‹ L'Hydarthrose Hérédo-Syphilitique TardiveChapitre 9 sur 24 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Ce qui nous intéresse dans l'anatomie pathologique de cette question, c’est de rechercher si l° hydarthrose hérédo-syphilitique tardive doit être rangée dans le cadre des ostéo-arthropathies, ou peut être considérée comme une manifestation essentielle, localisée uniquement à la synoviale articulaire.

En l'absence de constatations nécropsiques, et l’on comprend pourquoi les autopsies sont rares en de telles circonstances, nous examinerons les conclusions des différents auteurs, formulées d’après leurs examens cliniques, radiologiques ou biopsiques.

CLurrow, en 1886, signale l'existence d’hydarthroses « essentieiles en tant que manifestations d’hérédosyphilis, indépendantes de toute affection osseuse ».

La même année, Alfred FourNIER émet nne opinion contraire : « L’hydarthrose simple, de forme chronique, masque des tuméfactions osseuses dont elle ne constitue qu'un épiphénomène, une conséquence... On voit ja grosse lésion, l’hydarthrose. et l’on risque, sauf à un examen minutieux, de ne pas voir la lésion véritable, à savoir la lésion osseuse qui, de fait, est beaucoup moins apparente. »

Longtemps, l'influence d’Alfred Fournier se manifestera en France, l’hydarthrose type CLUTTON sera niée, ou considérée comme une forme rare, ou trompeuse.

Saint-Pierre, dans sa thèse de Lyon de 1900, en ‘lonne une observation qui serait le treizième cas pu-

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blié et conclut : « C’est donc un accident relativement rare. »

Mérayer, en 1904, admet sa fréquence clinique, mais ne croit pas qu'elle corresponde à la réalité anatomique : « Souvent on ne trouve pas de symptômes osseux, l'hydarthrose paraît essentielle. »

Fouquer, en 1905, nie son existence : « Les hydarthroses doubles décrites par CLuTron doivent rentrer parmi les ostéo-arthropathies. »

MoresTi, en 1907, déclare : « On ne saurait admettre comme chez l’adulte (syphilis acquise), une forme synoviale. Les altérations osseuses sont si communes, constituent si bien la règle dans la syphilis articulaire chez l'enfant, que l’on peut admettre, dans les cas où elles paraissent manquer, qu'elles échappent simplement à nos moyens d'exploration. Cela est vrai en particulier de l’hydarthrose double. »

Edmond Fourier, en 1921, admet que « les hydarthroses peuvent exister seules, constituer des hydarthroses essentielles; mais le plus souvent, quand on les examine de près, on ne tarde pas à constater qu'elles ne font que masquer des tuméfactions osseuses sousjacentes ».

C’est également l'avis de Méxarp et Mozer (1923): « Il est fréquent de rencontrer une réaction osseuse, qui peut se traduire soit à la simple palpation, soit à la mensuration du membre, soit à la radiographie. Celle-ci montre des taches claires dans la région bulbaire, situées de part et d'autre du cartilage de conJugaisOn. »

Lance et Huc (1927) pensent de même : « La radiographie montre souvent des lésions discrètes (taches claires et foncées) dans l’épiphyse ; il faut les rechercher avec soin et comparer la radiographie des deux genoux pour les découvrir. »

Tous les auteurs que nous venons de citer nient, à la lumière de consiatations cliniques et, pour certains, radiologiques, la possibilité d'hydarthroses essentielles.

D'autres auteurs ont une opinion différente.

Pizow, en 1914, admet, au point de vue clinique, l’hydarthrose essentielle : « Cette forme constitue une entité clinique. Est-ce à dire qu'elle soit une entité anatomique, qu'en réalité il n'existe pas une lésion osseuse légère qui explique l’épanchement articulaire? Nous n'en savons rien, les examens anatomiques nous manquent ; l'examen radiographique, en tout cas, montre un squelette qui semble absolument normal. »

Dupuy DE LA BADONNIÈRE, en 1921, croit à l’existence d’hydarthroses essentielles : « L’hydarthrose n'existe pas seulement en tant qu'épiphénomène, comme le veulent les auteurs classiques, mais en tant que symptôme pur, essentiel. Toutes les radiographies que nous avons faites pour les articulations lésées ont été négatives. » Cependant, si les extrémités osseuses juxta-articulaires étaient indemnes dans ses observations, il a remarqué que l’hydarthrose du senou coïncide parfois avec des lésions, patentes ou décelées seulement par la radiographie, siégeant sur la diaphyse des os longs des membres et sur les os du crâne, et il propose, pour désigner cet ensemble, le terme de « contingent ostéo-articulaire ».

Il semble à CLémenr, en 1922, « qu'il faille bien admettre aujourd’hui l'existence de ces formes pures d’hydarthrose, dans lesquelles la radiographie montre un squelette absolument normal ».

Farou, en 1924, admet que « la forme articulaire: pure est la manifestation de beaucoup la plus caractéristique et la plus fréquente de l’hérédo-syphilis articulaire tardive ; négligée des syphiligraphes, elle est bien connue des ophtalmologistes ». Dans ses travaux ultérieurs et dans les thèses qu'il a inspirées, il confirmera cette opinion.

Kcauper et RoBertsow, en 1934, publient les enseignements tirés de l'étude d’une série de 63 cas d’hydarthrose type Clutton (Clutton’s joints). Ils n'ont trouvé à la radiographie aucune lésion osseuse,

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De tout ce qui précède, nous pouvons conclure, au point de vue clinique et radiographique :

1° L'’hydarthrose hérédo-syphilitique tardive symptomatique, décrite en France par Alfred FOURNIER en 1886, existe avec une fréquence qui, considérée tout d’abord par l'Ecole Française comme très grande et presque absolue, paraît actuellement beaucoup moindre que ne l'ont affirmé les premiers auteurs.

2° L'hydarthrose hérédo-syphilitique tardive essentielle, décrite en Angleterre par CLurrox en 1886, bien connue dans les pays de langue anglaise, niée tout d’abord en France, puis considérée comme rare. tend de plus en plus à gagner du terrain et à être décrite comme la forme la plus fréquente.

Est-il certain que l'aspect clinique ou radiographique de ces hydarthroses essentielles corresponde bien à la réalité anatomique ?

Pour répondre à cette question, nous citerons, à défaut de constatations nécropsiques, les ronclusions de Brunc Bosse (1906), qui a étudié, à la faveur d’une biopsie faite chez trois enfants porteurs d'hydarthroses hérédo- syphilitiques tardives rebelles au traitement de l'époque et opérées comme tuberculeuses, les lésions microscopiques de la synoviale, de l'articulation et des OS voisins.

Nous empruntons le résumé des constatations de Bruno Bosse à l’article de Péau de 1934 sur la Svphilis articulaire de la seconde enfance :

« Le processus est caractérisé principalement par un tissu de granulation, très riche en cellules et vascularisé d’une façon variable. C'est dans la couche interne de la synoviale que les altérations sont le plus marquées : on y constate en grande abondance des cellules rondes, une dilatation marquée des espaces lymphatiques ; ça et là, de petites hémorragies. Surtout le microscope montre des gommes miliaires et des lésions vasculaires accentuées, quelques-unes oblitérantes. Ces deux altérations peuvent être considérées comme caractéristiques de la syphilis. Le stratum inter-

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medium est lui-même altéré : il présente une hypervascularisation, avec une infiltration péri-artérielle accentuée. La couche externe est peu lésée. On doit observer que, tout au moins dans les cas rapportés par M. Bosse, les lésions prédominent sur la couche interne de la synoviale. Cela fait supposer, non pas une lésion ayant gagné de proche en proche en partant de l’os voisin, maïs une inoculation de la séreuse par voie sanguine.

Les tissus périarticulaires participent activement au processus. On y constate surtout des lésions vasculaires portant à la fois sur les artères et sur les veines. Bosse a également noté — et il y insiste — des lésions musculaires consistant en des atrophies plus ou moins étendues.

De ses recherches, il tire cette conclusion que la synoviale et les tissus périarticulaires sont fortement altérés ; mais l’ensemble ne permet pas une confusion avec la tuberculose. Les examens microscopiques ne montrent en effet ni tubercule, ni caséum, ni cellules géantes. Au contraire, on trouve du tissu de granulation, des gommes miliaires et des lésions vasculaires. Ce sont les caractéristiques de la syphilis. »

Au point de vue osseux, « il n'y à pas eu concordance absolue entre les aspects radiographiques et les constatations faites par le microscope. On conçoit, d'ailleurs, que des altérations, par exemple des gommes, d’une faible étendue, d’une minime épaisseur, puissent n'être pas imprimées sur les films ».

Les constatations biopsiques de Bruno Bosse ne nous permettent pas de conclure à l'existence anatomique d' hydarthroses essentielles. Nous pouvons cependant conclure à leur existence clinique et radiologique, qui n’est plus discutée.

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