesse !

Non, quoi qu'en disent de prétendus philosophes^ certains esprits forts et nombre de sots plébéiens, ce n'est point un préjugé que la noblesse de naissance! un grand nom, un titre mérité par de véritables services rendus à l'humanité, à la patrie i à la science,

aux beaux-arts, à l'industrie, constituent la part la plus glorieuse de l'héritage des enfants, et quand l'origine de cette noblesse se perd dans la nuit des temps; quand vos ancêtres remontent aux Croisade$(i), aux anciennes guerres du pays, à sa constitution politique et sociale, à ses premières industries ; quand l'histoire a gravé vos titres sur ses tables d'airain ; quand on s'appelle enfin Montmorency, LaTrémouille, Noailles, Lévi, Damas, de Rohan , Cauniont-Laforce, Gontaut-Biron, Luxembourg, Cossé-Brissac, de Choiseul, Larochefoucauld-Liancourt , Richelieu, etc., les descendants de ces hommes sont astreints à des devoirs plus nombreux et plus impérieux encore que les autres citoyens , parce que la société a constamment les yeux fixés sur eux, qu'elle épie , pour ainsi dire , toutes leurs actions, soit pour les louer ou les flétrir ; parce qu'enfin si, en les comparant à leurs ancêtres, elle les trouve des fils dégénérés, faisant un usage honteux de leur blason, de leur fortune, de leur pouvoir, et traînant ainsi dans la boue le nom vénéré de leurs pères, alors le prestige de leur naissance disparaît soudain et pour jamais, tandis que ies autres citoyens, perdus dans la foule et abrités par leur obscurité, ne sont tenus à rien qu'à observer les lois et les usages sociaux de leur pays, jusqu'à ce qu'eux-mêmes viennent à se distinguer tout à coup par des actions d'éclat, un dévouement sublime , une grande dignité dans des fonctions publiques, un génie supérieur, une science profonde, de bons ouvrages, de précieuses découvertes eu des fondations utiles à la malheureuse humanité. Napoléon, né à Àjaccio, île de Corse, le 15 août 1769, et mort le 5 mai 1821, enchaîné comme un

autre Prométhée, par les Anglais, sur le rocher de Saiute Hélène \ — Desaix , mon général à trente et un ans, sur ie champ de bataille de Marengo, en regrettante n'avoir rien fait encore pour la Fi ance;— Kellet mann, jeune, vieux, toujours et partout Keliermann : Marengo, Valmy, etc.; — Lannes, les jambes fracassées par un boulet , le 3 mai 1809, à la bataille d'EssIiu» : il dort glorieusement, aujourd'hui, sous le dôme du Panthéon; — Rleber, le sublime sullan, général dans la grande expédition d'Egypte (1798), elassassinéau Caire par un jeune fanatique de seize ans, qui a subi coup pour coup la peine de son crime, et dont on voit maintenant le squelette au cabinet d'anatomie du Muséum ; — Masséoa, l'Enfant chéri de la victoire et l'effroi du boucher Souvarowf (3) ; — Gouvion Saint-Cyr, grand administrateur au ministère de la guerre, rourageux au combat et stratégiste habile dans toutes les opérations militaires(4) ; — Victor, l'honneur, le coup d'oeil sur les champs de bataille, la dignité, le savoir (5); — Brune, le vaillant, assassiné en 1815, à Avignon, par Trestaillons et trois cents coquins de son espèce; — Moncey, fais ce que dois, adv ienne que pourra ! bataille de Clichy ( 1 81 4) , avec la patriotique garde nationale de Paris pressée & ses côtés; en 1815. trois mois de prison à Lyon et quatre ans d'exil , avec perte de son traitement et de tous ses grades et dignités, pour avoir refusé, le 6 décembre, de présider, comme doyen des maréchaux de France, la commission militaire qui avait ordre de fusiller le lendemain , au point du jour, le maréchal Ney; — Mortier, après avoir, en 1814 , sur la rive gauche de la Seine, à Essonne, Saint-Germain ,

Versailles, Saint-Cloud , etc., tenu lète , avec 22,000 hommes, à 160,000 Russes, Prussiens, Bavarois, Saxons, Badois et Wurtembergeois, il est tombé, le 29 juillet 1835, à côté de Louis -Philippe, sur le boulevard du Temple, frappé à mort par la machine infernale de Fieschi) ; — Soult, grand organisateur et tacticien : il a pointé, en 1815, à la bataille de Toulouse, le dernier canon qui a fait feu contre les Anglais;

— Macdonald, noble Irlandais paré de toutes les vertus du chrétien, de l'honnête homme et du soldat; — Poniatowsky, colonel des braves lanciers Scandinaves, qui ont montré constamment un dévouement admirable à l'Empereur et à la France : impuissant à contenir son cheval par suite de blessures récentes au bras et à la poitrine, il sest noyé au passage de l'Elster, le 19 octobre 1813, la veille même peut-être du jour où César allait enfin placer sur son front la couronne de Pologne qu'il était si digne de porter);

— Marceau, tué au passage de Kell sur le Rhin, en combattant les Autrichiens : à sa mort, qui a excité partout de profonds regrets, il y a eu immédiatement une suspensioo d'armes et amnistie générale ; — Hoche, le glorieux Pacificateur de la Vendée, car c'est bien une gloire, et une grande gloire que d'arracher les armes des mains aux enfants de la même yatrie qui s'entre-gorgent sans pitié (6) ; — Eugène, deux fois noble, et par son nom Eùywi et par lui-même ; — Bertrand, ami dévoué au grand Prisonnier de Sainte- Hélène ; — Gérard, la grandeur d âme et la bienveillance; — loubert: le 15 août 1 79u. en aitaquant le terrible Souvarowf à la bataille de Nom il reçut une balle dans la poitrine et tomba de cheval en disant : —

Camarades, ne faites pas attention à moi et courez à l'ennemi (7)1 — Grouchy (Fabius cunctatorj ; au plus fort de l'action de la bataille de Waterloo, quand les détonations du canon faisaient trembler la terre à dix lieues à la ronde, il attendait, à Quatre-Bras, avec 32,000 hommes, Tordre d'accourir à la hâte sur le champ de bataille ou de rester à son poste pour barrer passage aux Prussiens , mais Tordre n'arrivait pas : les aidesde camp, ordonnances et courriers envoyés par TEmpereur étaient tués ou interceptés , enfin Blucher donna la main à Wellington, et la bataille fut perdue; — Foy, nous avons donné une obole pour son tombeau et contribué par une centaine de vers à V Hommage poétique qui lui a été rendu comme général et comme député; — Lamarque, nous avons assisté à ses funérailles sanglantes ; — Bugeaud (TAfrique, le Maroc, ense etarairo, soldat-laboureur, etc. (8); — La Bourdonnais, ancien gouverneur et presque fondateur de la riche colonie de Bourbon ; — Jean Bart-, enfant terrible de la Bretagne, qui s élança, comme un aiglon, du rocher Saint-Malo pour courir sus aux Anglais et aux corsaires d'Alger, de Tunis, de Tripoli et de Maroc ; — Duguay-Trouin ; il a imité Jean Bart, et les Dey, Bey et Empereur des susdits Etats barbaresques ont souvent tremblé, à son arrivée dans leurs ports; — -Duperrey ; il commande la flotte superbe et vengeresse de nos affronts qui, en 1830, s'empara d'Alger réputé jusqu'alors imprenable ; — Dumont-d'Urville, célèbre marin, qui , après avoir fait plusieurs fois le tour du monde et visité les contrées les plus sauvages, périt déplorablement avec sa femme et son fils, le 8 ma* 4842, dans raffreuse catastrophe du chemin de fer

de Paris à Versailles , rive gauche de la Seine ; — Àffre (nous avons glorifié sa mort dans le chapitre précédent) ; — Chevreuse ; il fut, pendant trente ans, un admirable propagateur de l'Evangile dans les deux Amériques, puis Cardinal-archevêque de Bordeaux où il donna l'exemple de tontes les vertus ; — De L'Epée; il fonda la charitable Institution des Sourds-Muets, et apprit à ces malheureux enfants à remplacer la parole par l'expression de la physionomie et le jeu des doigts ; il était né à Versailles, le 24 novembre 1 71 2, et Versailles lui a élevé une statue digne de lui; il tient en main un livre sur lequel est écrit Dieu ;

— Sicard ; il fut le digne successeur du précédent, et compléta par des ouvrages spéciaux l'instruction de ses chers élèves ; — Valentin Hauy, savant praticien, attaché longtemps à l'Institution des Jeunes- Aveugles, et qui inventa, pour leur apprendre à lire, à écrire et à jouer méthodiquement d'un instrument quelconque, les caractères en relief, qui sont généralement adoptés aujourd'hui en Europe. On lui a élevé dernièrement une statue dans la cour de l'Institut des jeunes aveugles \ boulevard Mont- Parnasse : il examine les yeux d'un enfant aveugle qui est à genoux , devant lui (9) ; — Guy de la Brosse, célèbre médecin de Louis XIII et fondateur du Jardin des Plantes, à Paris ; — Olivier de Serres, le père de l'agriculture en France : il nous enseigna la culture du mûrier pour nos vers à soie et fut le premier qui , en 4 605, eut la pensée d'extraire du suc de la betterave ; on lui élève, en ce moment , une statue à Villeneuve de Bèrg ; — Parmentier (10) ;

— Boukels(l 1);— Nicot (U); — Desclieux (13); —

Lanioignonde Malesherbes, la vertu et le dévouement sans bornes; il défendit Louis XVI à la Convention et périt , à quatre-vingts ans , sur Téchafaud (14); — Montesquieu, Y Esprit des Lois; — Mirabeau -Riquetti, l'éloquence tribunitienne , la force, l'énergie, le geste (Monsieur de Dreux-Brézé, allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du Peuple et que nous n'en sortirons que par h force des baïonnettes!); que ne fût-il aussi réglé dans ses mœurs qu'habile à bien parler ! — BoissyeTÀoglas, le courage civil ; — Portalis, la jurisprudence ; il contribua savamment à ta rédaction du Gode Napoléon; — Barbé-Marbois , contrôle sévère des Comptes — dette active et passive — de l'Etat ; — Séguier : la Cour rend des arrêts et non pas des services; — Royer-Collard, l'histoire de la philosophie; il fut élu président de la Chambre des députés, en 1827, après avoir été lui-même nommé député par sept collèges électoraux ; -— Casimir Périer, mort à la peine, en 1832, dans ses fonctions de Ministre des affaires étrangères, au moment du choléra ; — Laffitte, la bienfaisance et le patriotisme : il a essuyé bien des larmes, et prêté généreusement à la France appauvrie les cent millions qu'elle devait payer encore, pour sa dernière rançon, à nos bons alliés ; — Buffon; ses œuvres sont dans les mains de tout le monde ; — La Place, l'auteur de la mécanique céleste ; — Lavoisier, savoir et malheur ; — Fourcroy, Bertholet, Vauquelin, le savoir également, mais sans le malheur; — Monge, les mathématiques transcendantes; — Cuvier, la science immense jointe à la plus douce modestie. La vraie science d'ailleurs se cache toujours dans les plis

du manteau de la modestie, car plus un homme sait, plus il comprend quM no sait rien ; — Bornpland, la nature étudiée à travers le monde entier ; — Chaplal, célèbre chimiste qui , étant ministre de l'intérieur, en «807, alors que toutes nos colonies étaient bloquées par les flottes anglaises, donna une grande impulsion à la fabrication du sucre de betterave ; — Comraerson, savant médecin, naturaliste; attaché longtemps aux grandes expéditions de Garnirai Bougainville autour du monde ; il a composé plusieurs bons ouvrages et importé en France la Flore de Madagascar dont Y hortensia faisait partie (15); — Jussieu , Saint -Hilaire, Lamarque , Thouin, les sciences naturelles ; — Arago , l'astronomie ; — Malte- Brun , la géographie ; — Lhomond , le vrai classique et modeste professeur de Louis-le-Grand. On a commenté, amplifié, traduit tous ses ouvrages, c'est-à-dire qu'on les a tous défigurés. 0 amplificateurs et traducteurs! on a bien raison dédire que vous êtes des traîtres! Il a maintenant une statue

élevée, par souscription, à ; — André

Chénier, talent et malheur ; — Delille, Casimir Delavigne, Béranger, Scribe, le talent sans le malheur; — Chateaubriand, le Génie du Christianisme; — Jenner (16), — Mazet (17<; — Dupuytren. le praticien savant : ses nombreux élèves, suspendus à ses lèvres, quand il faisait son cours à l'Hôtel-Dieu , disaient en sortant : Dms est! c'est le Dieu de la médecine 1 — Lisfranc (idem)] — Portai, Récamier, Dubois, l'habileté dans les opérations ob-tétricales, les accouchements; — Orfila, la toxicologie expérimentée, étude des poisons et de leurs effets ; — Gall , la phréno-

logie (1 8) ; — Bichat, le divin jeune homme (4 9) ; «— Larrey (20) ; — Schwartz (21) ; — Armato d'Armati, l'inventeur des lunettes (22); — Huyghens (23);

— DeSaussure( 24) ; — Gutlenberg; il créa l'imprimerie, en disant : Fiat lux ! et la lumière fut faite ;

— Fulton; il comprit, le premier, toute la puissance de la vapeur; — Jacquard (25) ; — Daguerre ; il trouva le moyen de fixer, avec un rayon de soleil, la représentation exacte des objets sur des plaques métalliques;— enfin De la Salle, — Cochin, — Beaujoo,™ Montyon , — d'Àiigre (26); — Lariboisière , — Bervenger, — Jules Cossin,— Brezin,— Languetde Gergy, — De la Tour, — Champion, — Domballe, — Marbeau ,

— Jean-Baptiste Ferrant (27) ; — la mère Brigitte,

— les sœurs Marthe, — Rosalie, — Isidore, etc., etc. Mais, si noblesse oblige, la croix du pasteur, Tépée

du soldat , la simarre du juge obligent également, et un prêtre sans règle dans sa conduite, sans dévouement, sans charité, un soldat sans vaillance, un magistrat sans équité, sans courage civil, ainsi que Pilate, qui aban ionne lâchement aux Juifs le Fils de Marie et se lave les mains sans soucis de l'avenir, un professeur sans connaissances positives, sans modération et sans dignité personnelle, un légionnaire enfin sans honneur et sans foi , sont de pauvres êtres dont le masque tombe bien vite et qui n'inspirent plus alors que le mépris et le dégoût.

De nombreux Privilèges étaient jadis attachés à la Noblesse, et quelques grands seigneurs en ont parfois, il est vrai , indignement abusé, mais si quelques-uns battaient leurs gens, reniaient leurs dettes, traitaient leurs vassaux comme des bêtes de somme, leur impo-

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saient de dures corvées, outrageaient leurs femmes et leurs filles, osaient même les tuer pour un mot de révolte ou pour un lièvre abattu sur leurs terres (ce qui a été un des crimes d'Henri IV), presque tous les autres, vivant continuellement en famille au milieu d'eux, les regardaient comme des pères, des frères, des amis, les soulageaient dans leurs misères, les consolaient dans leurs peines, leur donnaient du pain pendant les famines ; du bois, de la laine, du linge, pendant l'hiver, du travail , en tout temps; les soignaient dans leurs maladies et leur vieillesse, et, presque toujours, quand ces pauvres gens allaient au Château, c'était avec un sentiment de joie et de béatitude, parce que, dans le Seigneur comme dans le Curé de leur village , ils ne voyaient alors qu'un protecteur puissant, Juste, bienveillant, charitable ou un pieux intermédiaire entre eux et le Ciel.

Les choses ont bien changé depuis ; aussi des révolutions terribles sont arrivées à la suite les unes des autres et ont bouleversé l'Europe de fond en comble. Que de sang, que de victimes, que de ruines, que de guerres, que de larmes 1 et pourquoi ?

Charlemagne, si terrible aux Saxons, fondant l'Université, proclamant les cafitulaires et envoyant annuellement dans les provinces des commissaires pour s'assurer si les lois du royaume étaient religieusement observées;

Philippe-Auguste, vainqueur des Anglais, en Poitou, en Normandie, en Anjou, ainsi que de l'empereur Othon et de ses Confédérés (bataille de Bouvines\ qui ajouta plusieurs grandes provinces à la France, entoura Paris de murailles, lui donna des arts, des

monuments (Notre-Dame, le Louvre, ses premières Halles);

Louis VIII, Cœur-de-Lion, qui enleva aux Àuglais le Limousin, le Périgord, l'Aunissois, La Rochelle, pour punir Henri III de son manque de fidélité à ses devoirs de vassal ;

Saint Louis, la terreur des Albigeois, le vainqueur des dues de Bretagne et de Henri III, roi d'Angleterre (combats de Taillebourg et de Saintes); lui à qui la France doit également tant de monuments religieux et hospitaliers : la Sainte-Chapelle pour les reliques de la Vraie Croix , la Sorbonne pour les étudiants en théologie, l'hôpital des Quinze-Vingts pour trois cents soldats revenus aveugles, avec lui , de la Terre-Sainte; saint Louis, disons-nous, donnant tant de beaux exemples de piété, de courage, d'humilité, de grandeur d'âme sur le trône, de résignation dans les fers, de sagesse dans l'administration de la justice, sous les ombrages de Vincennes, et dont la mort, à Tunis, dans sa seconde expédition contre les Infidèles, fut si calme et si glorieuse (28);

Louis XII, surnommé le Père du Peuple, qui triompha des Vénitiens, des Génois, des Milanais, des Aragonais, oublia, sans aucune arrière-pensée, les injures faites au duc d'Orléans et diminua de moitié les impôts du royaume;

François Ier, restaurateur éclairé des lettres et des arts, qui, valeureux chevalier, combattit pendant trois jours pour reprendre aux Suisses le Milanais (bataille de Marignan , dite des Géants), coucha la nuit tout armé sur 1 affût des canons, chassa l'armée de Cbarles-Quint de la Provence, et qui, enfin, vaincu

k Pavie, pensa que rien n'était perdu quand l'honneur était sauf ;

Henri IV, encore si plein d'activité généreuse , si courageux à Arles et à Ivry , faisant passer des vivres aux Parisiens mêmes révoltés contre sa puissance et assiégés par ses troupes, qui, avec 500 hommes seulement de cavalerie, écrasa 20,000 Espagnols commandés par Ferdinand Vélasco (combat de Fontaine- Française), et leur reprit Amiens dont ils s'étaient emparés par surprise ; ce roi, sans faste et sans morgue, qui ne se trouvait jamais mieux qu'au milieu du peuple, auquel il promettait si franchement un jour la poule au pot ; qui publia plusieurs édits en faveur des protestants, s'inspira de la sagesse de Sully pour rétablir Tordre dans les finances, termina le Pont-Neuf et construisit la grande galerie qui joint le Louvre aux Tuileries;

Tous ces monarques et tant d'autres que Ton pourrait citer, tous ces généraux, amiraux et gentilshommes morts intrépidement et par milliers dans les Croisades, chez l'ennemi et sur les champs de bataille de la France; tous les grands ministres qui l'on constituée : l'Hôpital, Sully, Richelieu, Mazarin, Col* bert. d'Aguesseau, Lamoignon, etc.; tous ces parlements si éclairés, si fermes, si pleins de Higaité et d'amour pour la justice (29), n'ont-ils pas infiniment plus contribué à sa gloire et à son bonheur que tous ^révolutionnaires fougueux de 93, les prédicateurs insensés du communisme, ou que les fanatiques amis d'une fraternité menteuse, d'une égalité sociale impossible et d'une liberté sans bornes, même pour la femme (30) ?

--- 90 ~~ On vante les progrès actuels, la marche des idées , l'amélioration apportée chaque jour au sort des Prolétaires; et , pour mieux glorifier le présent, on dénigre et on calomnie le passé, mais le Christianisme avec ses quatre évangélistes (saint Mathieu, saint Marc, saint Luc, saint Jean), avec ses grands apôtres, ses grands docteurs, ses grands confesseurs, ses grands évêques , saint Paul, saint Chrysostome (Langue d'Or), saint Basile, saint Bernard , saint Anasthase, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire, saint Àmbroise, et plus tard, chez nous, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier, Massiilon, etc.; mais la fondation de tant d'églises à une époque où le peuple avait besoin de prier Dieu; de tant de cloîtres, de communautés savantes (les Bénédictins, les Oratoriens, les Minimes, la Société de Jésus, etc.), pour les personnes pieuses ou brisées par la souffrance de l'âme; de tant d'hôpitaux pour les malades; mais les Quinze-Vingts pour trois cents aveugles, le monastère du mont Saint-Bernard pour les voyageurs engloutis dans les neiges de la Suisse ; les pénitents blancs pour l'ensevelissement des morts; les missionnaires si zélés pour la propagation de VE~ vangile; les moines de la Merci pour le rachat des esclaves ; les chevaliers du Temple pour la répression des pirates (31); les lazarets pour les pestiférés; les léprosies pour les malheureux dévorés par la lèpre (32); les asiles pour les vieillards, les sourds-muets, les jeunes aveugles, les enfants abandonnés, les Petits- Ménages, les Incurables-Hommes, les Incurables-Femmes (on devrait bien , par exemple, effacer à jamais le mot incurable, car il attriste l'âme comme le Voi che intrare, lasciate ogni speranza (Vous qui entrez

ici, perdez toute espéranc rîl par le Dante sur la

porte de l'Enfer ; la Ifatermf^poarles femmes en couches; l'hospice Quélen% fondé en 1 832 poorlesorph

du choiera ; Y Enfant- Jésus pour les enfant- mala la Sainte- Enfance pour les tout petits enfants: les Crèches pour les enfants au berceau on en compte delà une trentaine à Pari? et six dins la banlieue); l'hospice ds la Reconnaissance en faveur riers

en fer, âges, malades, infirmes ou fatalement Me en travaillant; l'hospice Rolsehild pour les isra-^ mala humbles Sœurs sœurs grises dis-

tribuant journellement aux pauvre? du pain, du bouillon, du linge, des médicaments, des bas, des souliers, des sabots, du bois, et que Champion .dil Y Homme au petit Manteau-Bleu, avait prises pour modèle?; mentionnons encore ici et avec un sentiment d'orgueil national , 1 Hôtel des Invalides pour tes soldats glorieusement blessés sur nos champs de bataille ; le Valdé-Grâce pour nos soldat? malades; la mais:: riaïe de Saint-Denis et A'Ecouen pour l'éducation des filles pauvres des chevaliers le la Légion d'honneur; puis avec un sentiment de gratitude, l'hospice Sainte- Eugénie, Fondé récemment, rue de Charenton . Y Impératrice : l'asile de Vincennes , édifie an nom du Prince Impérial pour les ouvriers convalescents; l'œuvre des jeunes filles incurables 'toujours ce mot incurable!) patronné par la princesse Clotilde-Napoléon; Notre-Dame des arts pour les enfants des savant-, des homm Les artistes et des novateurs dont la fortune n'a couronné ni le travail, ni les tentatives, ni les projets, ni les audaces; l'asile Fénelon , établi au château de Vàujours pour les jeu-

nés garçons sans ressources; après cela, ne sommesnous point autorisé a dire bien haut aux détracteurs malveillants du présent, comme aux louangeurs excès* sifsdu passé: mais tant de maisons ouvertes aux souffrances humaines ; le collège de France, la Sorbonne, l'Observatoire, le Muséum, accessibles à tous les jeunes gens avides de science; l'École Normale supérieure, où les meilleurs élèves de nos lycées impériaux entrent encore élèves pour en sortir, tôt ou tard, savants professeurs (33) ; tant de bibliothèques, tant de musées livrés aux hommes d'étude , aux artistes , aux curieux , aux étrangers, à tout le monde ; tant de grandes écoles pour nos futurs officiers du génie, d'artillerie, de cavalerie , d infanterie, de marine, pour les aspirants docteurs en philosophie, en théologie, en droit, en médecine, en chimie, en botanique, en pharmacie, etc.; V Ecole des Mines pour étudier la formation, la constitution et la combinaison des minéraux | V Ecole des Chartes pour apprendre à déchiffrer toutes les vieilleries (monuments, chartes, édits, statuts, lois, proclamations, décrets, ordonnances, mandements, donations, armoiries, parchemins, etc.) qui constituent l'ancienne histoire des peuples ; V Hôtel Cluny , pour notre admiration ; le Palais des Beaux-Arts pour nos dessinateurs, nos peintres, nos sculpteurs, nos ingénieurs, nos architectes, nos ornementistes, etc.; le Conservatoire de musique pour l'art musical, chorégraphique, dramatique , celui des Arts-et-Métiers où sont classés par ordre et en glorieux apparat tous les instruments anciens et nouveaux du travail des hommes; le musée d'Artillerie, celui de la Marine ; ces vieilles écoles chrétiennes où

de bons frères enseignent aux enfants du peuple tout ce qui leur sera nécessaire de savoir un jour quand ils seront hommes (34); après les écoles chrétiennes, viennent nécessairement ces vingt mille autres écoles primaires ouvertes en 1 835 dans nos campagnes pour y répandre un peu de lumière physique et morale (35); la maison de Saint-Vincent de Paul et de Saint-Nicolas pour de futurs ouvriers (36); la société de Saint- Régis, fondée en 1 824 pour faciliter le mariage civil et religieux des pauvres; la coloaie de Mettray pour occuper honnêtement et utiliser de jeunes bras (37) ; puis les primes accordées à h vaccine; les ouvroirs des campagnes établis déjà dans plusieurs communes pour initier de bonne heure les jeunes filles aux travaux de l'aiguille dont la pratique leur sera si utile, plus tard en ménage; les asiles des villes destinés à recevoir les petits enfants des ouvriers journellement forcés de quitter leur domicile pour aller travailler an loin. La construction de tant de cités ouvrières pour remplacer les logements insalubres ; l'institution des caisses d'épargne qui sont pour le peuple une tire-lire où il met sous par sous ses économies à l'abri des voleurs et des tentations de dépenses inutiles, tout en retirant de son capital un intérêt minime, il est Yrai, mais positif; celle du crédit foncier établie pour prêter sur immeubles aux petits propriétaires, temporairement gênés, les fonds dont ils ont besoin, et les arracher ainsi aux griffes des usuriers ; les caisses de secours mutuels qui sont un bienfait pour tout le monde, puisque chacun apporte, chaque semaine, pour son frère qui souffre, une obole qu'on lui rendra à lui-même, s'il vient à souffrir à son tour;

ces Médecins cantonnaux payés par l'Etat pour donner des soins et des remèdes gratuits aux malheureux habitants de !a campagne, et qui étaient si honorés autrefois en Grèce, qu'on les nommaitarc/udJm (c'està-dire médecins du roi et du peuple), et que nous avons rétablis chez nous aujourd'hui comme ils Tétaient jadis avant les désordres du Bas-Empire à Rome, à Constantinople, dans les Etats de Venise , en Allemagne, etc. Ces aumôniers des dernières prières institués récemment dans chaque cimetière, pour que le pauvre dont souvent le corbillard n'aura été suivi, depuis son grenier jusqu'à la tombe, d'aucun parent, d'aucun ami, sauf par un chien peut-être? ne fût pas jeté en terre comme un animal immonde. Tant deroutes percées pour la locomotion ; tant de montagnes aplanies, tant dévalions comblés; tant déports creusés pour le commerce ; tant de rtfes nouvelles percées dans les villes; les riches manufactures des Gobelins , de Sèvres, de Saint-Gobain, de Saint-Etienne, les six abbatoirs construits, à Paris, en vertu d'un décret rendu le 9 février 1810, pour soustraire à nos yeux le sang des nombreux animaux destinés à nous repaître, et qui serpentait jadis, çà et là, dans les ruisseaux infects de nos rues, etc. — Tout cela neconstitue-t-il pas la charité, la bienfaisance, le dévouement, le progrès successif ?

D'autre part , si on allait au fond des choses, ne pourrait-on pas se demander quels si grands progrès a faits la poésie depuis Homère; la musique depuis Orphée; la philosophie depuis Platon ; la science depuis Enclyde; l'éloquence depuis Démosthènes; l'histoire depuis Tacite; le journalisme militaire (mémoires,

rapports, descriptions, commentaires, etc.), depuis Jules-César; la biographie depuis Plutarque; la dialectique depuis Aristote ; le théâtre (à l'exception de Corneille et de Molière), depuis Eschyle, Eurypide, Sophocle, Plaute et Térence; la médecine depuis Hippocrate; la législation (sans même évoquer ici les grands législateurs de l'antiquité : Moïse, Dracon,Solon, Lycurgue et Numa) , depuis Juslinien ; la statuaire, l'architecture (38), depuis Phidias, Praxitelles, et en se rapprochant de notre époque, depuis Michel-Ange, le Priraatice, Puget, Coysevox, Bouchardon, Pierre Lescot, Coustou, Jean Goujon, Perrault, Soufflot; la peinture , depuis Appelles et Zeuxis à la suite desquels viennent plus tard se ranger glorieusement le Dominicain, Léonard de Vinci, Raphaël, Titien , Paul Véronèze, Philippe de Champagne, Rubens, Lesueur, Nicolas Poussin, Zurbaran et Murillo dont la Conception de la Vierge excite aujourd'hui l'admiration de tout le monde au musée du Louvre (39).

Les anciens Egyptiens n avaient-ils pas des connaissances profondes en astronomie ? et leurs immenses pyramides (celle de Chéops a 1 56 mètres d'élévation et celle de Gyzèh 1 45), vieilles de quatre mille ans et si bien orientées, n'ont-elles pas été bâties, moins encore pour servir de tombeaux aux Pharaons que, pour guider de loin, comme un phare, les caravanes égarées dans la vaste plaine de sable qu'on nomme le Désert? Comment, en outre, embaumaient-ils leurs Morts pour une éternité? Comment taillaient-ils dans le roc et transportaient-ils ensuite de la carrière aux temples des dieux leurs énormes Sphyox et leurs gigantesques Obélisques? Le savons-nous (iO)?

Savons-nous encore comment la pourpre se teignait k Tyr ? Avec quel miroir Archimède incendia la flotte des Perses, en pleine mer? Que sont auprès des ailes de Dédale et d'Icare tous nos aérostats jusqu'à présent indirigeables? des bulles de savon avec lesquelles le moindre zéphyr se plaît à jouer dans l'espace. Qui peut dire, aujourd'hui, ce qu'était le feu grégeois {feu qui brûlait dans l'eau)?

Les Chinois ne connaissaient-ils pas, depuis deux mille ansj'électricité, l'imprimerie, la boussole, la poudre à canon, le gaz, le tissage de la soie, la fabrication de la porcelaine, du verre, du papier, de l'encre et des couleurs les plus brillantes, les moins altérables et les plus variées? N'avaient-ils pas observé, un temps infini avant Servet et Hervey, la circulation du sang? ne connaissaient-ils pas, des milliers d'années avant nous, l'acupuncture (saignée pratiquée avec une pelote garnie de très-fines aiguilles), la pisciculture (fé* condation artificielle des poissons), le forage des puits dits artésiens et le moyen, le seul encore possible aujourd'hui, de tailler Pagathe orientale, l'onyx, le saphir, le rubis et le diamant avec la poudre même de ce précieux minéral (41 )? Que sont nos anciens châles, nos châles Ternauxti même encore les châles Biétry, garantis pure laine, en comparaison des châles de l'Inde? Lorsque Colomb a agrandi pour nous la terre de moitié (42) ; lorsque Copernic renversant tous le* anciens systèmes célestes de^ prêtres égyptiens, des philosophes grecs, des savants arabes, des bergers chaidéens, dAristarque, de Philolalus, de Ptolernée, etc., a fixé le soleil au centre du monde et fait tourner la terre et les autres planètes autour de ce astre lu-

ûrineux ; lorsque Galilée» quoique dans les iers, a dit et repété avec conviction : E pur si move ! (et cependant elle tourne ) (43); lorsque Newton a ouvert le grand livre du Ciel à nos regards; lorsque Descartes nous a donoé la théorie des tourbillons: lorsque Herschel a découvert une septième planète (celle qui porte son nom et qu'on appelle plus généralement encore Uranus); lorsque Franklin a commande à la foudre de tomber sur la pointe d'une aiguille aimantée :

Eripuit cœlo fulmen, sceptrumque tyrannîs (Ai).

Ces grands hommes n'ont-ils pas fait avancer autant la science que tous nos astronomes modernes, si vaniteux de leur savoir et si ardents à le célébrer euxmêmes dans certains journaux, non-seulement scientifiques, mais politiques et de parti ?

Depuis quelques jours, en outre, on entend à 1 Àcadémie des Sciences un langage très-peu convenable. Espérons, pour l'honneur de la France, qu'on n'en viendra pas aux coups de poings !

Continuons: Les verrières de la Sainte-Chapelle, de Notre-Dame, de Saint-Germain-l'Auxerrois, de Saint- Etienne-du-Mont, de Saint-Denis, de Reims, etc. , sontelles imitées de nos jours?

Demandez donc aux musiciens s ils ne donneraient pas tous les sabots fabriques journellement à Mirecourt pour un seul violon des Amatis , des Guarneriu*: et des Stradivarius!

Les anciens sculpteurs, ciseleurs, ornemanistes, orfèvres, ébénistes et potiers des trois derniers siècles notaient-ils pas d'habiles ouvriorn ?

En comparant eu outre actuellement, Notre-Dame, le Panthéon, Saint-Etienne-du-Mont, Saint-Séverin, Saint-Eustache , Saint-Germain-PAuxerrois , Saint- Sulpice, etc., avec Saint-Vincent-de-Paul qui n'a qu'une rampe d'abordage, la Madeleine qui n'a qu'une décoration de théâtre, et Notre-Dame-de-Lorette qui n'a rien du tout et où la Foi ne pourra jamais entrer ;

En comparant, dirons-nous encore, le Louvre, les Tuileries, le Luxembourg, l'Hôtel-de- Ville, l'hôtel Cluny, etc., aux palais de la Légion-d'Honneur, du quai d'Orsay, des Beaux-Arts, aux deux gros pavillons refaits à nouveau de l'Institut, aux deux forteresses théâtrales qui bloquent si grotesquement la gracieuse colonnette du Châtelet, et à la caserne mignarde et séhastopolienne de M. Hachette, le libraire; les anciens Cirques de Rome à tous nos amphithéâtres, cirques et hippodromes tant vantés aujourd'hui (45) ; les statues antiques (Jwp ter-Olympien , Apollon du Belvédère, Vénus de Médicis, Diane-Chasseresse, Minerve, l'Ifercttle-Farnèse, Mercure aux beaux pieds, Vénus aux beaux reins, le Gladiateur, teLaocoon, la Vénus de Milo, etc.) (46) , aux statues nouvelles de nos jar« dins et de nos places publiques (voir même celle du maréchal Ney que Ton a érigée, naguère, auprès de l'Observatoire et à l'aspect de laquelle il faut dire : Oh ! ou plutôt hélas ) 1 le Musée du Louvre au fouillis de Versailles (47) ; la place Vendôme, à la place de la Concorde avec ses deux fontaines peintes, dorées, repeintes, ses grands fossés et tous ses fuseaux pour candélabres (il en était du moins ainsi, il y a quelques années); la colonne Trajane (dont celle de la place Vendôme est une imitation , sauf un empereur

en redingote grise au sommet, pour remplacer Saint- Paul), à la colonne de Juillet; la porte Saint-Denis au colifichet du Carrousel ; les fontaines des Innocents, de Grenelle, du Luxembourg, à nos fontaines modernes, y compris le pâté de la place Saint-Sulpice, le cabinet de travail d'où Molière voit tristement, à ses pieds, couler un petit filet d'eau, et la galette du pont Saint Michel (48) ; la moindre décoration d'une cour quelconque à toute la ferraille anguleuse de la cour du Louvre (49); les œuvres, enfin, du siècle de Louis XIV, même de Louis XV, avec tout ce qu'on nous invite, au son de grosse caisse, à lire aujourd'hui, ne serait-on pas forcé de reconnaître toute la supériorité du passé sur le présent et de nier complètement le Progrès ?

Cessons donc nos récriminations!

Chaque temps a eu ses gloires , ses hommes, ses victoires et ses défaites, ses vertus et ses vices, ses joies et ses douleurs.

Que ceux qui ont obtenu de leurs aïeux un nom honorable, une position éminente, une grande fortune, portent diguement, et sans orgueil, le pesant fardeau de leur nom : ils ne jouissent plus aujourd'hui il est vrai, comme autrefois, d'aucun privilège, ils n'ont plus d'ordre à donner à personne; il sont soumis, au contraire, comme les autres citoyens, à toutes les lois de l'Etat ; ils payent leur part des impôts et contribuent, selon leur fortune, à toutes les charges publiques ; on ne glisse plus, maintenant , dans leur berceau ni croix d'houneur, ni rubans, ni brevet de pension, ni épée, e,, s'ils en convoitent par la suite, c'est à leur seul mérite personnel qu'ils doivent les deinan-

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der ; cependant, malgré cette abolition de leurs anciens privilèges, malgré le peu de prestige attaché actuellement à la naissance, les nobles doivent encore rester nobles, et toujours et quand même.., (50) c'està-dire être bons, justes, ofûcieux, affables, bienfaisants autant que possible, sincèrement dévoués à leurs pays et scrupuleusenment exacts à remplir leurs devoirs sociaux qui, d'ailleurs, ne sont plus aujourd'hui pour eux que ceux de tout le monde.

Essavons de les décrire.

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