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CHAPITRE I

TABLEAU GÉNÉRAL

Les troubles fonctionnels dont se plaignent les neurasthéniques sont à la fois très nombreux et très variés. En s’associant de cent manières différentes, ils réalisent, suivant les cas, des syndromes cliniques d’une diversité très grande. De plus chaque symptôme de la série neurasthénique, considéré isolément, se montre dissemblable d’un cas à l’autre : atténué au point d’être à peu près négligeable chez tel malade, accentué cl .inquiétant chez tel autre, absent chez, un troisième. Il suit de là que pour être en mesure de réglementer convenablement l'hygiène thérapeutique de chaque sujet,

l’hygiène du neurasthénique

le médecin doit, par une enquête attentive, dresser au préalable le bilan des troubles fonctionnels que celui-ci présente et reconnaître la valeur de chacun d’eux. Parmi les troubles, il en est en etl'et de pen d’importance et qu'on est en droit de négliger; par contre, il en est qui, en raison de leur intensité et de la fonction qu’ils intéressent les troubles dyspeptiques entre autres), sont capables de retentir sur l’état général du malade et de contribuer pour une bonne part à l’entretien de l’épuisement nerveux. Nous sommes ainsi conduits à tracer dans cette élude non pas une description méthodique et complète des signes de la neurasthénie, mais un tableau suffisamment explicite des principales modalités que peuvent présenter les grands symptômes de la névrose et les diverses formes que celle-ci est susceptible de revêtir, chacune d'elles, ainsi que nous le verrons, étant appelée à fournir des indications thérapeutiques particulières. Or, dans la pratique, il n’est pas toujours commode de dégager la formule exacte de l’état neurasthénique d’un malade. En effet, on se heurte souvent îî des difficultés qui proviennent du caractère subjectif des symptômes et de l'état mental du sujet.

Il est peu de malades dont l’examen exige autant de patience et de tact qu'en demande celui des neurasthéniques. En présence d'une symploma-

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tologie qui manque presque complètement de caractères objectifs, le médecin n'a d’autre moyen d’information que les dires, les doléances même du patient; or bien peu de sujets sont capables d’une observation précise et d'une appréciation exacte de leurs troubles fonctionnels. Au point de vue de l’habitus extérieur, on a coutume déranger les neurasthéniques en deux groupes : ceux qui sont très déprimés, parlent peu et répondent mal aux questions qu’on leur pose, et ceux qui semblent excités et parlent trop.

Le neurasthénique déprimé, qu'il s’agisse d’un ouvrier victime d’un traumatisme ou d’un homme accablé par quelque affliction, se présente sous un aspect à peu près uniforme et qui frappe dès l'abord. Bouveret en a tracé une peinture fort exacte. « Le patient, dit-il, est pâle et amaigri, il est sans force et sans courage, toujours triste et abattu. Toutes les choses lui apparaissent par le mauvais coté. On le voit rarement sourire. Il va la tête baissée, évitant les regards, son œil est alangui, sans éclat. Il n'ose guère regarder en face celui qui lui parle, et le vague de son regard est comme un signe d’impuissance, un aveu de l’infériorité de sa force morale. Il a toujours la démarche d’un homme fatigué; il est généralement très sensible au froid et vêtu pendant l’été presque

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comme pendant l’Iiiver; sa parole est lente, entrecoupée, traînante; ce neurasthénique n'est pas bavard... » Il l’est si peu que si quelque personne de son intimité l’accompagne, on le voit, dès les premiers mots que lui adresse le médecin, se tourner vers elle comme pour la solliciter de répondre pour lui; ainsi font souvent les paralytiques généraux. Si on le presse de répondre, de s’expliquer sur les causes de son mal, sur le siège de ses souffrances, il le fait brièvement en phrases courtes. « J’ai mal à la tête, j'ai mal à l'estomac, j'ai mal partout, je suis fatigué, je suis faible, je ne puis plus travailler. » Et l'on a grand'peine, du moins à un premier examen, à obtenir de lui quelques détails circonstanciés.

D’autres neurasthéniques se présentent avec toutes les apparences d’une santé parfaite. Ils ont de l’embonpoint, le teint frais, le regard assuré. Ils sont capables d’une certaine activité. Ils ont le geste vif, la parole facile, et dès les premiers mots de l’interrogatoire se lancent avecentrain, on dirait avec plaisir, dans un interminable récit de malaises, de sensations pénibles, quelquefois de douleurs, qui font contraste avec leur bonne mine. Il n’inspirent guère la pitié et passent généralement parmi les personnes de leur entourage, témoins de la variabilité de leur humeur et des

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symptômes qu’ils accusent, pour des malades imaginaires. A en juger par la description de Beard, cette variété de neurasthéniques semble être particulièrement fréquente chez les Américains du Nord. C’est dans celte catégorie de malades que se rencontre le plus souvent le type que Charcot a marqué d'une appellalion pittoresque, « l'homme aux pelils papiers ». Celui-là s'imagine que le médecin « comprendra mal » son état s’il ne lui fait connaître jusqu'au plus petit symptôme de son affection; il a peur d’oublier quelque détail qui pourrait bien avoir son importance; il connaît les défaillances de sa mémoire et doute de ses facultés, ou bien il s'est rendu compte dans des consultations antérieures que le récit de ses maux exigeait trop de temps, et on le voit en présenter dès l’abord, ou après quelque discours, le relevé manuscrit sous forme de liste ou de description compliquée.

Entre ces deux types extrêmes de neurasthéniques que nous venons d’esquisser, il y a, on le conçoit aisément, une foule d’intermédiaires qu'il nous est impossible de décrire ici. D’ailleurs quel que soit le genre auquel ils appartiennent, qu'ils soient excités ou déprimés, les neurasthéniques, même les plus intelligents, qu'ils parlent ou qu'ils écrivent, tracent presque toujours de leurs

Ballet. — Ilvg. du neurasth. ^

troubles fonctionnels une description incohérente et diffuse que le médecin ne doit accepter qu'après en avoir contrôlé les éléments par une enquête attentive. Les uns décrivent minutieusement, avecune insistance qui ne se lasse point, quelques symptômes d’ordre secondaire et signalent à peine ceux d'une réelle importance. D'autres parlent abondamment de leur céphalée, de leur faiblesse musculaire, mais ils cachenL volontiers leur émotivité, leurs craintes puériles, leurs états d’anxiété, et l’impuissance de leurs facultés intellectuelles, tous symptômes dont l'aveu déplaît à leur amourpropre.

La conduite à tenir vis-à-vis de ces malades est donc très délicate pour qui veut acquérir la connaissance exacte de leur état pathologique. 11 importe tout d’abord de gagner leur confiance en écoutant patiemment, comme avec intérêt, le long et confus récit de leurs souffrances. On peut ensuite fixer leur attention sur tel ou tel trouble fonctionnel, et obtenir des renseignements précis sur les caractères et l'intensité de ce symptôme. En procédant ainsi par des interrogatoires méthodiques, prudemment dirigés et souvent répétés, le médecin pourra contrôler peu à peu les dires du patient, séparer le vrai du faux et démêler, en les groupant suivant leur importance clinique, les

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symptômes marquants parmi ceux d'ordre secondaire.

Il convient dans chaque cas de rechercher et d'étudier en premier lieu les symptômes qui sont caractéristiques de l’épuisement nerveux eL qu’on peut appeler fondamentaux.

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