‹ L'hygiène thérapeutique [electronic resource]Chapitre 6 sur 15 · APRÈS CINQ MINUTES DE PAS GYMNASTIQUE · texte numérisé non relu

APRÈS CINQ MINUTES DE PAS GYMNASTIQUE

Avant Après

le pas gymnastique. le pas gymnastique.

Température 37» 37», 6

Respiration 24 32

Pouls 80 114

MARCHE d'un CORPS d'aRMÉE.

Au 8' kilomètre

après l'étape. An 12» kilomètre. Au 16» kilomètre. Température.... 37%5 37° 37%3

Respiration 24 28 32

Pouls 84 90 92

Cependant l'élévation de la température sous l'influence de l'exercice musculaire n'est pas douteuse, et pour la bien apprécier, il vous suffira, comme le conseille Scheuer (2), de recourir à l'expérience suivante : placez chez un sujet au repos dans chaque cavité axillaire un thermomètre, et attendez que les deux colonnes mercurielles soient immobilisées au même niveau. Faites exécuter à l'un des bras des mouvements volontaires ou provoquez des contractions à l'aide des courants faradiques, tandis que l'autre membre reste au repos, et vous verrez alors, au bout d'un temps fort court, le thermomètre placé dans l'aisselle où les mouvements ont été exécutés, s'élever de 0,1 à 0,3, tandis

(1) Coustan, Des troubles fonctionnels et des affections organiques du cœur chez le soldat [Arch. de méd. et de pharm. mil., août 1887, p. 273.

(2) Scheuer, De l'action physiologique de l'hydrothérapie, Paris, 1885, p. 144.

EFFETS PHYSIOLOGIQUES DE LA KINÉSlTHl'inAPIE. 25

que le thermomètre du côté opposé reste à la môme température et ne s'élève que tardivement lorsque les exercices musculaires se sont prolongés.

Mais ce n'est là qu'une des faces de la question; l'année der- influence

nicrc, je vous ai montré le rôle important de la cellule dans la la muriiion. nutrition. Sous l'influence de la gymnastique, l'activité des fonctions cellulaires augmente et se régularise, les combustions intracellulaires s'activent, les leucomaïnes, ces poisons toxiques que la cellule organique fabrique constamment, augmentent en quantité et s'éliminent plus activement, et de cet ensemble général il résulte que les graisses se comburent, que les fonctions cellulaires se régularisent, que l'équilibre se fait entre les cellules de la moelle et celles du cerveau, qu'en un mot la nutrition générale s'accroît.

Les fonctions digestives ne restent pas inactives dans ce grand influence

SU r

mouvement nutritif, et elles sont ici influencées de deux façons, les fondions d'une part, par les contractions du diaphragme et des muscles ^'S^^'''^^^abdominaux qui activent la circulation abdominale et hépatique et d'une façon indirecte par l'augmentation des combustions, et c'est chose banale de dire que les mouvements augmentent l'appétit; aussi Chomel a-t-il pu affirmer avec raison qu'on digérait plus avec ses jambes qu'avec son estomac.

Cette action générale sur la nutrition se traduit par des signes palpables, et cela même chez les hommes adultes : augmentation de la force musculaire et augmentation du poids. Dans un tableau que vous trouverez dans le travail de Chassagne et Daily, et que je mets sous vos yeux, vous pouvez juger de l'augmentation de la force traduite en kilogrammes chez les élèves militaires de Joinville-le-Pont :

Augmentation Proportion p' 100 en kilogrammes, des élèves.

Force de flexion de l'avant-bras sur le

Forcede flexion desdoigts sur la paume.

Force de progression ou de traction. . .

Force de détente du triceps ou cou-de-

Quand à l'augmentation du poids, elle est loin d'être constante

influonco SOUS l'influencp, des exercices gymnastiques. Ainsi, sur ces mêmes l'augmen- élèvcs gymijustcs, 34 Seulement pour 100, au houl de six mois de do'''poida. gymnastique, avaient augmenté en moyenne de les 66 au-

tres pour 100 étaient restés stationnaires ou avaient perdu du poids, et ceci demande une explication.

La gymnastique, en comburant les graisses, en augmentant les combustions, en activant la nutrition cellulaire, est un puissant moyen d'amaigrissement que nous mettons en jeu dans le traitement de l'obésité; donc, chez les individus adipeux, la gymnastique aura cet effet de les amaigrir et de leur faire perdre de leur poids tout en augmentant leur musculature et leur force musculaire.

Chez les personnes qui ne possèdent pas de graisse accumulée dans le système cellulaire, les exercices corporels, au contraire, auront cet effet, en augmentant leurs muscles, d'augmenter leur poids; mais pour obtenir ces effets il ne faut pas pousser trop loin les exercices corporels, car si on les exagère on voit l'individu maigrir, s'affaiblir et offrir tous les symptômes que l'on décrit sous le nom de surmenage.

Le surmenage a été bien étudié chez les animaux, et en particulier chez les chevaux. Lorsqu'on soumet ces animaux à des travaux excessifs, on les voit maigrir et s'affaiblir, malgré une alimentation surabondante, et ils deviennent la proie facile des épizooties. Il en est de même chez l'homme ; les exercices gymnastiques poussés trop loin l'affaiblissent et en font un terrain favorable au développement de la tuberculose.

Ce que je vous dis là, messieurs, est connu de toute antiquité, et Hippocrate lui-même, tout en reconnaissant l'utilité des exercices corporels, s'élevait contre leur exagération; il montrait que les athlètes en particuHer résistaient difficilement aux fatigues de la guerre et étaient atteints, plus que d'autres, par les maladies, en un mot qu'ils faisaient de piètres soldats.

Mais cette question du surmenage a pris une face nouvelle depuis que nous connaissons mieux les leucomaïneset leurs effets toxiques. Peter nous a montré que, sous l'inQuence du surmenage, il se faisait une auto-infection et une auto-typhisation, qui résulte de l'accumulation dans l'économie des produits toxiques, résultat d'un travail cellulaire exagéré.

Si vous voulez bien vous reporter à ce que je vous ai dit à propos du cœur surmené, nous pouvons dire, avec Coustan, que

Le surmenage

la maladie résultant des fatigues exagérées, la ponose comme Revilliod l'appelle, se présente sous deux formes, la forme typhoïde et la forme cardiaque, la première estla forme sidérante, celle que l'on voit se produire dans l'armée pendant des marches forcées, la seconde est une forme plus lente, à périodes successives et dont le type le plus complet est le cœur surmené.

Mais si pour l'âge adulte la gymnastique poussée trop loin a des inconvénients, dans l'enfance, au contraire, les exercices corporels n'ont que des avantages. Dans cette période de la vie, l'enfant, véritable cire molle, conservera l'empreinte qui a été faite à son éducation corporelle. En favorisant ces exercices, vous développez son squelette, sa musculature, vous augmentez la capacité de sa poitrine, vous activez sa circulation, vous équilibrez les fonctions de son système nerveux, vous favorisez sa nutrition, en un mot vous en faites un homme. Aussi l'accord est unanime pour faire entrer la gymnastique de plus en plus dans l'éducation de nos garçons et de nos filles. Mais c'est là un point déjà acquis depuis longtemps et sur lequel je ne reviendrai pas, et je vais passer maintenant à l'étude des méthodes mises en pratique par la gymnastique; c'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.

Messieurs,

Nous avons vu, dans la précédente leçon, les effels physiologiques que l'on pouvait tirer de l'exercice et des mouvements, il nous faut maintenant utiliser ces effets physiologiques pour la cure des maladies, mais avant d'aborder ce point, de beaucoup le plus intéressant du sujet qui nous occupe, il me paraît nécessaire de vous expliquer le plus brièvement possible les procédés que vous pouvez mettre en oeuvre pour obtenir ces effets physiologiques, c'est-à-dire de vous exposer les méthodes de gymnastique.

Lorsqu'on embrasse d'un coup d'oeil général les méthodes de Division gymnastique, on voit qu'elles peuvent se grouper en trois grandes gy„inasUque classes: les unes se font sans appareils; les autres se font avec l'aide actif d'un maître exerçant d'une façon directe et effective son action sur le malade, c'est la gymnastique suédoise; enfin, les troisièmes emploient des appareils, soit fixes, soit libres, soit animés de mouvements automatiques.

La gymnastique sans appareils se divise en deux grands Gymnastique groupes, la gymnastique d'assouplissement, dite gymnastique '^"^''pp*''^''^' de chambre, et la gymnastique comprenant les exercices natul'els, tels que les attitudes, la marche, le saut, etc.

La gymnastique de chambre ou d'assouplissement est une des Gymnastique plus utiles à la thérapeutique. Elle consiste à faire exécuter, aux sèment''*' différentes parties du corps et aux membres, des mouvements nombreux, mouvements qui peuvent présenter une extrême variété et que l'on peut combiner de mille façons. Vous trouverez dans tous les manuels de gymnastique et en particulier dans le manuel officiel publié par les soins du ministère de l'instruction

publique, la description de tous ces mouvements qui constituent la gymnastique élémentaire et qui comprennent les mouvements d'assouplissement de la tôle, du tronc, des hras, desjambes et enfin à la fois des bras et des jambes,

Schreiber a beaucoup insisté sur cette gymnastique et son œuvre a eu un très grand retentissement en Allemagne, où son traité de gymnastique de cbambrc médicale et hygiénique a eu plus de quinze éditions. Dans la méthode de Schreiber, on fait surtout exécuter à la tête et aux membres des mouvements de circumduction plus ou moins rapides. On a soutenu que ces exercices, tout en donnant de bons résultats, ne pouvaient se substituer à la gymnastique proprement dite, parce que dans ces mouvements d'assouplissement, l'individu n'ayant à vaincre aucune résistance, ces exercices n'exigeaient aucun travail. Je ne puis accepter absolument celte manière de voir, tout mouvement exige un travail musculaire, et l'on comprend que, par ces mouvements d'assouplissement, on puisse mettre en jeu presque tous les groupes musculaires de l'économie. De plus, cette gymnastique d'assouplissement présente cet immense avantage qu'elle peut être exécutée en tous lieux, dans la chambre même du malade, presque sans professeur et sur de simples indications fournies par le médecin.

Exercices Avant d'aborder l'étude très rapide des exercices naturels, naturels, j^gj^ ]^ marche, le saut, je vous dois une définition des mots posilion et attitude. La position est compatible avec un certain relâchement musculaire, tandis qu'au contraire l'attitude réclame toujours une certaine activité musculaire. Ainsi la station debout est une attitude, tandis que la session, c'esl-à-dire la position assise ou le décubitus, est une position. Tout mouvement gymnastique, pour être bien déterminé, suppose une attitude initiale et une attitude terminale.

De la marche. La marche est un des exercices gymnastiques les plus utiles.

Marey nous a donné, dans ses belles études faites à la station physiologique du Parc des Princes, des indications fort précieuses sur certains points de la marche. Il nous a montré que la vitesse de l'allure augmentait à mesure que l'on diminuait la hauteur du talon des chaussures. 11 nous a montré aussi que lorsque la semelle dépasse d'une certaine quantité le pied, le pas s'allonge, et l'on a fixé à 45 millimètres cette quantité dont la semelle doit dépasser le gros orteil. Il nous a montré enfin

que le rythme de 60 à 80 pas par minute augmentait la longueur de ces pas.

Pour rinl'anterie, ce rythme est cependant plus élevé dans le pas accéléré, puisqu'il est de H5 pas à la minute. On a même prétendu qu'un homme pouvait franchir 8 kilomètres 450 mètres à l'heure. Ce chiffre me paraît exagéré et je me rapprocherai beaucoup plus de celui qui est fourni par Michel Lévy, qui a soutenu qu'un homme adulte et en bonne santé doit pouvoir parcourir 90 mètres par minute, ce qui fait 5 kilomètres 400 mètres à l'heure, et cet homme doit pouvoir maintenir cette allure pendant six heures.

Dans l'antiquité, on a signalé des faits de marchevéritablemcnt extraordinaires, mais de nos jours encore ces faits se renouvellent. Nous ne pouvons qu'applaudir à la tendance qui pousse aujourd'hui la jeunesse à se livrer aux exercices de la marche et à entrer dans les sociétés de gymnastique et de marche qui se multiplient chaque jour. Il y a peu de temps, le 24 avril 4887, un des membres de cette société, Gilbert, parcourait la distance de Paris au Mans, qui est de 217 kilomètres, en 35 heures 25 minutes, de manière à faire plus de 6 kilomètres à l'heure, pendant 35 heures.

Pour la course, on distingue trois rythmes, selon la quantité De la course de pas faits par minute. Dans la course modérée, on en compte d40 ; dans la course rapide, 200 ; et enfin, dans la course de vélocité, 240. Lorsque vous ferez exécuter des exercices de course à vos malades, n'oubliez jamais qu'il faut que ces exercices soient intercalés entre deux marches, l'une initiale, l'autre terminale.

Rien à vous dire de particulier sur le saut, ni sur la danse, et j'arrive maintenant à la seconde division des exercices ' gymnastiques en général, je veux parler de ceux qui se font avec l'aide actif d'un maître et qui constituent la gymnastique suédoise.

La gymnastique suédoise consiste à provoquer la contraction Gymnastique volontaire de certains muscles, tandis qu'on leur oppose avec la suédoise, main une résistance graduée. Ici, la gymnastique est pour ainsi dire double, c'est-à-dire qu'elle nécessite à côté du sujet en expérience la présence d'un professeur, qui guide les mouvements que l'on fait exécuter ou s'y oppose. Méding (1) a divisé ces mou-

(1) Méding, Sur la gymnastique médicale suédoise, Paris, 1882,

vemenls en mouvements semi-passifs et en mouvements semiactifs. Dans les premiers, ces mouvements s'exécutent avec résistance de la part du sujet; dans les seconds, avec résistance de la part du gymnaste.

On comprend facilement comment, en combinant de mille manières ces mouvements doubles et synergiques, on puisse arriver à développer tous les groupes musculaires de l'économie, mais on comprend aussi comment cette méthode est d'une généralisation difficile, puisqu'elle réclame un professeur par élève. Elle a donc été abandonnée, du moins en France, comme méthode générale, mais en revanche, elle est devenue une des applications les plus heureuses de la gymnastique médicale, puisqu'elle permet de limiter l'action gymnastique à un groupe musculaire spécial, et Schenstrom, (l)qui a été le propagateur de la méthode de Ling à Paris, a montré tous les avantages que l'on pouvait tirer de la gymnastique suédoise dans le traitement d'un grand nombre d'affections.

Gymnasiiqne La gymnastique avec appareils comprend un grand nombre avec appareils, yj^j-iétés. Vous n'attcndcz pas de moi une description complète de toutes ces variétés de gymnastique. Je vous renverrai à ce sujet aux traités spéciaux et en particulier aux travaux de Georges Demeny (2), qui, dans un cours théorique sur l'éducation physique, a étudié et surtout discuté la valeur des différentes gymnastiques avec appareils. Tantôt ces appareils sont fixes, tantôt ils sont mobiles, tantôt ils sont élastiques, tantôt, au contraire, ils sont mus automatiquement. En tête de cette gymnastique avec appareils, je placerai la gymnastique dite rfe ropposant dont vous pouvez voir dans nos salles de nombreuses apphcations. C'est Pichery qui en est le créateur. Gymnasii.que Frappé dcs avantages que procure la méthode de Ling, de ropposant. pj^jj^gj-y ^ yoyjy rendre cette méthode applicable à tous en

substituant, au professeur qui s'oppose aux mouvements, des chaînes élastiques composées de ressorts à boudins qui tendent à ramener les membres, qui y sont appliqués, à leur po-

(1) SchBïisiv^m, Réflexions sur Les exercices physiques et les mouvements corporels. Paris, 1880.

(2) Demeiiy, Résumé de cours théoriques sur l'éducation physique, 1880-188G. Cercle de gymnnslique rationnelle.

(3) Picliery, Gjjrniiaslique de l'opposant. Paris, 1870; — Education du corps, manuel de gymnastique hygiénique et médicale.

sition primitive. On comprend facilement que l'on puisse varier les différentes tractions à exécuter sur les chaînes élastiques de manière à faire mettre en jeu presque tous les groupes musculaires.

Cette gymnastique de l'opposant a ce grand avantage d'occuper peu de place et de pouvoir être mise dans toute espèce de chambre. Elle peut môme, comme vous pouvez le voir ici, être appliquée au ht même du sujet, de manière à permettre aux malades qui ne peuvent se lever d'exécuter des mouvements

Fig. 1.

des différents membres. Enlin, cette gymnastique permet aussi de régler l'effort que peut faire chaque malade.

La gymnastique de l'opposant est donc une excellente gymnastique médicale, qui, si elle n'a pas la rigueur de la gymnastique suédoise proprement dite, présente sur cette dernière cet énorme avantage, qu'elle ne nécessite pas la présence d'un professeur pour chaque malade et qu'elle peut, dans certaines circonstances, être exécutée en grand, comme vous pouvez le voir dans l'application que j'ai faite de cette gymnastique à notre salle de

HYGIÈKE THÉRAP. 2« ÉDIT. 3

TROISIÈME CONFliRENCE.

femmes. La gravure ci-dessus vous montre une des applications de cette gymnastique de l'opposant dont, d'ailleurs, on peut varier les positions à l'infini.

Les appareils gymnastiques à contrepoids sont très analogues, il faut le reconnaître, à ceux de la gymnastique des opposants. Triât afait construire parBurlotune armoire fort ingénieuse, qui renferme une série de contrepoids que l'on met en mouvement à l'aide de cordes munies de manettes, et l'on peut, par la disposition de l'appareil, exercer les différentes parties du corps. Cet appareil, très utile dans la gymnastique de chambre, présente cet inconvénient, qu'il est d'un certain volume et d'un prix assez élevé. Gymnasiiquo Voûs n'attendez pas de moi la description de tous les appaivoo apporeiia. j.gjjg^ agrès et instruments utilisés en gymnastique, vous la trouverez dans les traités techniques de gymnastique. Les instruments se composent de hâtons, d'haltères, de massues, etc.; les agrès d'anneaux, de trapèzes de toute espèce, enfin les appareils fixes comprennent les barres fixes, les barres parallèles, les chevaux de bois, les poutres, etc., etc. On a multiplié beaucoup ces appareils, de manière à varier les exercices et à en augmenter ainsi l'attrait ; vous pouvez voir d'ailleurs dans nos grands gymnases de Paris, l'immense variété de tous ces appareils.

Gymnastique Enfin, OU a même créé de véritables mécaniques mises en moumécanique . . . ' • I de zander. vcment parla vapeur et qui constituent une gymnastique spéciale,

la gymnastique mécanique, dont on doit la création au docteur Zander, de Stockholm. Plusieurs de vous ont pu voir, il y a quelques années, dans une exposition qui eut lieu en 1879, au palais de l'Industrie, un grand nombre de ces appareils. On institua même un gymnase spécial basé sur cette méthode, rue de la Ghaussée-d'Antin, mais le peu de goût que nous avons pour les exercices gymnastiques, afait fermer cet établissement.

Zander, dans sa méthode, avait pris pour point de départ la gymnastique suédoise, mais il remplaçait le professeur par des appareils automatiques doués de mouvements variables. Les uns soulèvent les genoux, d'autres donnent un mouvement de rotation à l'épaule, d'autres, beaucoup plus compliqués, permettent d'assouplir la taille. En un mot, on a multiplié les mouvements et les appareils de manière à les appliquer à tous les exercices corporels et à produire soit des mouvements actifs, soit des mouvements passifs.

MÉrnODES DE LA KINÉSITnÉnAPIE. 35

Cette gymnastique, qui a demandé à l'auteur des travaux considérables et une grande ingéniosité, s'applique surtout à la cure des maladies, et cà Stockholm, où elle est très en vogue, des milliers de malades viennent chaque année chercher la guérison dans le bel étabhssement que Zander y a fondé.

Vous verrez, par la suite de cette leçon, qu'on applique cette gymnastique mécanique, au traitement des maladies du cœur, et Zander, Nycander et un grand nombre de médecins allemands et suédois affirment guérir ces affections par cette gymnastique, pourvu qu'elles soient à leur période initiale. Nous aurons à nous expliquer plus loin sur ce point.

Jusqu'ici, nous avons considéré la gymnastique comme ap- De pliquée isolément à la cure des maladies ou au développement ^ du corps, mais on l'associe le plus ordinairement à d'autres moyens hygiéniques, tels que le massage, l'hydrothérapie, la balnéothérapie et enfin l'hygiène alimentaire. L'ensemble de tous ces moyens, lorsqu'ils sont dirigés dans un but spécial porte le nom â! entraînement, et de môme que nous voyons en zootechnie l'homme, par l'ensemble de tous ces moyens appliqués à la race équine, créer des variétés d'animaux propres à tel ou tel usage, et en particulier aux courses à grande vitesse, de même aussi nous pouvons, par ce même entraînement, mettre des individus dans les meilleures conditions possible pour atteindre tel ou tel but. De là les préceptes de l'entraînement pour le boxeur, pour le pugiHste, que Bouchardat (1) a si bien étudié, de là les règles de l'entraînement pour les divers exercices du sport, courses à pied et à çheval, steeple-chase, courses à la rame, etc.

L'entraînement, qui, chez les chevaux, comme l'a dit Sanson, préceptes n'est que l'application graduelle de la gymnastique dans le sens i-entraînement le plus ancien et le plus connu du mot, comprend chez l'homme, outre l'emploi d'exercices gymnastiques gradués, une série de * moyens que Bouchardat a classés sous les sept titres suivants : 1° Evacuants; 2° Alimentation ; 3" Soins de la peau; 4° Air pur; 5° Influence morale; 6° Abstinence vénérienne ; 7° Tempérance.

Le but que l'on veut atteindre en mettant en usage tous ces moyens hygiéniques et thérapeutiques est le suivant : éhminer les liquides et les solides viciés ou inutiles à l'harmonie des fonc-

(1) Bouchardat, De l'entraînement du pugiliste, 1861.

lions, imprimer une activité nouvelle à la nutrition, enfin favoriser le développement des organes dans un but donné. Examinons rapidement ces différents points.

Do» purgatifs. Pour les purgatifs, tous les entraîneurs les font entrer dans leur méthode. Bouchardat s'élève contre cette pratique et conseille de supprimer les drogues de cet ensemble de moyens hygiéniques. Vous verrez que lorsque nous aurons à appliquer l'entraînement à la cure de certaines affections et en particulier de l'obésité, il nous faudra avoir recours à ce moyen qui a d'ailleurs sa raison d'ôire. Rappelez-vous, en effet, ce que je vous disais dans ma première leçon à propos des effets physiologiques des exercices. Je vous ai montré que ces exercices augmentaient la production des leucomaïnes, et comme les voies les plus importantes d'élimination de ces agents toxiques sont l'intestin et le rein, l'on comprend qu'il y ait utilité à faire fonctionner l'un et l'autre de ces émonctoires ; les purgatifs remplissent l'une de ces indications.

De Pour l'alimentation, les entraîneurs recommandent de boire

l'alimentation. ., ... i i-. . i i-

peu, us conseillent en un mot la diele sèche, dicte que je vous ai exposée longuement dans mes conférences de l'année dernière (1). Leur but est de diminuer autant que possible le poids delà masse intestinale qui est un poids mort et inutile. Chez le cheval de course, cette méthode alimentaire qui consiste à administrer des aliments azotes sur un petit volume et peu de boisson, a pour effet de leur donner le ventre en levrette qui les cai'actérise. Les entraîneurs recommandent donc chez l'homme l'usage des viandes noires, comme le bœuf, le mouton et le gibier, ils suppriment les viandes blanches, les féculents et les graisses. Bouchardat ne comprend pas celte dernière proscription, et s'il approuve dans l'hygiène alimentaire de l'entraînement le rejet des substances féculentes, il condamne celui des substances grasses, qui lui paraissent nécessaires.

Des soins Les soins de la peau jouent un rôle considérable dans Tende la peau, (^raînement, soit de l'homme, soit des animaux ; pour ces derniers, le pansage, d'après Sanson, aurait une action toute spéciale; il favoriserait par action réûexe la circulation vasomotrice des différents viscères ; aussi faut-il voir avec quelle minutie et quelle patience on pratique le bouchonnage et l'étril-

(1) Dujai'din-Beaumetz, De l'hygiène alimentaire (Leçon sur le traitement de l'obésité).

fmp Monroc^ fARjs .-I

lagc des chevaux de course. Chez l'homme, les mômes pratiques doivent être mises en usage, et il convient, après les sudations que supporte le patient, de le soumettre à des frictions énergiques avec des brosses de crin et de flanelle, véritable bouchonnage, et de faire suivre ces frictions d'un massage avec la main enduite d'un corps gras, tel que la vaseline.

Il est bien entendu que l'hydrothérapie joue un rôle considérable dans les moyens mis en usage pour faire fonctionner activement la peau. J'y reviendrai dans la leçon que je me propose de consacrer à cet agent de l'hygiène thérapeutique.

Nous n'avons rien à dire à propos de l'air pur, qui est un élément adjuvant fort utile, puisqu'il facilite les combustions de l'économie, ni sur les influences morales qui dépriment toujours l'organisme lorsqu'elles sont trop vives, ni sur les abus vénériens qui jouent le même rôle, ni sur la tempérance, qui malheureusement est la partie de cet entraînement qui est le moins bien observé chez nos voisins, et nous voyons en effet trop souvent les jockeys anglais et les boxeurs se livrer aux excès alcooliques.

Telles sont les phases de l'entraînement ; vous verrez que ces préceptes appliqués à la cure d'un grand nombre de maladies, et en premier lieu à celles de la polysarcie et du diabète, donnent des résultats bien remarquables.

Vous trouverez dans le tableau ci-joint la description graphique de la plupart des mouvements d'accomplissement conseillés par Schreider. Il nous suffira de jeter un coup d'oeil sur cette planche pour que vous puissiez à votre tour faire exécuter à vos malades les mouvements d'assouplissement qui sont appelés à vous rendre de grands services près de vos patients petits et grands, et qui constituent, avec la gymnastique de l'opposant, les méthodes que le médecin peut lui-même appliquer et faire exécuter dans la chambre même du malade.

J'en ai Qni avec la description des grandes méthodes de gymnastique, et je passe maintenant à l'application de toutes ces méthodes à la cure des maladies; c'est ce que je ferai dans la prochaine leçon.

Messieurs,

Dans la dernière leçon, je vous ai décrit les grandes méthodes de gymnastique et je passe maintenant à l'étude des applications de ces méthodes à la cure des maladies. Nous suivrons, si vous le voulez bien, dans l'étude de ces apphcations, l'ordre que j'ai adopté lorsque je vous ai parlé des phénomènes physiologiques que développent les exercices et les mouvements.

Nous avons vu que la gymnastique modifiait la respiration, la circulation, la musculation, l'innervation, la digestion et enfin la nutrition. Nous allons maintenant, dans les diff'érentes maladies des systèmes et des appareils qui servent à accomplir ces fonctions, énumérer les bénéfices que l'on peut tirer de l'appUcation méthodique de la gymnastique.

La respiration joue un rôle prépondérant dans la gymnastique, et Daily a pu dire dès 1859 que cette respiration était le pivot de tout exercice gymnastique. On a môme créé un ensemble d'exercices auxquels on a donné le nom de gymnastique respiratoire.

Daily veut que l'on inspire par le nez et que l'on expire par Gymnastique la bouche. Guye (d'Amsterdam) soutient que l'on doit faire les '^^^P"'^'°*''®deux temps de respiration par le nez, jamais par la bouche. Il considère la respiration par la bouche comme extrêmement nuisible et adopte le dicton du célèbre voyageur américain Catlin, ainsi formulé : « Si tu fermes la bouche, tu sauveras ta vie. » Guye veut même que l'on habitue, dès l'enfance, les enfants à ne respirer que par le nez en leur fermant la bouche soit avec la main, soit avec une mentonnière spéciale, comme le conseille Delstanche (de Bruxelles).

Cette pratique montre qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, puisqu'elle nous met en souvenir le procédé de Démostlicne plaçant des cailloux dans sa bouche et marchant avec rapidité, il appliquait ainsi les moyens préconisés de nos jours par Guyc et par Dcislanchc. Les corps étrangers dans la bouche interdisent la respiration par la cavité buccale et obligent à respirer par le nez. Démosthène, en agissant ainsi, ne perfectionnait pas sa parole, mais augmentait sa capacité respiratoire et apprenait à respirer, ce qui constitue, pour l'orateur comme pour le chanteur, un des points les plus importants dans l'art de la parole comme dans celui du chant.

Nous avons vu, dans la leçon précédente, que dans les méthodes de gymnastique on faisait entrer le chant et que le plus grand nombre des professeurs de gymnastique insistaient sur la nécessité qu'il y avait à ce que les élèves chantassent pendant qu'ils exécutaient des exercices ; c'est là de la gymnastique respiratoire. Mais Daily (i), dans un travail spécial sur l'exercice méthodique de la respiration, a perfectionné celte pratique primitive en décrivant spécialement les divers mouvements applicables à cette gymnastique respiratoire. Ces exercices sont au nombre de quatre.

Dans le premier exercice, Daily veut que le patient étant placé dans l'attitude verticale en s'appliquant contre un plan vertical, puis, les deux bras et les deux mains étant fortement tendus horizontalement en avant, exécute les mouvements suivants : écarter lentement les doigts en même temps que l'on penche la poitrine en avant, rester dans cette position trente secondes, faire une inspiration nasale profonde et revenir à la position initiale, puis expiration profonde; recommencer cet exercice six fois de suite.

Dans le second exercice, les bras étant abaissés le long du corps, les élever en avant, les doigts bien tendus, très lentement, dans la verticale, paume en dessous, puis en avant, inspiration profonde. Descendre lentement sur les côtés du corps, paumes en dessus.

Dans le troisième exercice, exécuter avec les bras des doubles

(1) Daily, De l'exercice méthodique de la respiration dans ses rapports avec la conformation gymnastique et la santé en général {Bull, de ihér., 1881, t. CI, p. 197).

cercles latéraux, d'arrière en avant, de bas en haut, aussi larges que possible, en ayant soin de pencher le corps en avant chaque fois que les bras sont rejctés en arrière et de ne jamais creuser les reins. Le mouvement doit se passer presque entièrement dans les articulations scapulo-humcrales. Inspiration chaque fois qu'on élève les bras, expiration quand on les abaisse.

Dans le quatrième exercice, flexion alternative du tronc, les bras étant en croix.

Mais il est un exercice beaucoup plus simple qui vous rendra beaucoup de services au point de vue de la gymnastique respiratoire, c'est de faire compter le malade à haute voix aussi longtemps qu'il peut le faire sans reprendre haleine. Bien entendu, avant de commencer à compter, le malade devra faire une inspiration nasale profonde. On peut même, à l'aide de ce procédé, calculer la capacité respiratoire du poumon; pour la capacité thoracique moyenne, le malade doit aller ainsi jusqu'au chiffre de 50 à 60.

Je n'ai pas ici à vous décrire les différents types de respiration; il y a, comme vous le savez, trois types : le type abdominal dû à l'abaissement du diaphragme, le second type est le type costo-inférieur produit par l'élévation des côtes inférieures qui projettent en avant l'appendice xiphoïde; enfin le dernier type, dit costo-supérieur ou clavicidaire, est dû à l'élévation de la clavicule. D'après Daily, la plus grande quantité d'air qui pénétrerait dans le poumon serait obtenue par l'inspiration nasale costosupérieure; il veut aussi que dans ce mouvement de respiration on contracte la pai-oi abdominale.

Cette gymnastique respiratoire vous rendra de grands services Applications dans toutes les maladies où il vous faut augmenter la capacité gymnasUque pulmonaire, A leur tête il faut placer la pleurésie ou plutôt les ''•^^P'™^""'^suites de la pleurésie; les adhérences pleurales consécutives aux Piourosio. épanchements diminuent le thorax du côté atteint, et cela à tel point que le malade porto dos traces indélébiles de la présence de cet épanchement. Par la gymnastique respiratoire, en faisant compter à haute voix le malade, vous arriverez à faire disparaître celte véritable difformité thoracique.

L'empyème a les mêmes conséquences, et ici les exercices Empyème, respiratoires vous rendront le même service ; pour ma part, j'y ai toujours recours. Grâce à elle, vous rompez les adhérences pleurales qui fixaient le moignon pulmonaire à la colonne vertébrale, et vous aidez dans une grande mesure le

rapprochement des parois costales uvec le poumon et a production des adhérences curatives qui doivent s'étaljlir entre ces deux surfaces.

lïmphysftmo Dans l'emphysème pulmonaire, où, par suite du résidu respirapuimonaire. tojj.g^ |p malade voit sa capacité pulmonaire diminuer de jour en jour, vous pouvez lutter avec avantage par la gymnastique respiratoire contre ces inconvénients. Comme l'a hien montré Bazile Féris, ici l'expiration est surtout afTaihlie; aussi avait-il proposé de suppléer à cette insuffisance par un respirateur élastique que j'ai déjà décrit dans mes Nouvelles Médications (1). La gymnastique respiratoire en augmentant la puissance de l'expiration arrivera aux mêmes résultats.

Jusque dans ces dernières années, tous les auteurs qui ont écrit sur la gymnastique ont insisté sur l'application de la kinésithérapie au traitement prophylactique de la phthisie pulmonaire, avant que toute lésion ait apparu du côté du thorax. On se fondait pour soutenir les avantages de cette médication surtout sur les points suivants :

Traitement D'ahord sur l'étroitesse de la poitrine chez les personnes préprophyiactique jjgpogées à la tuherculose. Fourmantin, dans sa thèse sur les phthisie. déformations du thorax, a montré en effet que l'indice thoracique chez les tuherculeux était toujours très élevé et variait entre 133 à 1S2, tandis qu'au contraire, à l'état normal, il devait être toujours au-dessous de 128; de plus, il est de règle, au point de vue clinique, de considérer l'étroitesse de la poitrine comme une condition qui favorise le développement de la tuberculose.

On a constaté en outre que chez les tuberculeux, non-seulement il y avait étroitesse de la poitrine, mais atrophie des muscles inspirateurs. Un de mes meilleurs élèves, le docteur Stackler, a montré, dans des recherches faites dans mon service, que la contractiHté était toujours diminuée dans les muscles pectoraux correspondant au côté du thorax le plus atteint. On comprend facilement comment les exercices gymnastiques permettent de remédier à cette atrophie musculaire et à cette étroitesse de la poitrine, puisque, comme nous l'avons démontré, ces exercices ont pour effet d'accroître la force musculaire et d'augmenter la capacité respiratoire.

Burq a rendu évidente par.des chiffres l'influence favorable de

(1) Dujardin-Beanmetz, Des nouvelles médications, S"» édition, p. 82.

celte gymnastique respiratoire sur la tuberculose en montrant que les personnes qui exercent leurs poumons sont moins disposées à la plitliisie que les autres. C'est ainsi que sur une statistique portant sur une période de vingt-six ans, Burq a fait voir que les musiciens de la garnison de Paris et de Versailles fournissaient trois fois moins de phthisiques que les autres soldats.

Enfin, toujours pour parler des travaux les plus récents, Lagheau, dans ses communications successives sur les mesures d'hygiène propres à diminuer la fréquence de la phthisie, montre l'induence de la sédentarité sur la diminution du fonctionnement des organes respiratoires, ce qui pour lui est une condition qui permet le développement de la tuberculose.

Toutes ces données, émises avant la découvei'te de Kocli, sontelles aujourd'hui encore exactes ? Je le crois , la question du terrain reste, en effet, toujours dominante, et si tous nous sommes exposés aux bacilles et si nous résistons, c'est parce que notre organisme lutte avec avantage contre les circonstances qui tendent à le détruire. La gymnastique est un des plus utiles agents pour maintenir nos forces dans un équilibre parfait ; aussi, vue par ce côté étroit de la question, la gymnastique est encore appelée à rendre des services dans la tuberculose.

Il y a plus; nous trouvons même dans cette découverte du Traitement bacille tuberculeux un point d'appui pour affirmer l'utilité de scrofule, ces exercices corporels. Vous savez, en effet, qu'en se basant sur ces données on réunit aujourd'hui la scrofule à la tuberculose, et si la clinique trouve encore entre ces deux maladies des différences tranchées, l'anatomie pathologique et la bactériologie sont unanimes pour les confondre dans une seule et même diathèse. Eh bien ! pour la scrofule, la gymnastique, en favorisant les fonctions de l'hématose, en augmentant les fonctions respiratoires, en régularisant le développement du corps, en activant la nutrition, est un des meilleurs éléments de curation de cette maladie.

Si la gymnastique peut nous rendre d'utiles services dans le traitement prophylactique de la tuberculose, il faut mettre une grande réserve dans l'emploi de cette gymnastique, lorsque les lésions tuberculeuses ont atteint un certain degré ; on comprend, en effet, combien tout ce qui peut congestionner la poitrine peut aussi augmenter la gravité des accidents pulmonaires et déterminer, en particulier, des hémoptysies.

4î QUATRIÈME CONFÉRENCE,

N'oul)Iions pas aussi que les excès de fatigue et le surmenage dùljililenl l'organisme et, par cela même, le disposent aux maladies microbiennes ; il faut donc mettre une certaine modération, variable suivant les sujets, dans l'emploi des exercices corporels chez les individus prédisposés à la tuberculose. Traitement L'action dcs exercices sur la circulation donne lieu à deux ''^V'"'''»'"^' applications importantes de cette gymnastique: d'une part, au liinésiihérapio. t,.aitcnfient des maladies du cœur, d'autre part, aux anémies. Si sur le premier point l'accord est loin d'être unanime, il n'en est pas de même du second, et tout le monde reconnaît l'heureuse influence de la gymnastique dans le traitement des anémies et, en particulier, de la chlorose, par l'augmentation de la capacité pulmonaire et par l'activité des battements du cœur que provoquent les exercices.

On comprend facilement que chaque respiration mettant en contact avec l'air extérieur une plus grande quantité de sang favorise les échanges gazeux et par cela même agisse ainsi directement sur le globule sanguin. A celte action directe sur les hématies se joignent les effets sur la nutrition; l'appétit augmente, les forces s'accroissent, aussi saisit-on aisément tous les bénéfices que l'on peut tirer de la gymnastique dans la cure de l'anémie. Ici ce sont les promenades au grand air, les excursions alpestres, la natation, l'équitation et toutes les méthodes de la gymnastique qui sont appHcables.

Traitement C'est en Allemagne qu'est née l'idée d'apphquer au traitement des maladies maladies du cœur et en particulier aux dégénérescences grais-

du cœur ^ o o

P'*'" . seuses de cet organe, les exercices corporels. OErtel et son élève

kinésithérapie. . o; , i

Schweninger se sont montres les plus actifs partisans de celte méthode; ils soutiennent que, par les exercices corporels, on excite la contraction fibrillaire du muscle cardiaque et, par cela même, on active la contraction du cœur, ce qui se traduit par une augmentation dans la tension artérielle. De plus, l'accroissement de la capacité pulmonaire dégage le poumon, combat la cyanose et facilite les contractions du ventricule droit.

Aussi ces médecins recommandent-ils l'un et l'autre deux sortes d'exercices : des marches sur un sol horizontal et surtout des ascensions. Pour les ascensions, le cardiaque subit un véritable entraînement proportionné à ses forces, ce qui lui permet d'augmenter chaque jour la hauteur de l'ascension. On voit aujourd'hui cette méthode appliquée dans le Tyrol et dans un

APPLICATIONS DE LA KIiNÉSITUÉRAPIE. 45

"■rand nombre de stations alpestres, où des bancs, disposés de distance en distance et à des hauteurs variables, indiquent l'espace que le cardiaque doit franchir chaque jour.

On a même été plus loin, et si Schott, de Francfort(l), limite les exercices imposés aux cardiaques à la méthode suédoise, Classen veut que les cardiaques exécutent de véritables mouvements gymnastiques et qu'ils se livrent à tous les exercices corporels que l'on met en œuvre dans les gymnases. Sommcrbrodt et Heiligenthal approuvent aussi la méthode d'OErtel et tous ces médecins sont d'accord pour pousser l'exercice, marche, ascension, gymnastique, jusqu'à ce que le cardiaque éprouve de l'essoufflement et de la dyspnée.

Quelle est la valeur thérapeutique de pareilles méthodes? vaienrdeia Pour la juger, il nous faut revenir à l'action physiologique des dans

, , , , , l03 maladies

exercices corporels sur la musculature du cœur. du cœur.

Vous vous rappelez que, dans la dernière leçon, j'ai insisté sur le cœur surmené et sur les théories qui ont été invoquées pour expliquer l'état du cœur après des fatigues trop prolongées. Que l'on adopte l'hypothèse de l'hypertrophie primitive ou celle de la myocardite, ou bien celle encore des eirets toxiques des leucomaïncs, le résultat est toujours le même, c'est-à-dire que ces fatigues amènent de l'arythmie, delà dilatation du cœur etcnhn de l'asystolie. Tous les auteurs qui ont étudié le cœur surmené sont unanimes à cet égard, et vous trouverez dans les descriptions dePeacok, d'Abbutt, en Angleterre; de Leitz, dcFrantzel, d'Otto Hahn, de Gurschmann et de Leyden, en Allemagne, et, en France, de Kelsch, de Daga, de Coustan, une analogie presque complète de la symptomatologie clinique du cœur surmené (2).

(1) "Voir et comparer : Schott, Bie wirkung. der Gjjmnastik auf der Herz. Beitrage zw Plujs. diags. (in Centralbl. Med. Woch., 18S1 ; Berliner Klin. Woch.). — Classen, DeiiiscA Medicin IVochens. — Eloy, Des exercices musculaires et de L'entraînement gymnastique dans le traitement des maladies du cœur {Union médicale, 1886, p. 143). — Germain Sée, Traitement physiologique de l'obésité et des transformations graisseuses du cœur (Acad. de médecine, 29 septembre et 6 octobre 1885).

(2) Voir et comparer : Longuet, Dii cœur surme7ié (Union médicale, 1885, p. 589 et 601). — Juliel Renoy, Affections cardiaques d'origine non valvulaire [Archives de méd., 1883, t. XI, p. 74, et Thèse ina^igwale, 1882). — Coustan, De la prématuration militaire et du cœur surmené [Gazette hebd. des sciences méd. de Bordeaux, mai, juin et juillet 1883). — - Leyden, Zeitschrift fur KUnische Medicin, 1886. — Germain Sée, Du régime alimentaire, p. 80. Paris, 1887.

Une fois ces données acquises, voyons comment les choses peuvent se passer lorsque nous allons appliquer les exercices corporels aux maladies du cœur. Quelle que soit rafi'ection cardiaque qu'on ait à comhultre, qu'il y ait altération des orifices ou altération du myocarde, le cœur, pour lutter contre les obstacles, tend toujours à s'hypcrlropliicr et à se dégénérer. Car, si le cœur, par la constitution liistologique de ses fibres musculaires, est un muscle analogue à ceux de la vie de relation, il s'en éloigne par ce fait dominant qu'il n'est jamais en repos et on ne peut invoquer pour lui, comme pour les autres muscles, l'inactivité comme cause d'atrophie.

Queferontici les exercices corporels? Ils augmenteront les contractions du cœur, favoriseront son hypertrophie et sa dégénérescence. Ce résultat sera favorable dans les périodes de compensation, mais sera défavorable dans les périodes de dégénérescence, et, comme l'une entraîne fatalement l'autre, notre conclusion sera la suivante : c'est qu'il faut mettre une extrême réserve et une extrême prudence dans l'emploi de ces moyens, et que, s'il est bon d'exercer le cœur dans des limites raisonnables, il y a de grands dangers à le surmener. Il y a donc dans l'application des exercices corporels à la cure des maladies du cœur une question de tact et de mesure pour l'examen de laquelle il faut tout le talent d'un médecin expérimenté.

En tous cas, il vous faudra meLlre une graduation prudente et un entraînement bien entendu dans l'emploi de tous ces moyens. La gymnastique suédoise, les marches graduées, les ascensions faites d'une façon méthodique et progressive, pourront vous rendre quelques services ; mais vous devrez toujours tenir en grande observation vos malades, et examiner le résultat de ces exercices sur le cœur et la circulation en général. Traitement J'ai peu dè chose à vous dire sur les apphcations de la gym- • '''^'"p'i^r^^^"'^ naslique aux troubles de la digestion. Je dois vous rappeler cekincsithérapie. pendant que ces exercices augmentent et activent les fonctions digestives. La kinésithérapie est applicable à la cure de l'anorexie et des dyspepsies, on met ainsi en pratique le vieil axiome de Chomel: On digère plus avec ses jambes quavec son estomac. Mais il est un point sur lequel je désire insister; c'est le traitement de la constipation par la gymnastique, et en particulier par la gymnastique abdominale.

De même, en effet, que l'on a décrit une gymnastique respi-

ratoirc, de môme on a créé un ensemble de mouvements et do la d'exercices auxquels on a donné le nom de grjmnaslique abdo- tlTomiaX! minale. Ce sont surtout les médecins suédois qui se sont occupés de cette gymnastique abdominale, et Nycander, de Stockholm, nous a donné une description fort complète de tous ces exercices, qui appartietinent beaucoup plus au massage qu'à la gymnastique. Ce sont en efifet des glissements, des foulcments, des tapotements et des secouements de l'abdomen que je vous décrirai dans une prochaine leçon à propos du massage.

Cependant il est d'autres exercices purement gymnastiques qui combattent très heureusement la constipation, et qui augmentent dans de notables proportions la tonicité des muscles abdominaux. Ces exercices sont de deux ordres : les uns portent sur les flexions du tronc, soit debout, soit assis ; les autres sur les mouvements d'élévation des bras. Pour les premiers, vous pouvez utiliser très heureusement ici la gymnastique de l'opposant. Vous placez le malade sur une chaise, les pieds arc-boutés contre une tablette fixe, vous lui faites saisir par les deux mains les manettes tenues aux boudins élastiques, et, les bras étant étendus, vous faites exécuter des séries de tractions et de relâchements qui compriment l'abdomen.

Pour donner plus de tonicité aux muscles abdominaux et en Exercice particulier aux muscles droits, dont le relâchement est une cause "^"^ de cette obésité que Brillât-Savarin caractérisait par le mot de gastrophorie, c'est-à-dire par le développement de l'abdomen tout en conservant une gracihté relative des membres, vous pouvez vous servir d'un exercice que Daily a décrit sous le nom d'exercice du mur. Cet exercice consiste à apphquer le patient le plus exactement possible contre une surface verticale, puis à lui faire élever les deux bras en les tenant rigides, des parties latérales du corps au-dessus de la tête, jusqu'à ce qu'ils viennent toucher la surface verticale contre laquelle le corps est appliqué. C'est là un exercice que je ne saurais trop vous recommander ; et j'aborde maintenant l'apphcation de la gymnastique aux troubles musculaires.

Je vous ai dit que la gymnastique augmentait le volume des Atrophies muscles et régularisait leur contraction, de là l'application de «"^'^i^aires. la gymnastique à trois ordres d'altérations du système musculaire : les atrophies, les contractures et enfin la chorée.

Il n'est pas de meilleur traitement de l'atrophie musculaire,

quelle qu'en soil d'ailleurs la cause, que la gymnaslique et ici c'est le triomphe de la gymnastique suédoise, qui permet de limiter l'exercice à un groupe musculaire donné. On comprend facilement combien cette gymnastique peut rendre de services en pareil cas.

Ces atrophies musculaires produisent aussi des désordres dans le squelette, constituant alors toutes ces déformations osseuses ou articulaires dont le traitement remplit un grand chapitre de la chirurgie des enfants, l'orthopédie. Ici encore la gymnasli(|ue constitue la partie la plus essentielle de la cure de ces ad'cclions.

pn 1,1 Je ne puis vous donner au complet tout ce qui a rapport au '""'^cians"''"" '•'"'l'icment des difformités par la gymnastique. 11 faudrait plus l'oriiiopé'lic. J'ulie Icçou pour vous fournir sur ce sujet les indications nombreuses qu'il comporte, je vais donc vous résumer très brièvement cette question.

Contre les difformités du squelette, bien des moyens ont été proposés. Les uns ont conseillé des machines ou des appareilsplus ou moins compliqués pour le redressement mécanique de pareilles difformités, et nous voyons régner en maître ces méthodes d'Audry (1) jusqu'à Scarpa. Puis vint la pratique de Jules Guérin, qui propose la ténotomie, et pendant longtemps cette ténotomie fut triomphante. Enfin arrive la période moderne où, sous l'influence de Bouvier, deEouland, de Daily, de Pravaz, etc., etc., on étudie avec plus de soin la cause même de ces difformités et l'on s'efforce d'indiquer le traitement propre à chacune d'elles.

DArurmaiions Je n'ai pas ici à vous rappeler ce qu'on entend par la du rachis. (>yp|^ose, la lordose et la scoliose. Vous savez que la première de ces difformités est caractérisée par une courbure de la colonne vertébrale à convexité postérieure, la lordose au contraire par une courbure à convexité antérieure, et la scoliose par des courbures latérales.

Dans toutes ces malformations, la gymnastique peut jouer un rôle important, mais il faut qu'elle soit prudemment et médica-

(1) Voir et comparer : Andry, l'Orthopédie ou l'art de prévenir et de corriger dans les enfants la difformité du corps, Paris, 1741. — Tissot, Gymnastique médicale et chirurgicale, p. 355 et suivantes. — Leblond, Manuel de gymnastique hygiénique et médicale, p. 468 à 477. Paris, 1877.

lement dirigée. Il ne faut pas que des courbures de compensation viennent augmenter la difformité déjà existante. C'est donc toujours sous l'œil d'un médecin prudent et exercé que de pareils exercices doivent être entrepris.

N'oubliez pas, en effet, que, pour la cyphose et la lordose, la cause efficiente est, dans l'immense majorité des cas, la fonte tuberculeuse des vertèbres, et que la colonne vertébrale présente alors une résistance assez faible pour que tout effort violent puisse amener des désordres graves. Il faut donc attendre, pour intervenir en pareil cas et substituer, à l'immobilité absolue que nous obtenons par les gouttières dites de Bonnet, les mouvements gymnastiques, que la cicatrisation et la nouvelle ossification de la colonne vertébrale permettent d'intervenir sans danger. Mais il est des déformations comme la scoliose, et mieux encore ces attitudes scolaires vicieuses si bien décrites par Daily, qui sont absolument tributaires d'un traitement gymnastique.

Parmi les exercices que l'on peut faire exécuter pour obtenir la rectitude de la tête et du tronc, il en est un signalé par Tissot qui mérite d'être i-eproduit à cause de sa simplicité. Tissot signale le fait d'une maîtresse de pension qui, pour obtenir de ses élèves une rectitude dans la station debout, leur faisait porter sur la tête un objet léger, mais d'un équilibre peu stable, et exigeait d'elles qu'elles pussent se livrer à la marche et à la course sans laisser choir cet objet.

C'est là, je crois, une pratique que l'on peut utiliser. Car, vous avez dû être frappés comme moi, dans les pays où les femmes ont l'habitude de porter des objets sur la tête, de la taille droite, souple et élancée de ces porteuses.

Un autre exercice excellent dans le traitement de la scoliose est la natation ; de Saint-Germain (t) conseille cet exercice en toute saison, à la mer et dans la rivière pendant l'été ; sur un tapis ou sur une couverture pendant la mauvaise saison. Il recommande de plus que cet exercice soit fait régulièrement, classiquement pour ainsi dire, et pour cela, il veut que l'on commence par fixer les enfants à la ceinture de natation, de manière que les mouvements, parfaitement rythmés, soient absolument bilatéraux.

La gymnastique suédoise et la gymnastique de l'opposant

(1) De Saint-Germain, Chirurgie orthopédique, Paris, 1883, p. 315. HYGIÈNE THIÎRAP. 2° ÉDIT. 4

550 OUATUIÈMlî CONFÉRENCli.

Trniicmcnt joucnl Un lôlc Considérable dans le traitement de ces difformités.

gymiiii8li(|iio II i)- , ■

•les (iiironiiiiéB A 1 inégalité musculaire qui est la cause efficiente de ces déformations du squelette, ces deux variétés de gymnastique opposent l'inégalité des cil'orts, de manière à exercer les muscles atrophiés et à immobiliser, au contraire, le groupe musculaire qui, par sa prépondérance d'action, a entraîné la déformation du squelette. D'ailleurs, pour tous les renseignements qui ont trait au traitement orthopédique de ces déformations, je vous renverrai aux ouvrages que l'on a publiés sur ce sujet et qui sont des plus nombreux, et, en particulier, à ceux de Bouvier, de Malgaignc, dcUally, de de Saint-Germain, de Lcblond, etc., etc.

Ajoutons que le docteur Kjoetstad a institué un traitement des déviations rachidicnnes, basé sur la volonté du malade à se redresser, traitement mis en pratique par Tidemand (de Christiania) et Roth (de Londres), et qui consiste à intéresser le malade à sa cure et à le forcer à rectifier à chaque instant sa position vicieuse.

Traitement La gymnastique est tout aussi puissante dans le traitement de par'ia"'^^^ Certaines affections convulsives et, en particulier, de la cho-

gymnastique. j,^^^ jj^g l'introduclion de la gymnastique dans les hôpitaux, nous la voyons appliquée à la cure de la chorée et, comme le fait remarquer avec justesse Leblond, deux ans après cette introduction, en 1847, Bouneau signalait déjà les avantages qu'on tirait de cette méthode. Mais c'est à Blache qne l'on doit le travail le plus complet à cet égard. Blache nous montrait, en 18S4, que, sur 158 cas de chorée, 102 avaient été guéris en 39 jours et 6 en 120 jours par la gymnastique associée aux bains sulfureux. Tous les observateurs qui ont précédé ou suivi cette époque sont unanimes à reconnaître les bons effets de la gymnastique en pareil cas, et les affirmations de Germain Sée, de Becquerel, de Parrot, de J. Simon sont absolument positives à cet égard.

Quel procédé pouvez-vous employer ici ? Laisné, qui a pratiqué ce traitement sous la direction de Blache, a fourni à cet égard les indications les plus précises, complétées depuis par les travaux de Pichery, de Leblond, de Heiser et autres. Les applications varient selon la période de la maladie et selon son intensité.

Dans les chorées graves, surtout à forme paralytique, on ne fait que pratiquer des massages; puis, à une période moins

intense, on fait exécuter à l'enfant des mouvements passifs portant surtout sur les points où l'incoordination choréique est la plus accentuée. Ces mouvements passifs consistent à saisir délicatement le membre de l'enfant et à lui faire exécuter des mouvements rythmés en recommandant au petit malade de compter à haute voix avec le maître. Dans de pareils exercices, il faut demander au maître une grande patience et une grande souplesse de manière à ne pas lutter avec le petit patient et à céder à ses mouvements convulsifs. Lorsque ces mouvements sont encore moins intenses, on peut ordonner quelques exercices sur l'échelle dite oi'thopédique. Enfin, lorsque l'incoordination tend à s'atténuer, on fait exécuter des mouvements toujours bien rythmés et ici le chant, en donnant une cadence à ces mouvements, a une réelle utilité.

En résumé, il faut donc une extrême prudence et de très grands ménagements dans l'emploi de la gymnastique dans le traitement de la chorée, et c'est un médecin ou un maître de gymnastique expérimenté qui doit toujours les diriger. Cette application de la gymnastique à la chorée me servira de transition à l'étude du traitement des affections du système nerveux par la gymnastique.

Je vous ai dit que, sans adopter l'opinion exclusive deDuBois- Reymond qui ne voit dans la gymnastique qu'un fonctionnement du système cérébro-spinal, il fallait cependant considérer cette gymnastique comme rétablissant l'équilibre entre les fonctions du cerveau et celles de la moelle. Aussi, chez tous les gens nerveux, neurataxiques, névrosiques, qui sont si nombreux dans nos grandes villes, chez tous ces surmenés par des travaux intellectuels exagérés, chez tous ces individus qui, uniquement attachés à leurs occupations de bureau, ne donnent aux exercices du corps qu'une part presque nulle, la gymnastique s'impose-t-elle comme une nécessité.

Mais il ne suffit pas de savoir que la gymnuaique peut donner ici des résultats merveilleux, il faut encore pouvoir l'appliquer, et c'est là que les difficultés surgissent. Chez l'homme, la chose est encore facile et, si beaucoup de nos clients répugnent à aller au gymnase, presque tous acceptent de faire de l'escrime.

Mais où la question devient plus difficile, c'est lorsqu'il s'agit de vos clientes. Toutes refusent la gymnastique proprement dite;

Traitement du

névrosismo

par la gymnastique.

rcscrime est diflicile à proposer et diflicile à accepter. Quant à l'cquitalion, elle est bien acceptée par la clicnlèie étrangère, peu par les Françaises. Cette équitalion, au point de vue de la gymnastique, est un exercice qui développe inégalement les muscles de l'économie, mais qui cependant présente ce grand avantage d'exiger un lever matinal et des promenades au grand air. Malheureusement c'est là un exercice de luxe qui ne s'adresse qu'à la classe riche. Pour la classe moyenne, il vous restera à ordonner des marches prolongées, surtout en plein air, des excursions dans les montagnes, des jeux tels que le lawn-lennis ou autres, la natation, etc. C'est à vous, messieurs, de savoir approprier un exercice convenable à la position et à la situation de la malade qui vous consulte, et nous arrivons ainsi graduellement à l'application de la gymnastique à la cure de l'iiystérie. Traitement La gymnastique est-elle capable de guérir l'hystérie ? Je ne gymnastique pgjjse pas ; jc crois même qu'il est des cas d'hystérie où la 1 hystérie, gymnastique est plus dangereuse que profitable. Mais cependant il en est d'autres où cette névrose proléique peut être utilement modifiée par la kinésithérapie, surtout si vous y joignez l'hydrothérapie, La fatigue musculaire, en elFet, chez certains de ces malades, permet, si je puis me servir de cette expression, de décharger leur système nerveux, et l'on voit, sous l'influence de ces deux moyens, exercice corporel et hydrothérapie, le sommeil survenir et les phénomènes nerveux se calmer. J'ai acquis sur ce sujet une certaine expérience, parce que, grâce à l'obligeance de Pichery, j'ai pendant plus d'une année soumis un grand nombre de femmes de mon service à la gymnastique de l'opposant.

Vous avez dû être frappés comme moi que, tandis que dans nos salles d'hommes, tous nos malades ou presque tous se livrent à des travaux pénibles exigeant un déploiement de forces musculaires considérable et souvent exagéré, nos malades femmes au contraire ont presque toutes des métiers sédentaires; assises ou debout, elles n'exécutent en résumé que très peu de mouvements. De là une série de phénomènes morbides résultant de cette inaction, et que nous avons combattus fort heureusement par la gymnastique. Il serait môme à désirer que ces exercices de gymnastique se généralisassent dans les hôpitaux, et que nous pussions faire bénéficier ainsi nos malades pauvres de celte association si heureuse de l'hydrothérapie et des exercices corporels.

Si les états nerveux multiples dérivés de l'hystérie sont tribu- Traitement

1 /• ■! <■ i j cymnastiquo

taires du traitement par la gymnastique, il laut, dans une do l'épiiepsio. névrose autrement grave, l'épilcpsie, mettre une grande modération dans ces exercices. Pour l'épilcptique, l'équitation, la natation sont absolument interdites; je n'ai pas besoin de vous en donner la raison, une crise pendant ces deux exercices pouvant entraîner la mort ; il en est de même de tous les exercices de gymnase avec appareils. Il ne vous reste plus que la gymnastique d'assouplissement dont vous pouvez user largement. A la Salpêtrière, toutes les jeunes épileptiques sont soumises à ces exercices d'assouplissement et l'on en obtient de très bons résultats, tant au point de vue de leur développement physique qu'au point de vue de leurs attaques. N'oubliez pas que la marche et que les travaux des champs sont aiissi très utilement employés dans la cure de cette maladie.

Pour l'idiotie, que l'on trouve quelquefois accompagnant Gymnastique l'épilepsie, la gymnastique a une heureuse influence. Chez ces ndiotle. déshérités qui ont un besoin instinctif de locomotion qu'ils traduisent par des mouvements désordonnés et sans but, la gymnastique régularise ces mouvements, habitue l'enfant à l'obéissance, diminue les tendances à l'onanisme, et tend dans une certaine mesure à développer l'intelligence. Aussi tous ceux qui se sont occupés de l'éducation de l'idiot, Esquirol, Belhomme, Delasiauve, P. Voisin, Bourneville, ont tous constaté l'action bienfaisante de la gymnastique dans cette éducation, et l'on peut voir à Bicêtre, dans la grande division des idiots, les heureux résultats obtenus par Pichery, au moyen de la gymnastique. Ici ce sont des mouvements d'ensemble bien rythmés accompagnés par le chant que vous pourrez employer.

La folie elle-même est tributaire de la kinésithérapie. Ici, ce Gymnastique n'est point la gymnastique proprement dite qu'il faut employer; la^foUe. mais bien les efforts musculaires multiples que nécessitent les professions manuelles, en particulier le travail de la culture. Aussi, voyons-nous tous nos grands asiles posséder des fermes modèles, où le plus grand nombre des aliénés sont occupés aux travaux des champs et tous les aliénistes sont unanimes à reconnaître les grands avantages que l'on tire de cette pratique.

Mais je vous ai dit que c'était surtout par son action générale sur la nutrition que la gymnastique prenait une place prépondérante dans le traitement des maladies. En excitant les

84 QUATRIÈME CONFLUENCE.

combustions organiques par l'accroissomont de l'amplitude rcs« piraloirc, en activant les combustions musculaires et intra-organiqucs, en favorisant la vitalité de la cellule, la gymnastique est peut-ôtre le plus puissant modificateur de cette nutrition. Aussi, dans toutes les maladies où cette nutrition est compromise, vous verrez la kinésithérapie agir d'une façon presque certaine.

Il est trois maladies où la nutrition est surtout atteinte : l'obésité, la diatbèse uriquc et la goutte, le diabète. Dans la cure de ces trois affections, les exercices jouent un rôle prépondérant. ^ j?"]]"® .,. Pour l'obésité, j'ai déjà, dans mes leçons précédentes, montré parla qucllc hygiène l'obèse devait suivre, et dans cette hygiène j'ai gymnastique, j-^jj, gjj^pgp jgg excrciccs et le massagc. Je ne reviendrai pas sur

ce point, ici c'est surtout les pratiques de l'entraînement qu'il faut appliquer, et c'est à ces pratiques suivies rigoureusement ' que l'obèse devra sa gucrison. Je dois aussi vous rappeler à ce

propos l'utilité de la gymnastique abdominale et des exercices dits du mur pour les individus qui, sans être absolument polysarciques, ont le ventre un peu trop proéminent, les gastrophores de Brillât-Savarin. Cette disposition résulte chez eux d'une paresse des muscles abdominaux que vous pouvez heureusement combattre par les exercices que je viens de vous signaler.

Gymnaaiiquo Dans la diathèse urique et dans la goutte, l'exercice s'impose, la goutte, et c'est là un fait connu de toute antiquité. Grâce à l'exercice, les déchets des oxydations organiques sont mieux comburés, et par cela même l'acide urique tend à disparaître. Je ne veux pas revenir sur cette question de l'urée et de l'acide urique, je l'ai exposée l'année dernière avec tous ses détails à propos du traitement alimentaire de la goutte (1). Qu'il me suffise de vous rappeler que la production de cet acide urique, quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur son origine, est en rapport direct avec le ralentissement nutritif général et qu'elle est combattue par l'exercice qui a un effet opposé. Interrogez la plupart de vos goutteux, et vous verrez que le plus grand nombre pèche par le défaut d'exercices.

Outre les phénomènes de combustion, les exercices corporels

(1) Dujardin-Beaumelz, Hygiène alimentaire. Du traitement de la goutte. Paris, 1886, p. 161.

APPLICATIONS DE lA KINÉSITHÉRAPIE. 55

entraînent une sudation salutaire, surtout chez le goutteux, puisque la surface cutanée sup|)léant le rein, il s'élimine par cette voie de l'urée et de l'acide urique. Mais il ne faut pas exagérer les exercices. Scudamore nous a montré depuis longtemps que souvent les accès de coliques néphrétiques ou les attaques de o-outtc survenaient chez les podagres à la suite de fatigues exagérées, comme, par exemple, une partie de chasse trop prolongée et Lécorché a cité des faits analogues. Il faut donc ici un exercice journalier et proportionne à l'état des forces du sujet.

Salmuth a prétendu que, par une marche forcée, on pouvait arrêter une attaque de goutte à son début. Malheureusement, il n'en est rien, et dès que l'accès est commencé, les exercices même passifs sont interdits au malade. Lorsque la déformation des membres ou l'atrophie musculaire ont rendu la marche impossible, il ne faut pas encore abandonner les exercices; vous verrez dans la prochaine leçon que le massage vous rend ici d'excellents services ; puis vous pourrez encore, comme le conseille Scudamore, recommander les promenades en voiture et l'équitation.

Outre la coHque néphrétique, le goutteux est sujet à une autre colique, la colique he'patique. Dans cette lithiase biliaire, la gymnastique doit être conseillée ; elle favorise la combustion de la cholestérine, base des calculs, par l'activité qu'elle donne aux échanges organiques. D'autre part, limitée à la gymnastique abdominale, elle facilite l'écoulement de la bile et empêche sa stagnation ; c'est ce qui fait qu'elle produit, dans le traitement de cette lithiase, de bons résultais.

Enfin, dans le diabète, l'action de la gymnastique, comme l'a Deia bien montré mon vénéré maître Bouchardat, est encore prépon- ^^Xn^îe"^ dérante et constitue avec l'alimentation les bases du régime hygiénique de cette maladie. Les exercices corporels augmentent les combustions sans augmenter le chiffre de l'urée, diminuent la quantité de sucre et favorisent les fonctions de la peau. Ici, comme dans la polysarcie, ce sont les règles générales de l'entraînement qu'il faut suivre, sans cependant surmener les malades.

Reportez-vous au spirituel et charmant volume de Cyr ayant pour titre : les Impy^essions et les Aventures d'un diabétique. Cyr fait parcourir à son diabétique les différentes contrées de l'Europe et, dans chacune d'elles, il lui fait consulter les méde-

diabète.

cins qui se sont le plus occupés delà cure du diabète. En France, il l'adresse, bien entendu, au professeur P...; on aurait dû dire le professeur B..., car le portrait de mon vénéré maître Boucliardal y est tracé de main de inaîtro, et sous le titre de : une Consultation 07'if/ina/e, Cyr indique l'emploi de la journée, menu compris, de son diabétique pendant huit jours. Pour l'exercice, l'ordonnance comporte que le malade défoncera la terre, chargera cette terre avec une brouette, suivra un bataillon de chasseurs à pied, fera plusieurs fois l'ascension des tours Notre-Dame, exécutera le tour de Paris par les boulevards extérieurs, etc. Tout en faisant la part de l'imagination du romancier, il faut reconnaître qu'il y a du vrai dans ces prescriptions et que l'on doit ordonner l'exercice sous toutes ses formes au diabétique (i).

Seulement les diabétiques sont des gens âgés et ils n'ont ni le courage ni l'énergie d'un des grands chimistes dont la France pleure la mort récente, et qui, atteint de diabète, était devenu un des remarquables gymnastes de notre époque, la plupart refuseront d'aller au gymnase. Dans ce cas, outre l'escrime, qui est quelquefois acceptée, et les marches prolongées, j'appelle votre attention sur deux ordres d'exercices qui sont souvent bien accueillis par les diabétiques : ce sont le jardinage et la menuiserie.

Les travaux du jardin sont, en effet, excellents; outre le travail en plein air, le malade, en bêchant, sarclant, ratissant son jai^in, exécute de nombreux mouvements musculaires qui amènent la fatigue et la sudation, mais tous les diabétiques malheureusement ne possèdent pas de jardin. Dans ce cas, la menuiserie est une précieuse ressource; elle peut s'installer dans un espace étroit et à peu de frais, elle intéresse le patient par la fabrication des objets qu'on peut en obtenir et elle développe surtout l'activité musculaire; aussi je ne saurais trop vous recommander ces exercices de menuiserie pour les diabétiques.

Je mets sous vos yeux une planche (voir la planche ci-jointe), où j'ai reproduit la plupart des exercices d'assouplissement; les tracés rouges indiquent la direction des mouvements. Les mouvements se reproduisent de dix à douze fois. Ils doivent être exécutés tranquillement, sans précipitation, mais avec énergie et

(1) Cyr, Aventures et impressions d'un diabétique, édit., Paris, 1881, p. 70.

sans raideur. Ces mouvements doivent être faits au moins une fois par jour, et l'on peut faire précéder ces séances de gymnastique d'une séance de massage.

Telles sont les principales applications de la gymnastique à la cure des maladies. Dans la prochaine leçon, j'étudierai un sujet qui a bien des points communs avec la gymnastique, je veux parler du massage*

DE LA. MASSOTHÉRAPIE,

Messieurs,

Je désire ^ponsacrer deux leçons à la massothérapie, et je suivrai dans CCS leçons l'ordre que j'ai déjà adopté dans les précédentes conférences. Dans la première leçon, je résumerai l'histoire du massage, j'étudierai ses modes d'application et ses effets physiologiques, et nous consacrerons la seconde leçon à ses applications thérapeutiques.

Le mot de massothérapie pourra vous paraître bien étrange, je crois même qu'il n'est pas français; dans ma pensée, il veut exprimer l'application du massage à la thérapeutique. D'ailleurs, ce terme de massage a lui-même été fort discuté, et Daily le repousse absolument, il veut qu'on donne à tout cet ensemble d'agents thérapeutiques le nom de manipulations. Mais toutes ces discussions plus ou moins grammaticales ont relativement peu d'intérêt, et je passe maintenant à l'étude de la massothérapie ou du massage ou des manipulations thérapeutiques^ selon que vous adopterez l'une ou l'autre de ces appellations.

Je serai bref sur. la partie historique, car l'histoire du massage se confond par bien des points avec celle de la gymnastique et s'il me fallait exposer complètement la première, je n'aurais qu'à vous renvoyer à ce que je vous ai dit dans ma conférence sur l'histoire de la kinésithérapie. Cependant, il est des points de cette histoire qui méritent d'être mis en lumière ; c'est ce que je vais faire.

Nous retrouverons dans presque tous les peuples, aux pé- Historiqi riodes les plus reculées de leur histoire, les pratiques du massage mises en usage. Parcourez les ouvrages des principaux navigateurs, consultez en parliculier la relation du capitaine

60 CINQUIÈME CONFLUENCE.

pdriode Cook, ct VOUS vciTCz qu'à Taliiti, que dans la Nouvelle-Hollande cl dans d'autres points de l'Océanie, les peuples primitifs emploient les prali(iue8 du massage pour la cure des maladies, et les moyens qu'ils mettent en usage sont les mêmes que ceux dont nous nous servons. Ainsi, à l'île de Tonga, en Océanie, sous le nom de loorji-loogi, on pratique une opération qui consiste à frapper constamment et doucement avec le poing (c'est la percussion), et sous le nom de mili ou fota, on comprend, au contraire, le pétrissage des muscles ct les frictions. Dans la Nouvelle-Hollande, il en est de môme, et ce sont surtout les sorciers, les Mulgaradocks, qui pratiquent ces manœuvres de massage, Interrogez aussi les voyageurs de l'Afrique centrale, ils vous diront que les sorciers pratiquent chez les peuples du continent africain, ces mêmes pressions et ces mêmes frictions.

D'ailleurs, ces frictions et ces pressions sont pour ainsi dire instinctives, et dès qu'un individu souffre dans un point donné du corps, il s'efTorcc par ces manœuvres de faire disparaître les symptômes douloureux. Rien donc d'étonnant à ce que nous voyions appliquées ces méthodes dès l'origine du genre humain, et que nous en retrouvions ainsi les traces dans la médecine populaire de tous les peuples, mais se modifiant suivant les climats et suivant les tempéraments.

Tandis que dans l'Orient, où la circulation de la peau est très active, et où il est nécessaire de la débarrasser de toutes les impuretés qui résultent de ce fonctionnement exagéré, ce seront des frictions douces, des grattages, des pétrissages unis aux bains de vapeur que l'on mettra en usage dans les bains maures ou hammam que l'on trouve en profusion dans tout l'Orient, chez les peuples du Nord, il faut activer, au contraire, la circulation, habituer la peau à passer brusquement d'une température à une autre, et c'est ce que l'on obtient avec le bain de vapeur, l'eau froide et la flagellation; c'est le bain russe qui est en si grande vogue.

D'ailleurs, nous trouvons encore de nos jours les ti-aces de cette origine primitive du massage, puisque, comme chez les peuples sauvages, ce massage constitue un ordre de manœuvres mises en usage, surtout par les rebouteurs, les souffleurs d'entorses, etc., etc. Avant que le massage n'eût pris dans ces dernières années un caractère véritablement scientifique, c'était à ces rebouteurs que l'on avait uniquement recours et l'on peut af-

DE LA MASSOTHIiRAriE.

Période cliinuisii.

Période hindoue.

firmer, sans crainte d'exagéralion, qu'en France il n'est pas un point de notre territoire où le reboutcur ne fasse à cet égard la plus terrible concurrence au médecin.

Mais en nous maintenant sur le terrain exclusivement scientifique delà question du massage, on peut dire que c'est dans le livre cbinois le Cong-fou, dont je vous ai parlé dans l'une des précédentes conférences, que l'on trouve la description exacte de toutes les pratiques du massage. Vous y trouverez même la description de ces mouvements concentriques et excentriques qui, suivant de Méding, constituent la base de la gymnastique suédoise. Des gravures qui accompagnent le San-tsai-ton-hnui, nous montrent du reste comment les Cbinois pratiquent le massage.

Dans l'Inde, les frictions et les percussions sont aussi mises en usage, et Anquetil etPetit-Radel ont insisté sur ce point. Les Hindous, outre les frictions avec le limon du Gange, font des frictions ou le pétrissage des muscles, opération à laquelle ils donnent le- nom de chamboning, et que les Anglais ont traduit par celui de shampoing, que vous voyez aujourd'liui spécialisé par les coiffeurs pour la friction et le massage de la tête.

Il est bien entendu que les Grecs et les Romains mirent également le massage en usage. Je puis vous cilcr parmi mille autres exemples celte observation d'Hippocrale : « A Elis, la femme d'un jardinier. Une fièvre continue la saisit ; buvant des remèdes évacuants, elle ne fut aucunement soulagée. Dans le ventre, audessous de l'ombilic, était une dureté s'élevant au-dessus du niveau et causant de violentes douleurs. Cette dureté fut malaxée foi'leiuent avec les mains enduites d'huile ; ensuite du sang fut évacué en abondance par le bas. Cette femme se rétablit et guérit. » Il s'agit, comme vous le voyez ici, d'une obstruction intestinale, et c'est le massage qui désobstrue l'intestin et amène la guérison. D'ailleurs, Oribaze dans son recueil indique toutes les pratiques du massage et entre à cet égard dans les moindres détails.

La renaissance, il faut bien le reconnaître, ajouta peu à ce que Ronaiasanco les anciens connaissaient sur le massage. Je dois vous signaler cependant à la fin du dix-septième siècle, en 1698, un ouvrage fort curieux de Paullini, ayant pour titre Flagellum salutis, sujet d'ailleurs repris cent ans plus tard par Meibomius, en 1793, sous le titre suivant : De l'utilité de la flagellation dans la médecine et les plaisirs du mariage, et dans ies fonctions dans les lombes et des reins. Ce titre ne laisse aucun doute sur l'utilité

Période grecque et romaine.

62 cixouiibiiï r,o.Nr.':::i:.\cii:.

que ces deux auteurs voulaient tirer de la flagellation dans le traitement de certaines aiTections, et en particulier de la frigidité.

Gomme je vous l'ai dit tout à l'heure, la pratique du massage était restée presque exclusivement une pratique populaire et abandonnée aux médicastrcs des campagnes, et ce n'est que dans ces dernières années que le massage a pris droit de cité dans notre pratique médicale. Ce mouvement de rénovation scientiiique a eu lieu presque simultanément en France, en Hollande et en Allemagne.

■p6riodo En France, en 1837, Martin avait bien signalé à la Société de notueiio. filéjiîcjne (le Lyon les cures merveilleuses que déterminait le massage dans le traitement des tours de reins ou lumbagos. Lebatard (1) et Ellaume (2) en 1860; Rizet (3), en 186^, avaient bien montré les avantages du massage de l'entorse ; mais il faut arriver à la thèse d'Estradère (4), en 1863, pour avoir un travail d'ensemble sur les effets du massage. Depuis, ces travaux se sont multiphés, et je ne puis ici vous en donner l'énumération, mais je tenais à vous signaler le beau travail d'Estradère qui, le premier, mettait bien en lumière et les effets physiologiques du massage et les résultats qu'on peut en obtenir. Cependant, ce n'est pas la France qui recueillit tous les bénéfices de ce travail ; c'est la Hollande sous l'influence de Mezger et ses élèves, et nous voyons encore aujourd'hui accourir de tous points de l'Europe dans la clinique de Mezger des malades venant bénéficier de la pratique du célèbre masseur.

Mezger a peu écrit. Le seul travail fort modeste qu'on possède de lui a été pubhé en 1868, à Amsterdam. Il dit dans ce travail qu'il a l'intention de s'occuper particuHèrement de ces applications spéciales de la gymnastique qu'on appelle les frictions^ ou mieux encore le massage. Il ajoute qu'en 1853 il a commencé, à Amsterdam, à combattre les entorses par ce moyen, qu'il l'a

(1) Lebatard, Gaz. des hôpitaux, 1850.

(2) Ellaume, Du massage dans l'entorse [Gaz. des hôpitaux, 1S59, n" loi, 2).

(3) Rizet, Traitement de l'entorse par le massage, Paris, 1868.

(4) Estradôre, Du massage, son Imtorique, ses manipulations, ses effets thérapeutiques (Thèse de Paris, 1883, p. 149, 105).

(5) Mezger, De Behandeling von Disiorsio pedis met Fricties, Amsterdam, 1868.

DE LA MASSOTUlillAPlE. 63

amélioré peu à peu, et que depuis 1861, il l'a toujours employé. Mezger a formé en revanche de nombreux élèves.

En Suède, c'est sous l'influence de Berghmann, de Hellcday et surtout de Amstrôm, que la méthode de Mczger se répandit. En Russie, ce fut BergHnd (1) qui en fut le propagateur; enfin, en France, nous devons un travail complet de la méthode de Mezger au docteur Norstrôm, de Stockholm.

En Allemagne, ce fut sous l'influence de Rosbach, de Busch, et particulièrement de Schreiber (2) et de Reibmayr (3) que le massage entra dans une voie véritablement scientifique. Le premier de ces ouvrages a été publié en français ; le second a été traduit et annoté par un de nos élèves qui s'occupe spécialement de cette question de massage, le docteur Léon Petit (4),

Le manuel opératoire du massage se divise comme pour la gym- Manuel nastique en deux grands'groupes : massage avec appareils et mas- "p^"""'"""^* sage sans appareils. Pour le massage sans appareils, le seul pratiqué par Mezger et ses élèves, on doit distinguer quati-e manœuvres différentes : l'effleurage, les frictions, le pétrissage et le tapotement.

L'effleurage consiste en passes légères que l'on exécute avec EfOeurage. la main. Tantôt c'est la paume qu'on emploie, tantôt ce sont les doigts, ou bien la pulpe des pouces, ou bien encore les articulations phalangiennes. Dans cette dernière position les poings sont fermés, et c'est avec l'extrémité de l'articulation des phalanges avec les phalangines que l'on effleure la peau du malade. Les Allemands donnent à cette sorte de massage le nom de kammgriff (coup de peigne).

Les frictions consistent, comme l'indique leur nom, à faire Friotioag. avec les mains des frictions centripètes, et quel'on rythme par une alternance dans le mouvement des mains.

Le pétrissage se fait tantôt en soulevant un muscle, ou bien en Pétrissage, pétrissant avec les deux mains, ou bien encore en roulant avec les deux mains les muscles d'une région.

(1) Berglind, Letchenie razminaiiiem (Massage), Saiat-Pétersbourg, 1875, et Saint-Pétersbourg Med. Zeitsch., Band IV.

(2) Norstrom, Du massage (métliode de Mezger en particulier). Paris, 18S4.

(3) Schreiber, T7'aité pratique du massage et de gymnastique médicale, Paris, 1884.

(4) Léon Petit, le Massage par le médecin, d'après le travail de Reibmayr. Paris, 1885.

Tnpoiement. Enfin, pour Ic lapolemcnt, ou doit dislinguor deux manœuvres : le claquement et les hachures. Le claquement se fait avec la face palmaire de la main avec laquelle on frappe plus ou moins vivement la peau. Le hachemcnt s'exécute avec le bord cubital de la main, avec lequel on percute plus ou moins vivement le point sur lequel on veut opérer.

Dans la planche qui reproduit les mouvements delà gymnastique de chambre j'ai consacré une petite partie de cette planche aux manœuvres du massage. La figure 48 montre la direction et la position de la main pour les frictions pratiquées à l'avant- Lras. La figure 45 indique le soulèvement des muscles opéré à l'avant-bras ; les figures 46 et 50 le pétrissage des muscles du bras; dans la première, on pétrit les muscles; dans la seconde, on opère par un mouvement de rotation autour de l'humérus. Enfin les figures 47 et 49 montrent les deux formes de tapotement; la première indique les hachures, la seconde le claquement. Appareils Les appareils appliqués au massage sont excessivement nom-

oui massage. p^jg j^j ^^^^^ jgg gjgnaler. Ce sont d'abord

des appareils simples, comme la brosse, le gant, le strigile ou raclette, que nous voyons employés dès la plus haute antiquité, et dont un des chefs-d'œuvre de la statuaire antique nous donne un modèle. Puis viennent des roulettes plus ou moins compliquées auxquelles même, dans ces derniers temps, on a appliqué l'électricité, comme dans le rouleau de Butler et le cylindre de Stein. Enfin arrivent des palettes, des férules et des battoirs dont le nombre et la forme sont excessivement variables et dont l'application remonte à la plus haute antiquité. II est très probable en effet que le proverbe Se battre les flancs résulte de la pratique qui consistait à se frapper les hypocondres avec une palette ou une lanière de cuir.

Parmi ces derniers appareils, je signalerai le percuteur de Sarlandières, et le battoir dorsal de Klemm et le percuteur musculaire plus complexe qu'il a aussi conseillé. Je vous signalerai aussi en passant les percuteurs électriques mus par l'électricité et imaginés par Granville, qui donnent un rythme absolu dans le nombre des percussions, et enfin les appareils plus compliqués que Zander avait imaginés et qui déterminaient aussi des percussions plus ou moins prolongées, des battements plus ou moins intenses.

D'ailleurs ces appareils sont presque abandonnés, du moins

DE LA. MASSOTUÉRAPIE. 65

en France, et même par Mezger en Hollande, et il me reste maintenant à discuter les deux points suivants: l'utilité des corps gras pour pratiquer le massage d'une part et de l'autre, si ce massage doit être pratiqué sur la peau à nu ou recouverte.

Estradèrc, sans attacher une grande importance au corps gras, lui reconnaît cependant une certaine utilité. Schreiber, au contraire, dénie à ces onctions tout avantage et ne les réserve que dans certains cas particuliers. Murrell partage cette opinion et repousse aussi les corps gras comme inutiles. Mezger veut que l'on emploie toujours un coi'ps gras additionné d'une huile essentielle d'une odeur agréable.

Je ne vous signale pas ici toutes les formules des onguents et des pommades mis en usage par les différents médicastres. Chaque rebouteur a sa formule particulière, et bien entendu ce n'est pas aux manœuvres qu'il pratique, mais bien à cette pommade qu'il attribue les effets obtenus et ceci me met en mémoire le fait suivant :

Lorsque j'étais rapporteur des remèdes secrets à l'Académie, j'ai signalé la découverte d'une pommade qui devait guérir les hernies. Mais voici comment l'inventeur voulait qu'on procédât: il fallait d'abord frictionner la hernie avec ladite pommade, mais il n'oubliait pas de recommander d'appliquer après la friction un bon bandage maintenant bien la hernie.

Il en est de même, messieurs, de toutes ces formules de pommades plus ou moins bizarres mises en usage par les différents rebouteurs, la pommade n'agit que si le massage est bien exécuté. Pour notre part, nous croyons qu'un corps gras est utile pour faciliter les mouvements et les glissements de la main et nous nous servons de la vaseline aromatisée ou non.

Quant à la question du massage sur la peau dénudée, Schreiber veut faire ce massage à travers un vêtement de flanelle, et il invoque des questions de bienséance et de pqdeur. Je crois au contraire avec presque tous les autres auteurs qui se sont occupés de cette question, que le massage doit être pratiqué sur des parties dénudées.

Avant d'aborder les effets physiologiques du massage, je dois vous dire quelques mots de cette question si intéressée du masseur et de la masseuse. William Murrell (i), dans son excellent

(1) William Murrell, Massage as a mode of treatment. Thipd edit. London, 1887, p. 29.

HYGIÈNE THÉRAP. 2^ ÉDIT. B

06 CINQUIÈME CONFÉnENCE.

travail sur le massage, consacre un chapitre entier à la solution de cette question, j'approuve ses conclusions. Dans le plus grand nombre de cas, c'est le médecin lui-môme qui doit pratiquer le massage ; dans les cas dilOciles, il pourra s'adresser à de nos confrères qui ont fait de la massotliérapie une étude toute spéciale. Enlin, dans certains cas, ic médecin pourra confier son malade à des masseurs et surtout à des masseuses, car cette circonstance se présente beaucoup plus fréquente pour les clientes que pour les clients.

Mais il devra réclamer de ces derniers une connaissance exacte de l'anatomie, une grande habileté de la main et une étude approfondie du manuel opératoire, et c'est sous les yeux et d'après les indications du médecin traitant que le massage sera pratiqué.

Effets Voyons maintenant les effets physiologiques qui détermiiiysioiogiques QgpQjjj j,gg différentes manœuvres.

Les effets physiologiques du massage portent à la fois sur les fonctions de la peau, sur la musculation, la circulation, le système nerveux et enfin l'absorption et la nutrition.

Pour les fonctions cutanées, grâce à ces frictions, la peau se débarrasse des débris d'épiderme qui l'encombrent. Les orifices des glandes sudoripares et des glandes sébacées se nettoient, ce qui permet un fonctionnement plus régulier de la circulation et de la respiration de la peau.

L'action sur la musculation est tout aussi nette et par le pétrissage des muscles ou par le tapotement, nous réveillons et augmentons la contraction musculaire. Frappez avec le bord cubital de votre main, soit le triceps crural, soit le biceps, et vous verrez se produire aux points du muscle ainsi frappés une saillie qui résulte de sa contraction limitée. Dans certains cas pathologiques où l'adynamie est profonde, comme dans la fièvre typhoïde, cette saillie ou corde persiste pendant longtemps. C'est là un fait qui montre bien l'action locale de certaines parties du massage sur les contractions musculaires.

Pour la circulation, le massage agit non seulement sur la circulation profonde, mais encore sur la circulation du muscle et celle de la peau. Ce sont les pétrissages et les pressions qui agissent surtout sur la circulation profonde, tandis que, au contraire, ce sont les claquements et les flagellations qui produisent l'activité plus grande de la circulation de la peau, et il vous suffit

Frictions cutanées.

Action sur la musculation.

Action sur la circulalion.

DE LA MASSOTUÉRAPIE. 07

(le faire ces claquements pour obtenir aux points frappés une rougeur plus ou moins intense.

Cette activité plus grande, imprimée à la circulation, entraîne une augmentation dans sa température locale et générale. Pour la température locale, Mosengeil évaluerait cette élévation thermique par le massage à 2 degrés et 3 degrés centigrades. Berné (d) va plus loin dans cette appréciation, et selon lui, l'élévation de la température locale pourrait atteindre 5 degrés centigrades ; elle serait en moyenne de 1 degré et demi centigrade.

L'action sur le système nerveux est double, et elle mérite de nous arrêter un instant, car le massage a été très vanté dans le traitement des névralgies. Le massage et en particulier les pressions profondes et le pétrissage amènent des tiraillements et des élongations des filets nerveux. Hégart (2) a tâché de démontrer expérimentalement l'élongation des nerfs sous l'influence des manœuvres du massage et particulièrement des mouvements de flexion de la colonne vertébrale.

L'autre action sur le système nerveux a une explication plus difficile, je veux parler de ces effets nerveux si étranges que détermine l'effleurement de la peau et que l'on décrit en magnétisme sous le nom de passes. Vous trouverez dans le récent ouvrage de Baréty (3) la description des efTets de ces passes qu'il appelle neurisation. Cet effet tout spécial de certaines pratiques du massage, quoique encore mal expliqué, doit cependant entrer en ligne de compte pour expliquer les résultats que l'on ob lient de ces pratiques dans le traitement de certaines affections du système nerveux.

Mais l'action, peut-être la plus importante du massage, est celle qu'il exerce sur l'absorption de certains épanchements, soit sanguins, soit inflammatoires. Des expériences nombreuses de physiologie ont été entreprises pour expliquer cette action résolutive.

C'est ainsi que Mosengeil, en injectant dans les articulations du genou des lapins des solutions d'encre de Chine, a montré que, lorsque l'on vient à masser l'articulation, on con-

(1) Berné, Recherches sur les modifications de la température locale sous l'influence du massage (Société médico-pratique, 1885).

(2) Hégart, Wiener Med. Blûtter, 1884.

(3) Baréty, le Magnétisme animal, étudié sous le nom de force neuriquc ruyonnante et circulante. Paris, 1887.

CINQUIÈMIÎ CONFÉRENCE.

stute que l'encre do Cliine, dans les articulations massées, tend à se répandre dans les parties avoisinanles, et cela d'autant plus que le massage a été plus prolongé. C'est ainsi que Ileiljrnayr et HOlinger ont montré que, lorsqu'on injecte du liquide dans le péritoine d'un lapin, on voit ce liquide se résorber plus rapidement si l'on vient à pratiquer le massage. Le tableau suivant que j'emprunte à ces expérimentateurs montre celte action toute particulière du massage.

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