‹ L'Hydraulique au MarocChapitre 16 sur 33 · Victor Piquet, Le Maroc, Armand Colin, p · texte numérisé non relu

Victor Piquet, Le Maroc, Armand Colin, p

naturellement par des sources vauclusiennes en contrebas, soit artificiellement à la suite des travaux de recherche hydraulique.

Malheureusement ces eaux dans leur parcours souterrain se sont souvent chargées, par dissolution des matières rencontrées, de sels variés, qui les rendent trop souvent saumâtres et impropres à l’agriculture comme à la consommation.

Les différentes régions ne présentent d’ailleurs pas toutes la même richesse en eaux souterraines.

Dans le Gharb existe une nappe profonde qui vient de la forêt de la Mamora.

Dans la région de Rabat le sol composé de grès tertiaires perméables reposant sur des argiles tertiaires imperméables a laissé s’infiltrer les eaux superficielles en constituant une nappe souterraine qui suit la pente des argiles jusqu’à la mer. La profondeur moyenne est de 18 à 20 mètres et parfois, à l’affleurement des terrains imperméables, jaillissent des sources, c’est le cas pour les sources de Sidi Yahia, de l’Aïn Reboula, du Chellat à Rabat, etc.

En Chaouia, la nappe phréatique repose sur des schistes à une profondeur variable, 30 à 40 mètres vers Camp Boulhaut, 40 à 60 mètres vers Ber Rechid. Près de Feddhala elle n’est plus qu’à quelques mètres de la surface. La côte de Mazagan à Safi possède une nappe profonde d’environ 18 mètres. Les plaines de Doukkala et Abda formées d’argile reposant sur des formations gréseuses imperméables ne contiennent pas d’eau à une faible profondeur. Il faut aller jusqu’à 60 et même 100 mètres pour rencontrer la nappe et encore est-elle le plus souvent saumâtre.

La région de Marrakech présente un aspect très particulier en ce qui concerne les eaux souterraines. La plaine est en

effet constituée par un remplissage d’alluvions amenées par les torrents venus de l'Atlas. Cette couche d’alluvions quaternaires extrêmement perméables repose sur unsubstratum de schistes primaires imperméables. Comme d’autre part Je terrain est incliné du sud au nord par une pente très régulière, les eaux de pluies s’enfoncent jusqu’au contact des schistes qu’elles suivent en formant une nappe assez uniforme s’écoulant vers le nord. Les oueds eux-mêmes dont le lit est insuffisamment colmaté laissent passer dans le sous-sol une grande partie de leurs eaux. Il en résulte tout un réseau hydrographique souterrain se prêtant particulièrement à un drainage facilité par la pente régulière des terres. Ces ressources ont été du reste exploitées de tous temps par les indigènes au moyen des rettaras.

Plus au sud, dans la plaine du Sous, l’eau se rencontre à une profondeur de 4 à 10 mètres.

Enfin dans la plaine du Saïs, au sud du Rif, le sol constitué par des calcaires perméables reposant sur des argiles tertiaires renferme une nappe abondante qui donne naissance à des sources multiples et le plateau au sud de Meknès possède des nappes d’eau superposées reposant sur des couches étagées d’argiles tertiaires que l’inclinaison du terrain vers le nord fait s’écouler en sources nombreuses au niveau même de la plaine.

Le Maroc est donc assez bien partagé au point de vue des eaux souterraines. Dans les régions du Sous, du Haouz, du Tadla et du Sebou, l’eau existe en abondance à une profondeur variable, de même dans la plaine des Triffas où elle est facilement accessible. Par contre dans les régions des Hauts Plateaux et de la Moulouya, l’eau en quantité plus faible est généralement à de grandes profondeurs.

A première vue, le Maroc semble donc abondamment

pourvu de ressources hydrauliques. Il est le seul pays de l'Afrique du Nord à posséder de grandes rivières. La côte atlantique bénéficie d’une humidité presque constante. Enfin, le sous-sol contient souvent des quantités importantes de liquide. Comment se fait-il alors que l’eau ait tant d'importance au Maroc, nombreuses qui ne peut venir que de sa rareté? Cela tient à ce que ces ressources sont en réalité bien moins nombreuses qu’elles ne le paraissent. Les oueds ont un régime tellement irrégulier qu’ils roulent au moment des crues des eaux inutilisables et n’offrent au contraire en période de basses eaux qu’une réserve de liquide insuffisante. La bande côtière, bien arrosée certes, ne s'étend que sur une largeur de 50 à 100 kilomètres; le sous-sol enfin, s’il contient beaucoup d’eau, en renferme souvent d’inutilisable du fait de la profondeur ou de sa teneur en sels dissous.

A part l’étroite bande côtière, dans laquelle l’alimentation urbaine pose d’ailleurs des problèmes souvent très ardus, tout le reste du pays ne peut prospérer que si l’on met tout en œuvre pour utiliser au maximum les eaux existantes. L'économie marocaine est jusqu'ici essentiellement agricole et dans la plus grande partie du territoire la culture n’est possible qu’acev le secours de l'irrigation. L’électrification du Maroc indispensable au point de vue de la mise en valeur tant agricole qu’urbaine, exige, du fait de la pénurie presque totale de charbon, la recherche de ressources hydrauliques. |

L’hydraulique marocaine comprend donc des problèmes à la fois urbains, agricoles et industriels.

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