‹ L'hygiène thérapeutique [electronic resource]Chapitre 7 sur 15 · LIQUIDE RÉSORBÉ PAR 1 KILO DU SUJET · texte numérisé non relu

LIQUIDE RÉSORBÉ PAR 1 KILO DU SUJET

sans massage.

avec massage.

Difrércace t en Taveor du moseagc.

Pendant la 1" heure.. .

Pendant la 2o heure.,..

En Suède et en Allemagne, on veut que la cellule vivante soit placée dans une atmosphère liquide à laquelle on donne le nom de suc parenchymateux. Et c'est en agissant sur ce suc parenchymateux et sur les espaces lymphatiques que, suivant Loven (l), on pourrait expliquer l'action résolutrice du massage dans les affections inQammatoires et péri-articulaires. Action Enfin le massage a une action non douteuse sur la nutrition ; on intrition. ^ démontré en effet que la quantité d'urée augmentait dans les urines à la suite d'un massage général, Gopadze a même soutenu que l'assimilation des substances azotées était activée par le massage, Dansune série d'expériences faites sur quatre étudiants en médecine, qui étaientsoumisà un même régime alimentaire etchez lesquels on dosait l'azote, tant dans les aliments que dans les déjections, un massage général de vingt-cinq minutes, fait une fois par jour, trois heures après le repas, amena une diminution dans le chiffre des matières azotées contenues dans les fèces. Donc, l'expérimentateur conclut à une assimilation plus grande de ces substances azotées.

Cette activité plus grande imprimée aux fonctions digestives et

(1) Loven, Om vsefnadssaften; dess fûrhaalla7ide till blod. och lymfkxrl. Hygiea, XXXVIl Bd., 1875, n" 2, p. 80.

DE LA MASSOTnÉRAPIE. 69

assimilatrices par le massage a été confirmée par un jeune médecin russe, le docteur Clipoliansky, qui, dans sa thèse inaugurale, passée l'année dernière, en 1886, sur la durée du séjour des aliments dans l'estomac, a montré que le massage de la région stomacale, pratiqué pendant dix minutes, diminuait la durée du séjour des aliments dans l'estomac.

Dans un premier fait, il s'agit d'un étudiant en médecine chez lequel un repas composé deSOO grammes de viande mettait cinq heures vingt-cinq minutes pour disparaître de l'estomac ; les jours de massage, cette durée n'était plus que de quatre heures trente minutes.

Chez un autre sujet, où un repas composé de deux œufs et d'un gramme de sel; mettait trois heures quinze minutes à disparaître de l'estomac, le massage réduisait cette durée à deux heures quarante-cinq minutes.

Comme vous voyez, messieurs, le massage a ici activé d'une façon notable la digestion stomacale, ou du moins le passage des aliments dans l'intestin.

Un de nos élèves, le docteur Hirschberg, reprend d'ailleurs cette question à nouveau, par des expériences faites dans mon service, et nous verrons si définitivement on doit accueillir comme démontrés les faits avancés par Chpoliansky.

En se basant sur une curieuse action du sàlol qui ne se décompose en acide salicylique que dans un milieu alcalin, Ewald a montré que l'on pouvait utiliser cette réaction pour apprécier la durée du séjour des aliments dans l'estomac. 11 suffit d'examiner l'apparition de l'acide salicylique dans les urines des individus auxquels on donne du salol avec des aliments ; plus cette apparition sera tardive, plus le séjour des aliments aura été prolongé. En employant la même réaction, Hirschberg montre que le massage facilite cette apparition et que, tandis qu'il faut deux heures pour que l'acide salicylique apparaisse dans les urines à l'état normal, quarante minutes suffisent après un massage abdominal.

Ces expériences nous ont, de plus, montré un fait sur lequel les physiologistes qui se sont occupés du massage, ont passé rapidement et qui cependant nous semble avoir une importance capitale dans ces applications de la massothérapie : je veux parler de l'augmentation de la diurèse sous l'influence du massage abdominal. Tous nos malades chez lesquels le massage abdominal est pratiqué présentent une augmentation notable dans

les urines, ce qui double môme quelquefois la quantité normale ; c'est là un point important sur lequel je me propose de revenir lorsque nous étudierons dans la prochaine leçon les indications de la massothérapie.

Maintenant que vous connaissez les manœuvres si simples du massage et les effets physiologiques que l'on peut attendre de ces manœuvres, nous pouvons aborder utilement l'étude des applications thérapculiqucs du massage. C'est ce que je ferai dans la prochaine séance.

Messieurs,

Dans la précédente leçon, je vous ai exposé le manuel opératoire et les effets physiologiques du massage, je me propose dans cette conférence d'examiner avec vous ses applications à la thérapeutique. Elles sont excessivement nombreuses et nous pouvons les diviser en apphcations obstétricales et gyne'cologiques, en apphcations chirurgicales, et enfin en applications purement médicales. Vous me permettrez d'être bref sur les premières.

L'application du massage aux accouchements remonte aux Applications temps les plus reculés. Nous retrouvons chez tous les peuples, à aocouohwnents l'état primitif, le massage employé dans la pratique de l'accouchement. Qu'on se reporte aux travaux faits sur la parturition dans les différents peuples, et l'on verra que presque toutes les pratiques bizarres qui y sont mises en usage ne sont, en résumé, que du massage sous toutes ses formes.

Par le massage on obtient quatre résultats : l" on excite les contractions de l'utérus; 2° on rectifie les positions vicieuses ; 3° on pratique la délivrance par le procédé dit par expression ; 4° enfin, on arrête les hémorrhagies. Aujourd'hui toutes ces manœuvres sont connues et donnent, comme vous le savez, d'excellents résultats.

Ce massage de l'utérus gravide se fait par des effleurements circulaires sur la surface abdominale. Dans certaines circonstances, on doit pratiquer le massage bimanuel, c'est-à-dire introduire le poing dans la cavité utérine, tandis que l'autre main cherche à exciter les contractions utérines, par des frictions abdominales ; cette dernière manœuvre est surtout mise en usage dans les cas d'hémorrhagie ^osi-//ar<Mm.

"72 SIXIÈME CONFÉREN'CE.

AppUcationa En gynocologie, c'est NorsLrom, qui s'est montré le plus ardent gynécologie, propagateur du massage qu'un de ses compatriotes, Thurelîrandt, d'ailleurs étranger à la médecine, avait imaginé le premier pour la cure des adections utérines.

La pratique de l'empirique suédois date de 1808. Thure Brandt conseille trois procédés de massage : l'un, qu'il appelle le massage externe, et qui consiste en friction et en pétrissage de la paroi abdominale, au travers de laquelle on cherche à introduire profondément les doigts jusque dans le petit bassin. L'autre procédé est le massage mixte ; on fait coucher la malade sur le dos et, le masseur placé à la gauche de la malade, comprime l'utérus avec la main droite sur le médius et l'index de la main gauche introduits dans le vagin ; dans certains cas môme, c'est dans le rectum que les doigts sont introduits. Mais le procédé auquel Thure Brandt donne la préférence est ce qu'il nomme le massage combiné et ce que j'appellerai plutôt le massage à quatre mains, et voici comment on procède à cette étrange manœuvre qui se fait par deux opérateurs.

Un des masseurs, placé entre les jambes de la malade, introduit les doigts de la main gauche dans le vagin et soulève l'utérus, tandis qu'avec la main droite placée sous le siège, il pétrit les muscles sacro-lombaires. L'autre masseur, au contraire, opère à l'extérieur sur la paroi abdominale, et associant et rythmant leurs efforts, les deux praticiens se livrent à des frottements, à des tiraillements et à des pétrissages de toute sorte.

On ne saurait trop flétrir de pareilles manœuvres, et mon élève le docteur Léon Petit, dans sa communication sur le massage de l'utérus, fait à la Société de médecine pratique, a bien montré combien étaient inutiles et dangereuses de pareilles pratiques (1) qui appartiennent plus au domaine de l'onanisme qu'à celui de la thérapeutique. Aussi malgré les faits cités par les partisans du massage utérin, et en particulier par Reeves Jackson, à New-York, et Norstrôm, à Paris, je vous prie de ne pas employer de pareils procédés.

Outre tous les inconvénients moraux qui résultent de ce tripotage des parties génitales à deux ou à quatre mains, et sur lesquels je n'ai pas besoin d'insister, il est une règle, qui s'im-

(1) Léon Petit, Du massage de l'utérus en obstétrique et en gynécologie {Journal de médecine de Paris, 16 mai 1886).

pose dans presque toutes les affections utérines, c'est le repos de l'organe.

Mon maître Bernutz a insisté avec juste raison sur ce fait c'est que dans la plupart des maladies utérines, c'est le repos de l'organe et de la fonction qui amène la guérison, et c'est aller contre cette règle que d'introduire sa main dans le vagin et d'y exercer des pressions ou des frictions, plus ou moins légères qui excitent et congestionnent les parties génitales. Aussi malgré les seize observations favorables publiées récemment par Paul Prol'anter (1), où le massage appliqué à la cure soit des déplacements et des prolapsus, soit des engorgements utérins ou périutérins aurait amené la guérison, je persiste à croire que cette méthode a dans la cure de ces affections plus d'inconvénient que d'avantage, et je passe maintenant à l'application du massage à la chirurgie.

Je serai bref sur ces applications chirurgicales, et ne m'occu- Applications

* ' , chirurgicales.

perai particulièrement que du traitement de 1 entorse parle massage. Je dois vous rappeler cependant que le massage jusqu'alors réservé en chirurgie aux maladies articulaires a été appliqué, dans ces dernières années, au traitement des fractures, et cela Du massage

d&iis les

sous l'influence de Schode (de Hambourg), de Meuzel (de fractures Trieste), de Mezger et Tilanus (d'Amsterdam), et surtout celle de Lucas-Cliampionnière qui, en juillet 1886, communiquait à la Société de chirurgie les heureux résultats que l'on obtenait dans les fractures par le massage.

Berne, qui a été l'un des premiers à conseiller en France le massage dans le traitement des fractures, et dont les travaux sont même antérieurs à ceux de Lucas-Championnièrc, veut que les fractures du radius, du péroné, à leurs extrémités inférieures, celle du coude et de la rotule, soient surtout tributaires de cette méthode; il considère l'application d'un appareil, facile à enlever au moment du massage, comme des plus utiles et ne s'opposant nullement au prompt retour des fonctions (2). Tout récemment encore, le professeur Masse (de Bonleaux) revenait sur ce sujet et signalait tous les bénéfices de la massothérapie qui s'opposent aux cllets désastreux de l'immobilisation imposée

(1) Paul Profanter, Die Massage in der Gynxkologie, Wien, 1887.

(2) Berne, Technique du traitement des fractures par le massage {Revue générale de clin, et de thér., juin 1887, n"" 18 et 20, p. 264 et 292).

''î filXIÈME CONFÉRENCE.

autrofois par les appareils de contention appliqués dans ces cas (I).

1)11 mnssngo L'cntorsc cst unc des affections chirurfficales dans lesquelles

liiiis l oiiloi'so. Dr-,

1 application du massage donne les meilleurs résultats. D'abord pratiqué par les rcbouleurs, les dames blanches, les souffleurs d'entorses, etc., le massage est aujourd'hui appliqué dans la cure de l'entorse par tous les médecins, et les travaux d'Ellaume, de Lebatard, de Mervy, d'Estradère, de Rizet, etc., montrent toute l'importance de cette méthode.

Tous les cas d'entorses simples ou compliquées, sauf bien entendu celles où il existe une fracture articulaire, et nous avons vu aujourd'hui même que cette réserve n'existe plus, sont tributaires du massage. La guérison est d'autant plus prompte et plus assurée que le massage est appliqué plus près du début de l'accident, et l'on a pu voir après la première séance de massage, les malades qui ne pouvaient se tenir debout, marcher et retourner à pied chez eux.

Mais il est bon de bien étabhr le diagnostic, et ce fait nous explique la cause des succès et des insuccès des rebouteurs qui appliquent le massage à toutes les maladies des articulations, qu'il s'agisse d'entorse ou de tumeur blanche. Dans le premier cas, on comprend les résultats merveilleux qu'ils retirent du massage, et, dans le second, les terribles conséquences qui en résultent.

Il faut donc, messieurs, que vous connaissiez d'une façon parfaite les manœuvres du massage dans l'entorse. Toutes celles qui ont été conseillées jusqu'ici peuvent se résumer à trois procédés : celui de Lebatard, celui de Girard et enfin celui de Magne.

Procédé Dans le procédé de Lebatard, on saisit le talon du pied ma- Lebatard. lade dans la paume de la main du côté opposé, puis on fait basculer de bas en haut et d'arrière en avant le pied en exerçant une forte traction sur le tendon d'Achille. Dans cette manœuvre, le pouce de la main s'étend le plus possible sur tout le gonflement tibio-tarsien, et s'efforce de ramener en arrière de la malléole externe tous les tissus qui en sont le siège. La main opposée exécute des mouvements analogues sur la malléole interne,

(1) Masse, Traitement des fractures par le massage [Gaz. hebd. des se. méd. de Bordeaux, 3 juillet 1887, n» 27, p. 299).

Procédô de Girard.

Procédé de Magao

puis, lorsque les malléoles ont repris leur forme naturelle, les doigts, par des pressions sur le tendon d'Achille, tendent à dégager ce tendon.

Le procédé de Girard est moins brutal que celui de Lcbatard; il consiste dans les effleurements avec le bout des doigts; après dix ou quinze ou même vingt minutes, on passe au deuxième temps qui comprend un pétrissage des parties périmalléolaires que l'on fait de bas en haut de l'extrémité des orteils jusqu'au tiers supérieur du tibia, puis on termine par quelques mouvements de l'articulation.

Le procédé de Magne, adopté par Estradère, est intermédiaire entre les deux. On commence par des frictions dont on augmente graduellement l'intensité; au bout de trente à quarante minutes, on fait mouvoir l'articulation comme dans le procédé Lebatard, puis on termine par un massage de quinze à vingt minutes. La durée totale de l'opération est de près de deux heures.

Gomme vous le voyez, messieurs, cette pratique du massage est des plus simples, elle réclame du médecin d'abord un bon diagnostic, puis de l'énergie, enlin de la patience.

Busch, qui a fait dans le Ziemsen's Handbuch un bon travail sur le massage, veut que dans l'entorse ces manœuvres aient les trois buts suivants : d'abord, de ramener toutes les parties dans leur situation normale, et il rappelle à cet égard la pratique d'un de nos chirurgiens, Ravaton, qui, dans les cas d'entorse, faisait écarter par des hommes vigoureux les deux surfaces articulaires, et appliquait alors les mains en bracelet autour de l'articulation ainsi distendue. Le second effet du massage est de diminuer et de faire disparaître le spasme musculaire qui accompagne toujours la distorsion articulaire; ici, ce sont les pétrissages de ces muscles qui agissent le plus efficacement contre cet état spasmodique. Enfin, le troisième effet consiste dans la disparition de l'épanchement sanguin qui accompagne les entorses et qu'on fait disparaître par des frictions qui vont de Pextrémité du membre vers sa racine.

Quant aux résultats obtenus, les statistiques sont des plus favorables et dans celles qui ont été données par MuUier et Mol- dansTentofse 1er on voit que, tandis que l'immobilisation et la glace obtiennent la guérison de l'entorse en une moyenne de vingt-cinq jours, c'est en neuf jours que le résultat est obtenu par le massage.

Dans l'armée prussienne où le massage est obhgatoire dans un

Résultats

76 SIXIÈME CONFIÎinENCE.

certain nombre (l'affections, et en particulier dans l'entorse, l(;s médecins militaires dans leurs rapports semestriels, doivent faire connaître les résultats obtenus par cette méthode. Si on s'en rapporte à cet égard aux communications de Slarke, Gassner, Brurbcrgcr, Gerst, Kôrner, on voit que la durée moyenne des entorses où l'on n'a pas employé le massage a été 27,3 jours et avec le massage de 8,9 jours, ce qui constitue un bénélice de 18,4 jours pour les entorses traitées par la massothérapie. Il serait à désirer que cette môme pratique devînt obligatoire pour les médecins de notre armée.

Je dois reconnaître cependant que mon collègue et ami le docteur Marc Sée considère la compression faite avec une bande élastique comme donnant dans l'entorse des résultats supérieurs à ceux du massage (i).

Avant de passer aux applications du massage à la médecine, je vous dois quelques indications sur les bénéfices qu'a tirés l'oculistique de la massothérapie. Dans les kératites, les opacités de la cornée et même dans le glaucome, les massages circulaires faits à l'aide de la paupière que l'on saisit près de son bord ciliaire, bord que l'on promène rapidement sur le globe oculaire, en faisant avec lui des frictions rectilignes ou circulaires, donneraient, suivant Donders, Pagenstecher, Klein, Mauthner, les meilleurs résultats.

Applications J'arrive aux applications médicales du massage. Ces applica-

mcdicales. . , i i i , i i- • • i

lions sont des plus nombreuses et nous les diviserons, si vous le voulez bien, en plusieurs groupes; d'abord le massage dans le traitement de la douleur, puis dans les affections articulaires et musculaires, ensuite dans les névroses, et enfin dans certaines affections viscérales.

Bu massage Comme je vous l'ai déjà dit, c'est par un mouvement instinctif névralgies. quB l'hommc s'cfforcc de soulager la douleur par la friction, et l'on a vu dans certaines formes de tics douloureux de la face ou de sciatiques rebelles, les malades s'entamer la peau à la suite de ces frictions énergiques; on a régularisé et méthodisé cette pratique et je vous parlerai ici surtout de ce mode de traitement dans la sciatique et la migraine.

C'est Scbreiber qui nous donne à l'égard du traitement de la sciatique les règles les plus précises. Le traitement de la sciatique.

(1) Marc Sée, De l'entorse et de son traitement. Paris, 1884.

tel que l'entend Schreiber, comprend des massages, l'application Traitement

de certains appareils et enfin des mouvements passifs (1), théîaplque

Les appareils se composent d'un chevalet, d'un lit mécanique mécano-

et de solives. Le chevalet est un appareil très simple et se com- deî'ascm'tiquc pose de deux montants percés de trous et qui permettent d'élever à des hauteurs variables une poutre horizontale. La figure ci-jointe vous montre les dispositions de ce chevalet (voir fig. i2).

Fig. 2.

Quant au lit ou banc (voir fig. 3), il est d'une construction très facile, et j'en reproduis ici le dessin qu'en donne Schreiber : il se compose, comme vous pouvez le voir, de dilîérents segments que l'on élève ou que l'on abaisse à volonté à l'aide de crémaillères; on place le malade sur ce lit, comme le montre le dessin de la figure 4. Quant aux poutres, elles ont 1 mètre de long, 6 centimètres d'épaisseur et 12 centimètres de large.

Voici comment l'on utilise l'ensemble de tous ces moyens mécaniques associés à ce massage pour la cure de la sciatique. Je

(1) Schreiber, Traité pratique du massage et de la gymnastique médicale. Paris, 1884.

SIXIIÏME CONFÉRENCE.

ne vous en ferai pas ici l'énumération par jour, comme Schreil)cr, qui a fixé minutieusement les manœuvres jusqu'au trentedeuxième jour, mais je vais vous en donner un rapide aperçu :

Fig. 3.

Le premier jour, on place le malade devant le chevalet, puis, après avoir placé la barre de bois au plus bas des deux montants, c'est-à-dire près du sol, on dit au malade de placer le pied de la

Fig. 4.

jambe atteinte sur la barre transversale, soit en se tenant aux deux montants, soit sans se servir de cet aide, et s'il ne peut y arriver, le médecin prend le pied du malade et le dépose sur la barre transversale ; on renouvelle cette manœuvre dix fois. Puis on place le malade sur le lit spécial comme le montre la

figure 4, et on lui l'ait exécuter des mouvements passifs qui consistent à fléciiir les cuisses sur le tronc et à élever la jambe sur la cuisse ; on renouvelle ces mouvements une vingtaine de fois. Enfin, on fait un massage très doux qui consiste le premier jour en de simples effleurements sur les points les plus douloureux.

Le second jour, on renouvelle les manœuvres en insistant davantage sur le massage, et on commence alors à pétrir les muscles douloureux. Quant auï mouvements passifs, on écarte la cuisse de la ligne médiane.

Puis, les jours suivants, on augmente les mouvements d'une façon progressive et on élève la poutre du chevalet de manière que le malade ait à atteindre avec le pied une hauteur de plus en plus grande.

A la fin de la première semaine, on fait agenouiller le malade avec une jambe sur un petit banc et on commence les exercices avec les poutres dont je vous ai déjà donné les dimensions.

On les place sur le sol, à intervalles réguliers, et on fait marcher le malade dans l'intervalle des poutres en évitant que le pied ne les choque. Enfin, comme mouvements passifs, vous faites exécuter des mouvements de rotation à la cuisse malade.

Tel est le traitement mécanothérapique et massothérapique de Schreiber ; il est, comme vous le voyez, un peu compliqué et un peu prolongé, il ne peut donc s'appliquer qu'aux cas de sciatique rebelle, à ceux qui ont résisté aux pointes de feu ou aux pulvérisations de méthyle, aussi je ne saurais trop vous le recommander dans ces sortes d'affections.

Cette pratique du massage est applicable à toutes les autres névralgies, mais les manœuvres sont variables suivant leur siège, et parmi ces affections douloureuses, je vous signalerai surtout les bons effets du massage dans le traitement de la migraine. Ce sont surtout ici les muscles de la tête que l'on masse, et ce massage se fait avec la pulpe des doigts ; c'est la pulpation de Laisné, qui se compose d'une série de tapotements comme si l'on jouait du piano sur les différents points de la tète. II faut une certaine dextérité pour exécuter cette manœuvre qui, si l'on en croit les expériences de Romberg, de Dubois-Reymond et surtout du docteur Weiss, donnerait d'excellents résultats.

Nostrôm, qui s'est occupé tout particulièrement de cette question du massage dans la migraine, veut que cette migraine dépende de noyaux d'induration résultant d'une myosile aiguë ou

Traitement

de la migraine

par le massage.

80 SIXIIOME CONFÉRENCE.

chronique, placés en voisinage des brandies du nerf trijumeau. Aussi rccommande-t-il défaire porter ce massage exclusivement sur ces foyers d'induration que l'on doit recliercher avec le plus grand soin. C'est là la prali(]ueadopt('e par Me7,geretscs<5lèves(l).

Lucas PardingLon est revenu encore tout récemment sur ce traitement de la migraine par le massage, et il a signalé l'exemple d'un homme de vingt-six ans atteint d'hémicranie grave et rebelle à tous les moyens de traitement, qui fut guéri en trois jours par des séances de massage de vingt minutes sur tous les points de la tôtc et du cou affectés (2). Traitement Pour les affcctioHS articulaires, on peut dire que toutes raiariioiiiaires dcurs articuIai rcs , arthrite chronique, engorgement periartiar le massage culaire, synovitc chronique, rhumatisme sous toutes les formes, sont tributaires d'un traitement par le massage.

Il est bien entendu que la massolhérapie ne doit intervenir qu'à une période donnée de la maladie, lorsque tous les phénomènes inflammatoires aigus ont disparu. Autant il est dangereux de masser une articulation atteinte de phlegmasie intense, autant il est avantageux de le faire lorsque les symptômes inflammatoires tendent à disparaître, et vous voyez à chaque instant dans notre service, grâce aux soins de notre élève M"^ Chappat, les résultats remarquables que nous obtenons du massage dans le traitement de ces suites de rhumatisme qui sont si longues et si pénibles.

Ici l'action du massage est double, non seulement on ramène le mouvement dans l'articulation, mais encore on dissout les engorgements et les adhérences périarticulaires. Les manœuvres en seront variables suivant les articulations, mais toutes auront le même but : rétablir progressivement les mouvements articulaires d'une part, et de l'autre ramener l'articulation à sa première forme. Il en est de même des affections musculaires, atrophie et contracture ; dans ces cas, le massage se montre supérieur à la gymnastique.

Traitement Dans son intéressant travail sur le massage, William Murrel par'io^^'^* insiste longuement sur les bénéfices que l'on peut tirer du masmassage. g^gg ^^^^ ]^ paralysie infantile, l'ataxie locomotrice, et enfin dans la crampe des écrivains.

(1) Nostrom, Traitement de la migraine par le massage, Paris, 1885.

(2) Pardington, Traitement de la migraine par le massage {the Practitioner, 1887).

C'est à Wolf (de Prancfort-sur-le-M'ein) que l'on doit les Du massage préceptes du massage dans le traitement de la crampe professionnelle. Wolf n'est pas médecin, c'est un professeur de gym- éorWaïas. nastique, et la méthode qu'il préconise consiste en massage et en manoeuvres de gymnastique. Pour le massage, il conseille surtout les frictions et les tapotements. Quant à la gymnastique, clic est active et passive; pour la gymnastique active, ce sont les mouvements brusques qu'exécutent les malades les mains tantôt ouvertes, tantôt fermées, et qui se prolongent pendant une demiheure ; ces séances sont renouvelées trois fois par jour. Les mouvements passifs consistent dans la distension forcée ou plutôt l'élongation des muscles de l'avant-bras ; cette clongation est faite par le malade lui-même qui la renouvelle jusqu'à trois et quatre cents fois par jour. Si l'on en croit Romain Yigouroux, ce traitement ferait disparaître la crampe des écrivains en une quinzaine de jours (1).

J'ajouterai que pour le symptôme crampe, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, le massage paraît souverain, et vous devrez employer surtout ici le pétrissage des muscles et le tapotement.

La paralysie agitante serait elle-même tributaire d'un traitement par le massage, et Berbez signalait récemment à la Société de thérapeutique les résultats favorables qu'il aurait obtenus de ce moyen dans la maladie de Parkinson (2). Sur onze cas de maladie de Parkinson, neuf malades auraient été améliorés, ce qui est beaucoup quand on songe à l'incurabihté presque absolue de cette maladie. Le manuel opératoire se compose, dans ces cas, de frictions, de tapotements et de mouvements provoqués.

Les frictions consistent à prendre entre le pouce et les quatre doigts réunis le corps charnu du muscle et à le presser, en le cirant pour ainsi dire dans le sens de sa longueur de haut en bas et de bas en haut et cela pendant deux ou trois minutes sur le même muscle ou sur le même groupe de muscles.

Le tapotement consiste en flagellations faites vigoureusement et transversalement avec le boi'd cubital de la main sur les muscles.

Les mouvementsprovoqués doivent aller en augmentant, après

1) Romain Vigoureux, De la crampe des écrivains par la méthode de Wolf {Progrès ^nédical, 21 janvier 1S82, n» 5, p. 37). (2) Berbez, Société de tliérapeutique, séance du 8 juin IF87. HYGIENE THKRAP. 2= ÉDIT. 6

Du massage dans la paralysie agitante.

BIXIÈMK CONFERENCE.

Du mnsgago

dnns les nôvroses.

Traitement de

Weir-Mitohel,

Du massage dans les affeclions gcuérales.

Maladies du cœur et du rein.

une série de mouvements partiels correspondant au groupe musculaire que l'on vient de masser. MM. Ber])ez, caries deux frères 80 sont associés dans ces pratiques de massage, affirment que, par ces manœuvres, ils arrivent à combattre surtout la raideur qui est une sensation si pénible chez les malades atteints de maladie de Parkinson, raideur qui frappe surtout les muscles du cou et de la partie supérieure de la colonne vertébrale.

Quant aux névroses, je ne reviendrai pas sur ce que je vous ai dit à propos du traitement de la chorée par la gymnastique, oii l'on emploie plus souvent le massage que la gymnastique proprement dite, mais je veux insister sur l'hystérie, parce que le massage sert de base à une méthode de traitement de celte maladie dont on a parlé dans ces derniers temps sous le nom de méthode de Wcir-MittchcU. Cette méthode est complexe et met enjeu l'isolement du malade, le repos absolu, l'emploi du massage et celui de l'électricité.

Weir-Mitchell commence par isoler totalement ses hystériques du milieu qui les entoure et les met sous la surveillance d'une garde qui ne les quitte pas, puis il les condamne à un repos absolu et à une nourriture spéciale dont le régime lacté et les œufs forment la base. Enfin, il fait intervenir un massage généralisé et quelquefois l'électricité, mais ces deux moyens ne jouent dans ce traitement qu'un rôle absolument secondaire, puisqu'ils ne servent qu'à combattre les effets fâcheux de l'immobilité. Ce traitement a eu peu de partisans en France et il ne peut s'apphquer qu'aux cas extrêmes d'hystérie j rien ne démontre, en effet, qu'il soit supérieur à celui que nous mettons en usage dans ces cas, l'isolement, l'hydrothérapie, et les exercices en plein air. Je reviendrai d'ailleurs sur tous ces points dans une de mes prochaines leçons sur l'hydrothérapie.

Il me reste maintenant à vous dire quelques mots du massage dans les affections générales. Dans les maladies du cœur, le massage vous rendra des services pour combattre les infiltrations séreuses; il en sera de même pour les œdèmes dus aux affections rénales ; je me rappelle avoir vu un fait remarquable à cet égard. Il s'agissait de la femme d'un confrère, atteinte d'une néphrite albumineuse avec œdème considérable des membres inférieurs qui la condaninait à une immobilité absolue. Le massage fit disparaître l'œdème qui ne reparut plus, quoique l'albumine restât toujours en même quantité dans les urines.

APPLICATIONS DE LA MASSOTIlÉnAPIE. 83

Ici IcsefTcts du massage sont doubles, le massage agit d'abord localement et favorise la résorption des liquides épanchés, mais il agit aussi sur la nutrition générale, augmente Fexcrétion de l'urée, et par cela môme combat l'un des effets des altérations chroniques des reins.

De plus, j'ai montré à propos de l'action physiologique du massage que celui qu'on pratique sur l'abdomen augmente notablement l'excrétion des urines. C'est là un effet qui doit entrer en ligne de compte pour expliquer l'action favorable du massage dans les affections cardiaques et rénales.

Mon élève, le docteur Rubens-Hirschberg (i) (d'Odessa), a montré en effet que le massage de l'abdomen augmentait la quantité d'urine dans la proportion suivante : tel malade, qui n'urinait que de 1 500 à 1 800 centimètres cubes en vingt-quatre heures, voyait ce chiffre augmenter sous l'influence du massage jusqu'à 2S00 et même 3000 centimètres cubes. Dans un cas particulier, ce chiffre s'est élevé de 2000 à 5000 centimètres cubes.

Enfin, dans les affections abdominales, constipation etdilatation Affections de l'estomac, on a vu le massage donner d'excellents résultats. Lorsqu'on effet on étudie les observations physiologiques de Chpolianski et de Gopadze, on voit que, par le massage, on active les fonctions d'assimilation du tube digestif et on favorise la marche du bol alimentaire. Les observations cliniques viennent à l'appui des faits constatés par la physiologie.

Pour la constipation, tout le monde est d'accord pour recon- du massa naître que le massage donne de bons résultats. Berne (2) qui a surtout insisté sur le massage abdominal, recommande d'y procéder de la façon suivante : après avoir pétri les téguments abdominaux, puis les muscles abdominaux, on presse doucement sur la région cœcale au moyen des extrémités palmaires des quatre derniers doigts, puis au moyen des poings fermés, on exécute un massage de tout le côlon. Berne veut que ce massage soit à la fois très doux et très profond. 11 recommande de plus de faire uriner le malade avant le massage et d'examiner s'il n'existe ni tumeurs dans l'abdomen, ni calcul dans la vésicule du foie;

(1) Rubens-Hirschberg, Massage de l'abdomen. Bull, de thér., 1887, t. CXIII, p. 248.

(2) Berne, Traitement de la constipation par te massage abdominal, Paris, 1887.

abdominales.

dans la constipation.

MOSHIIRO (lllll!* lu

(Ulalalion do rt'Stumao,

Massage, dans l'amygdalite.

S4 SIXlÈMIi CÛNFitnRNCU.

la durée de chaque sdance doit être de quinze à vingt minutes, Berne, outre l'action mécanique du massage, lait jouer un rôle notable à la sécrétion de la bile ; aussi conseille-t-il de joindre aux manœuvres précédentes des pressions douces au niveau de la vésicule biliaire.

Pour les affcclions stomacales, et en particulier pour la dilatation de l'estomac, le massage donne d'excellents résultats. Depuis plus d'un mois que vous voyez dans notre service le docteur Ilirsclibcrg pratiquer le massage, chez la plupart de nos dilates de l'estomac, vous avez pu voir le bénéfice notable qu'en tirent nos malades, leur digestion s'active, leur clapotement stomacal diminue, leur poids augmente, et cela dans de très notables proportions. C'est donc là une pratique que vous devrez employer en pareil cas. Voici comment le docteur Hirschberg veut que l'on procède dans le massage de l'estomac:

Ayant déterminé, par la percussion et parles limites du clapotement, la ligne inférieure de l'estomac, on produit par la paume d'une ou des deux mains des pressions d'abord légères, puis de plus en plus fortes, en les dirigeant de la partie inférieure et gauche de l'estomac vers le pylore. Puis, en appuyant la pulpe des doigts écartés sur la limite inférieure et gauche de l'estomac, on produit une pression légère en dirigeant les doigts vers la région du pylore. Ces pressions, comme les précédentes, doivent être d'abord très faibles et augmenter progressivement. C'est une espèce de « kammgrifï », et dans les cas où les parois abdominales sont minces, on peut remarquer que ces mouvements provoquent de très fortes contractions de l'estomac. On exécute les pressions et le « kammgriff », pendant cinq à huit minutes, puis on fait du pétrissage et des malaxations de l'estomac. En enfonçant les doigts le plus profondément possible, on cherche à pétrir lentement et légèrement les parties saisies en dirigeant les mains de bas et de gauche en haut et à droite.

Je ne veux pas terminer sans vous signaler aussi les avantages que l'on retire du massage dans les amygdalites chroniques. En exerçant sur l'amygdale tuméfiée, des pressions et des frictions avec le doigt, tandis que la main opposée est placée sur la partie extérieure du cou, on obtient souvent, comme l'a vu Maurel, la disparition de l'engorgement amygdalien.

Telles sont les indications rapides que je voulais vous fournir sur le massage. Je crois que ces indications vous seront pré-

APPLICATIONS DE LA MASSOTUÉlîAPIE. 85

cieuses, car elles vous rendront dans votre pratique de grands services ; pour ma part, je n'ai eu souvent qu'à me louer de les avoir mises en usage.

Dans la prochaine leçon, nous étudierons un des agents puissants de l'hygiène thérapeutique mis souvent en pratique concurremment avec la gymnastique et la massothérapie ; je veux parler de l'hydrothérapie.

DE l'hydrothérapie.

préhistorique.

Messieurs,

Je me propose de consacrer à l'hydrothérapie quatre confé- Historique rences : dans l'une, j'exposerai l'historique do l'hydrothérapie; rhydrodans la seconde, nous étudierons ses effets physiologiques et ses méthodes d'application ; dans la troisième, nous examinerons les bénéfices que l'on est en droit d'en tirer dans la cure des maladies chroniques ; enfin dans la quatrième et dernière, nous nous occuperons d'un des points les plus discutés de l'hydrothérapie, je veux parler de l'application de l'eau froide à la cure des maladies fébriles aiguës.

Comme Ja kinésithérapie, comme la massothérapie, l'hydro- Péiiode thérapie se retrouve à l'origine même de tous les peuples, c'est là une pratique populaire appliquée au seuil de l'histoire du genre humain. Nous voyons même aujourd'hui les tribus qui vivent comme vivait l'homme préhistorique, à l'âge de pierre, utiliser l'eau froide. C'est ainsi que les Fuégiennes se précipitent dans la mer immédiatement après leur accouchement.

Cette tradition populaire du bain froid considérée comme pouvant faire disparaître les souillures dont le corps est imprégné, nous la voyons même se transmettre d'âge en âge, et cela sous la forme de pratique religieuse; l'Hindou qui se plonge dans les eaux sacrées du Gange ou dans les lacs sacrés qui entourent ses temples, les bains de purification ordonnés par la loi de Moïse et par le Talmud, le baptême par immersion de la religion chrétienne, les ablutions exigées par la loi de Mahomet ne sontils pas des preuves certaines de cette tradition ?

Floyer a même soutenu, au dix-septième siècle, que l'on devait le grand nombre de rachitiques et de scrofuleux que l'on voyait

SEPTIÈME CONFÉnn.N'CE.

à cette époque, à l'abandon de la pratique des anabaptistes et des baptistes qui, fidèles aux traditions de l'église primitive, avaient maintenu dans leurs rites le baptême par immersion.

Pôriodo Dans l'histoire du peuple grec, nous trouvons aussi les traces

« u iquo. CCS traditions populaires dans la période fabulique de cette histoire; c'est ainsi que Mélanapc guérit les trois filles de Prétus, roi d'Argos, en les plongeant dans l'eau de l'Anigrus après une course de dix lieues. Les temples d'Hercule où l'on puisait la force dans des immersions d'eau froide représentaient cette môme idée populaire sur l'action de l'eau froide.

Période 1^ f^^t arriver aux Asclcpiades, et en particulier au père de la erocquo. médecine, à Hippocrate, pour avoir des données scientifiques sur l'action de l'eau, et vous trouverez dans le traité des airs, des eaux et des lieux, dans le traité de l'usage des liquides, dans celui de la dicte salubre et du régime, des indications précises sur l'emploi de l'eau en thérapeutique.

Période latine, ^^^is c'est dans la période latine qu'apparaissent les deux fondateurs de l'hydrothérapie, ce sont Musa et Charmis. Musa était, comme tous les médecins latins, d'origine grecque ; médecin

Musa. d'Auguste, il se rendit célèbre en guérissant son impérial chent d'une maladie de foie en le traitant par les bains froids, et vous trouverez dans Suétone ce fait signalé, en ces termes :

Destillationibus fecinore vitiato, ad desperationem redaclus, conlrariam et ancïpilem rationem medendi necessario subiit, quia calida fomenta non proderant, fi'igidis curari coactiis acutore Antonio Musa {{).

Auguste récompensa splendidement son médecin, et, outre une somme considérable d'argent, il lui donna l'anneau d'or qui lui conférait l'ordre équestre, et lui éleva même des statues.

La méthode de Musa consistait à faire des affusions d'eau froide à la suite de bains chauds et de bains de vapeur. Horace, sur l'ordonnance et les conseils de Musa, dut abandonner les eaux chaudes de Baïa pour venir à Clusium, y suivre le traitement des affusions par l'eau froide. On a discuté longtemps et on discute encore pour savoir si Marcellus, traité aussi par Musa, dut sa mort à cette méthode, mais c'est Charmis qui mit le plus de rigueur dans les applications de l'hydrothérapie. Charmis. Charmis était né à Marseille, mais il exerçait à Rome, et Pline

(1) Suétone, Octave-Auguste, 81.

DE L'UYDaOTUÉllAPIE. 89

nous trace le tableau des sénateurs romains grelottant sous l'influence des bains froids que Charmis leur ordonnait. Si Charmis était très rigoureux dans l'application de sa méthode, il se montrait, d'après Pline, très avide d'argent ; il réclama 200 000 sesterces (plus de 40000 francs) comme honoraires, à un malade venu de province pour suivre ses conseils. Comme Musa, Charmis vivait au premier siècle de notre ère.

Los pratiques hydrotliérapiqucs imaginées par Musa et exagérées par Charmis, donnèrent lieu à de très nombreuses discussions, et cent cinquante ans plus tard, Galien nous donne un aperçu de toutes ces discussions par les nombreuses divisions qu'il établit entre les adversaires et les partisans de l'hydrothérapie.

Suivant le médecin de Pergame, les médecins de son époque se divisaient en hydrophiles et hydrophobes. Les hydrophiles se divisaient eux-mêmes en psychrophiles (amis de l'eau froide) et les theimophiles (amis de l'eau chaude). Ces premiers, les psychrophiles, admettaient trois divisions : les psychroliles (partisans des bains froids), les ;i5?/c/iropoto (amis des boissons froides) et les psychropanles (amis de ces deux modes d'administration).

D'ailleurs, Galien se montre partisan des bains froids, mais il en combat l'exagération. Il insiste sur l'utilité qu'on peut tirer de l'emploi de l'eau froide en boisson dans la cure de la lièvre, et il veut que l'on fasse des ablutions d'eau froide sur la tête, tandis que le reste du corps est plongé dans l'eau tiède.

Cœhus Aurehanus, qui vivait, si jamais il a existé, au quatrième siècle de notre ère, signale aussi un nouveau mode de l'emploi de l'eau fi'oide, c'est l'application d'épongés trempées dans l'eau froide sur l'estomac des mélancoliques; nous verrons cette pratique remise en usage de nos jours.

Vous trouverez aussi dans ^tius et dans Alexandre de Traites, des citations prouvant que ces médecins utihsaient les lotions et les aspersions d'eau froide dans la fièvre. 11 est bien entendu que vous trouverez aussi dans la grande compilation d'Oribase, que je vous ai maintes fois citée, tout ce que l'antiquité connaissait sur l'emploi des bains froids.

Puis arrive la période du moyen âge, et comme pour tout ce Moyen âge. qui a trait aux arts et aux sciences, tout disparaît dans cette époque de barbarie pendant un millier d'années, et il faut atteindre le

milieu du seizième siècle pour retrouver les traces des pratiques liydrotliérapiques appliquées à la cure des maladies.

Chose étrange, l'école arabe, qui pendant cette période du moyen ûgc recueille la tradition antique et pour laquelle la religion imposée par Mahomet rendaient obligatoires les ablutions répétées d'eau IVoidc, n'ont pas fait passer ces ablutions du domaine religieux dans celui de la médecine. Seul, Razès conseille dans le traitement de la variole les bains froids. Razès, dont le nom vrai était Bou-Bckr-Mohammcd-Ben-Zakarya-Errazy, outre les bains froids dans la variole, ordonne les bains astringents et les boissons froides contre les métrorrhagies, et l'eau de rose glacée contre les brûlures.

Renaissance. Au seizième siècle, c'est-à-dire au moment de la renaissance, on s'occupe peu de l'application de l'eau froide. Cependant je dois vous signaler, en Italie, Mercurialis, le rénovateur de la gymnastique, qui n'a garde d'oublier les affusions froides et les hénéfices qu'on en retire, et en Espagne, Nicolas Mordane, qui insiste longuement sur l'usage de l'eau froide et de la neige. En France, Ambroise Parc applique l'eau froide à la chirurgie, et montre les bénéfices que l'on peut tirer de l'irrigation dans le traitement des plaies.

Dix-sfipUème Mais il faut arriver au dix-septième siècle, et à la fin de ce siècle

Siècle • "t

en 1697, pour que toutes ces idées éparses sur les avantages de l'eau froide se résument dans un ouvrage entièrement consacré à l'hydrothérapie, et c'est un médecin anglais, Floyer(l), qui Fioyer. est l'auteur de ce traité. Floyer établit même à Lichfeeld, où il exerçait la médecine, le premier établissement d'hydrothérapie qui se composait de deux pièces contiguës. Dans l'une, on obtenait la sudation à l'aide de couvertures chaudes dont on entourait le patient, dans l'autre on appliquait l'eau froide. Dix-huitième Au dix-huitièiîie siècle, toutes ces idées sur l'emploi de l'eau siècle. froide prennent plus de corps, et l'on voit dans les différents pays de l'Europe cette question de l'emploi de l'eau froide s'agiter entre les médecins. C'est en Itahe que la lutte paraît la plus vive. C'est ce qui a fait écrire à un historien de l'époque cette phrase étrange : « que l'eau froide met toute l'Italie en feu ». Cette pratique avait été importée en Italie par deux moines espagnols qui ordonnaient l'ingestion, pour le traitement des ma-

(1) Floyer, An Inquiry into ihe riglil use of baths. London,1C97.

DE l'hydrothérapie. 91 liiJies, de 6 à 40 verres d'eau glacée, et des frictions avec la glace.

En Allemagne, les Hahn jettent les bases de l'hydrothéra- LcGHahn. pic. Le père des Hahn, Sigismond Hahn, qui était né àSchewidnilz, dans cette Silésie qui devait donner naissance un siècle plus tard à Priessnilz, était un partisan convaincu de l'eau froide à l'intérieur et à l'extérieur ; mais c'est surtout son fils Johann Sigismond qui a établi, on peut le dire, les principes de l'hydrothérapie moderne dans un ouvrage qu'il fit paraître en 1743; non seulement il appliquait l'eau froide au traitement des affections chroniques, mais encore aux atfections aiguës et aux fièvres cxanthématiques, et en particulier dans la variole, dans la rougeole, dans l'érjsipèle, etc. Son frère Johann Gollfried von Hahn, qui exerçait à Breslau et que le roi de Prusse anoblit en 1717, a beaucoup moins fait que son frère pour l'hydrothérapie et n'a signalé que les résultats de sa pratique.

A cette même époque, on voit paraître le premier travail fait par un médecin russe, sur l'emploi de l'eau froide que le peuple russe met en usage de temps immémorial, et nous devons ce travail à un médecin de l'impératrice Catherine H, Samoïlowitz, qui emploie avec succès les lotions glacées dans le traitement de la peste qui sévit à Moscou en 1771.

La France ne reste pas inactive dans ce mouvement scientifique qui porte les médecins à utiliser l'eau froide ; les chirurgiens, reprenant la pratique d'Ambroise Paré, conseillent l'emploi de l'eau froide dans le traitement des plaies, et Récollin, Pibrac, de la Martinière, Louis, Poutier, Mopelier, Ghampeaux, Ghambon, suivent l'exemple de Lamorier (de Montpellier) et de Guérin (de Bordeaux), qui, tous deux (en 1732), vantent les effets de l'irrigation continue dans le traitement des plaies. Trois médecins militaires, Lombard, Percy et Larrey, l'introduisent définitivement dans le traitement des plaies par armes à feu.

Mais c'est Pomme qui se montre le plus ardent propagateur et Pommo. le prosélyte le plus fougueux de l'hydrothérapie. Toutes les maladies du système nerveux sont pour lui des affections vaporeuses, et il les soumet toutes à un traitement uniforme qui consiste à plonger ses malades pendant six, douze et quelquefois vingt-quatre heures dans des bains qu'il maintient à une température constante de 10 degrés, en y ajoutant de la glace. Pour

92 SEPTIÈME CONFÉHE.N'CE.

Pomme, toutes les maladies vaporeuses dépendent du relâchement des nerfs, et il combat le racornissement des nerfs par rinliltration aqueuse de ces nerfs qui les relâche. Pomme, outre les hains froids, soumet ses malades à un régime des plus débilitants, et ne leur ordonne que du lait, de la tisane d'orge et du bouillon de poulet.

Curric. Mais c'cst encore, comme au siècle précédent, à l'Angleterre que l'on doit l'impulsion la plus scientifique et la plus clinique des applications de l'eau froide à la médecine, et cela grâce aux travaux de Curric. Currie avait été précédé dans cette voie par Wright (1) qui, dans une traversée de la Jamaïque en Angleterre, avait observé sur lui-même les bons effets de l'eau froide; atteint d'un accès de fièvre pernicieuse, il se guérit en se faisant jeter sur le corps trois seaux d'eau salée, et il appliqua désormais ces ablutions d'eau froide au traitement des fièvres et en particulier au typhus, et publiait en 1797 la plupart de ces observations.

Currie, qui pratiquait à Liverpool, éclairé par l'expérience de Wright, soumet les malades atteints de typhus au traitement par l'eau froide, et rassemble cent cinquante-trois observations dans lesquelles la guérison semble devoir être attribuée à l'action de l'eau froide; il pratiquait des allusions avec de l'eau de mer ou de l'eau salée.

Mais où Currie se montre supérieur à tous ses devanciers, c'est lorsqu'il jette les bases de l'action physiologique de l'eau froide dans le processus fébrile et qu'il établit les premières expériences physiologiques pour étudier comment agit l'eau froide chez l'homme sain et chez l'homme malade. Pour donner plus de poids à ses observations, il fait usage du thermomètre qu'il place soit dans la bouche, soit dans l'aisselle des malades, et il se sert d'un thermomètre très sensible ou bien d'un thermomètre à maxima, de telle sorte qu'en même temps qu'il établit les bases de l'hydrothérapie, il crée la thermométrie clinique.

L'œuvre de Currie est le travail de l'époque le plus considérable et le plus scientifique sur l'hydrothérapie, et, dans bien des points, les recherches ultérieures n'ont rien diminué de la valeur des observations faites par Currie (2). Dans ses ouvrages,

(1) Wright, Médical Fads and Observations. London, 1797.

(2) Currie, As a Rcmedy, in Currie, Médical Reports on the effecls oflhe water cold and warm fébrile diseases. Liverpool, 1797.

DE L'nynnoTnÉnAPiE. 93

où à chaque page il montre les bénéfices que l'on peut tirer de l'emploi des afïusions froides dans le traitement des affections fébriles, il se plaint de l'impuissance des efforts faits pour propager les méthodes utiles à la santé de l'homme. Le médecin écossais ne se doutait pas de la vérité des paroles qu'il venait de prononcer, puisque ses travaux devaient être à ce point ignorés que plus de trente ans après sa mort on attribuait à l'empirique Priessnifz, l'invention de l'hydrothérapie moderne.

Tout était donc pour ainsi dire oublié, et le grand effort de Currie, auquel revient sans conteste la gloire d'avoir établi sur des bases expérimentales et scientifiques l'emploi de l'hydrothérapie, n'avait amené aucun résultat lorsque, au commencement du dix-neuvième siècle, apparut Priessnitz. Et ce que n'avaient pu faire les efforts des médecins les plus célèbres pendant dixhuit siècles, depuis Musa et Gharmis jusqu'à Currie, un simple cultivateur, un humble paysan l'accompht, et, à partir de ce moment, nous voyons définitivement l'hydrothérapie entrer dans la pratique médicale, et cela à ce point, que de nos jours il n'est pas un médecin, dans le monde entier, qui n'ait recours journellement aux pratiques hydrothérapiques.

Je ne sais, messieurs, si vous êtes frappés comme moi de ce fait attristant qui montre combien il faut d'années et d'efforts multipliés pour qu'une pratique utile à la santé de l'homme prenne définitivement droit de cité dans notre arsenal thérapeutique, et combien il faut de travaux et d'existences humâmes pour vaincre la routine et l'indilférence du public médical.

Mais avant de vous parler du guérisseur de Groefenberg et de Dix -neuvième ses procédés hydrothérapiques, je dois vous dire quelques mots d'un ouvrage qui eut quelque retentissement au commencement de ce siècle. Je veux parler de l'ouvrage de Giannini (1) sur le Giannini. traitement des fièvres par l'eau froide.

Le médecin de Milan adopte les idées de Currie et traite les fièvres par l'eau froide, mais il substitue à la pratique de Wright et de Currie, qui consistaient à faire des affusions d'eau froide, des immersions dans un bain froid pendant lesquels il laissait plonger les malades de dix à quinze minutes. Giannini apphque ce ti'aitement à toutes les fièvres. Les bains froids dans les fiè-

(1) Giannini, Délia Natura délie febbri e del Meglior Methodo di eurarle. Milan, 1805.

94 SEPTIÈME CONFÉnENXE.

vrcs inlermittenles combatlent l'accès et en parliculier dans le lyphua, et l'on peut dire qu'il a procédé ainsi, de jdus de cinquante ans, Brandt dans l'application des hains froids au traitement do la lièvre typhoïde.

Prioasuiiz. Vinccnt Pricssnitz était né le 4 juillet 1789, dans une des pauvres cliaumièrcs du village de Groefenberg, situé à 1800 mètres d'altitude entre Glatz et Neiss, près de Friwaldau, dans les montagnes de la Silésic autrichienne. Esprit observateur, habitué depuis longtemps à se servir de l'eau à l'intérieur et à l'extérieur pour la cure des bestiaux placés sous sa garde, Pricssnitz applique d'abord sur lui-môme ce mode de traitement.

Renversé en 4816 par un cheval qu'il ne pouvait maîtriser, il reçut de graves contusions au bras gauche et eut deux côtes brisées. Le chirurgien consulté affirma que l'on ne pourrait jamais arriver à la consolidation de ces fractures de côtes. Priessnilz appuya sa poitrine contre l'angle d'une chaise, et retenant sa respiration fit reprendre aux deux côtes leur première direction; il maintint le tout immobile par un bandage qu'il eut soin d'humecter constamment d'eau, et il guérit promptement. Priessnitz attribua à l'eau tous les bénéfices de la guérison, et on le voit alors, accompagné de son cousin Gaspard Priessnitz, parcourir les diverses localités de la Silésie, et guérir par les mêmes procédés les entorses, les fractures et la plupart des traumalismes qui frappaient dans cette contrée soit les hommes, soit les animaux.

Ces cures firent grand bruit et sa réputation se fit rapidement. Les montagnards, bien entendu, n'attribuèrent pas à l'eau les beaux résultats que Priessnitz en obtenait, et prétendirent que Priessnitz possédait une puissance secrète, presque diabolique; aussi les médecins et les vétérinaires le dénoncèrent-ils et les curés le couvrirent-ils d'anathèmes.

Puis sa pratique grandit et ses méthodes d'application se perfectionnèrent, et l'on vit bientôt les malades accourir de toute part pour suivre la médication imposée par Priessnitz ; pour recueillir tous ces malades qui venaient de tous les points de l'Europe, on construisit des hôtels spacieux qui-prirent la place des pauvres masures du village de Groefenberg. Le gouvernement autrichien, étonné des succès sans nombre qu'obtient le guérisseur de Groefenberg, nomme une commission médicale chargée d'examiner ces résultats, et la commission conclut à l'adoption de la méthode.

DE L'ilYDROTllBnAPIB. 9j

Comblé d'honneur, de fortune et de gloire, Pricssnitz cependant ne paraît pas jouir de sa célébrité; il entoure ses pratiques de formules bizarres pour éloigner les médecins qui accourent de toute part pour suivre et observer sa méthode de traitement, il s'isole de plus en plus et meurt sans laisser un écrit sur sa méthode et sans avoir formé d'élève digne de lui.

Priessnitz était guidé par des idées médicales fort étranges, puisqu'il n'était pas médecin et n'avait jamais appris la médecine. Pour lui, le corps représentait une éponge et les diverses maladies imprégnaient plus ou moins profondément cette éponge, et il suffisait pour guérir la maladie de laver cette éponge ; l'eau apphquée à l'intérieur et à l'extérieur atteignait ce but.

La pratique de Priessnitz comprenait plusieurs parties que nous devons examiner rapidement : c'étaient le régime, l'exercice et l'administration de l'eau froide à l'intérieur et à l'extérieur. Priessnitz proscrivait absolument tous les condiments, sauf toutefois le sel. Il tenait aussi à ce que les aliments fussent pris froids. Aucune boisson alcoolique n'était tolérée à Groefenberg; le thé et le café étaient aussi proscrits. Quant à l'exercice, Priessnitz y tenait beaucoup, mais il repoussait les procédés de gymnastique ordinaire comme pouvant déterminer des accidents, et il leur préférait les exercices du charpentier, a A Groefenberg, tous les malades, dit Schedel, sont pourvus d'une scie, d'un chevalet et d'une hache ; les jeunes personnes, comme les hommes, sont obhgées de fendre du bois. »

Quant à l'eau à l'intérieur, les malades, en vingt-quatre heures, buvaient au minimum 10 et au maximum AO verres d'eau. Avant le déjeuner, on prenait de 4 à 6 verres d'eau, et 2 avant le dîner, le reste était pris entre les repas.

Avant d'appliquer l'eau froide, Priessnitz recourait à la sudation. Pour obtenir cette transpiration, Priessnitz recouvrait le malade de couvertures et d'édredons, une fois la sudation obtenue, on recourait alors aux applications d'eau froide. Ces applications étaient des plus varices. Il y avait d'abord le grand bain d'immersion, puis le bain partiel qui consistait à mettre le malade dans une baignoire contenant une grande quantité d'eau et à le frictionner avec cette eau ; puis des bains partiels, enfin les draps mouillés et les compresses d'eau froide. Priessnitz usait peu de la douche et ne se servait que de la douche en colonne.

Tel était le traitement complexe employé par Priessnitz et

SEPTIÈME CÛNl'ÉHENCE.

que son génie inventif avait su varier à l'inlini ; il suflit de se reporter à l'ouvrage de Scouletten pour voir que les malades entre les mains de Priessnitz étaient occupés depuis quatre heures du matin en été et cinq heures en hiver jusqu'à dix heures du soir, à suivre les prescriptions multiples de l'empirique de Grocfcnhcrg. A partir de ce moment, l'hydiothérapie devient une pratique courante dans les difiérents pays de l'Europe, En France, c'est Baldau {]) qui, en 1840, étudie les méthodes de Priessnitz, et fonde à Paris le premier étahlissement hydrothérapique au château de l'Arcade; puis c'est Scoutetten (2) qui nous fait connaître (1843) la pratique suivie à Groefcnherg. Ensuite, c'est Schedel (3) qui, en 1845, fait paraître son ouvrage sur l'hydrothérapie, et enfin Luhanski (4), qui, en 1847, puhlie les observations qu'il recueillait à l'établissement hydrothérapique qu'il venait de fonder à Pont-à-Mousson. Enfin, Paul Vidar fonde le grand établissement de Divonne, Macario, celui de Lyon, Botlentuit celui de Rouen, et Delmas celui de Bordeaux, et l'on voit ainsi un grand nombre de villes de France posséder des établissements hydrothérapiqucs. Fieuiy. Mais celui de tous ces établissements qui devait imprimer à l'hydrothérapie une marche plus scientifique, c'est à coup sûr celui de Bellevue, dirige par Fleury, qui oppose à l'hydrothérapie dite empirique l'hydrothérapie rationnelle dont les préceptes sont exposés dans son remarquable ouvrage intitulé Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie, dont la première édition date de 1852.

Fleury s'efforce de placer l'hydrothérapie rationnelle à la tête de la thérapeutique physiologique, et base celte hydrothérapie sur des expériences physiologiques conduites avec toute la rigueur scientifique moderne. Il repousse l'emploi de l'eau chaude et de l'eau tempérée, il abandonne en partie les sudations, mais en revanche, il multiplie les formes de douches et augmente considérablement l'arsenal de l'hydrothérapie.

Maintenant que vous connaissez, messieurs, les différentes phases de l'hydrothérapie, vous pourrez apprécier plus exacte-

(1) Baldau, Instruction pratique sur l'hydrothérapie. Paris, 1846.

(2) Scoutelten, De L'eau sous te rapport hygiéiiique et médical ou de l'Iiydrothérapie. Paris, 1845.

(3) Schedel, Examen critique de l'hydrothérapie. Paris, 1845.

(4) Luhanski, Etude pratique sur l'hjjdrothérapie. Paris, 1847.

DE l'uydrotuérapie. 97

ment les principales méthodes mises en usage dans l'application de l'eau froide, et étudier les effets physiologiques de cette médication.

C'est ce que nous ferons dans la prochaine leçon.

HYGIÈNE TntnAr. 2" LDIT.

EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET MODE d'APPLIGATION DE l'hydrothérapie.

Messieurs,

Je désire consacrer cette conférence aux effets physiologiques de l'eau froide et à ses modes d'application ; nous pourrons alors, une fois ces faits bien connus, aborder utilement les résultats que peut donner l'hydrothérapie dans la cure des maladies aiguës et chroniques.

Les effets physiologiques déterminés par l'appUcation de l'eau froide ont donné heu, dans ces dernières années, à de nombreux travaux, dans lesquels je puiserai les éléments de cette leçon. Je vous signalerai, particuhèrement pour la France, les intéressantes recherches de Dehnas (de Bordeaux), de Thermes, de Bolley (de Divonne) (l), etc.; pour la Belgique, les expériences deFredericq (de Liège), et surtout l'intéressant mémoire de Scheuer (de Spa) (2) ; pour l'Allemagne, le beau travail de Wintcrnitz (3) et les expériences si nombreuses de Rœhrig (4), de Rosbach (5) et de Fleischl (6). C'est guidé par ces travaux que

(1) Delmas, Physiologie nouvelle de l'hydrothérapie, Paris, 1880. — Bottey, Études médicales sur l'hydrothérapie, 1886. — Thermes, De l'influence de l'hydrothérapie sur le nombre des globules du sang, Paris, 1878.

(2) Sciieuer, Essai sur l'action physiologique et thérapeutique de l'hydrothérapie. Paris, 1885.

(3) Winternitz, Die Hydrothérapie auf physiologischer und klinischer Grundtage. Wien, 1880.

(4) Rœhrig, Die Physiologie der Haut experimentell und Krilisch Bearbeitet. Berlin, 1876.

(5) Rosbach, Lehrbuch der Physikalischen Heilmethoden. Berlin, 1882.

(6) Fleisch, Untersuchungen ûber die Gezeize der Nervenerregung. Vienne, 1878.

100 nUlTlIiME CONFlilŒNCE.

je baserai celte étude des clFels pliysiologiquos de l'iiydrollicrapic.

Dans celte leçon, je n'étudierai que l'action de l'eau froide agissant momcnlanément sur la surface cutanée, laissant de côlé les eiïcls prolongés de l'eau froide qui consliluent son action anliliiermiqup-, pour m'en occuper lorsque, dans la dernière leçon consacrée à l'Iiydrolliérapie, je m'occuperai du traitement des maladies aiguës fébriles par l'eau froide, EiTcis gôné- Lorsque l'eau froide agit sur l'enveloppe cutanée pendant un douoiio froide, laps de temps plus ou moins court, elle détermine un ensemble de pliénomènes que la plu|)art de vous ont éprouvés, lorsqu'ils ont pris, pour la première fois, une douche froide. Sous l'influence de l'eau froide, on éprouve tout d'abord une sensation d'angoisse quelquefois fort pénible ; les battements du cœur deviennent irrôguliers, la respiration est entrecoupée ; on éprouve une sensation de froid, qui s'étend sur toute la surface du corps, la peau pâlit, devient violacée, un tremblement général se produit. Puis, lorsque l'action de l'eau froide a cessé, ces phénomènes disparaissent rapidement; on éprouve une sensation de bienêtre, la circulation paraît plus active, la respiration plus ample, la peau rougit, sa chaleur s'accroît et l'on éprouve un sentiment de vigueur et de résistance très accusé; c'est à l'ensemble de ces phénomènes que l'on donne le nom de réaction. Tels sont, dans leur ensemble, les symptômes que détermine la douche froide, quand elle est de courte durée.

Mais pour bien apprécier les effets physiologiques de la douche, il faut entrer dans l'examen attentif de chacun de ces phénomènes; c'est ce que nous allons faire, en examinant successivement l'action de l'eau froide sur la circulation, sur la respiration, sur la calorilication, sur l'innervation, et enfin sur la nutrition.

Eiretssnria Pour la circulation, nous aurons successivement à examiner circulation, j'action de l'eau froide sur la circulation capillaire et périphérique, puis ses effets sur le cœur et enfin son action sur la composition du sang.

Effet» sur la Pour la circulation capillaire, l'action du froid, lorsqu'elle est l'pîiiai're" P'issagère, est des plus nettes ; elle tend à diminuer le calibre des vaisseaux du réseau capillaire, puis, lorsque l'action du froid a cessé, à ce resserrement correspond une dilatation qui se produit au moment de la réaction. Mais il faut, pour obtenir ce resscr-

EFFETS ET APPLICATION DE L'uYDROTIIÉRAPIE. 101

renient actif et cette dilatation qui lui succède, que l'action de l'eau froide soit de très courte durée.

C'est par l'intermédiaire du système nerveux et par action réilexe que se produit ce resserrement du réseau capillaire, qui est dû à un double effet, puisqu'on admet des nerfs vaso-dilatateurs et des nerfs vaso-constricteurs. L'action passagère du froid active les fonctions des vaso-constricteurs et neutralise l'action des vaso-dilatateurs; au moment de la réaction , l'effet inverse se produit, les vaso-dilatateurs rentrent en jeu et les vaso-constricteurs sont paralysés.

Cet effet du froid sur la circulation périphérique est basé sur des expériences rigoureuses de physiologie. Je passerai rapidement sur celles de Naumann et de SchûUer, me proposant d'insister plus particulièrement sur celles de François Franck.

Naumann (1) opère sur des grenouilles : il détache toutes les parties du membre postérieur d'une grenouille, de telle sorte que ce membre ne tienne plus au reste du corps que par le nerf sciatique, puis il apphque le froid ou des corps irritants sur le membre ainsi séparé et observe au microscope les effets qui se produisent dans la circulation mésentérique. Il constate alors que, toutes les fois que l'excitation est légère ou l'action du froid passagère, il se produit une diminution de la circulation capillaire, tandis qu'au contraire, lorsque cette action du froid est prolongée ou que les effets irritants sont trop actifs, il se produit une dilatation des vaisseaux. Cette expérience, comme vous voyez, est intéressante, elle met bien en lumière le rôle du système nerveux dans la modification de la circulation, lorsqu'on vient à appliquer, momentanément ou d'une façon prolongée, le froid sur la surface cutanée.

Schùller, lui, opère sur le lapin. Il applique le froid à l'extérieur en lançant une douche sur le ventre et sur le dos de ce lapin, puis il observe les effets qui se produisent sur la pie-mère de l'animal et il constate, comme précédemment, que, lorsque l'action du froid est peu prolongée, il se fait un rétrécissement du réseau capillaire, qui fait place à une dilatation de ce même réseau, lorsque l'action du froid a cessé.

(1) Naumann, Untersuchungen ûber die physiologischen Wirkungen der HautreAze. — Prager. Wierteijahrsschrift, Boind 77.— Zur LeJve von den Re/lex. — Reizen und Deren.— Wirkung, Pflûger's Archiv. f .Physiologie, V, 187^.

Mais ce sont les expériences de François Franck qui nous donnent, à i'ôgard do coite circulation péripliérique, les données les plus intérossantoR, d'abord parce qu'il opère sur l'homme, ensuite parce qu'il emploie un appareil qui permet d'apprécier d'une façon mathématique et môme d'enregistrer les modifications circulatoires.

François Franck (1) se sert non pas, comme on l'a dit à tort, du plêlliysmoçjraphe de Mosso, mais bien d'un appareil imaginé par Buisson, qui n'est lui-mômo qu'une transformation de l'appareil que Piégu avait inventé le premier pour étudier les mouvements d'expansion des membres.

La main est placée dans un vase hermétiquement clos et rempli d'eau; elle y est fixée d'une façon absolue et l'augmentation ou la diminution du membre amène une variation dans le niveau du liquide, qui est transmis par un tambour enregistreur. Lorsque l'on vient à appliquer sur l'avant-bras droit de la glace, tandis que la main gauche est dans l'appareil enregistreur, on voit se produire, au bout de trois secondes, une diminution du volume de la main gauche ; cette diminution s'accentue peu à peu, atteint un certain niveau, puis disparaît progressivement et, au bout d'une minute, la main a repris son volume primitif.

Par une analyse attentive du phénomène, François Franck montre qu'il ne résulte pas d'une action du froid sur le cœur, puis secondairement sur la main, mais d'un acte réflexe ayant son point de départ dans l'impression de froid sur la peau de la main droite, son point de réflexion à la moelle et son point d'arrivée aux nerfs vasculaires de la main gauche. Mosso a repris ces expériences avec le môme appareil et est arrivé aux mêmes conclusions. Cette expérience met bien en lumière l'action du froid lorsqu'il agit momentanément sur la peau, ce froid amène d'une façon certaine la diminution de la circulation périphérique.

On a môme été plus loin dans cette voie expérimentale et Wintcrnitz s'est efforcé de montrer, par des expériences rigoureusement conduites, quels étaient les points de la peau qui avaient une action élective sur la circulation d'un département vasculaire déterminé. Il a montré que l'application du froid sur Je pied entraînait surtout l'abaissement de la circulation intracrànienne ; le froid sur les cuisses agirait, au contraire, sur la

(1) Travaux du laboratoire de M. Marey, année 1878, p. 15.

EFFETS ET APPLICATION DE l'hYDROTUÉRAPIE. 103

circulation pulmonaire; dans le clos, ce seraient surtout les vaisseaux de la pituitaire qui seraient influencés. Ce sont là des faits que nous utiliserons par la suite, lorsque nous étudierons les applications de l'hydrothérapie aux maladies locales.

Scliapman a pris pour hase cette action élective de divers points de la moelle sur la vascularisation de certains organes, pour établir une méthode thérapeutique, qui consiste à appliquer le long de la colonne vertéhrale et en des points déterminés des sacs d'eau chaude ou de glace. Permettez-moi aussi de vous rappeler que les expériences de Winternitz viennent à l'appui de cette pratique populaire qui veut que l'on arrête les épistaxis en appliquant le long du dos un corps froid.

L'action de l'eau froide sur le coeur est tout aussi intéressante Effets sur

• l6 CCBUr*

à étudier; elle a donné heu à de nombreuses expériences que je dois d'abord vous signaler. Rœhrig {]) a surtout bien étudié cette action du froid sur le cœur. Il opérait sur le lapin et apphquait des excitants ou le froid sur l'oreille de l'animal, puis examinait les phénomènes qui se passaient du côté du cœur; il a ainsi démontré que les excitations cutanées passagères augmentent les battements du cœur, tandis que les excitations fortes ou très étendues abaissent le nombre des battements. Les expériences de Winternitz et de Delmas sont encore plus concluantes, parce que ces deux observateurs ont opéré sur l'homme. D'après Winternitz, lorsqu'on applique le froid sur une surface limitée de la peau, il y a une augmentation des battements du cœur qui se maintient pendant trois minutes, puis survient une décroissance progressive.

Delmas a mis encore plus de précision dans ses recherches et dans les expériences qu'il a faites en 1869-1870, il a montré par des tracés toutes les modifications qui surviennent quand on administre une douche. Dès que l'eau froide touche le corps, le cœur est violemment excité, le pouls devient irréguher et précipité. A cette augmentation des pulsations correspond une diminution au-dessous de la normale, diminution qui a lieu et se prolonge pendant la période de réaction.

Ces faits, messieurs, ont une haute importance : ils montrent tout d'abord quel danger on fait courir aux individus atteints

(1) Rœhrig, Die Physiologie der Haut experimentell md Kritisch Bearbeitel. Berlin, 1870.

104 HUIÏlÈMIi CONFIiHEXCE.

d'alfeclions cardiaques, lorsqu'on les soumet à un traitement liyJroLliérapique. Ces dangers ne sont pas imaginaires et on a vu des cardioj)allies mourir subitement sous les premiers effets de la douciic. Aussi Priessnitz^ qui avait assisté à de pareils ac< cidonts, se rel'usail-il L'nergi(|ucmcnt à doucher toute personne qui se plaignait soit de palpitations, soit d'étoulfement. N'élant pas médecin, il ne distinguait pas les anémiques des cardiaques proprement dits, distinction de la plus haute importance, puisque, si riiydrothérapic est interdite aux seconds, elle est, comme vous le verrez, absolument indiquée chez les anémiques et môme ceci me conduit à vous parler des cll'cts de l'eau froide sur la composition du sang.

F.iToia Biir In G'cst à Tliermcs (1) que l'on doit surtout ces recherches. Uti- '^dusang. lisant les procédés de numération et de colorimétrie imaginés par Hayem, procédés qui ont donné à ses études une précision rigoureuse, il a montré que l'eau froide augmentait non seulement le nombre des globules, mais encore la valeur physiologique de chacun d'eux.

EiTets sur la L'action de la douche sur la respiration a été beaucoup moins rcapiration. ^^^jj^g l'aclion sur la circulation, et les résultats des expérimentateurs sont des plus contradictoires. Johnson affirme que, sous l'influence d'une douche en pluie froide d'une minute de durée, le nombre des inspirations augmente de 2 à 8 par minute.

Pleniger aurait aussi constaté la même augmentation. Pour Delmas, il y aurait tantôt augmentation, tantôt diminution dans les inspirations sans règle précise. Pour moi, qui ai observé bien souvent ces phénomènes de la respiration sous l'influence de la douche, je crois pouvoir affirmer qu'au début de la douche, il y a arrêt de la respiration, puis à cet arrêt succèdent de grandes inspirations, et quand arrive la période de réaction, les mouvements respiratoires sont augmentés en nombre et en intensité.

Effeu sur la Comme OU pouvait le prévoir, cette double action de l'cau froide

caionûLaiion. circulation et la respiration entraine des modifications

dans la calorification. Mais ces modifications sous l'influence de la douche sont très peu sensibles, et tandis que l'on éprouve des sensations de froid très intense lorsque l'eau froide est projetée sur le corps et de chaleur généralisée lorsque l'action du froid

(1) Thermes, De l'influence immédiate et médiate de l'hydrothérapie sur le nonibre des globules rouges du sang. Paris, 1S78.

EFFETS ET APPLICATION DE l'iIYDROTUÉIIAPIE. 105

a cessé le Uiennométrc indiquerait à peine une dépression de 0°, 2 en moyenne. Mais fait imprévu, pendant la période de réaction, cet abaissement de la température se prolonge, et cela d'autant plus que l'individu prend du mouvement; elle peut atteindre alors 1 degré, et en moyenne elle est de û^jô à O^S et se prolonge deux heures après la douche.

Les expériences que Delmas a faites à cet égard avec une extrême rigueur sont admises par tous les physiologistes, et nous montrent encore une t'ois qu'il ne faut pas confondre les sensations de froid et de chaud que nous ressentons à la périphérie comme indiquant réellement la température du corps. Dans la fièvre intermittente, la période de frisson ne coïncide-t-elle pas avec une élévation thermique? Il en est de même pour les effets de l'hydrothérapie, et tandis qu'à la période de réaction, il nous semble que la chaleur du corps a considérablement augmenté, et que cette augmentation s'accroît avec le mouvement, il n'en serait rien, et nous constaterions, au contraire, une diminution de la température.

Bottey (1), dans de récentes expériences faites à ce sujet, a montré que cet abaissement de la température dépendait de la durée de la douche et de la température de l'eau. Lorsque la douche est très froide, à 8 degrés par exemple, et que la douche a une courte durée, 2 à 3 secondes, l'abaissement de la température est précédé d'une très courte période d'élévation, 0°,! àO'jâ; mais lorsque la douche dépasse dix secondes, on retombe dans les conditions fixées par Delmas, et l'abaissement de la température qui varie de 0°,4 à 0°,5 se prolonge pendant plusieurs heures sans élévation momentanée de la température.

L'hydrothérapie a une action marquée sur le système ner- e(T.;1s sur le veux. Les phénomènes réflexes que détermine l'impression du '^veu.v." froid sur la peau mettent en jeu les cellules nerveuses de la mbelle et amènent un équilibre entre les fonctions cérébrales et les fonctions spinales. Elle modifie aussi la circulation cérébro-rachidienne, et nous verrons que, selon le mode d'apphcation de l'eau froide, nous pourrons en obtenir soit des phénomènes d'excitation et de tonicité, soit des effets de sédation et d'apaisement.

Agissant sur la circulation générale et partielle, augmentant la richesse globulaire du sang, modifiant la respiration et la ca-

(1) Boltey, Éludes médicales sur riiydrol/iérapie. Paris, 1886.

hydrotbérapiques.

nuniÈm conférence.

lorification, déterminant des effets non douteux sur les fonctions des cellules cdrébralcs et s|)inalcs, l'Iiydrolliérapie agit par cela EiTH» siipia môme sur la nutrition générale, qu'elle active dans de notables proportions, et Sclieuer (I) a insisté longuement avec raison sur ce point. 11 montre que le sang chassé de la périph(5rie sous les premiers cfi'ets de la douche est refoulé dans les différents viscères et en particulier dans les organes hémato-poiéliques,pui8, lorsqu'il revient à la périphérie à la période de réaction, l'activité plus grande de la circulation capillaire augmente les combustions chimiques qui s'y produisent. Tous nos tissus participent donc à l'action [bienfaisante de l'hydrothérapie, et on comprend que l'on ait trouvé dans l'eau froide appliquée d'une façon passagère un des plus puissants moyens pour activer la nutrition générale. Voyons maintenant quels sont les modes d'application les plus usuels de cette eau froide. Pesnrocédés Les procédés hydrothérapiques sont extrêmement nombreux, et'pour vous les exposer d'une manière claire et méthodique, je vais être obligé d'établir de nombreuses divisions. Une de ces divisions est celle qui résulte de la pression de l'eau, et nous aurons alors à examiner les procédés hydrothérapiques avec pression, c'est-à-dire les douches et les affusions, et les autres procédés où l'eau est sans pression. L'autre division est basée sur la température; en effet, on n'emploie pas que l'eau froide en hydrothérapie, et vous verrez que tous les degrés de calorie de l'eau sont utilisés depuis son état solide de glace jusqu'à celui de vapeur. De l'eau avec Commençons par la première division, c'est-à-dire lorsque pression, j'gau que l'on utilise jouit d'une pression plus ou moins forte.

Dans ce chapitre rentrent les affusions et surtout les douches.

Les affusions sont peu employées, c'est là le procédé primitif que Wright avait employé pour la cure des affections fébriles. Vous le voyez encore mis en pratique aux bains de mer. Il consiste à jeter avec plus ou moins de vigueur un seau d'eau sur la surface du corps.

Des affusions. Comme intermédiaire entre les affusions et les douches proprement dites, nous pourrions signaler ce que l'on appelle douches en col de cygne et douches en lamé. La douche en col de cygne, qui tire son nom de la forme même du tube qui amène

• (1) Soheuer, De l'action physiologique et thérapeutique de l'hydrothérapie considérée dans les états chloro-anémiques. Paris, 1885.

EFFETS ET APPLICATION DE l'hYDROTHÉ RAVIE. 107

l'eau, projette sur le dos du patient une grande masse d'eau. Quant à la douche en lame, c'est une masse considérable d'eau qui tombe sur le patient, reproduisant ainsi d'une façon artificielle une énorme vague.

Les douches constituent la partie la plus essentielle et la Des douches, plus importance de l'hydrothérapie, en France du moins, car on peut établir à cet égard une différence entre les pratiques hydrothérapiques en Allemagne en celles de notre pays. Fidèle à la pratique de Priessnitz, l'Allemagne fait grand usage des bains partiels, de l'enveloppement, des frictions avec le drap mouillé et utilise peu la douche. En France, au contraire, sous l'influence de Fleury, la douche a pris une part prépondérante dans l'hydrothérapie, à ce point que ces deux mots sont devenus pour ainsi dire synonymes. Marchand (du Tréport), qui a fait de très nombreux et très intéressants travaux sur les douches et sur leur mode d'administration, insiste beaucoup sur la pression de l'eau qui jouerait, pour lui, le rôle le plus important dans l'action thérapeutique de l'hydrothérapie.

Les douches se divisent en douches générales et douches par- Douches génotielles, et les premières se subdivisent elles-mêmes en douches fixes et douches mobiles. Cette division est basée, comme vous le voyez, sur les différentes modifications que l'on a apportées au tuyau qui sert à administrer ces douches, tuyau (en italien dossia) d'où nous avons tiré ce nom de douche.

Les douches fixes les plus employées sont la douche en pluie Des douches et la douche en colonne. On fait un usage presque universel de la douche en pluie. Une pomme d'arrosoir, munie d'un nombre de trous variant de 200 à 300, trous ayant un diamètre de 1 à 2 millimètres, donne passage à l'eau, qui tombe en pluie pluS ou moins fine sur tout le corps du patient.

La douche en colonne consiste en un jet d'eau vertical non divisé, qui tombe sur la tête, puis sur le corps du patient. Je ne vous parlerai ni des douches en lames concentriques, ni de celle en nappe ou en cloches, parce qu'elles sont très peu mises en usage.

Quant aux douches mobiles, elles sont administrées à l'aide Des douches d'un tube flexible, auquel viennent s'adapter des ajutages variables. Le jet le plus employé est le jet simple ou plutôt le jet brisé soit à l'aide des doigts, soit, ce qui vaut mieux, à l'aide d'une palette adaptée à l'ajutage.

llUITlliME CONFi;itENCE.

Douciiespar- Quant aux douches partielles, elles sont extrêmement nom-

tiellos. , II-

breuses : douches vaginales, douclies lombaires, douches anales,

douches rectales; toutes ces douches résultent d'une disposition particulière des appareils, qui permet de limiter à un point donné du corps l'action de l'eau froide.

Il est une douche partielle souvent mise en usage et décrite sous le nom de douche en cercle. C'est môme un appareil que vous trouverez dans tous les établissements hydrolhérapiques bien installés et qui consiste en des cercles plus ou moins nombreux projetant l'eau en pluie sur le corps du malade placé au milieu de ces cercles. Des robinets permettent de limiter à un nombre de cercles donné l'action de l'eau. De l'eau sans Nous arrivons maintenant à l'emploi de l'eau sans pression et

pression. . . , . .

icj nous avons deux grandes divisions : tantôt .'le malade est plongé dans une certaine quantité d'eau, tantôt cette eau est appliquée sur le corps en petite quantité, à l'aide d'épongés ou de linges.

De la piscine. Le type du premier groupe est représenté par la piscine et par le bain. La piscine peut être plus ou moins vaste, à eau courante ou à eau dormante. Quant au bain, il varie aussi selon les circonstances; il peut être général ou partiel, à eau courante ou à eau dormante, d'où bains de jambes, bains de siège, etc.

Du bain et du Priessnilz employait beaucoup le demi-bain et cette pratique demi bain. ^^^^ encore en usage en Allemagne. Glalz (1 ) prétend même qu'il en tire de bons résultats pour apaiser les douleurs des tabétiques. Voici en quoi consiste ce demi-bain : on place le malade dans une baignoire oi'dinaire dans laquelle on a versé 30 à 40 centimètres d'eau froide. Pendant la durée du bain, on a soin de faire des afTusions d'eau froide sur tout le corps et de pratiquer des frictions énergiques avec l'eau du bain ; la durée de ce bain varie entre cinq et quinze minutes.

Des lotions. D'auti'cs fois on applique l'eau à l'aide d'une éponge: c'est ce qu'on appelle les lotions. Les lotions à l'eau froide sont passées du domaine médical dans le domaine de l'hygiène, et les peuples du Nord les pratiquent constamment, en particulier les Anglais, qui, tous les matins, grâce à leur lub, pratiquent sur tout le corps des lotions avec une éponge trempée dans l'eau froide.

(1) Glatz, Étude technique et pratique sut' l'hyL othérapie, Paris, 1887, Dechampel.

EFFETS ET APPLICATION DE L'nYDROTnÉRAPIE. d09

D'autres fois, c'est avec un drap mouillé et essoré que l'on du timp

illé.

mou 11

pralivque des frictions sur tout le corps. D'autres fois encore, on enveloppe toute la surface du corps avec ce môme drap mouillé. Cet enveloppement dans le drap mouillé vous rendra de grands services dans tous les cas où il n'existe pas d'appareil hydrotlicrapique, cas malheureusement trop nombreux. Car, si dans nos grandes villes il existe des établissements hydrothérapiques bien installés, il faut reconnaître que bien des villes de second ordre en sont dépourvues et que dans nos campagnes on n'en trouve aucune trace. Dans ces cas, vous pourrez ordonner avec succès l'enveloppement qui se pratique ainsi :

Vous prenez un drap épais, vous le plongez dans un seau d'eau froide, vous l'essorez, puis, le malade étant debout, vous l'enveloppez complètement, la tête comprise, dans ce drap. Dans le cas où il y a tendance à des congestions du côté de la tête ou chez les femmes où existent des congestions viscérales, vous avez soin de placer les pieds du patient dans l'eau chaude. La durée de l'enveloppement ne doit pas être de plus de quinze à vingt secondes. On retire alors complètement le drap mouillé, on enveloppe le malade dans un peignoir à tissu spongieux et, par des frictions énergiques, on active la réaction.

De même que nous avons eu des douches générales et partielles, des bains généraux et partiels, de même aussi ces applications peuvent être générales ou partielles, constituant des maillots, des demi-maillots, des ceintures, dont Priessnitz usait largement. Priessnitz les distinguait en compresses sédatives et compresses excitantes ; dans le premier cas, on renouvelait ces compresses de manière à s'opposer à la réaction ; dans l'autre cas, au contraire, on les laissait en place de manière k déterminer une réaction très active.

La ceinture humide consiste en une large pièce de toile, assez Delà ceinture longue pour faire trois ou quatrcfoisle tour du corps. On mouille l'extrémité, qui doit être appliquée sur l'épigastre et le basventre, on l'applique en évitant de faire des plis et le reste de la ceinture sèche sert à recouvrir cette portion humide. C'est au même procédé apphqué à tout le corps que l'on donne le nom de maillot ou de demi-maillot.

Voici comment on procède pour l'application du maillot ou du Du maillot, demi-maillot, le demi-maillot ne recouvrant que le tronc et laissant les membres hbres, le maillot, au contraire, recouvrant tout

HUITIÈME CONFÉBENCE.

le corps : Sur un lit de sangle vous ôlendez une couverture de laine, puis sur cette couverture un drap mouillé, que vous avez eu soin de tordre pour en faire sortir l'eau. Vous placez le malade sur le lit et vous l'enveloppez hermétiquement d'abord avec le drap, puis avec la couverture. Mais ici ce n'est pas le froid que vous voulez provoquer, mais, au contraire, une sueur abondante; aussi laissc-t-on le malade ainsi enveloppé deux à trois heures, en augmentant la sudation par l'addition d'un édredon. D'autres fois, on ne se sert pas du drap mouillé et on se contente alors d'entourer le malade de couvertures et d'édredon ; c'est ce qu'on a décrit sous le nom de maillot sec. Do la tempo- Comme vous le voyez, messieurs, l'hydrothérapie n'est pas raiuredeicau. synonyme d'eau froide, elle comprend, au contraire, les applications de l'eau à toute température, et c'est ce qui m'amène à aborder alors la seconde division de mon sujet, c'est-à-dire les procédés hydrothérapiques selon la température. Mais pour que nous nous mettions bien d'accord sur le sens que l'on attribue aux modifications de cette température de l'eau, je vous donne, d'après Delmas, les mesures thermométriques qui correspondent à ces dilférents étals :

Froid excessif de 0" à G»

Très froid de 1° Il iO°

Froid de 11» à 15°

Fraîche de IG» à 20»

Dégourdie de SI» à 25»

Attiédie de 26o à SO"

Chaude de SI» h SS»

Très chaude de 3 6» à 4 0»

Excessivement chaude de Al» à 60° et 70o.

Des douches Cette température de l'eau peut être constante pendant toute ^ conswiTte"'^^ durée de la douche, ou bien, au contraire, elle peut varier pendant cette même durée. Dans le premier cas, nous avons les douches froides, tièdes et chaudes; dans le second, les douches à température décroissante, écossaise et alternative. Quelques mots rapides sur chacune de ces douches. Peu de chose à vous dire des douches froides, tièdes et chaudes. Si la douche froide est encore de beaucoup la plus employée, vous verrez, par la suite de ces leçons, que les douches tièdes et les douches chaudes peuvent nous rendre de grands services.

La douche à température décroissante est très employée.

EFFETS ET APPLICATION DE L'ilYDROTOliRAPlE.

Elle s'adresse surtout aux personnes nerveuses qui éprouvent, sous l'influence de l'eau froide, un tel saisissement, que la douche froide devient pour elles un véritable supplice. Vous commencez donc la douche par de l'eau tiède dont vous abaissez rapidement la température par un jeu de robinets, de telle sorte qu'à la fin de la douche, l'eau est froide. C'est là une pratique excellente, et vous devez toujours la mettre en usage lorsque vous ordonnez pour la première fois l'hydrothérapie chez les personnes très impressionnables.

Ladouche écossaise, qui est très souvent mise en usage, consiste à administrer, au début de la douche, de l'eau à 30 degrés, dont on élève progressivement la température à 40 et même à 50 degrés. Pendant une ou deux minutes, cette douche est ainsi administrée, puis on termine par une douche de quelques secondes de durée avec de l'eau froide.

Dans la douche alternative, on fait succéder très rapidement des jets très courts d'eau chaude et d'eau froide, en commençant toujours par l'eau chaude.

Nous arrivons aiùsi aux applications de l'eau à l'état de vapeur ou bien de l'air surchauffé, qui ressortent plutôt du domaine de la balnéothérapie que de l'hydrothérapie proprement dite : aussi ne vous en ferai-je qu'une rapide énumération.

Ce sont d'abord les étuves qu'on distingue en étuves sèches ou humides, selon que c'est de l'air surchauffé qui amène la sudation, ou bien de la vapeur d'eau, et que l'on distingue aussi en étuves générales ou étuves partielles, selon que l'individu est tout entier dans l'étuve, ou selon que son tronc et ses membres s'y trouvent, la tète étant en dehors de l'appareil. On donne le nom d'encaissement à ce dernier genre d'étuves partielles.

C'est là un procédé très souvent mis en usage pour provoquer la sudation. On peut môme ne pas se servir de la caisse habituelle dans laquelle on place le malade, et, dans bien des cas, on ulihse ce qu'on appelle l'étuve à la lampe. Voici comment est disposé ce genre d'étuve : sur une chaise en bois, dont le siège est percé de quinze à vingt trous, et qui est munie entre les pieds de devant d'une planchette verticale percée de trous et d'un escabeau horizontal, on assoit le malade, que l'on entoure de couvertures, puis, au-dessous de la chaise, on place sur le sol une lampe à alcool à plusieurs becs. C'est là un procédé facile,

Dos douolica à IcmpéraUire variable.

Des douclies décroissantes.

De la douche écossafso.

De la donr.lie alternative.

Application di la chaleur.

Des étuves.

De l'ent-nis.

sèment.

De l'étuve à la laniiic.

^^2 iiuiTiÈMiî coNFi';ni;.\CE.

nécessitant un appareil simple, que vous pourrez mettre en usage en l)ien des circonstances.

Pendant la durée de ces bains d'ctuves, soit sèches, soit humides, intervient l'eau froide ou l'eau chaude, constituant ainsi les bains russes ou bien les bains turcs.

Pu bnin nisso. Dans ic bain russe, c'est une étuve humide constituée par une vaste salle où se trouvent des gradins qui permettent de séjourner à une hauteur variable. Plus on s'élève sur ses gradins, plus la température y est haute; elle varie de 30 degrés à 75 degrés et mémo davantage. Puis, lorsque le corps est couvert de sueur, on se plonge dans une piscine d'eau froide, ou bien on reçoit une douche froide.

Du bain turc. Lc bain turc ou Hammam est différent : au lieu d'être une étuve humide, c'est une étuve sèche qui est mise en usage, et dans laquelle la température s'élève entre 40 et 80 degrés. Puis on fait une application d'eau chaude et un massage prolongé. Ces sortes de bains ont pris, depuis quelques années, une certaine extension, et vous pouvez voir à Paris un établissement de ce genre qui répond à toutes les exigences balnéothérapiques et hydrothérapiqucs.

Des douches Enfin, je dois vous rappeler qu'il e^ciste des douches de vade vapeur, pgm- s'administrent à l'aide d'un tube flexible communiquant avec un réservoir où l'eau est à l'état d'ébuUition.

J'aurai terminé cette longue et fastidieuse énumération de tous les procédés hydrothérapiqucs, quand je vous aurai signalé Delà méiiiodo l^- méthode de Schapman. Si vous vous rappelez ce que je vous de Schapman. ^^^^ précédente leçon, vous vous souvenez sans doute

que la glace a été autrefois ti-ès vantée comme agent hydrothérapique. C'est cette méthode que le docteur Schapman a régularisée en employant des sacs en caoutchouc à un ou plusieurs compartiments remplis de glace que l'on applique le long de la colonne vertébrale, et dans des régions variables de la moelle. Selon l'organe que l'on veut atteindre, Schapman s'est efforcé de fixer avec une grande attention ces régions en se basant sur les travaux de Claude Bernard et de Brown-Sequard, et en utilisant la connaissance de tous les centres nerveux médullaires. Tels sont, dans leur ensemble, les moyens que l'hydrothérapie peut mettre en usage.

Ces différents procédés d'application peuvent être réunis dans un môme local constituant alors ces établissements hydrothéra-

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