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Journal du Maroc du 27 novembre 1930, éditorial

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cable. Pourtant, :’ Administration s'était assuré le concours de géologues renommés; il est possible que leurs prévisions se soient basées sur les résultats d’une campagne de sondages insuffisante.

En réalité, l'ampleur du mouvement protestataire avait d’autres causes, semble-t-il, que le dépassement des crédits. C'était surtout une violente attaque contre l’Administration des Travaux publics, à laquelle se mêlèrent des rivalités de personnes, peut-être même d’administrations et des coalitions d'intérêts privés.

Les difficultés financières et budgétaires qui coïncidaient avec cette malheureuse affaire en expliquent aussi le retentissement.

Il est regrettable qu’on ait donné l’aspect d’un scandale à un événement qui n'aurait pas dû sortir du cadre strictement technique et administratif. La possibilité de dépasser ainsi les crédits prévus implique un vice certain de l’organisation administrative. S'il y eut imprudence à s’engager dans une telle entreprise sans études préalables suffisamment complètes, il n’y en eut pas moins à accorder successivement des crédits qui atteindront probablement plus de 29 fois les évaluations initiales.

Actuellement, les travaux sont à peu près terminés; des milliers de tonnes de ciment ont été injectées tant pour consolider les assises du barrage que pour constituer un rideau souterrain étanche les reliant aux couches de marne du sous-sol. Mais une autre question se pose. C’est celle de l’utilisation de l’eau ainsi amassée. À quelques mois de la première mise en eau (janvier 1933) on n’avait encore aucune idée définitive de la façon dont on l’utiliserait. Et cela semble bien le reproche le plus grave qu’on puisse faire à l'Administration, cette absence de plan

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général et de méthode dans l'équipement hydraulique du pays. Le prix de revient du barrage exige une orientation des cultures, le choix d’une exploitation rémunératrice, ayant des débouchés suffisants et bien adaptée aux conditions nouvelles. D’après les derniers renseignements, l'Administration semble disposée à exiger une certaine proportion de plantes fruitières, sans imposer une orientation exclusive!, ni une méthode déterminée d'irrigation. Les terrains domaniaux seraient vendus par lots de 25 à 40 hectares, à un prix fixé par expertise et payable en 12 ou 15 ans. Les attributaires devraient adhérer à l'Association syndicale des usagers du barrage. « Tant par ce cahier des charges des attributaires des lots domaniaux que par cette union en syndicat de tous les usagers de l’eau d'irrigation du barrage, l'administration obtiendrait sans intrusion excessive, un esprit de coordination, une impulsion d’ensemble, vers les productions organisées techniquement, industriellement, commercialement? ». Le choix des colons se ferait d’après les capacités financières, les connaissances techniques et celle particulière de la région, par une commission spéciale composée de colons. On voit donc que c’est dans un esprit complètement nouveau que l’on se lance dans cet essai de colonisation avec le désir qu’il ne coûte rien à l'Etat. C’est aux colons eux-mêmes à jouer leur chance.

Le prix de revient devait être de 0 fr. 48 par mètre cube, ce qui serait très bon marché si l’on songe que celui de certains barrages algériens est de 2 à 3 francs, et même 4 francs au mètre cube, mais il faudrait savoir quel sera le coût définitif du barrage pour donner un prix exact.

let? Voir Vigie Marocaine, 1/ mars 1933. éditorial : « Üne vocation de l'hydraulique ».

Si l’on estime le prix du barrage et du réseau d'irrigation à 150 millions, l’amortissement à 5 % en 50 ans donne une annuité de 8.220.000!. En distribuant, comme on l'espère, 150.000.000 de mètre cubes par an, ou 0 1.15 par seconde à l’hectare, le litre-seconde devrait être vendu 600 francs. Ce prix ne serait du reste atteint qu’au bout de quelques années, au moment où les plantations des colons seront en plein rendement. Il faudrait y ajouter la participation des usagers aux frais d'aménagement du réseau d'irrigation qui représenteraient 444 francs pendant 10 ans par litre-seconde utilisé. Si l’on songe que le prix de vente de l’eau de l’oued Mellah est de 1.200 francs, on voit que ces tarifs sont peu élevés.

Mais il était nécessaire, pour entraîner les colons dans la direction souhaitée, de réaliser sous leurs yeux uneexpérience concrète? soit par l'intermédiaire d’une coopérative bien organisée, soit par exploitation directe de l’Administration. On adopta une troisième solution, celle du groupe puissant et spécialisé contrôlé par l'Administration et jouant le rôle d'entraîneur. Le choix d’un tel organisme n’a pas manqué de soulever les protestations et les polémiques, d'autant plus qu’une subvention de 6 millions lui fut accordée immédiatement. Il faut remarquer que ce groupe ne doit profiter ni d’un monopole, ni d’une exclusivité, mais travailler sous le contrôle de l’Administration qui fera connaître aux autres usagers les résultats obtenus. Ces résultats diront la valeur de cette formule, mais il convient de noter qu’il y a là un sérieux effort du Protectorat dans le but de créer de toutes pièces une nouvelle technique de production.

1 et 2, Voir Vigie Marocaine, 29 mars 1933, éditorial et 15 mars 1933 : « Une vocation hydraulique ».

20 Le barrage de l'Oued Mellah. — A une trentaine de kilomètres de l'embouchure de l’oued a été établi un barrage de retenue des crues. Il est principalement destiné à l'extension de la culture maraîchère "dans la région de . Casablanca. Les eaux de crue de l’Oued Mellah sont en effet beaucoup moins salées que les eaux d’étiage, et seules utilisables par l'irrigation (700 milligrammes par litre). Le barrage a une hauteur de 16 mètres et la retenue une une capacité de plus de 7 millions de mètres cubes. Ce fut le premier achevé des barrages du Maroc; les travaux ont duré de 1928 à 1931. Le but de cet ouvrage était double : d’une part assurer l’alimentation en eau de Casablanca d’autre part, irriguer les terrains de la vallée de l’'Oued Mellah. Avant l’achèvement des travaux du Fouarat qui assurent le ravitaillement de Casablanca en eau potable, les 3/4 seulement du débit (300 litres-seconde) étaient réservés à l'irrigation. Ces eaux sont dirigées dans le lit même de l’oued, en aval du barrage, puis de là, dans des seguias, au moyen de petits barrages de dérivation.

3° Irrigation de la plaine des Triffas. — L’irrigation de la plaine littorale des Triffas, située à l’est de l’embouchure de la Moulouya, entre le massif montagneux des Beni Snassène et la Méditerranée a fait l’objet d’une vaste étude d'ensemble. La rive gauche de la Moulouya est zone espagnole et les deux gouvernements se sont mis d’accord pour élaborer un programme commun.

Les travaux, mis à l’étude depuis plusieurs années, ne sont pas encore entrés dans une phase active de réalisation. A plusieurs reprises même, il fut question, dans le courant, de l’année 1932, de supprimer les crédits correspondants figurant dans le projet d'emprunt. Ils ont heureusement été maintenus. |

L'irrigation est vivement désirée par les colons de la région de Berkane, l’une des plus fertiles du Maroc oriental. Les cultures de blé, d'orge, d'avoine, de tabac et de légumineuses, les jardins maraîchers et les vergers diminuent de plus en plus l'étendue des terrains de parcours où les montagnards Beni Snassène conduisaient leurs troupeaux. Mais l'extension des cultures exige de plus en plus d’eau et cette région, déjà riche, deviendrait, après irrigation, aussi fertile que les plaines de la côte atlantique. Le programme des travaux est le suivant :

Les eaux dela Moulouya seront retenues par un grand barrage situé à Mechra Klila, à l’entrée des gorges. En aval, à Mechra Sfa, un barrage de dérivation dirigera les eaux dans deux canaux d'irrigation, un sur chaque rive. Le canal de la rive française permettrait d’irriguer 20.000 hectares avec un débit de 5.000 litres-seconde. D'après la convention du 13 mars 1928, l'Espagne devait participer aux dépenses pour les 3/10 et bénéficier des 3/10 de l’eau disponible. Les dépenses prévues étaient de l’ordre de 50 millions de francs.

Les colons de la plaine des Triffas réclament d’autant plus une exécution rapide des travaux, que la région de Guercif a été irriguée par une dérivation de 1.000 litresseconde sur l’oued Melloulou, affluent rive gauche de la Moulouya.

49 L'irrigation du Tadla. — Comme celles de la Moulouya, les eaux de l’Oum er Rébia sont utilisables par gravité, là où la rivière n’est pas encaissée entre des rives abruptes. Aussi a-t-on pensé à s’en servir pour irriguer la plaine des Beni Amir, dans la région de Kasbah-Tadla. Le débit de 15 mètres cubes à l’étiage permettrait d'irriguer 50.000 hectares. Le barrage de retenue se fera en

amont de Kasba-Tadla et un petit barrage de dérivation en aval, conduira les eaux dans un canal de 22 mètres cubes. Ce canal d’une longueur de 30 kilomètres suit la rive gauche de l’oued sur la plus grande partie de son cours, puis Île traverse au cours des derniers kilomètres pour atteindre Kasba-Zidania. L'ensemble coûterait 40 millions de francs.

Les travaux, commencés en zone d'insécurité, furent menés avec beaucoup de lenteur. Leur interruption en 1931 fit croire un moment que la salure de l’eau imposait l'abandon du projet. En effet, la teneur des eaux en sel dissous est d'environ 1 gr.3 par litre. Mais cette eau n’est nullement impropre à l'irrigation des cultures. Des essais effectués montrèrent qu’elle convenait parfaitement aux tomates, artichauts, asperges, betteraves, vignes, et que les figuiers grenadiers, jujubiers ‘et certaines cultures maraîchères admettaient une salure encore beaucoup plus élevée.

La pacification du Tadla a permis de donner aux travaux une activité plus grande et l'irrigation de la région fut confiée en 1931 à une commission administrative spéciale.

Là encore, 1l semble qu’on ait hésité trop longtemps entre diverses solutions sans faire le choix d’une politique bien déterminée. Le résultat en a été la lenteur des travaux À l'heure actuelle (début de 1933) le barrage de Kasba- Tadla et la dérivation de Kasba-Tadla à Kasba-Zidania sont achevés. En attendant l'achèvement des travaux d'irrigation proprement dits, et l’équipement des lots de colonisation voisins très coûteux, il semble, d’après les travaux du Génie rural, que la solution la plus séduisante soit celle des pompages dans l’oued. En particulier pour les lots de colonisation voisins de Dar Oul Zidoul, à proximité immédiate de l’'Oum er Rébia. Il suffirait de faire

franchir à l’eau une dénivellation maxima de 20 mètres son écoulement se faisant ensuite par gravité, après refoulement à 400 mètres environ. Le projet aurait l'avantage d’être économique, surtout pour l'irrigation de culture fourragères (luzerne) et l’abreuvement du bétail, qui exigeraient 2.800 mètres cubes à l’hectare. Il faudrait naturellement qu’une ligne de transport de force suive les bords de l’Oum er Rébia, ce qui serait facile, puisqu’une ligne à 60.000 volts est en construction de Boujad à Kasba Zidania.

90 Dans la région de Marrakech. Barrage du N'fis. — Afin de renforcer le débit d’été des très nombreuses séguias dérivées de l’oued N'fis qui irriguent la région sud-ouest de Marrakech, on a établi un barrage sur l’oued à son arrivée dans la plaine, là où il rencontre la route de Marrakech à Amismiz. Cet ouvrage destiné à retenir les eaux de crues et à les laisser s’écouler régulièrement pendant l'été est actuellement achevé. Sa hauteur, primitivement de 42 mètres a été portée à 50 mètres, donnant une réserve de 30 millions de mètres cubes, permettant d'assurer un débit supplémentaire de 1 mètre cube seconde pendant l'été.

6° Travaux projetés. — Indépendamment de ces travaux déjà achevés ou en voie d’achèvement, un vaste programme comprenant des projets de barrages très importants est à l'étude depuis de nombreuses années. Les plus considérables de ces travaux prévus concernent l’aménagement de l’Oued el Abid et de l’Oued Tessaout, deux affluents de l'Oum er Rébia.

L'aménagement de l’Oued el Abid comprend :

1° un barrage de retenue de 60 mètres de haut dans les gorges en aval de Bin el Ouidane,

29 un canal souterrain de dérivation de 6 à 10 kilomètres

à travers la montagne séparant l’Oued el Abid et POum er Rébia.

39 un réseau d'irrigation dans la plaine des Beni Moussa, intéressant une superficie de 5.000 hectares.

Quant à l’aménagement de l’oued Tessaout, 1l comprend un barrage de montagne en amont de Agadir Bou Achiba, de 35 mètres de haut, pouvant retenir 70 millions de mètres cubes, donnant aux séguias existantes un débit supplémentaire de 4.500 litres pendant l'été. La zone nouvelle irriguée serait de 18.000 hectares.

Ce projet est complété par la construction d’un barrage sur l’Oued el Akhdar, affluent secondaire de l’oued Tessaout. Ce barrage de retenue situé dans la région de Sourlaz, aurait une hauteur de 55 mètres, permettant d’emmagasiner 140.000 mètres cubes. Il donnerait un débit supplémentaire de plus de 5.000 litres-seconde pendant 10 mois, permettant d’irriguer 20.000 hectares. La région de Kelaa se trouverait ainsi, grâce à ces deux barrages, bénéficier d’une quantité d’eau aussi importante que la région de Marrakech.

Indépendamment de ces projets qui datent de plusieurs années, et pour lesquels des études préparatoires très complètes ont été exécutées, de nouveaux aménagements ont fait l’objet de prévisions plus récentes. Ce sont ceux du Sebou et de son affluent l’oued Fès. Sur l’oued Fès, un barrage est prévu en aval de la cité, et si son but est surtout de fournir de l’énergie hydraulique, il régularisera néammoins le débit de séguias, qui alimentent les jardins situés entre Fès et le Sebou. Le débit de l’oued est en effet très variable à la sortie de la ville, où il passe de 2 à 7 mètres cubes-seconde, et les séguias exigent un apport régulier de 600 litres-seconde Ces travaux dont le coût

prévu est d’une vingtaine de millions dureront deux années.

Le projet le plus grandiose est certainement celui d’un barrage sur le Sebou. Ce serait un barrage en terre analogue à celui existant en Californie sur la Columbia River. La nature des terrains, uniquement argileux, permettront en effet de construire un barrage de 60 mètres de hauteur en argile colmaté. Il formerait en amont un lac de plus de 30 kilomètres de long submergeant 15.000 hectares et emmagasinant 3 milliards de mètres cubes. Le coût de ces travaux gigantesques est de 300 à 400 millions, et il ne semble pas qu’ils puissent être réalisés dans un avenir prochain.

L'avantage d’un tel ouvrage serait de supprimer pratiquement les crues du Sebou qui, définitivement régularisé, permettrait d'irriguer 25.000 hectares de bonnes terres.

$ 5. Conclusion.

Cet aperçu des grandes installations hydrauliques réalisées par le Protectorat, donne une idée des sommes considérables engagées dans leur aménagement. Il faut dire que tous ces projets ont été conçus à un moment où les finances du Maroc étaient prospères et que les grands projets dont nous avons parlé en dernier lieu ne sont pas près d’être réalisés au moins dans l’état budgétaire actuel. Le Maroc surpris en pleine évolution, alors que tout avait été prévu largement , trop largement même, pour des besoins qu’on espérait énormes et prochains a été très durement touché par la crise économique.

La légende du Maroc « grenier de Rome », semble avoir accaparé les esprits; depuis notre arrivée l'étendue des

terres cultivées en céréales n’a cessé de s’accroître, et l’économie marocaine est devenue solidaire des mouvements de la récolte. On vient hélas ! de s’en apercevoir dans ces dernières années. On voit aujourd’hui que l’on a fait fausse route. Le Maghreb devenu pays de monoculture céréalière s’est vu peu à peu fermer tous ses débouchés, et contingenter ses exportations. La métropole elle-même, saturée de produits agricoles, n’est plus l’exutoire naturel de la production marocaine. L’effondrement des cours du blé a causé des pertes effrayantes à l’économie d’un pays, où sur 3 millions 5 d’hectarestcultivés, il ÿ en a 3 millions cultivés en blé et en orge.

Les autres productions ne peuvent-elles compenser dans une certaine mesure les effets de la crise du blé ?

La vigne figure parmi les plus importantes. La facilité avec laquelle elle croissait, la qualité des vins obtenus, leur vieillissement rapide a encouragé les colons et des milliers d'hectares se sont couverts de vignobles. Mais, là aussi, on ne s’est pas préoccupé des débouchés. Le marché marocain lui-même est limité à la population européenne, les Arabes ne consommant pas de boissons alcoolisées. L'Algérie voisine était difficilement concurrençable avec sa production énorme et déjà installée depuis longtemps sur les marchés. La Métropole elle-même, dans son désir de protéger ses viticulteurs du Midi montrait bien par les obstacles qu’elle mettait à l'entrée des vins algériens, que ceux du Maroc n'étaient pas près de franchir la Méditerranée. De sorte qu’il ne fallait pas compter sur la vigne plus que sur le blé pour tirer le Maroc d'une situation critique. L'élevage en déclin constant et progressif, surtout en raison du manque d’eau, n’a jamais offert de possibilités intéressantes, si ce n’est au point de vue strictement local, et

encore, la plupart des Européens de Casablanca et de Rabat

préfèrant consommer la viande venue de France et par

conséquent plus chère que les produits de l'élevage du pays,

L’exportation des bœufs passe de 12.014 têtes en 1930 à 4,865 en 1931 et 2.620 en 1932.

L’exportation des moutons passe de 144.877 en 1931 à 80.039 en 1932.

Il restait deux ressources en matière agricole, et on s’est précipité sur elles, avec toute la hâte que l’on met au Maroc à réaliser les espoirs nouveaux. Le seul domainé où il était possible de concurrencer avec succès les pays voisins et de créer des débouchés était celui des primeurs et surtout des cultures fruitières.

En ce qui concerne les primeurs, elles bénéficient d’un mois d’avance sur celles de l’Algérie. Les fruits, en particulier les agrumes : oranges, mandarines, pamplemousses. etc., sont d’une qualité parfaite et d’un rendement certain dans tout le pays. Mais ces deux sortes de productions ne sont possibles qu'avec beaucoup d’eau; on voit que plus que jamais c’est l’eau qui est au Maroc la condition même de la prospérité.

Certes, on a essayé autre chose, dans le désir d’abandonner une ligne de conduite qui se révélait néfaste, on a cherché dans tous les domaines de nouvelles ressources à exploiter.

On a espéré un moment que le sous-sol marocain compenserait les déboires que l’agriculture offrait. Les phosphates, dont les exportations toujours croissantes semblaient devoir assurer une source permanente de richesse, ont été aussi durement frappés que le blé, par la crise économique. L'exportation est passée de 1.772.201 quintaux en 1930 à 965.444 en 1931 et 104.452 en 1932 représentant respective-

ment 247.450.000, 130.805.000 et 124.823.000 francs. Les demandes se sont raréfiées, les marchés se sont peu à peu fermés et si cette situation n’est comme on veut l’espérer que purement passagère, il n’en est pas moins vrai qu'il fallait trouver autre chose. Le pétrole a, après le charbon, donné de folles espérances, vite ramenées à des réalités plus modestes par les résultats des forages, et il semble bien que le Maroc ne doive pas être un gros pays pétrolière. On a essayé les cultures industrielles : le coton, les betteraves à sucre, le ricin, on a même voulu introduire la sériciculture. Les essais effectués ne sont pas décourageants certes, mais toutes ces exploitations exigeraient des installations, des transformations et une période de mise en train qui ne permettent pas de prévoir des résultats prochains. Seules, l’arboriculture et les primeurs étaient susceptibles d’un rendement immédiat, aussi est-ce dans cette voie que l’on s’est résolument engagé.

Déjà, cette année, les exportationsde tomates bénéficiant de la priorité des primeurs marocaines sur celles des pays voisins ont donné des résultats très encourageants. Mais c'est principalement sur les cultures arbustives que s’est porté tout l'effort de production. On a voulu faire du Maroc une nouvelle Californie. Frappée par les analogies de climat, et des conditions naturelles ainsi que par les résultats d’une politique hydraulique bien comprise, qui avait réussi à transformer un pays presque désertique en un magnifique verger, fournissant le monde entier de produits dechoix, les colons ont voulu réaliser au Maroc le même miracle. Des missions nombreuses furent envoyées en Californie!. Elles en revinrent émerveillées par les résultats obtenus et avec

1. Cf. Georges Louis, Sources d’eau, sources d’or, sources d'hommes, reportage en Californie et mission de M. Guillemet (1931).

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la ferme conviction qu’il était possible de réaliser au Maroc quelque chose d’analogue, de sorte qu’à l'heure actuelle la culture fruitière semble être la véritable vocation agricole de l'empire chérifien. La difficulté est évidemment de concurrencer un pays qui a pour lui l’avance de nombreuses années, mais cela permet d’autre part des’inspirer desméthodes qui y ont réussi et d’éviter ainsi une longue période de tâtonnements et d’essais. L'Espagne qui est actuellement, le gros producteur européen des agrumes a adopté les méthodes et l’outillage américains; sa production est largement absorbée par le marché de l’Europe occidentale. Le Maroc ne peut-il réaliser ce que l’Espagne a su obtenir chez elle?

La transformation de ia Californie en un pays merveilleusement irrigué ne remonte pas à de nombreuses années. C’est surtout de 1914 à 1920 que les progrès essentiels ont été réalisés; mais la politique américaine a consisté à laisser une grande liberté aux initiatives régionales représentées par les districts d'irrigation. Elle a donné des résultats merveilleux et ce n’est que maintenant où les particuliers ont utilisé au maximum les ressources souterraines que l'Etat intervient pour créer des ressources nouvellest, On a cherché à réaliser l’alimentation de la nappe souterraine, en obligeant les eaux de ruissellement par de multiples petits barrages à s’infiltrer dans le sol et on a utilisé au maximum les eaux des rivières par pompage électrique.

Ce qui est particulièrement remarquable ce sont les procédés employés pour éviter toute perte d’eau pendant le transport (amenée par tubes métalliques, irrigation souterraine par conduites poreuses, irrigation en pluie), et les

1. Georges Louis, Sources d’eau, sources d’or, sources d'hommes, p. 75.

soucis extraordinaires pris pour amener le fruit en parfait état sur les marchés les plus lointains. Le développement, la cueillette, la sélection, la manipulation des fruits et leur transport sont assurés dans des conditions qui ont permis à la production californienne de conquérir jusqu’au marché européen malgré les frais de transports nécessités par l’éloignement. Comme le dit M. Georges Louis : « la standardisation c’est l’honnêteté organisée en garantie ». Tout est d’ailleurs mis en œuvre pour faire connaître à tous les bienfaits de l'irrigation (cours dans les universités, services de propagande en faveur de la consommation des fruits).

L'exemple de la Californie est-il réalisable au Maroc? Oui, conclut l’auteur, à la fin de son enquête, car les conditions naturelles sont analogues. L’eau des rivières est certes plus abondante en Californie, mais par contre le sol du Maroc, plus fertile, demande moins d’eau. Ce qui a caractérisé la réalisation américaine, c’est la liberté laissée à l'initiative privée, le gouvernement se bornant à fournir un concours technique, merveilleusement organisé. Or, il est évident qu’à l’heure actuelle rien de semblable n'existe au Maroc. Ce qui manque le plus c’est une politique hydraulique bien définie. L’Administration ne semble pas avoir de plan fixe, elle s’est livrée à des essais et à des tâtonnements très coûteux pour les résultats obtenus. Dans le sud, par exemple, elle s’est montrée disposée à construire de grands barrages sur les rivières, et puis brusquement abandonnant ou interrompant les travaux, sans explication, elle s’est mise à exploiter la nappe souterraine en faisant des rettaras. Les rettaras donnant des résultats insuffisants, on se tourna ensuite vers le pompage.

On objectera que dans un pays comme le Maroc, où nous venonsseulement d'établir notre influence, sur tout l’ensem-

ble du territoire, il estdifficile en raison de l'insuffisance des renseignements que nous possédons de prévoir à coup sûr la solution la plus économique et la meilleure. Mais tel n’a pas été le cas pour la région de Marrakech, soumise depuis assez longtemps à la domination française etsuffisamment connue pour que l’on ait pu choisir un programme cohérent. Si l’on songe quela mise en valeur dela Californie, réalisée sans l’aide du gouvernement, a produit des résultats financiers remarquables, les sommes considérables engagées par le Protectorat dans les dépenses de l’hydraulique ne se sont guère montrées productives. Certes les droits acquis par les indigènes sur les eaux superficielles et souterraines ont été une entrave sérieuse à la mise en valeur du pays au point de vue hydraulique. Mais maintenant que le statut juridique des eaux est définitivement fixé, rien ne s'oppose à ce que l’on prenne exemple sur la politique hydraulique californienne, C'est en tout cas le seul moyen d’arriver à une production qui puisse soutenir la comparaison avec la production américaine et, malgré son avance, la concurrencer sur le marché européen. Au Maroc, on a employé la méthode inverse. L'Etat s’est substitué à l'initiative des colons et a entrepris de grands travaux de captage. Les résultats, en particulier dans le sud, n’ont pas été très heureux et l’eau est toujours en quantité beaucoup trop faible.

Ailleurs, il semble qu’on eut le tort de se lancer dans un programme de grands barrages, sans essayer d'utiliser le pompage sur les rivières à débit d'été permanent. Le but de l'Administration s'explique par la double utilité des barrages. Ils sont très coûteux, mais la production accessoire

de l'énergie électrique permet d’amortir l’ouvrage plus , rapidement par la vente du courant, que par la vente de l’eau seule. Mais maintenant que le Maroc va bénéficier

Duval. g

d’un réseau électrique puissant, après l’achèvement des travaux en cours, il serait bon de multiplier les lignes de transport de force, qui permettront de réaliser économiquement le pompage sur les fleuves qui continuent à avo‘r de l’eau en été, en particulier l’Oum-er-Rebia et le Sebou. Le barrage du Sebou semble irréalisable, tandis qu’il est très facile d'installer des stations de pompage électrique peu onéreuses .

Au lieu de ces installations économiques, on a prévu des travaux qui ont coûté des sommes considérables, comme le barrage du Beth, sans se préoccuper suffisamment de leur amortissement rapide. Il aurait été facile en s'inspirant des méthodes californiennes de faire supporter une partie du coût des travaux et de l’exploitation à un syndicat constitué obligatoirement entre les propriétaires riverains qui feront usage de l’eau. En même temps il eut été nécessaire d'étudier avec soin une culture rémunératrice convenant aux possibilités nouvelles et d'orienter les colons vers cette culture afin de réaliser un maximum de production permettant une organisation rationnelle de transports et de transformations.Ces derniers ne semblent pas du tout préparés, en effet, à l’utilisation immédiate de l’eau dont ils disposeront et cela n’est pas fait pour favoriser la vente de l’eau et hâter l’amortissement. Les usagers vont-ils former une coopérative se gouvernant elle-même, conseillée par la Direction de l’agriculture ou, comme on l’a fait jusqu'ici, l’administration imposera-t-elle un cahier des charges d'irrigation collective enlevant toute liberté aux colons ? Ce dernier système appliqué jusqu'ici n’a pas donné de bons résultats. Le premier serait meilleur, il semble pourtant d’après ce que nous avons dit plus haut que le second sera adopté.

A l'heure actuelle l’arboriculture semble le seul facteur

de prospérité du Maroc. Les oliviers et les agrumes peuven concurrencer avantageusement en qualité les produits espagnols et peut-être égaler bientôt les produits américains sur lesquels ils auraient l’avantage de la proximité. Cela est possible à condition d’avoir de l’eau, car pour les primeurs et pour les fruits il faut des irrigations importantes, principalement en été.

Il faut donc encourager tous les moyens de découvrir des ressources nouvelles et sans discuter la politique de l’administration des Travaux publics qui, à tort ou à raison, se lance dans des travaux très importants que des colons ne pourraient faire, il serait souhaitable d'encourager la recherche des eaux par les particuliers au moyen de puits et de pompages, par l'intermédiaire du Génie rural.

Il faut en outre industrialiser la production des fruits et pour cela cenn2ître la zone du territoire convenant le mieux à des espèces données, de façon à grouper les surfaces cultivables pour obtenir un tonnage important de marchandises homogènes soigneusement sélectionnées et présentées. Un office gouvernemental a été spécialement créé en 1932, ayant pour but de ne laisser sortir du Maroc que des fruits soigneusement contrôlés et vérifiés donnant une garantie de qualité parfaite. Lesrésultatsobtenus par O.CG.C.E. sont encourageants pour l’avenir ebilenvisage mêmed’étendreson contrôle à la garantie des produits exportés, jusque sur les marchés d’arrivée. La prospection des marchés de l’Europe occidentale et de l’Europe du Nord luifournira des renseignements permettant de conseiller utilement les exportateurs.

C’est une véritable étude expérimentale de la production des cultures irriguées que poursuit actuellement le Protectorat et l’on ne peut que regretter qu’il ait attendu la crise économique pour l’entreprendre.

Les conclusions du rapport de M. Lemoigne, adoptées par le Congrès de l’hydraulique qui s’est tenu à l’occasion de l'Exposition coloniale de 1931 sont toujours actuelles.

19 I] paraît désirable que l'effort actuel en vue de déterminer les conditions météorologiques intéressant l’hydraulique se poursuive sans relâche.

20 L’Etat et les particuliers doivent se préoccuper avant tout du prix de revient et de l’écoulement.

39 Nécessité d’une entr'aide et d’une coopération agricole sur une grande échelle.

49 On devrait tenter de réduire les superficies irriguées en montagne par abandon des terrains de qualité inférieure et accroître les irrigations en plaine. .

5° Réaliser des pompages électriques autant que possible et fournir de l’énergie à bas prix.

60 Quand des dépenses importantes ont été effectuées au bénéfice d’une région, il faut accélérer l'installation de la région, afin de ne pas laisser le capital improductif.

70 L’effort du Protectorat a jusqu'à présent surtout

porté sur les routes, ports, chemins de fer, l'aménagement agricole s’impose (création de réseaux ruraux).

8° L’effort dans ce but doit être accompli sans tarder, que les prix de la main-d'œuvre, des matériaux et de l’argent sont peu élevés.

90 La France trouvera au Maroc un placement de ses économies sûr et profitable pour sa propre industrie.

Le déficit budgétaire actuel, voisin de 100 millions, Pimpossibilité d’un nouvel emprunt semblent condamner momentanément les grands travaux. Les besoins en eau nécessités par le développement des cultures arbustives et maraîchères doivent être satisfaits par des moyens appropriés aux circonstances en particulier par l'initiative privée.

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