‹ L'hybridite dans la natureChapitre 18 sur 21 · ND · texte numérisé non relu

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Le savant académicien, très sobre de détails, ne dit pas comment il a pu connaître la paternité supposée aux hybrides tués par son garde, il ne fait même aucune description de ces oiseaux.

Aussi Is. Geoffroy Saint-Hilaire remarque-t-1l qu'il n’a point justifié complètement son assertion (1), et M. de Quatrefages trouve (2) tout à fait insuffisants ces quelques renseignements. |

Cependant, d’après plusieurs ornithologistes, on rencontrerait des hybrides de la Perdrix grise et de la Perdrix rouge (3). Buffon a voulu voir, dans la Perdrix de montagne (4), une race intermédiaire entre les deux espèces. Il parait avoir appris qu'elle se mêle quelquefois avec les Perdrix grises; et 1l la soupçonne fort de contracter des alliances avec la Perdrix rouge, à laquelle elle ressemble par la couleur de son bec et de ses pieds (5).

Tout dernièrement M. G. Duwarnet vit chez un marchand de gibier une Perdrix qui portait évidents les caractères de l'hybridation. « Son bec et ses tarses étaient rouges ; les plumes des flancs, bien qu’un peu moins vives’ de couleurs, étaient celles de l'espèce rouge. Les ailes ressemblaient à celles de la grise, avec des tons un peu plus chauds..» Cet observateur est convaincu d’avoir eu sous les yeux un véritable hybride. Pour corroborer son dire, il ajoute qu'un chasseur de son voisinage possédait en cage un couple composé d’une Perdrix grise et d’une Perdrix rouge, qu'il surprit en accouplement ; quatorze œufs furent pondus, neuf perdreäux en naquirent dont cinq rouges et quatre gris. — Ce ‘croisement paraît bien authentique d’après les nombreux détails qu'on en a

(1) Voy. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire des règnes organiques.

(2) Revue des cours scientifiques. 1867-1869.

(3) M. Marion m'informe que le musée de Marseille possède un spécimen ayant cette provenance et indiqué dans le catalogue comme pris à l'état sauvage.

(4) La Perdrix de montagne, p.240 des Œuvres complètes, édit. de 1844,

(5) Bulletin de la Société d'acclimatation, p. 545. 1874.

donnés. C’est en vain cependant que Dureau de la Malle l'avait tenté; ses essais, répétés pendant vingt ans, restèrent infructueux. À l'exemple de Varron et de Columelle, pour domestiquer loie et le canard domestique, il avait couvert d'un réseau à mailles suffisamment serrées une vaste cour close de murs, dans laquelle se trouvaient des Perdrix grises et des Perdrix rouges; elles ne se croisèrent jamais. Dureau de la Malle rapporte aussi que M. Patu de Saint-Vincent avait essayé, dans sa cour bordée de fossés, et en employant l’appât des œufs de fourmis et du blé, dont ces sortes de Perdrix sont très avides, de domesti- .quer la Perdrix rouge avec la Perdrix grise et d’en obtenir des métis. À l’époque de l’appariage, les Perdrix rouges et les grises s’'envolaient et ne reparaissaient plus. Si l’'accouplement de la Perdrix grise avec la Perdrix rouge à l’état de nature reste douteux, le croisement de cette dernière avec la Bartavelle paraît mieux établi, sans toutefois reposer sur des données certaines. Il en résulte, nous dit Bailly, dans son Ornithologie de la Savoie (1), « des sujets qui, par la taille, les couleurs et leur disposition tiennent le milieu entre ces deux espèces ». D’habitude, le mâle a plus d’aflinités avec la Bartavelle qu'avec la Perdrix rouge ; c'est le contraire chez la femelle. Degland a examiné plusieurs hybrides que lon suppose provenir de ces accouplements ; il a constaté entre eux des différences très notables sous le rapport du nombre et de létendue des taches du cou. Deux femelles, dont l’une appartient au Muséum d'histoire naturelle de Paris, diffèrent si peu, par le nombre et l'étendue des taches du cou, des femelles de la Perdrix rouge, qu’on les rapporterait volontiers à cette espèce, si la double bande noire des plumes des flancs ne les distinguait (2). M. Lacroix, de Toulouse, nous a fait savoir qu'il possédait un hybride de Perdrix rouge et de Perdrix bartavelle, pris à l'état sauvage dans Les environs

(1) Tome IIL, p. 467. 1854.

(2) Ornithologie européenne, À. Il, p. 64.

de Muret, 20 kilomètres sud de Toulouse ; un autre a été capturé chez un de ses amis près Miremont (Haute- Garonne), sur la ligne du chemin de fer de Toulouse à Foix ; le premier en octobre 1869, le second en octobre 1872. — Un troisième exemplaire, tiré en novembre 1869, figure dans le musée de Toulouse (1).

Ces hybrides ont reçu le nom de Perdrix Labatieri ou Rochassière. Le prince Ch. Bonaparte, dans sa Revue critique de l’'Ornithologie européenne de M. le D' Degland (2), en a fait une espèce distincte, par ce fait que toutes les Perdrix dans certains cantons donnés offrent les mêmes caractères ; cependant, dans son catalogue des oiseaux de l'Europe (3), il paraît être revenu sur cette opinion. N. Bouteille (4), qui d’abord avait fait comme le prince Ch. Bonaparte, puis avait changé d'avis, est revenu à sa première appréciation, parce qu'il a reconnu que si, dans le voisinage des lieux qu'habite la fRochassière, on trouve quelquefois la Perdrix rouge, on n’y rencontre Jamais la Bartavelle. M. Olphe Gaillard, dans la Faune ornith. europ.,qu'il vient de faire paraître, considère la Rochassière comme un véritable hybride.

On voit que les opinions sont partagées sur ce point et que l'existence de cet hybride reste douteuse. Nous avons vu il y a peu de temps, dans le cabinet de M. Lemetteil à Bolbec, deux exemplaires de la Rochassière, mâle et femelle, venant des Alpes. Ils étaient si bien caractérisés, que nous les aurions pris volontiers pour deux individus appartenant à une espèce réelle. — Il y a six ans, un amateur, avec lequel nous avons l’honneur d’être en relations, rapportait de la Palestine une Perdrix qu'il pensa

(1) Voy. Catalogue des oiseaux des Pyrénées, par Lacroix. — Nous sommes porté à croire qu'il y a ici double emploi.

(2) P. 78. Bruxelles, 1850.

(3) Offert en 1856 aux Ornithologistes par M. Parzurski. (Rédigé d’après les classifications du prince Ch. Bonaparte, cité par Degland.)

(4) Ornithologie du Dauphiné, pp. 337-338.

Arras.

être une Bartavelle ; celle-ci accepta un coq de Perdrix rouge et pondit 15 œufs tous fécondés ; six mois après, les petits mouraient tous de la diphtérie. Si cette expérience avait réussi, on aurait pu constater la validité des assertions des ornithologistes, partisans d’une double origine chez la Rochassière. M. Armand, préparateur au muséum de Marseille, avait eu, en 1863, la pensée d'effectuer le rapprochement de la Perdrix rouge et de la P. sinaica, provenant de la Syrie. Un grand nombre d'œufs furent pondus et il obtint des petits ; nous ignorons ce qu'ils devinrent (1). M. L. Calpini nous dit qu'il a vu une perdrix provenant de la Bartavelle et de la Perdrix grise, ce sujet doit être conservé à Sion (Suisse).

Parmi les Faisans, nous n'avons que fort peu de croisements à constater à l'état libre; encore ceux qui se sont opérés ont-ils eu lieu bien plutôt entre variétés qu'entre espèces distinctes, et beaucoup se sont produits dans les bois, ou dans les chasses réservées. C’est ainsi que, le colchicus, le torquatus et le versicolor, qui ont été abondamment introduits dans les réserves anglaises, se marient entre eux très facilement et se mélent à tel point que, si l’on n’a pas la précaution de les tenir soigneusement séparés, il est extrémement difficile d'en trouver qui ne présentent aucun caractère de mélange (2).

On rencontre en Allemagne dans quelques parcs une race bâtarde provenant de l'espèce vulgaire et du Faisan à collier. Dans une localité où les Faisans n’existaient pas, M. le baron de Bussière a lâché, il y a sept ans, quatrevingts poules de Bohême, importées d'Autriche, et sept coqs de Mongolie, importés de Chine. Ces croisements ont

(4) Lettre de M. Barthélemy Lapommeraye, dans Bull. Société d’Acclim. pp. 485 sqq. 1883. — M. l'abbé Vincelot a parlé dans son ouvrage d'une Perdrix sous lenom d’atro-rufa. Cette variété, qui ne ressemble à aucune des espèces connues, n’a été observée que peu de temps en France, mais il ne l’inscrit pas comme hybride.

(2) Bulletin Société d'acclimatation, n°° 417 et 418,

LME

parfaitement réussi. On pourrait citer une quantité de faits semblables tant en France qu’à l'étranger. |

D’après Dresser (1),en Écosse, les Faisans ordinaires se croisent non seulement avec les versicolores qui y ont été introduits, mais encore avec le HRevesii (Faisan vénéré), d'espèce distincte. Ces croisements se sont opérés dans tous les sens ; il devient déjà difficile, dit l’auteur anglais, de rencontrer un Faisan de Colchide pur sang (2). Nous ne pensons pas que ce fait soit général; nous savons par exemple que dans le parc de Ferrières, où on a lâché des vénérés, on n’a point vu d'hybrides en liberté (3). On nous a bien présenté dernièrement un exemplaire tué dans ces chasses et que l’on pensait provenir de ces deux espèces, mais, après examen, il nous a été impossible de découvrir aucune trace du vénéré.

A l’état tout à fait sauvage, Elliot, dans sa Monographie des Phasianidés (4), a remarqué que le Black-Barked Kalerge /Euplocamus melanotus) et le White-Crested Kalerge (Euplocamus albocristatus) engendrent souvent ensemble dans les provinces du Népaul, où ils se rencontrent sur la ligne qui sépare leur territoire respectif, et produisent des hybrides qui se distinguent facilement des parents. Ces hybrides ont été décrits comme formant une espèce nouvelle sous le nom d’Ewuplocamus Hamiltont ; cependant, ajoute l’auteur (5), on sait actuellement que ces hybrides ne peuvent être rangés comme espèce particulière. Les voyageurs en Asie ont aussi mentionné l'existence de types intermédiaires entre les différentes espèces d'Euplocames qui sont très strictement localisées (6).

(1) Birds of Europa. cité par M. Alfred Dubois. — Oiseaux de la Belgique (ouvrage à l'impression).

(2) Il ne s’agit pas ici de croisements de demi-sang féconds entre eux, mais de mélanges divers. :

(3) Communication qui vient de nous être faite par le faisandier.

(4) 1871, 8 partie, 5.

(5) Première partie, juin 1870. ;

(6) Note que je dois à l’obligeance de M. Pichot, directeur de la Revue Bri-

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Nous ne connaissons point d’autres exemples à citer chez les Faisans, à moins de rappeler d’après les Neue Notizen, de Froriep (1), que le garde de M. Halsch, de Henley Park, ayant abandonné dans les bois une femelle dorée avec des faisans communs, il en résulta deux beaux hybrides chez lesquels les caractères des espèces mères étaient réunis. M. Tegetmeier a aussi, en 1875, exposé à la Société zoologique de Londres deux Faisans hybrides sauvages provenant de Ph. colchicus et de Euplocamus nycthemerus, tués dans le Surrey. Leur mère était une poule argentée qui s'était échappée et s'était accouplée avec un Faisan commun. Ils furent pris pour un mâle et une femelle, mais leur sexe n’a pas été bien déterminé. On lit encore dans les Proceedings of the 2001. Soc, XXXVII, p. 149, qu'un hybride à été transmis en vie du Japon à la Société zoologique d'Amsterdam, et aue cet oiseau à paru être issu d’un croisement entre Euplocamus nycthemerus et Thaumalea picta; mais on ne dit pas s’il à été capturé dans les forêts, ou s’il a été produit en captivité.

Les exemples de Faisans s’accouplant avec des Tétras sont plus nombreux; un grand nombre de faits de ce genre ont été observés en Angleterre, du moins des individus présentant les caractères plus ou moins accentués des deux espèces ont-ils été pris pour des hybrides.

White (2) mentionne, dans son Âistoire de Selborne, éd. 1833 (3), un oiseau curieux, tué dans un taillis à Colt ; il n’a pu, ainsi que plusieurs auteurs, déterminer son origine d’une façon précise, mais le révérend William

tannique.— Dans l'Himalaya et ailleurs, dit Blyth, ces races s'accouplent entre elles ou avec leurs produits, d'où chaque gradation de l’une à l’autre race peut être tracée dans une série de spécimens.

(1) 13 vol. Weimar. 1840.

(2) Cité par Thompson, Mag.of Zool., 1837.

(3) Nous n'avons pu nous procurer cette édition, ni celle de 1875.Dans celle de 1848, il n’est point parlé du fait qui va suivre,

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