OBSERVATION PERSONNELLE
Mme S., de Rougemont-le-Château, nous fut envoyée par son médecin qui, en présence de plusieurs crises de douleurs lombo-rénales, avait porté le diagnostic de calculs du rein (coliques néphrétiques).
Cette malade, âgée de 56 ans, avait un passé pathologique peu chargé. Nous avons noté, à son actif, 12 grossesses menées à bien. Elle n’est plus réglée depuis l’âge de 52 ans. Le début des accidents pour lesquels cette malade vint nous consulter, remontait à l'hiver 1915-1916 et était caractérisé par des douleurs vagues dans la région lombaire, de la pesanteur abdominale et un état de grande lassitude, puis, brusquement, dans la région rénale, une violente douleur qui forçait la malade à prendre le lit. Cette douleur, au dire du sujet, avait son siège prédominant dans le flanc gauche et présentait des irradiations intenses vers l’ombilic, la vessie, les grandes lèvres et la cuisse. Après un séjour au lit de 3 jours et un traitement très sévère à la morphine, les douleurs cessaient au bout de 48 heures. À ce moment, apparaissait une crise de polyurie abondante et la malade, de nouveau, se retrouvait bien portante. À peine subsistait-il quelque fatigue qui se dissipait très vite par la suite.
En novembre 1916, après une période de trois semaines de douleurs vagues avec pollakiurie diurne et nocturne, la malade voit réapparaitre les douleurs, mais alors elles s'installent pour un temps plus long (4 à 5 jours), s’accompagnant de nausées et de vomissements très pénibles.
La malade est soumise de nouveau à la morphine et tous ces phénomènes morbides disparaissent après une crise de polyurie, laissant place à un état de bonne santé évident.
A des intervalles variables pendant lesquels la santé excellente permet à la malade de mener une vie active, surviennent quatre autres crises de douleurs suivies des mêmes conséquences.
A la suite de cette succession de crises, qui ne paraïîssent en aucun cas être influencées ni par le repos, ni par la fatigue, la malade se décide à demander à son médecin une consultation et c’est à ce moment que nous avons été amené à l’examiner.
Elle entre à l’hôpital civil de B. pour être mise en observation le 10 mars 1916. À ce moment, l’état général de la malade semblait relativement bon. Peut-être était-elle un peu amaïgrie. La paroi abdominale, complètement ilasque, se laisse déprimer sans effort,
La palpation de la région lombaire gauche faite méthodiquemént ne décèle pas la présence du pôle inférieur du rein.
Mais, au niveau de la partie supérieure de la fosse iliaque gauche, au voisinage de l’épine iliaque antérieure et supérieure, on constate un point nettement douloureux et on éprouve ufe sensation vagte d’empâtement profond.
Plus haut, la palpation profonde au-dessous des côtes, au niveau de la région rénale gauche ne provoque aucune douleur. À droite, on sent le pôle inférieur du rein non douloureux et mobile.
Au toucher vaginal, tout est normal, culs de sacs souples et indolores.
Les utines recueillies pendatit la journée accusent une quantité de 1 litre et demi; elles sont, dès l'émission, légèrement troubles et ne contiennent ni albumine, ni sucre. À l'examen microscopique, of trouve des traces de pus.
Depuis son entrée à l'hôpital, la malade était au calme, lorsque, le 22 mars, à 3 heures du matin, ellé ressentit, en dehors et à droite de l'ombilic, une douleur qui alla en augmentant, remontant sous le rebord costal gauche dans la région rénale, où elle se fixa avec son maximum d'intensité.
Le graphique du taux des urines, tenu journellement, nous permit de constater une diminution de quantité d'un demi litre, cette baisse urinaire s’accompagnait de pollakiurie douloureuse. En examiñant, à la visite du matin, la malade qui
avait reçu une injection de morphine de 0,01 centigr., on constate à la palpation que la région rénale gauche est très douloureuse. Les muscles de la paroï, contracturés, génent cette exploration, mais pourtant on constate que cette région est occupée
par une masse qui semble arrondie et que l’on fait légèrement ballotter entre la main postérieure lombaire et la main antérieure abdominale.
Cette fosse lombaire n’est pas libre et ne donne plus les mêmes sensations qu'il y a deux jours.
Le 24 mars, la malade urine deux litres et les douleurs cessent. Le 30 fmars, après une suppression presque complète des turinés (émission eñtre 8 heures du ma-
tin et midi, de la valeur d'un verre ordinaire), la malade, malgré qu'elle ait bu comme de coutume, éprouve de légères sensations douloureuses au niveau de la vessie. On ne constate pas, à ce moment, de pollakiurtie.
Cet état dure jusqu’au lendemain matin 3 heures, mais, à partir de ce moment,
la malade ressent des douleurs, d’abord sourdes, at niveau de la région paraombilicale gauche, douleurs qui ne tardent pas à prendre une intensité telle qu'on
est obligé de faire d'urgence une injection de morphine de 0,01 centigr.
Légèrement calmée par le médicament, la malade accuse des irradiations douloureuses du côté de l'épigastre, de la fosse iliaque, de la vessie, des grandes lèvres et de la partie supérieure de la cuisse.
Cet état douloureux, qui a complètement abattu la malade, se prolonge toute la journée et dans la soirée.
Mais, à minuit, survient une miction abondante d’urines très claires. Ces urines, recueillies dans un bocal, de minuit À midi, accusent une quantité de 1 litre et demi
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et sont légèrement floconneuses. À ce moment, nous revoyons le sujet. L'état dans lequel il sé trouve alors est sans comparaison avec l'état antérieur. Elle est, certes,
très abattue, mais ses traits n’accusent plus aucune crispation; les douleurs ont disparu complètement, la paroi abdominale détendue permet de constater la disparition totale de la tumeur. La malade n’aspire plus qu’au repos.
En présence de tels symptômes :
— Douleurs brusques, aiguës, apparaissant sans cause, ayant un siège précis Per + den sn n nl . 7 nn:
au fiiveau de la région lombaire gauche, donnañit des irradiations dafis l’épigastre,
la fosse iliaque, la vessie, se prolongeant même dans les grandes lèvres et la racine de la cuisse;
— Tumeur que nous avons perçue dans la région lombo-rénale, peu après l’apparition des douleurs et que nous n'avons plus constatée après l'émission abondante d'urine;
— Diminution des urines pendant la crise, abondante polyurie après, nous avons posé le diagnostic d’hydronéphrose.
Aussitôt l'opération fut décidée. Elle fut pratiquée le 5 avril 1917.