‹ L'humanité, ses droits et ses devoirs, ses joies et ses douleurs, avec une carte morale de la vie depuis le berceau jusqu'à la tombeChapitre 9 sur 55 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Devoirs do la Famille.

Les Anciens ont sanctifié la Famille et divinisé le foyer domestique en inaugurant des statuettes appelées Dieux Lares et Dieux Pénates, que les proscrits, comme les exilés volontaires , emportaient religieusement avec eux pour mettre sous leur protection leur nouvelle demeure.

Dans cette enceinte sacrée, le père avait un pouvoir absolu sur sa femme, et jusqu'au droit de mort sur ses enfants; l'épouse , comme une ancienne prêtresse de Vesta, y entretenait éternellement la chaste flamme du cœur , et les enfants , jeunes ou déjà d'un certain âge , les entouraient tous les deux de respect, de reconnaissance et d'amour (1).

Les devoirs des époux, des pères, des mères, des enfants , des frères, des sœurs -, des parents et des serviteurs d'alors sont encore à peu près les mêmes que les devoirs de la famille de nos jours, et nous allons les mentionner ici, par ordre et avec autant de précision et de simplicité que possible :

L'époux doit à l'épouse protection, amour et fidélité; car, en s'unissant à lui , sa femme était le lierre qui s'attachait à l'ormeau.

L'homme a besoin d'être aimé: il faut donc qu'il

aime pour qu'il y ait réciprocité; il a besoin de croire que sa femme lui est fidèle, et que ses enfants, si l'hymen est fécond , sont bien naturellement les siens; il faut donc qu'il garde à sa femme cette fidélité qu'il lui a jurée lui-même, qu'il exige d'elle, dont la violation blesse cruellement l'amour-propre et le cœur, et qui est nécessaire à la paix et à la félicité communes.

Il doit à sa femme et à ses enfants autant d aisance que possible; s'il est riche, aller au-devant de tous leurs besoins, satisfaire tous leurs goûts raisonnables et honnêtes, et donner surtout h ses enfants une bonne et solide éducation.

S'il est pauvre , au contraire, s'il est obligé de demander au travail tous ses moyens de subsistance , il doit consacrer le gain entier de la semaine aux besoins impérieux de sa famille , éviter tout excès qui pourrait compromettre sa santé personnelle et le mettre dans l'impossibilité de travailler le lendemain; il doit enfin chercher et trouver au milieu des siens ses plus grandes jouissances, et ne pas dépenser au cabaret, avec de mauvais sujets, les précieux sous destinés à acheter le pain quotidien.

Le jeu, avec chance de perte au-dessus de ses moyens, lui est également interdit , car un malheureux coup de cartes , de dés ou de queue de billard pourrait le frapper jusqu'au cœur.

Si , aux beaux jours , aux jours de fête , et parfois le dimanche, il juge à propos d'aller se promener au dehors pour changer d'air, se reposer l'esprit et les yeux , et faire un repas modeste et cependant excentrique , qu'il emmène avec lui tout son personnel

dans l'intention de leur procurer également à tous quelques instants de bonheur.

A moins de grandes dispositions , bien constatées chez ses enfants, qu'il ne leur fasse jamais donner une éducation au-dessus de sa condition, sinon ceux-ci commenceront par le mépriser et finiront par aller grossir le nombre déjà si grand de ces malheureux jeunes gens qui n'ont pas assez de savoir pour s'enrichir par des œuvres de génie, et trop d'orgueil pour chercher à gagner ensuite de quoi vivre en tirant une aiguille, en taillant la pierre, en façonnant le bois ou en torturant l'acier.

Que le père de famille inspire de bonne heure des principes religieux à ses enfants; qu'il leur apprenne à respecter leurs supérieurs par amour de l'ordre, les femmes par pensée à celle dont ils tiennent le jour (Un fils gagne le paradis aux pieds de sa mère , dit un verset du Coran); les vieillards honnêtes, parce qu'ils ont de l'expérience et sont donneurs de bons conseils, et enfin la cendre des morts, parce que les hommes chez qui la vie est éteinte n'appartiennent plus à la terre, mais à Dieu seul (2), Qu'il se garde bien surtout d'adresser , en présence de ces mêmes enfants, aucun reproche grave à leur mère; qu'il ne profère devant eux aucun jurement grossier et ne commette aucune action impudique:

Maxima debetur puero reverentia.

qu'il tienne, en outre, religieusement toutes les promisses qu'il leur a faites et ne les frappe surtout jamais avec mauvaise humeur et colère, car la colère

rend presque toujours injuste, et l'injustice tue promptenient et sans retour le respect, l'affection et jusqu'à la reconnaissance.

La Femme doit à son Mari fidélité, amour et dévouement; sa tranquillité, ses joies domestiques, son bonheur, tout est là; car pour elle , son mari, c'est elle-même; ses enfants, comme disait Cornélie, la mère des Gracques , sont ses ornements les plus beaux et ses trésors les plus précieux.

Quelle que soit sa condition, riche ou pauvre, modeste ou brillante, la femme doit veiller constamment aux soins généraux du ménage, y faire régner l'ordre et la propreté qui en font le charme principal ; mettre dans tout une économie bien entendue et ne laisser rien de ce qui pourrait être utile aux malheureux ni se perdre ni se dissiper.

Si quelqu'un de sa famille est malade, elle doit lui donner affectueusement tous ses soins.

Si, le soir, son mari est fatigué des rudes travaux de la journée, elle doit chercher à le délasser par de douces prévenances; s'il souffre moralement, elle doit le consoler , le ranimer par quelques-unes de ces bonnes paroles qui sortent du cœur; s'il s'irrite contre elle, s'il la brutalise, qu'elle le désarme par sa patience et sa douceur , et le plaigne plutôt que de lui en vouloir et de l'irriter davantage; qu'elle le consulte toujours avant d'agir, et qu'elle agisse ensuite, à moins de cause majeure, d'après son conseil. Qu'elle ne fasse jamais, en un mot, marcher ses plaisirs avant ses devoirs.

Alors, si cette femme digne et méritante est frappée par un grand malheur, et dans ses affections les

plus chères, comme la perte de son mari , de ses enfants , de sa fortune , de sa santé , elle peut toujours , et avec raison, se consoler par ces seuls mots : Dieu m'est témoin que j'ai fait ce que j'ai cru mon devoir! et l'estime publique lui reste.

La femme libre , au contraire , la femme du monde, du demi-monde et de la crinoline , la femme légère dans sa conduite et sans soucis de sa maison, ne connaît pas toutes les jouissances de la famille et du foyer domestique, et si bientôt , par suite de sa légèreté, de sa vie dissipée, de sa coquetterie et de ses mauvaises liaisons 9 elle devient femme adultère, il n'y a plus alors pour elle de repos, d'estime personnelle et de bonheur ici-bas ; tous les plaisirs de ce monde lui deviennent successivement insipides, elle n'embrasse plus ses enfants avec la même pudeur , la même confiance, la même tendresse; elle se contraint, tant bien que mal , pendant le jour, et redoute , pour la nuit , jusqu'aux révélations du sommeil. Il lui semble, en effet, que sa faute est écrite en caractères de feu sur son front; que son mari lui jette sans cesse aux oreilles ces paroles fatales: Tu m'as déshonoré , et les enfants que tu mas donnés ne sont pas les miens! que ses enfants vont lui dire, dans un instant, dans une heure, ce soir, demain: Nous sommes bâtards! et nous te méprisons; que ses parents , enfin, que ses voisins lui crient , du plus loin qu'ils l'aperçoivent : Honte à la femme indigne! arrière la prostituée !

Après ce dernier tableau , heureusement fort rare, de la femme perdue, nous allons tracer les devoirs de la I us.

Mais; qu'avons-nous dit?

Le devoir des Mères, tant de la famille humaine que de la race animale, a été gravé dans leur cœur, et en caractères indélébiles, par la nature, et chaque mère le remplit affectueusement et dans toute l'étendue de ses capacités physiques et morales, car une mère : c'est la jeune femme, vigilante même pendant sou sommeil, qui, au moindre cri parti du berceau de sou enfant, se lève avec précipitation, pour l'embrasser et lui présenter son sein vivifiant ; c'est la noble Dame qui assise, un jour de fête, sous les ombrages du parc de Brevannes, avec son fils sur ses genoux, et regardant les villageois danser, s'écrie tout à coup : « Mon Dieu 1 mon enfant s'enrhume, je vous remercie de m'en avoir avertie 1 » et qui court au château réchauffer son précieux trésor ; c'est la pauvre marchande ambulante, portant devant elle sur son éventaire tantôt des fruits, des salades, des légumes, de la marée, et sur son dos, enveloppé dans un vieux châle retenu par une sangle , un gros poupard qui , sans souci du tapage qui l'environne, grignotte délicieusement une pomme que ses deux petites mains ont de la peine à contenir ; c'est la femme désolée qui, embrassant pour la dernière fois le petit cadavre de son cher petit enfant , met avec piété , dans sa petite bierre ? les petits jouets qui, naguère, hélas! le rendaient si heureux.

Un jour, sur une place de Florence, une jeune femme laissait jouer son enfant à côté d'elle, lorsqu'un lion de la Ménagerie rompt , avec fureur, les barreaux de fer de sa cage et s'élance à travers la ville.

Il trouve l'enfant si le saisit dans sa

gueule et l'emporte en frémissant de joie, mais la mère terrifiée barre ie passage au lion, le magnétise par son regard et lui fait déposer à ses pieds, sain et sauf, le petit ange qu il allait dévorer.

Un soir, au milieu de la nuit, le feu prend dans une manufacture de coton de Rouen.

Une pauvre ouvrière, fatiguée du travail de la journée, reposait près de son enfant; on crie : Au feu ! au feu ! Et soudain la jeune femme, réveillée en sursaut, attache une corde à la croisée de sa chambre, enveloppe son enfant dans un drap qu'elle saisit convulsivement avec les dents et descend dans la rue.

Quelques minutes après, la maison entière s'écroulait dans les flammes.

Le 8 janvier dernier, le quai de Billy était le théâtre d'un drame également bien émouvant:

Le marinier Bertin se rendait de Livry à la gare d'Ivry avec deux bateaux chargés de moellons et de plâtre, lorsque la crue des eaux le contraignit à s'arrêter. I! disposa cinq amarres pour retenir ses embarcations et, pendant toute la nuit, il fut occupé à repousser les glaçons qui . en s'accumulant autour des bateaux, menaçaient de les faire sombrer d'un moment à l'autre.

La dame Bertin , qui était sur ce même bateau avec ses deux enfants, épouvantée du danger qui la menaçait, sauta sur un glaçon, en emportant ses enfants, et, tout aussitôt, son mari se jeta dans un bachot et fit des efforts désespérés pour arriver jusqu'à elle : mais il était sans cesse r par le courant. Enfin la

malheureuse femme fut précipitée dans l'eau.

Un jeune batelier nommé Rivet et qui était monté près de là sur le bâtiment de commerce le Solférino, fut témoin de ces angoisses, et dès qu'il vit la dame Berlin enfoncer, il sauta dans un bachot, et, après une lutte terrible contre le courant qu'il fallait remonter, il arriva près d'elle, la saisit par ses vêtements et ne s'occupant que de sa personne, car elle n'avait pas lâché ses enfants, il parvint à la maintenir quelque temps, en lui jurant, pour soutenir son courage prêt à défaillir, qu'il ne l'abandonnerait pas.

Cependant son bateau, dont il n'était plus maître, s'en allait à la dérive et Rivet appela du secours.

Soudain les sieurs Masson, Bertin et Lamy se dirigèrent vers lui à l'aide dune embarcation, et, comme ils étaient dans le sens du courant, ils purent, malgré la hauteur des eaux, rejoindre les malheureux suppliante.

Lorsqu'ils furent en sûreté sur le rivage, on s'empressa autour d'eux , on les transporta au café de l'Àlma, où on leur donna des vêtements chauds, des réconfortants et tous les soins que réclamait leur triste position. On fit coucher les enfants dans unlitbassinéà la hâte, et peu de temps après, grâce à l'heureuse insouciance de leur âge, ils avaient oublié leur danger personnel et demandèrent leur mère.

Celle-ci fut en proie à un délire effrayant pendant toute la nuit. Elle croyait toujours se voir engloutie dans la Seine avec ses deux fils, et elle répétait sans cesse : « Mes enfants! mes enfants! »

Le lendemain elle était plus calme, les baisers de sa chère famille l'avaient rendue à la vie> et le guriendemain elle était sauvée,

Citons encore, et pour en finir, une mère admirable dont on regrette de ne pas connaître le nom pour le publier dans l'humanité : c'est cette dame anglaise qui, Tannée dernière, mutilée horriblement et les deux jambes brisées dans un choc de locomotives , sur le chemin de fer de l'Est, à côté de son mari et de ses deux filles, s'est écriée avec un accent angélique : « Quel bonheur que ma chère Maria n'ait pas pris ma place, comme je le voulais d'abord ! »

— Oui , voilà bien la mère ! voilà bien le dévouement sans bornes, l'amour dans sa plus chaste ardeur, le principe divin de la création!...

On voit, il est vrai, parfois, quelques femmes paraître devant les tribunaux pour des faits indignes, commis sur leurs jeunes enfants ; d'autres les tuer au berceau pour en faire de petits anges dans le ciel , mais, hélas! au lieu de les maudire, ces malheureuses créatures, il faut les plaindre, elles sont frappées de démence, en proie à une hallucination mentale.

Les oiseaux du ciel pourvoient aux besoins de leurs petits jusqu'à ce qu'ils puissent voler et se suffire à eux-mêmes.

Le lion, le tigre, la panthère entourent les leurs d'un amour qui, à la moindre apparence de danger pour eux, va jusqu'à la rage.

La baleine nourrit également le sien avec une touchante affection : Quand la mer est calme, elle le promène elle-même au loin en fixant continuellement ses regards sur lui comme un maître vigilant sur son élève. Mais le tonnerre vient-il tout à coup à gronder; l'Océan commence-t-il à soulever ses flots tumultueux et à présager la tempête, le vieux ce-

tacé pousse un cri d'alarme, et l'enfant chéri revient à !a hâte se cacher sous les larges flancs qui l'ont engendré.

Or, dans tout ce qui respire, dans toutes les contrées du globe, et depuis la création jusqu'à nos jours, une mauvaise mère n'est, donc qu'une exception, une anomalie, une monstruosité , et s'il n'en était pas ainsi le matin, le soir, à toute heure du jour et de la nuit, le monde finirait demain.

Il y a ensuite une classe de femmes pour qui la société a souvent des mépris cruels et parfois bien injustes : ce sont les filles-mères.

Quand une pauvre jeune fille, au lieu de jeter son enfant dans le tour affreux dun hospice, le garde par devers elle , le nourrit affectueusement elle-même et devient ainsi deux fois sa mère (car la véritable mère de l'enfant qui vient de naître est sa nourrice), s'impose des privations de toute espèce pour le malheureux petit être que son père, souvent parjure à des promesses de mariage sacrées, a lâchement abandonné, travaille nuit et jour pour subvenir à leurs besoins les plus impérieux, cette fille mérite bien certainement de rentrer en grâce avec la société , et tous les bons citoyens, tous les gens honnêtes, toutes les mères de famille heureuses doivent lui tendre, à la face du ciel, et avec empressement, une main amie et secourable, car si elle a commis une faute grave sans doute aux yeux du monde, contraire aux lois sociales, mais que la nature excuse, et dont le Christ lui-même a absous Madeleine repentante , elle a su l'expier noblement par son courage et sa tendresse maternelle.

Les Enfants doivent h leurs Père et Mère uu respect

profond, un amour véritable et dm reconnaissance éternel le,

Dans les villes, dans les campagnes, à l'école, au collège, dans la société, dans les administrations publiques ou privées, dans les camps, dans le commerce ainsi que dans les ateliers, ils doivent partout travailler, autant que possible, pour leur faire honneur, les satisfaire, les aider ou les secourir.

Le premier prix qu'ils remportent, le premier argent qu'ils gagnent, le premier succès qu'ils obtiennent, le premier objet d'art qu'ils composent , le première découverte qu'ils publient, ie premier grade comme la première décoration qu'ils conquièrent sur un champ de bataille, le premier sillon qu'ils tracent dans la plaine, ils doivent leur en faire hommage.

Malheur aux enfants ingrats, égoïstes et pervers qui méconnaissent ces premiers sentiments de la nature, méprisent les auteurs de leurs jours, les injurient, osent même parfois les frapper, et les forcent , quand ils sont vieux et hors d'état de travailler, d'avoir recours aux tribunaux pour en obtenir légalement un morceau de pain !

Un jour ils auront sans doute aussi des enfants et il leur sera justement fait ce qu'ils auront fait eux-mêmes.

Malheur également, trois fois malheur à ceux qui désirent la mort de leurs parents pour jouir plus tôt de leur fortune et conquérir une liberté absolue I car désirer la mort de son père ou de sa mère, c'est les tuer moralement par le désir, c'est être parricide.

Ovide dit dans ses M t imorphoses : Rara est coneordia fratrum. (La concorde règne rarement parmi les frères.)

De nos jours, on dit encore parfois, en parlant des parents : ils s'aiment comme chiens et chats.

Cette pensée est bien triste et fait honte à l'humanité ! car si un frère n'aime pas son frère, une sœur sa sœur, c'est-à-dire l'être qui est né du même flanc que lui, qui a reçu les mêmes baisers, a été nourri probablement du même lait, a dormi dans le même berceau, a reçu les mêmes principes d'éducation, s'est assis au même foyer, à la même table, a passé son enfance et sa jeunesse avec lui, cet être égoïste n'aimera jamais personne; moi, encore moi, toujours moi sera son mot de prédilection ; et un mauvais frère, une mauvaise sœur, un oncle, une tante, un cousin , une cousine sans entrailles, sans disposition à s'aider mutuellement dans leurs besoins, à se consoler dans leurs peines, à se pardonner leurs torts réciproques, à porter ensemble quelque peu du fardeau de la vie, seront toujours de mauvaises gens, honteux à la famille et réprouvés de Dieu.

Autrefois, pour resserrer encore davantage ces liens naturellement si doux , il y avait , en hiver, dans les villes comme dans les campagnes, les longues causeries autour du foyer domestique, les récits merveilleux, les jeux innocents, les bons conseils des vieillards écoutés religieusement, les serments d'amour presque toujours suivis du mariage, la taille du chanvre, les travaux paisibles du rouet, de la quenouille, de l'aiguille ; dans certaines maisons riches, ceux de la broderie, de la tapisserie, de la navette, puis le tricotage des bas de laine pour des malheureux, la confection de petites layettes pour leurs enfants; partout généralement les chants pieux de la Noël (christmas),

devant une grosse bûche embrasée et arrosée d'eau bénite, la Messe de minuit, le Réveillon avec du boudin, des crêpes, des marrons et du vin blanc ; les souhaits pour la nouvelle année, au 1er janvier ; ensuite le gâteau des rois et sa fève d'honneur; puis h jour natal et les fêtes des parents, des grands parents, des parrains, des marraines, des amis, des patrons, des bons voisins, etc.

Il y avait , en outre, dans les campagnes, les feux de la Saint-Jean allumés comme des télégraphes de loin en loin sur toutes les hautes montagnes, la fête du premier sillon tracé par un jeune gars, sous les yeux de tous ses parents revêtus de leurs plus beaux babils, la cérémonie de la Gerbaude (grosse gerbe de blé parée de fleurs et de rubans, autour de laquelle on dansait à la fin de la moisson et qu'on distribuait ensuite aux malheureux); les joyeusetés de la veniange, qui ne finissaient qu'au moment où l'on jetait dans la cuve deux échalas attachés en croix et qui devaient y rester dévotement jusqu'au soutirage du vin ; la première visite des enfants endimanchés à la grand'ville quelque peu éloignée du hameau natal; celle également des jeunes fiancés allant y faire ensemble leurs achats pour le beau jour de leurs noces, etc.

Aujourd'hui, tout cela a disparu, du moins à peu près, et la vie de famille se trouve ainsi malheureusement privée de ses plus délicieux enchantements.

Les Parrains et les Marraines, les Nourrices et les Instituteurs sont encore, au besoin, pour les enfants des pères et mères nouveaux que la religion leur donne et que la nature et la société leur imposent (3).

Quant à un véritable ami, c'est presque un frère, et le chevalier Vatan a dit, avec raison :

De deux amis, la mort ne fait qu un malheureux, C'est celui qui survit, mais l'absence en fait deux (4).

Les Domestiques font aussi partie de la Famille ; et, quand ils ont rempli fidèlement leurs devoirs, quand ils ont donné des soins affectueux aux jeunes enfants de leurs maîtres, quand ils les ont tutoyés, comme ils ont été tutoyés par eux, pendant vingt ans, ils sont, pour ainsi dire, devenus leurs parents, leurs amis, leurs conseils ; et, de même qu'un chef de maison, qui comprend sa dignité d'homme, n'envoie jamais à l'abattoir ni jeter à l'eau le vieux cheval qu'il a monté longtemps, ni le vieux chien sans dents, dont le poil tombé ne fait plus qu'un objet hideux , qui Ta aimé, qui l'a caressé souvent, avec lequel il a voyagé, chassé, etc.; de même un maître digne ne souffrira jamais que son vieux serviteur, son vieux parent, son vieil ami aille mendier sur la voie publique ou mourir dans un hôpital (5)

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