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CHAPITRE III

Ce n'était pas seulement des problèmes d’hydraulique agricole devant lesquels allait se trouver le Protectorat, mais également des questions tout aussi importantes d’hydraulique urbaine. |

Il fallait alimenter en eau potable non seulement les nouveaux centres créés dans le « bled » mais encore améliorer ou refaire l’installation des villes indigènes et réaliser des aménagements de grande envergure pour ravitailler les grandes villes européennes qui venaient d’éclore.

A notre arrivée au Maroc, seules les villes « makhzenia » résidences impériales : Fès, Marrakech, Meknès, Rabat, étaient pourvues d’un réseau de distribution d’eau potable que les sultans y avaient peu à peu fait installer. Toutefois Mogador, fondée en 1761 sur l’ordre de Moulay Mohammed, d’après les plans d’un ingénieur français, bénéficia dès sa construction d’une adduction d’eau potable. Partout ailleurs, le ravitaillement ne pouvait se faire qu’à l’aide de puits, de séguias ou de citernes, four-

1. Une grande partie des renseignements que nous donnons ici sont extraits de la remarquable étude du D' Ronjean, Directeur de l’Instituc d'Hygiène du Maroc, Bulletin de l’Institut, 1932,n03. 11 nous a très aimablement autorisé à en faire état. Qu'il trouve iei nos remerciements.

nissant une eau en quantité trop souvent insuffisante et exposée à toutes les pollutions.

Notre arrivée au Maroc posa des problèmes nouveaux. Il fallut d’abord ravitailler les troupes en amenant dans les camps une eau aussi pure que possible. Ce fut l’œuvre du génie militaire. Puis peu à peu des villes se créèrent, villes européennes bâties à côté et en dehors des médinas selon les principes d'urbanisme qui furent adoptés au Maroc. Les villes indigènes comme les villes européennes nouvelles, virent leur population s’accroître, de sorte que les premiers travaux devinrent bientôt insuffisants et qu’à une période d’équipement proprement dit des différents centres, succéda une période plus récente au cours de laquelle on se préoccupa d'alimenter les installations existantes par des ressources nouvelles toujours plus importantes.

Cet accroissement continu de la population marocaine est mis en évidence par les résultats du dernier recensement, celui de 1931, comparés à ceux du précédent (1926).

Le chiffre de la population non marocaine (Français et étrangers) est passé de 104.712 individus en 1926 à 170.000 ne 1931.

Le nombre des indigènes (musulmans et israélites) qui était de 4.790.000 en 1926 est devenu 4.850.000 y compris la zone insoumise.

Le chiffre total de la population est passé de 4.894.146 à plus de 5 millions.

Cet accroissement du nombre des habitants en cinq années et surtout celui si considérable de la population européenne, a rendu rapidement insuffisantes les installations existantes. D’autant plus que l’immense majorité des Européens sont installés dans des villes peu nombreuses, et principalement dans des villes de la côte où le

problème du ravitaillement en eau potable est singulièrement difficile. Casablanca, à elle seule, absorbe 38 % des Européens installés et l’on a eu beau faire des installations de grande envergure au moment des premiers travaux, toutes les prévisions ont été dépassées et à l'heure actuelle on travaille encore à l'alimentation de la ville.

19 Alimentalion des centres ruraux.

La création de nouveaux centres de colonisation imposait comme préoccupation immédiate à la Direction de l’agriculture, le ravitaillement en eau potable. C'est même cette question de l’eau qui détermina dans une grande mesure la position des centres.

Chaque fois que cela était possible, on a eu recours aux sources les plus voisines, dont on amène l’eau par un réseau aussi étanche que possible de façon à la soustraire à toute contamination. Cela du reste n'empêche pas que l’on soit obligé assez souvent d’avoir recours à des appareils de javellisation automatique (Sefrou).

Dans d’autres cas où les sources font défaut, il faut avoir recours à la nappe phréatique. L'alimentation de Boujad (9.000 habitants) dans le Tadla se fait uniquement au moyen de puits.

Tous les centres de colonisation ont été peu à peu pourvus d’adduction d’eau potable et d’un réseau de distribution facile. (Petitjean, Mechra ben, Abou, Bou Fekrane, Khemisset, Sidi Slimane etc.) Enfin dans le « bled » marocain proprement dit, les indigènes sédentaires ou nomades avaient su parfaitement trouver le moyen d’assurer une alimentation en eau que le petit nombre d'individus à ravitailler rendait beaucoup plus aisément réalisable que

dans les villes. Ils utilisaient les sources, les oueds et surtout les puits qu’ils épuisaient à l’aide des machines élévatoires primitives dont nous avons déjà parlé. Ils ont même aménagé des dayas artificielles et jusqu’à des citernes

à impluvium. Très nombreuses dans les Doukkala, où il.

y en avait plus de 3.000, ces citernes fournissaient un cube total de 28.794 mètres cubes pour 95.000 habitants!.

L'inconvénient de ces procédés et en particulier des citernes venait de leur sécheresse en été. Les Travaux publics ont construit un grand nombre de citernes avec ou sans impluvium, alimentant chacune un abreuvoir, ou servant de réserve au moment où les indigènes sont privés d’eau par l’asséchement de leurs puits ou de leurs citernes. :

Au Maroc, ce qu’il faut d’abord c’est trouver de l’eau» ensuite la rendre potable.

$ 2? Alimentation des villes.

C'est particulièrement dans les villes où le rassemblement d’un grand nombre d'individus créait des besoins énormes, que le ravitaillement en eau potable a posé des problèmes ardus.

De nombreuses solutions techniques ont été employées. On cherche évidemment d’abord à recourir au simple captage de sources, mais en l’absence d’eau jaillissante on a dû avoir recours soit à des galeries de drainage du genre rettara, soit à des séries de puits, soit enfin et exceptionnellement à l’eau d’un oued.

En examinant rapidement les installations effectuées

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