CHAPITRE IV
Un troisième aspect de l’hydraulique marocaine est celui dans lequel on considère les eaux courantes non plus seulement comme auxiliaires de l’agriculture, mais comme sources d'énergie.
Dès notre installation au Maroc, l’absence presque totale de combustibles miniers avait incité les techniciens à rechercher dans l’exploitation des ressources hydrauliques un moyen économique de produire l'électricité. Cette électricité une fois obtenue, permettrait, dans bien des cas, de se passer de charbon; mais il fallait encore pouvoir la produire autrement que par des centrales thermiques. Cela exigeait une connaissance des ressources hydrauliques du pays que notre pénétration progressive ne nous a procurée que lentement. À l’heure actuelle, où l’ensemble du territoire est soumis à notre influence, nous pouvons étudier d’une façon complète les cours supérieurs des oueds qui se trouvaient jusqu’à présent en zone de dissidence.
Il n’est donc pas surprenant que l’électrification du Maroc soit loin d'être achevée, malgré toutes les raisons que nous avions d’en hâter la réalisation.
Section I. — Ressources en énergie hydroélectrique.
Les caractères naturels des oueds marocains ne permettaient de les utiliser comme sources d'énergie qu'avec des usines de plaine, alimentées par des barrages réservoirs. Les cours supérieurs des principales rivières échappaient encore Jusqu'à ces derniers temps à nos observations en raison de la situation politique. C’est pourtant là que l’importance des pentes et le caractère montagneux des bassins permettront de réaliser les futures installations les plus productives.
Le débit très irrégulier de la plupart des oueds, sujets aux variations saisonnières nécessitait dans la plupart des cas la construction de barrages importants destinés à l’utilisation continue de l’eau des crues.
Par contre, l’importance du relief, l’abondance des pluies d’hiver et la fonte au printemps, des neiges amassées sur les hauts sommets de l’Atlas, étaient des conditions favorables que n'offraient pas les autres pays de notre Afrique du Nord.
Plusieurs bassins sont susceptibles de constituer des réserves de houille blanche, les principaux sont ceux de la Moulouya, du Sebou, de l’'Oum-er-Rebia, du Tensift et du Sous.
La Moulouya qui collecte sur un cours de 450 kilomètres toutes les eaux du versant nord de l’Atlas, n’a pourtant fait l’obiet d’aucune installation hydroélectrique. Cependant l'altitude de sa source, voisine de 4.000 mètres, lui assure un débit absolument constant, grâce à la fonte des neiges pendant la première moitié de l’année. Elle offrirait des possibilités d'installation hydraulique, dans la plaine de Guercif, en aval du confluent du Melloulou, mais
la pente peu rapide exigerait un canal d’amenée très long et par conséquent très coûteux. On a songé également à utiliser l’'Oued Za, affluent rive droite, à débit permanent moyen de 5 mètres cubes, qui fait une chute naturelle de 10 mètres à 15 kilomètres en amont de Camp Berteaux.
Le Sebou, le plus important des fleuves marocains avec l’'Oum-er-Rebia, reçoit dans son cours moyen des affluents importants à régime permanent qui peuvent offrir des possibilités d'installation.
L’oued Fès, affluent rive gauche, qui possède tant d'importance pour les irrigations dé la plaine du Saïs et pour le ravitaillement de la cité de Moulay Idriss, a déjà été utilisé par les Arabes comme source d'énergie puisqu'il actionnait à l’aide de roues à palettes les nombreux moulins de la ville. Il actionne maintenant deux usines électriques en amont et en aval de Fez.
L'Oued N'’ja présente des dénivellations intéressantes qui permettraient d'installer des usines électriques.
Les nombreux affluents qui descendent du Moyen Atlas alimentent du reste quelques installations locales hydroélectriques.
Les travaux les pius importants seront ceux exécutés sur l'Oued Beth où le programme d'irrigation que nous avons décrit est combiné à une utilisation industrielle de la retenue,
L’'Oum-er-Rebia. — Le fleuve principal du Maroc forme avec ses deux affiuents, l’Oued-el-Abid et l’Oued-el-Akdar, la plus importante ressource d'énergie hydraulique de tout le pays.
Dans son cours inférieur, l’usine électrique de Sidi Machou a été depuis 1928 la principale centrale hydraulique marocaine.
Mais, c’est surtout dans son cours supérieur nettement torrentiel que les disponibilités semblent être intéressantes. Des sources à Taka Ichiane on pense disposer de 30.000 Kw et autant de Taka Ichiane à Khenifra. Ce qui ferait un total de 60.000 Kw disponibles sur le haut Oum -er-Rebiat,
Des sources jusqu’à l’Oued Amossine à quelques kilomètres en amont d'El Bordj, la pente est de 340 mètres pour un trajet de 34 kilomètres.
Mais les difficultés techniques, en particulier l’aménagement des assises rendraient beaucoup trop onéreux l'aménagement intégral de cette section, qu’il serait plus avantageux de réaliser par tronçons.
Le cours moyen de l’oued semble également offrir des possibilités d'installation hydroélectriques, en particulier à Imizdiflane où il est possible de créer une retenue, correspondant au bassin probable d’un lac post-glaciaire.
Dans la région de Kasba Tadla, l'irrigation de la plaine des Beni Amir a nécessité la construction d'un barrage de retenue qui sera également utilisé pour produire de l'énergie.
L'Oued-el-Abid, affluent rive gauche de l’Oum-er-Rebia, venu des massifs montagneux qui relient le Moyen et le Grand Atlas a fait l’objet de nombreux projets d’installations hydroélectriques. Les uns prévoient l’installation d'usines échelonnées, d’autres la construction d’un canal d’amenée souterrain de 7 kilomètres aboutissant à des conduites forcées, d’autres enfin une prise d’eau très en
1. Chabert, L’hydraulique au Maroc, Rabat, 1922. Conférence au cours de perfectionnement des officiers des Affaires indigènes.
amont de l’usine, à laquelle elle serait reliée par un canal d’amenée de plus de 20 kilomètres!
L'Oued Tensift et ses affluents, torrents descendus du Grand Atlas, ne permettraient une production d'énergie électrique dans le sud du Maroc qu’à l’aide de réserves d’accumulation très importantes. Malgré la puissance de son relief le Grand Atlas n’est pas comme on l’a supposé un vaste réservoir de houille blanche en raison de la courte durée des crues et de l’extrême faiblesse des débits d'été. En outre, le grand nombre de dérivations, établies par les indigènes, sur le cours supérieur des oueds, diminuent leur débit dans de grandes proportions.
Le plus intéressant au point de vue hydroélectrique semble être le N’fis et son affluent, l’'Oued Ourgane. L’Oued Ourika dont le débit permanent moyen est voisin de 1 mètre cube, traverse dans son cours supérieur des gorges offrant la possibilité d'établir des barrages favorisés par la grande rapidité de la pente. Les difficultés d’accès sont malheureusement un gros obstacle à cet aménagement.
La pacification du Djebel Sagho qui ne sera achevée que dans le courant de l’année, n’a pas encore permis d’études très complètes portant sur les cours supérieurs des oueds du versant saharien. Le Draa, très épuisé par les irrigations qui se font dans l’étroite bande du lit majeur ne semble pas devoir offrir de possibilités intéressantes. Mais les rivières qui lui donnent naissance : l’Ouarzaza et surtout le Dadès ont un débit permanent utilisable. Il n’est, pas douteux que des études futures dans cette région, jusqu'alors peu connue, précisent les ressources de ces