CHAPITRE IV
CE QUI À ÉTÉ PROPOSÉ POUR REMÉDIER AUX INCONVENIENTS DES PISCINES PUBLIQUES. — CE QUI RESTE A FAIRE POUR RÉALISER LEUR PERFECTION AU POINT DE VUE HY- GIÉNIQUE.
Le 8 juin 1993, la Société de Médecine de Paris adopta le vœu suivant : « La Société de Médecine de Paris émet le vœu que des améliorations soient apportées à l’état actuel des piscines parisiennes et que la construction et l'aménagement des piscines futures s’inspirent des derniers perfectionnements observés à Strasbourg et à Luxembourg ».
La construction dé ces piscines proposées comme modèle des perfectionnements à apporter s’appuié sur un principe initial qui est la stricte obligation pour les baïigneurs de passer à la douche avant de pénétrer sur les quais dés bassins de natation. Pour arriver à ce résultat, il y à deux conditions à rémplir : l’une, est une condition pour ainsi dire architecturale, l’autre, une condition de discipline hygiénique. C’est ce qui a été réalisé à la piscine publique de Strasbourg.
. Piscine de Strasbourg. — Cet établissement com-
prend une piscine d'hommes et une piscine de femmes ; il y a des bains en baignoires, des bains romains, des bains de soleil et des bains de chiens.
Chaque piscine est en béton armé, tapissé intérieuremeni de carreaux de faïence. La longueur de la piscine des hommes est de 25 mètres, la largeur de 12 mètres et la profondeur maxima de 3 mètres. Pour la piscine des femmes, ces dimensions sont de 17 mètres sur 9 m. 50 pour 2 m. 80 de profondeur, La capacité du bassin des hommes est de 520 mètres cubes, celle du bassin des femmes de 300 mètres cubes. Une toiture recouvre le tout.
Le renouvellement de l’eau est opéré deux fois la semaine ; lorsqu'on a vidé les bassins, il faut 5 heures pour les remplir. La température de l’eau est de 22 degrés pour les hommes et 23 degrés pour les femmes. Les tuyaux d’amenée et de vidange se trouvent au fond de chaque bassin.
L'eau est pompée, filtrée et désinfectée au moyen de l’ozone. Le débit de la pompe est réglé de façon que, en une journée, toute l’eau de la piscine est filtrée et désinfectée.
La disposition architecturale de l'établissement oblige les baigneurs à entrer d’abord dans les cabines et il leur est absolument impossible de pénétrer directement dans la piscine ; on ne peut ainsi passer sur le pourtour du bassin de natalion que complètement déshabillé, ce qui évite la pollution de l’eau par la boue des souliers. En outre, tout baigneur doit obligatoirement, avant son entrée dans l’eau,
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savonner à fond ses pieds dans un bassin spécial et son Corps sous une douche tiède qui le débarrasse d’abord de sa crasse et lui enlève ensuite toute trace de savon.
Pour arriver à ce résullat, des garçons attachés à l'établissement veillent très scrupuleusement à la stricte observation des règlements et il semble naturel que chacun accepte celte discipline et se soumette spontanément, sans la moindre récrimination à ces mesures de propreté préparatoires.
Des piscines, analogues comme construction et comme perfectionnements existent à Colmar et à Luxembourg, mais elles sont loin d’avoir l’impor-
tance de ceile de Strasbourg.
C’est sur ces données qu'ont été faits les plans de construction de la piscine de la Butte aux Cailles et de la piscine des Tourelles dont nous avons déjà parlé dans un précédent chapitre. Ces établissements ainsi perfectionnés sont, avant tout, des établissements de bains-douches ; c’est en effet sous la douche que le baigneur se lave ; une fois celte opération terminée, il peut aller à la piscine s’il veut se livrer à la natation avant de se sécher et de se rhabiller.
Jusqu'ici, dans la conception des nouvelles piscines, on paraît donc s’être surtoul attaché aux deux améliorations suivantes :
1° L'institution de la douche et du pédiluve préa-
lables obligatoires ; 2° L'alimentation de !a piscine en eau courante.
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Que valent|pratiquement ces deux conditions ? Sont-elles suffisantes ?
1° Système de la douche avant le bain. — Le système du savonnage des pieds et de la douche avant de pénétrer dans la piscine, tel qu’il fonctionne, est le seul moyen d'empêcher l'apport des souillures extérieures à l’eau du bassin, mais il possède un gros inconvénient : vu la quantité journalière des baigneurs, il faudrait créer un nombre considérable de cabines; de plus, un très nombreux personnel est nécessaire pour le fonctionnement et la surveillance de ces bains-douches préalables, ce qui augmenteles frais d’exr loitation déjà lourds. Or, l’accès de ces établissements de bains publics est ouvert à toutes les classes de la société ; c’est une institution démocratique qui doit être accessible à toutes les bourses. On ne pourra donc réclamer à la clientèle qu'un droit d'entrée très minime. Nous irions ainsi au-devant de déficits considérables qui devraient alors être couverts par les municipalités déjà très obérées. C'est ce qui est arrivé à la ville de Strasbourg où l'exploitation de la piscine municipale publique s’est chiffrée par une perte de six cent mille francs pour une année seulement.
2° Système de l'alimentation en eau courante. — Un des procédés d'alimentation des piscines en eau paraît très séduisant ; c’est celui qui consiste à faire passer de l’eau courante dans un bassin spécialement aménagé à cet eflet. On a calculé qu’il faudrait dans ce cas un volume de
200 litres d'eau par personne ; on voit d'ici ce qu’il faudrait faire passer dans une piscine recevant, comme celle de l’avenue Ledru-Rollin, une moyenne de 1.500 personnes par jour. Le débit trop élevé qu'il faudrait obtenir est un sérieux obstacle à cette conception.
La solution du problème semblerait être dans la purification de l’eau.
Les Anglais ont essayé de le résoudre et paraissent y avoir réussi, bien que le fait de stériliser la même eau pendant plusieurs mois et même une année, et de s’en servir tout le temps, ait quelque chose qui heurte un peu l’idée de propreté. Cependant, comme ils filtrent en même temps, on peut, jusqu’à nouvel ordre,considérer leur procédé comme recommandable. Voyons ce qu’il en est.
Procédé anglais de purification de l’eau. — 1] y a une vinglaine d'années, le corps médical anglais avait constaté des cas de contagion de maladies par l'eau des piscines, en particulier des affections de l’appareil respiratoire, des affections gastro-intestinales, de la peau, et surtout des inflammations conjonctivales. Les sociétés de médecine et d’hygiène d’Angleterre, après avoir longuement étudié les moyens d'éviter la propagation de ces affections par l’eau des bassins de nalation, ont obtenu des modifications très importantes dans l'organisation et le fonctionnement des «Swimming Baths ». Leur première préoccupation fut de leur procurer abondammentune eau initiale très claire et très pure. Pour cela, on la
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soumettait à une purification à la fois chimique ,physique et bactérienne, d’où plusieurs opérations : sédimenlation et coagulation des matières en suspension et en dissolution, minéralisation, filtration et stérilisation de l’eau brute avant son arrivée dans la piscine.
Leur seconde préoccupation fut ensuite de purifier quotidiennement l’eau contenue dans la piscine.
Ce système paraît donner de bons résultats car il y a actuellement en Angleterre plus de 100 établissements de balnéation publique qui purifient chaque jour l’eau de leurs bassins. Cette purification quoti-
dienne se fait en trois temps:
19 Aération ;
20 Passage de l’eau sur des filtres à sable;
3° Stérilisation de l’eau à l’aide des hypochlorites ou du chlore. |
D'après le D' Thomas, « Cite Engineer », député de Hull, le procédé qui donne les meilleurs résultats consiste à pomper toute l’eau du bassin puis à la déverser sur un appareil à cadre où la matière organique se trouve oxydée par une large aération produite par des cascades successives. Immédiatement après cette opération, l’eau est envoyée dans des filtres spéciaux (filtres Candy), contenus dans des cuves cylindriques ou rectangulaires en tôle d’acier ; puis enfin elle est traitée par le chlore et les hypochlorites avant d’être renvoyée à la piscine où elle arrivera avec sa température initiale, grâce à la chaleur perdue de la machine.
Toujours d’après le D' Thomas, on aurait cons-
taté qu'après avoir reçu pendant six semaines plus de 40.000 baigneurs, l’eau des bains de New-Bridge, à Newcastle on Tyne, était aussi limpide que l’eau initiale ; sa composition chimique n’était pas modifiée et sa pureté bactérienne était parfaite. Dans d’autres établissements, la même eau initiale, ainsi purifiée quotidiennement, aurait pu être utilisée pendant plusieurs mois et même pendant plusieurs années.
Ces mesures n’ont cependant pas suffi aux Anglais pour sauvegarder la santé des baigneurs, et, d’après eux, si l’on veut faire disparaître d’une façon complète tout risque de contagion, il faut porter son attention sur les points suivanis :
1° La construction et la disposition des locaux ;
2° Le fonctionnement des services des établissemens ;
30 La désinfection des costumes de bains (linges, peignoirs, etc...) ;
4° Les douches préalables des baigneurs ;
5° L'examen médical et l’exclusion des suspects ;
6° L'éducation sanitaire des baigneurs ;
7° Le contrôle bactériologique de l’eau.
L'application de ces procédés anglais paraît extrémement coûteuse ; de plus, l'examen médical de chaque baigneur et l'exclusion des suspects, s’ils sont un excellent système en soi, paraissent peu ou pas réalisables, surtout avec le caractère du Français qui ne manquera pas d'y voir une mesure vexatoire à laquelle il ne voudra à aucun prix se soumettre,
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En outre, le nombre d'étrangers qui afflue aux piscines, surtout à Paris, rendra l’application de cette prescription encore plus compliquée.
Après l'examen de toutes ces mesures, et vu les difficultés de leur application, nous en arrivons à nous demander s'il est véritablement nécessaire d'engager les villes dans des dépenses aussi considérables. On re peut cependant pas laisser les choses telles qu’elles sont.
L'idée de la balnéation en commun, d'abord séduisante, parce qu’elle réunit la question de propreté à celle du sport, paraît devoir être rejetée à l'avenir ; il est en effet déplorable de concevoir la piscine comme un endroit où on se lave en même temps que l’on s’entraîne à la natation, etil faut bien se persuader que la balnéation en commun dans des bassins, même à eau courante, ne peut être praliquée que dans un but sportif, et seulement dans ce but. Les piscines doivent donc être fréquentées uniquement par des sportifs et leur accès ne devra étre accordé qu'après passage préalable par les bains-douches. Ces sportifs devraient, de plus, se soumettre à une discipline rigoureuse dont l’application devra comporter une visite médicale rapide en plus de la douche de propreté. Il faudrait également exiger de tout baigneur qu’il ne se plonge dans l’eau qu'après exonération vésicale préalable et qu'il prenne l’engagement de n'y point évacuer son intestin, Ce contrôle sera évidemment fort difficile à réaliser ; cependant, les vrais amateurs de sports ont
montré bien souvent qu’ils savaient se soumettre à une discipline rigide et ils sont très capables d’accepter loutes ces mesures sans protester.
Il faut donc nettement séparer à l'avenir la question propreté de la question sportive ; en conséquence, nous laisserons uniquement à l'usage des sportifs quelques piscines sévèrement contrôlées et surveillées et qui devront en outre présenter les garanties hygiéniques indispensables suivantes, recommandées et adoptées par le Conseil supérieur d'Hygiène de France dans sa séance du 31 mars 1924 :
1° Pureté chimique et bactérienne de l’eau initiale ;
2 Renouvellement journalier total ou purification quotidienne complète de l’eau, exécutée sous contrôle ;
3 Disposition des locaux, telle que le public ne puisse avoir accès aux bassins de natation qu'après une visite médicale et une douche avec sayonnage ;
4° Etablissement d’un service d'ordre, analogue à ce qui existe dans les théâtres, vélodromes, réunions sportives, etc... pour faire respecter les règlements et la discipline.
Nous pensons que les pouvoirs publics feraient mieux d'encourager les bains douches en cabines séparées qui, seuls, sont capables de permettre un nettoyage du corps d’une façon convenable et hygiénique à peu de frais. De plus, le bain-douche sous une eau à une température convenable, délasse aussi
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bien que l'immersion dans un bassin d’eau tiède.
Ces établissements, d’une conception plus simple et de construction moins onéreuse que les piscines, coûteront beaucoup moins cher à entretenir, et il sera, de ce fait, plus facile d’en doter les différents quartiers ouvriers et populeux.
Ces bains par aspersion permettant un débit d’environ 55 à 10olitres d’eau par baigneur ne peuvent être le véhicule de maladies contagieuses, à la condition toutefois, qu'après chaque douche, la cabine soit lavée, désinfectée, et que le linge sali soit soigneusement lessivé et passé à l’étuve. À la vérité, le bain-douche, rapide et bon marché, est, à notre avis, le seul réellement hygiénique.