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colonisation. Après asséchement des terres et création de lots de colonisation il y aura lieu à paiement d’indemnité aux anciens possesseurs. Indemnités en nature par remise de parts des nouveaux terrains aux collectivités, indemnités surtout en espèces pour les propriétaires « melk » avec droit de préemption pour l’achat des terres récupérées situées au droit de leurs propriétés. Une fois tous les travaux terminés le déclassement des terrains asséchés les rend disponibles pour la colonisation.

Le problème technique n’était pas moins complexe que le problème juridique.

Dès 1919, l'Administration, préoccupée de l’assainissement de la région, concéda l’asséchement de deux grandes merdjas, la merdja Merktane et la merdja Bou Khardja, à une compagnie privée, la Compagnie du Sebou. Les marais furent complètement asséchés et l'irrigation des terres récupérées fut réalisée par une station de pompage dans l’oued, composée de quatre groupes de 7 mètres d’élévation et d’un débit individuel de 200 litres par seconde. La propriété des terres assainies appartient à la Compagnie mais le cinquième fut remis aux anciens usagers qui exerçaient des droits de pacage. Malheureusement le rendement de la petite centrale électrique était très mauvais et l'installation fort coûteuse. La construction d’une ligne électrique le long des rives du Sebou permettrait l'irrigation des terres «dess » par pompage électrique. Il serait possible d'obtenir une zone d'irrigation de plus de 15.000 hectares avec une simple élévation initiale de 8 mètres, l’eau s’écoulant ensuite par gravité grâce à l’inclinaison naturelle des berges du Sebou.

Ont été également drainées, les merdjas formées par les affluents sud du Sebou, l'Oued Tiflet et Oued Smennto,

ainsi que celle du Fouarat, réalisant l'assainissement de la région de Kenitra. L’asséchement des merdjas Kbira entre l’Oued Tiflet et le Beth, ainsi que celui des merdjas du R’dom au Nord de Sidi-Slimane est terminé. Le desséchement des merdjas côtières séparées de l'Atlantique par une série de dunes sera bientôt réalisé. Trois solutions étaient possibles. Etablir une communication avec la mer par rupture de la digue littorale, drainer les eaux par un canal rejoignant le Sebou ou, au contraire, les conduire vers le nord, en perçant le seuil de Sidi-Nacem. La solution adoptée est celle d’un canal côtier rejoignant l’Oued Sebou.

Les seules merdjas qui restaient à assécher étaient la série des lagunes étalées entre le Beth et le R’dom, et dont la principale est connue sous le nom de merdja des Beni Ahsene. Chaque hiver, inondées par les crues des deux oueds, elles devenaient impropres à l’agriculture comme à l'élevage, et chaque été, elles constituaient un foyer très malsain de pestilence et de contamination.

Pour récupérer ces terrains qui, une fois drainés, constitueraient des terres de colonisation excellentes, on décida de rétablir le lit naturel du Beth et du R’dom, et de les y fixer.

Dès 1927 fut creusé un canal de 4.800 mètres, débitant 1 mètre cube seconde, et reliant les points bas de la merdja; un autre canai creusé en 1928, et élargi en 1929 vint donner un nouveau lit au Beth, avec un débit de 4 à 5 mètres cubes seconde. De même, le R’dom fut collecté par des canaux commencés en 1930 et achevés en 1931. A cette date, les travaux étaient complètement terminés. Le cours des deux oueds régularisé sur plus de 30 kilomètres et la merdja de Beni Ahsene assainie, mettant à [a disposition de la culture plusieurs milliers d'hectares d'excellentes terres.

80 L'HYDRAULIQUE AU MAROG S 4 Grands travaux d'irrigation.

Les indigènes avaient exploité pour leurs irrigations toutes les eaux utilisables simplement par gravité, à l’exception de quelques rivières trop encaissées. On ne pouvait trouver de ressources nouvelles qu’en explorant le soussol ou en utilisant ces rivières que les moyens techniques puissants dont on disposait maintenant permettaient d’exploiter. La campagne de sondage avait donné des résultats décevants : absence presque totale de nappes artésiennes, teneur très forte en sels dissous, grande profondeur ou trop faible débit de la plupart des nappes rencontrées.

Seuls, les fleuves constituaient une réserve d’eau utilisable. Ils jettent en effet à la mer, une quantité d’eau que l’on peut évaluer à 100 mètres cubes à la seconde, et c’est pour beaucoup un scandale de voir se perdre ainsi, inutilement un bien que l’on recherche ailleurs avec tant d’âpreté.

Malheureusement, le régime des fleuves marocains n’est guère favorable à l'irrigation. La plupart ont un régime très irrégulier, avec une période de crues en hiver et un minimum en été. Or, les besoins de l’agriculture sont continus, ou tout au moins sont beaucoup plus considérables dans la période même où les rivières n’ont plus que des quantités d’eaux insuffisantes. Il faut donc conserver le plus longtemps possible les eaux des crues de facon à les utiliser pendant la plus grande partie de l’année.

__ Sur les oueds du sud et les affluents de la haute Moulouya, dont le débit d’étiage était utilisé au maximum par les dérivations des indigènes, seule, l’eau des crues était disponible. Il suffisait de l’'emmagasiner derrière des barrages réservoirs. Les oueds du nord au contraire, le plus

HYDRAULIQUE AGRICOLE Si

souvent encaissés, offraient un débit d'étiage assez important, donc utilisable.

Après avoir abandonné la recherche des eaux souterraines, le Maroc s’est lancé résolument dans ce que l’on a appelé la politique des grands barrages. Des sommes considérables ont été engagées pour la construction d’ouvrages, dont quelques-uns seulement sont achevés, et dont d’autres sont en construction ou en projet.

19 Le barrage du Beth. — Ce fut le premier barrage adjugé, ce sera le plus grand du Maroc, et celui qui aura donné lieu aux polémiques et aux protestations les plus violentes.

Son rôle est triple. Son but principal est d'irriguer la vaste plaine située entre le Beth et le R’dom, dont les terres deviendront extrêmement fertiles. Grâce à la régularisation du débit de la rivière et à la suppression de crues courtes et violentes qui s’y produisaient tous les ans, il permettra d’assécher définitivement la merdja du Beth, et de livrer à la colonisation les terrains assainis. Enfin, il permettra l'installation d’une centrale hydroélectrique. :

Ce barrage de retenue, situé dans la gorge d’El Kansera devait avoir une longueur de 200 mètres, une hauteur de 40 mètres et une épaisseur variant de 36 mètres à la base à 6 au sommet. Il relèvera le plan d’eau de 40 mètres, créant une retenue de 240 millions de mètres cubes. Un canal de dérivation pouvant débiter 9 mètres cubes à la seconde, et long de 40 kilomètres, assurera l'irrigation de 30.000 hectares de bonnes terres entre le Beth et le R’dom. Pour irriguer le lotissement de Petitjean, on a prévu une extension sur la rive droite du R’dom, ainsi du reste que sur la rive gauche du Beth, moyennant une faible élévation

Duval. 6

du plan d’eau. Les travaux commencés en 1926 seront achevés en 1934. Malheureusement, toutes les prévisions techniques et financières se sont trouvées en défaut, dans des proportions qui ont soulevé d’assez vives protestations dans le pays.

Le barrage qui devait coûter une douzaine de millions en coûtera peut-être deux cents. Comment expliquer une telle différence ? Les sondages effectués ont montré que le sous-sol du barrage, formé par des couches de sabie et de marnes n'offre pas d'étanchéité ni de résistance suffisantes. En 1928, la partie déjà construite, semblant s’affaisser et glisser, il fallut raffermir le sol par des injections de ciment dont quelques-une à plus de 100 mètres de profondeur. Des milliers de mètres cubes de béton ont dû être employés, rien que pour consolider les assises du barrage. C’est une des principales raisons du dépassement énorme des dépenses prévues. Cela n’a pas été sans une réaction de l’opinion publique, on a parlé du scandale du barrage de l’Oued Beth, on a dit que c'était « une éponge à ciment et un gouffre à millions». Les 200 millions atteints ont été prélevés sur les fonds des emprunts de 1920, de 1928 et de 1932.

On a vivement reproché à l'Administration sa « folle imprudence » et en particulier, les faits suivants :

1° D'abord la possibilité de modifier le contrat primitif (une dizaine de millions) dans des proportions inouïes, par le moyen de simples avenants. Mais ces avenants, tout comme le contrat initiai, ont été approuvés par le conseil de gouvernement.

2° L’erreur technique considérable est moins expli-

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