POUDRE DE RIZ ET FARDS
E tout temps, le beau sexe a cherché à embellir et à protéger son teint en poudrant son visage. Chez^ les Romains, cette pratique était poussée si loin, que la plupart des coquettes restaient à la maison, la face revêtue d'épaisses couches de pâte : c'est ce qu'on appelait le vullusdomeslicus, le masque au mari. Aujourd'hui que Tart cosmétique s'est affiné, comme tout le reste, la femme se contente le plus souvent de la poudre de riz. La poudre de riz est vraiment reine dans l'arsenal de la coquetterie féminine. Il se consomme aujourd'hui, des quintaux de cette
substance qui n'a d'ailleurs du. riz que le nom,
La plupart de ces poudres actuellement usitées ne sont autre chose que de véritables fards, déguisés sous un agréable euphémisme.
Leur composition, en effet, comprend la craie, le talc, le bismuth, l'albâtre, l'oxyde de zinc, le carbonate de magnésie... Ce sont donc des poudres minérales, d'ailleurs, généralement inoffensives; car, à l'inverse des fards, elles sont bien rarement mélangées à des substances toxiques (céruse, etc.). On utilise ces poudres pour masquer les rougeurs du teint, les cicatrices, boutons, taches de rousseur, etc. .., parce qu'elles adhèrent bien mieux à la peau que les poudres végétales.
De Tamidon de riz, il ne faut point parler, parce qu'il est vraiment trop peu adhérent.
Mais l'amidon de blé devrait, suivant une bonne hygiène, constituer toujours la base des poudres du visage : car il jouit de propriétés adoucissantes et absorbantes que ne possède aucune poudre minérale. De plus, il adhère suffisamment, surtout si l'on y mêle un peu de
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talc pulvérisé en poudre impalpable, ou encore un peu 4e poudre de lycopode, dont la valeur hygiénique est connue de toutes les mères.
Une poudre de ce genre, à base surtout végétale, est précieuse pour protéger la peau contre les températures extrêmes, e^ contre les variations brusques du thermomètre; très utile pour calmer les légères irritations et refouler les efflorescences du tégument externe; indispensable, dans les grandes réunions nocturnes (soirées, bals, théâtres), où le visage, la gorge et les épaules des invités sont plongés dans une atmosphère ardente et viciée, nuisible au plus haut point à cette fleur, si éminemment flétrissable, de Tépiderme.
Il faut rejeter la poudre d'iris, très irritante pour la, péàu, lorsqu'elle est employée seule, ou mélangée dans de trop larges proportions avec la poudre d'amidon. Les poudres du visage ne doivent point, du reste, être trop vivement parfumées : sinon, elles causent volontiers des maux de ^ête et des accidents nerveux, que nous avons -observés surtout chez les personnes usant de poudres parfumées
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avec les essences artificielles de fruits, journellement découvertes par les progrès de la chimie.
Les fards remontent à la plus respectable antiquité. La coquetterie et le désir de plaire ne sont-ils point nés avec Eve ? Dans TAncien Testament^ les Juives emploient, à toutes les pages, le sulfure d'antimoine ; et la reine Jézabel se montre (on le sait) comme une maquilleuse de première classe. Plus tard, nous voyons les Romaines fiiire de 1' « ars ornatrix » ou <^ fucatrix » un abus, dont n'approchèrent jamais, même au théâtre (où le fard est pourtant indispensable), nos artistes contemporaines les plus émaiUées,
Le fard embellit rarement, malgré l'opinion de l'auteur de Wenceslas :
Un visaf^e commun s*embellit par le fard :
Le beau n'a pas besoin de Tornement de Tart.
Toutefois, si l'on use avec habileté, prudence et précaution, d'un fard de bonne qualité, on peut incontestablement rehausser la
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fraîcheur des traîts, et supprimer, avec avantage, de la physionomie les stigmates de la douleur et de la fatigue. En un mot, on doit user du maquillage comme d'un artifice innocent... et intermittent; et non. le transformer en un art décoratif pour récrépir les ruines des années et se soustraire au temps, «cet insigne larron ». A moins, toutefois, que profession n'oblige! Cela va sans dire...
Les principaux fards sont blancs^ rouges, bleus ou noirs. Les fards blancs perdent, chaque jour, un peu de leur importance commerciale, à mesure que les poudres de riz et autres veloutines, fards déguisés^ gagnent davantage de terrain. Il faut se garer comme de la peste de ces fards blancs, admirablement adhérents, couvrant à merveille, et fallacieusement désignés sous les noms de : blanc d'argent y blanc de perle, etc.. Us contiennent la dangereuse et sournoise céruse, et exposent aui plus graves accidents du saturnisme ou empoisonnement par le plomb. Les fards contenant de la céruse sont, d'ailleurs, très faciles à déceler par la réaction suivante : une solution d'iodure de
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potassium leur donne une belle coloration jaune vif. .
Les fards à bas*c de céruse disparaissent, d'ailleurs, il faut bien le dire, de la circulation. Les progrès de l'hygiène publique et les opérations du Laboratoire municipal surtout, les réduiront bientôt, nous l'espérons, à l'état de mauvais rêves.
Avec l*oxyde de zinc ou blanc de Thénard, on peut d'ailleurs faire d'excellents fards blancs, qui ne sont nullement toxiques. Le sous-nitrate ou mieux le sous-chlorure de bismuth (sels également inoffensifs, lorsqu'ils sont chimiquement purs)^ mêlés au talc et écrasés avec l'axonge, le blanc de baleine et la glycérine, dans de certaines proportions, fournissent également un excellent produit. L'albâtre est très employé en parfumerie, et il existe à Paris de nombreux moulins qui pulvérisent peu à peu ies Buttes-Montmartre, pour les emboîter ou embouteiller, graduellement, chez les parfumeurs parisiens. Les expressions gorge et mains d'albâtre ne sont point, on le voit, de «simples licences poétiques.
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Le fard rouge s'emploie liquide (vinaigre de rouge), solide, pulvérulent, en pommade ou en crêpons. D contient parfois les sels les plus dangereux de mercure et d'arsenic, le vermillon (cinabre, sulfure de mercure), ou le réalgar (sulfure d'arsenic). Nous avons fait analyser, dernièrement, un fard rouge d'origine allemande, qui était du vermillon pur.
Ce produit était évidemment destiné à l'exportation seule; car l'Allemagne est bien plus féroce (et avec raison) que notre pays, pour les produits toxiques échappés des parfumeries.
On fabrique un fard rouge excellent et absolument inoffensif, à l'aide du carmin de safranum^ rouge àc carthame. Ce dernier est surtout usité, parce 'que le carmin de cochenille n'est pas aussi éclatant. On a essayé aussi la rosaniline, qui fournit un fard très tenace, trop tenace peut-être, et d'une couleur moins naturelle que le rouge dit végétal.
Le fard bleu (la^ulitè) sert à imiter les veines : il est /ait à l'aide du talc et de l'indigo, bien préférable au bleu de Prusse. Le
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fard noir, ou fard indien^ dont la base est le noir de fumée, sert surtout au maquillage des yeux. Autrefois le fard noir fit tellement fureur, à la cour de Pierre le Grand, que les dames russes s'épilaient complètement les sourcils, pour substituer à leur arc naturel une épaisse couche de plombagine. Aujourd'hui, les crayons pour les yeux servent surtout à agrandir la fente externe des paupières, pour la confection des yeux dits en amande ' .
L'usage habituel des fards est contraire à rhygiène, parce que ces préparations gênent les fonctions de la peau, dont elles bouchent plus ou moins les pores. La peau finit alors par se dessécher et se parcheminer, et la laideur suit : le visage se marque^ pour cette raison, bien vite, au théâtre!
Lorsqu'on use des fards, il faut : i° éviter de généraliser leur application sur une trop vaste étendue du territoire cutané, afin d'entraver le moins possible le fonctionnement de la peau ; i"" se soumettre, dès que l'effet cherché
* Voir notre rapport sur riîxposition d'hygiène de Varsovie : Vhygtène en Pologne.
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se sera produit y à un nettoyage à fond des parties maquillées; 3° enfin et surtout n'employer que des préparations dont on saura pertinemment la parfaite innocuité. A cet égard, nous ne saurions trop recommander à nos lectrices les excellents produits de la maison Dorin (de Paris).