Voir D' Bonjean, op. cil,, p
14.000 mètres cubes par jour, ce qui est très suffisant pour les besoins alimentaires de la population (26.201 habitants au recensement de 1931).
Mogador. — Fondée en 1764 d’après les plans d’un ingénieur français, elle bénéficia dès sa construction d’un réseau de distribution d’eau potable. Les eaux venaient par aqueduc d’un captage de sources situées dans le lit de l'Oued Ks0b à 6 kilomètres de la ville. De nombreuses pollutions ayant été constatées, un périmètre de protection fut établi autour des sources. On réalisa également un réseau étanche d’amenée et de distribution des eaux par canalisations souterraines. Actuellement Mogador est alimentée par trois sources : Source Leroux, Source du Palmier et Source de l’oued Ksob d’un débit total de 10 litres par seconde. Les deux premières sont amenées par gravité, la troisième seule nécessite un pompage pour atteindre la canalisation.
Agadir. — La ville est alimentée de trois façons différentes : :
1° Par la source de Tildi à 7 kilomètres au nord de la ville (débit 100 mètres cubes) destinée à l'irrigation.
20 Par l’eau de la nappe aquifère située au-dessous des dunes littorales, à quelques mètres du niveau de la mer. Le captage a lieu par deux séries de puits reliés entre eux par des galeries et pompage électrique (débit 500 et 1.800 m°). Ces eaux sont malheureusement assez salées, non pas sans doute en raison d’infiltrations d’eau de mer, mais plutôt par apport d’eau d’une nappe saumâtre voisine.
La baisse du débit et l'augmentation de la salinité rendront peut-être nécessaires de nouveaux travaux.
Mazagan. — La ville de Mazagan avant notre arrivée au
Maroc n’était alimentée que par l’eau des puits et des citernes. La forteresse en particulier était ravitaillée par la fameuse citerne portugaise dont l'illustration touristique a popularisé le magnifique aspect architectural,
En 1916, on fait usage de la source de Sidi Moussa à 2 kilomètres de la ville, où furent creusés cinq puits reliés par des galeries fournissant par pompage et refoulement un débit journalier de 1.100 mètres cubes. L'impureté bactériologique de l’eau obtenue (colibacilles) a nécessité depuis 1931 une faible javellisation automatique.
D'autre part, les analyses chimiques effectuées ont montré un accroissement de la salure et de la minéralisation. Le Dr Bonjean estime qu’elle est causée par un « appel d’eau de mer due à l'intensité du pompage ». Quoiqu'il en soit, l’eau de Mazagan est médiocre au point de vue potabilité et minéralisation.
Oujda. — Oujda s’alimentait avant notre arrivée uniquement au moyen de puits.
En 1914, fut réalisé le captage de l’Aïn Taieret, à 17 kilomètres de la ville, au moyen de galeries de drainage donnant un débit de 1.400 mètres cubes. Ces captages déjà anciens, semblent devoir nécessiter, sous peu, des protections contre les souillures par infiltration. En 1924, les eaux de l’Aïn Hallouf, à 20 kilomètres de la cité, furent captées par galeries souterraines et amenées par gravité sous un débit de 2.600 à 3.000 mètres cubes. Tous ces travaux furent réalisés sur les fonds du budget municipal. La source de Sidi Yahia dont nous avons cité l’heureuse organisation fournit l’eau nécessaire à l'irrigation (26.000 ms).
Taza. — Citadelle berbère alimentée par des séguias venant de la montagne, doublées en cas de siège par de
vastes citernes, a été pourvue après notre installation d'une adduction d’eau de source.
Kenitra et Settat sont également alimentées par captage de sources voisines.
$S3. Conclusion.
Nous avons voulu donner un exposé assez complet des aménagements auxquels a donné lieu l’hydraulique urbaine dans les principales villes du Maroc, afin de montrer la diversité des problèmes qui se sont imposés au Protectorat. La plupart des cités présentaient des conditions naturelles tellement différentes que tous les moyens propres à amener de l’eau potable ont dû être utilisés. Pompages dans le soussol, drainage, galeries captantes, dérivation d’oueds, captage de sources émergentes, tous les procédés ont dû être employés. Cela explique que les Arabes n'aient pu, malgré leur grande habileté en matière d’hydraulique agricole; réaliser des installations que seuls les moyens de la technique moderne permettaient d'entreprendre.
Il n’en est pas moins vrai que l’œuvre réalisée par le Protectorat français est une œuvre grandiose. À notre arrivée, seules Mogador et les villes Maghzen bénéficiaient d’un véritable réseau urbain d’alimentation, et même dans ces villes la qualité médiocre de l’eau exposée à toutes les souillures était bien souvent une cause périodique de maladies épidémiques d’origine hydrique. Actuellement au contraire, tous les centres de quelque importance, sont abondamment pourvus d’une eau qui offre au point de vue hygiénique toute sécurité. Cela est dû à la surveillance constante, aux analyses périodiques et aux précautions incessantes d’un service médical éclairé et dévoué, préposé à l'administration des bureaux d’hygiène. En cette matière,
HYDRAULIQUE URBAINE 13à]
le rôle du médecin est tout aussi important que celui de l'ingénieur, car ce n’est pas toujours l’eau qui peut être amenée avec le plus de facilité qui offrira, au point de vue de la consommation, toutes les garanties requises.
D'autre part, une eau qui se révèle pure, une fois terminés les travaux de captage et d’adduction peut fort bien présenter quelque temps après une teneur bactériologique dangereuse pour la santé publique. Ce n’est que par des analyses effectuées périodiquement que l’on peut déceler les souillures accidentelles qui peuvent se produire par infiltration. Au Maroc en particulier la violence des précipitations à la saison des pluies, les infiltrations intenses qui y correspondent sur une terre desséchée et crevassée par les mois d'été amènent souvent avec une brusque variation du débit des eaux souterraines, une augmentation de leur taux bactériologique. Il est donc nécessaire d’assurer avant tout l'étanchéité des captages et la protection de leurs abords immédiats. La vigilance de la Direction de la Santé et de l’'Hygiène publique et les travaux de l’Institut d'hygiène du Maroc offrent à cet égard toute garantie tant pour la qualité des installations réalisées que pour la surveillance de leur fonctionnement. « Nous pouvons, à juste titre, être fiers d’avoir à l'heure actuelle modifié ces imperfections (des installations indigènes) dans une large mesure et réalisé dans le domaine des eaux comme dans beaucoup d’autres des progrès considérables auxquels sont très sensibles nos protégés!. »
1. D' Bonjean, directeur de l’Institut d'Hygiène du Maroc, 0p. cit., p. 6.