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PRINCIPAUX SYMPTOMES OU STIGMATES DE LA NEURASTHÉNIE

Dans l’ensemble des phénomènes morbides que présentent les neurasthéniques, il est un certain nombre de symptômes que les cliniciens ont été conduits à distinguer, à placer en quelque sorte hors de pair et que les nosographes ont soin de mettre en relief dans leurs descriptions parce que ces symptômes sont en effet plus fréquents et plus caractéristiques que tous les autres. Comparables en cela à certains signes permanents et fondamentaux de l'hystérie, ils méritent bien la dénomination de stigmates de la neurasthénie que Charcot proposa de leur donner : ce sont la céphalée, la rachialgie , 1 asthénie neuro-musculaire , la dyspepsie par atonie gastro-intestinale, Y insomnie, et enfin la dépression cérébrale qu'accompagnent parfois des accidents mentaux particuliers. Les symptômes cardinaux se montrent en général dès le début de

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l’afïection; ils en constituent les premières manifestations et ne disparaissent qu’avec la maladie elle-même. Ils figurent toujours en totalité ou en partie dans le cortège des troubles fonctionnels, quelle que soit la forme clinique sous laquelle se réalise la neurasthénie et quelle que soit sa cause. Les stigmates neurasthéniques sont pour le clinicien des points de repère précieux. Du reste il n'est pas rare qu’ils existent seuls ou à peu près seuls et qu'ils s'associent en un syndrome clinique qui répond précisément à une des formes les plus communes de la maladie. Le médecin devra par conséquent s’attacher à rechercher l’existence de ces troubles fonctionnels primordiaux et à noter chez chaque malade leurs modalités, leurs variations. Quelques-uns d’entre eux, notamment les troubles des fonctions digestives, ceux de l’état mental pourront lui fournir, après une analyse judicieuse de leurs caractères, d’utiles indications au point de vue thérapeutique.

a. Céphalée. — C’est un symptôme commun et qui existe dans les trois quarts des cas. La céphalée des neurasthéniques a des caractères très spéciaux : elle n’est pas douloureuse au sens propre du mol. Il s'agit le plus souvent d’une sensation de pression, de plénitude ou de constriclion qui à la longue

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fi ni L par exaspérer les malades. Il leur semble, disent-ils, qu'ils portent sur la tète une masse pesante ou bien une coiffure trop lourde et trop serrée. C’est ce que Charcot appelait le casque neurasthénique. CeLte céphalée ne s'élend pas toujours à tout le crâne; elle se cantonne assez habituellement à l'occiput {plaque occipitale). Beaucoup de malades, en eil'et, lorsqu'on leur demande où siège leur souffrance, portent aussitôt la main à la nuque; ils incriminent le cervelet. D’autres fois elle se localise au front, aux tempes, au sommet de la tête. Certains neurasthéniques se plaignent surtout d’une sensation de pression, de serrement siégeant à la racine du nez ou sur les globes oculaires. D’autres accusent des sensations de vide ou de corps boitants dans la cavité crânienne. Il leur semble qu’ils ont dans l’intérieur du crâne comme un liquide qui se déplace en divers sens; ils perçoivent souvent, à l’occasion des mouvements de rotation de la tète, des craquements à la nuque, à la partie supérieure de la colonne vertébrale.

La céphalée neurasthénique se montre parfois continue, incessante, mais elle passe le plus souvent par des phases alternantes d'exaspération et d’apaisement qui se règlent en général de la façon suivante : le matin, dès qu'il s’est levé, le patient, frappé d’épuisement nerveux, souffre de la tête: sa

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céphalée redouble surtout d’intensité quand il est à jeun, dans les moments qui précèdent le second déjeuner. Pendant le repas elle se calme cl souvent même se dissipe complètement. Cet étal de bienêtre se prolonge ordinairement un quart d'heure, une demi-heure; à ce moment le travail de la digestion commence à se faire sentir avec tous les malaises qui raccompagnent : la lourdeur de tête reparaît, d'abord violente, puis plus faible jusqu’au soir. Tout travail intellectuel, la lecture, la rédaction d’une lettre, une conversation tant soit peu prolongée, une émotion, le bruit, augmentent la céphalée. Durant les paroxysmes, les malades éprouvent quelquefois une hyperesthésie du cuir chevelu tellement vive qu’ils ne peuvent supporter l’attouchement des cheveux (Beard); ils accusent aussi des bourdonnements d’oreilles, des sensations de vertige. On n’aperçoit pas toujours la cause provocatrice des paroxysmes; ils surgissent parfois sans raison apparente et alternent avec des phases de répit pl us ou moins prolongées, sans qu’on puisse se rendre compte des influences qui régissent ces variations.

b. Rachialgie. — Les sensations pénibles ou douloureuses que les neurasthéniques éprouvent dans le dos, le long de la colonne vertébrale, sont à

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peu près semblables à celles qui constituent leur céphalée. La rachialgie toutefois est moins commune que la céphalée. Elle consiste habituellement en des sensations de pression, de tiraillement ou de gêne qui peuvent occuper les diverses régions de l’épine dorsale, mais qui siègent le plus souvent au niveau de la septième vertèbre cervicale, des vertèbres lombaires ou du sacrum. Cette dernière localisation est à coup sûr la plus fréquente plaque sacrée de Charcol).

Cependant, la rachialgie peut se présenter sous d’autres aspects. Quelques malades accusent sur toute l’étendue de la colonne vertébrale une sensation de raideur vaguement douloureuse ou de courbature qui les gène dans leurs mouvements. Ces sensations profondes, plus ou moins pénibles, s’accentuent généralement sous l'influence de la marche, de la station debout, des mouvements de flexion et de redressement du tronc, et chez les femmes au moment des époques. Parfois, elles s’accompagnent d’une véritable hyperesthésie de la peau; en pareil cas, en exerçant une pression même légère sur la crête des apophyses épineuses, on peut provoquer une douleur vive et comparable à la douleur vive lancinante des névralgies.

Lorsque la rachialgie se montre ainsi intense, réellement douloureuse et tenace, elle est fréquem-

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ment annexép à des sensations de pesanteur dans les membres inférieurs, à des hyperesthésies des organes génito-urinaires. Ce soid ees cas qui ont été décrits par quelques pathologistes sous le nom d'irritation spinale ; l'irritation spinale ne constitue point une espèce morbide distincte, mais une simple modalité clinique de l’épuisement nerveux.

c. Asthénie neuro-musculaire. — L’affaiblissement de l’énergie motrice est un des symptômes les plus communs de la neurasthénie. 11 est peu de neurasthéniques, même parmi les moins déprimés, qui n’aient perdu une part notable de l’activité musculaire dont ils disposaient avant le début de leur maladie. Ce trouble fonctionnel, dans sa forme légère, consiste simplement en une sensation continuelle de fatigue qui existe le malin dès le réveil et que la plupart des malades accusent spontanément. A ce degré, elle n’empêche pas le patient de vaquer, tant bien que mal, à ses occupations quotidiennes. Lorsqu'elle atteint un degré plus élevé, le malade se plaint amèrement de sa faiblesse; il est incapable d’accomplir d’un trait quelque peu prolongé les actes les plus simples sans éprouver aussitôt une lassitude insurmontable. Rester debout, marcher, parler, est pour lui une cause de

fatigue. Il semble que sa réserve de force motrice soit tellement insuffisante quelle s’épuise au moindre effort; suivant la remarque de Beard, ces neurasthéniques sont toujours en imminence de fatigue musculaire : tout les abat. On comprend aisément que ce symptôme, lorsqu'il est quelque peu accentué, puisse troubler gravement l'existence des malades. Il en est que leur impuissance à se mouvoir réduit à abandonner l’exercice de leur profession.

Les recherches ergographiques auxquelles nous nous sommes livré avec Jean Philippe1 nous ont permis de mettre en relief certains caractères objectifs de cette amyosthénie.

Lorsqu’on enregistre au moyen de l'appareil connu sous le nom d’ergographe de Mosso, les mouvements de l’index de la main droite exerçant une traction sur un fil à l’extrémité duquel est suspendu un poids, on constate que les résultats obtenus sont différents chez l’homme sain, chez les malades atteints pour une cause quelconque (myopalhique, névritique ou myélitique) d’atrophie musculaire et chez le neurasthénique.

Chez le premier (individu sain, fig. 1) en faisant

I. G. Ballet, el Jean Philippe, Congrès des aliénistes et neurologistes, Bruxelles, 1903, el Société de Xeurologir de Paris. 5 novembre 1903.

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travailler l’index jusqu’à fatigue complète, la hauteur du tracé exprimant l’énergie de la contraction

Fig. 1.

va en s’abaissant progressivement. Quand cette hauteur approche de 0, si l’on espace la contraction de l’index de dix secondes en dix secondes, on voit que le muscle fléchisseur, non seulement récupère sa puissance d’action, mais cesse de se fatiguer. Les tracés de chacune de ces contractions espacées sont sensiblement de même hauteur.

Fig. •?.

Chez les malades affectés d’atrophie musculaire les choses se passent de la même façon qu'à l’état sain avec celte différence seule que les muscles atrophiés étant capables d’un moindre effort, la ligne d’élévation du tracé est moindre (fig. 2).

Chez le neurasthénique (fig. .’{) il en va autrement. Après le tracé d’épuisement, analogue à

celui du sujet sain, le muscle ou bien ne récupère pas sa puissance d'action, ou il ne la récupère que très lentement. En d’autres termes l’intervalle de dix secondes qui, chez un sujet sain ou atrophique.

Fig. 3.

suffit à permettre au muscle d’éliminer la fatigue produite par la contraction précédente, est insuffisant chez le neurasthénique pour amener le même résultat. La fatigue chez le neurasthénique est plus tenace que chez l'homme sain et même que chez le malade affecté d'atrophie musculaire.

U amyosthénie présente, dans un bon nombre de cas, cette particularité curieuse qu’elle semble se localiser à certains groupes musculaires, ou du moins ne se manifester qu à l’occasion d'un certain nombre de mouvements, En voici quelques exemples frappants : un pianiste est atteint d'épuisement nerveux à la suite d’une émotion violente: entre autres symptômes neurasthéniques, il accuse une laiblesse singulière de ses membres supérieurs : dès qu’il se met jouer du piano, il éprouve, dit il.

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clans toute l’étendue des membres supérieurs, une lassitude douloureuse qui l'oblige rapidement à interrompre son jeu. Or il est capable de faire pendant longtemps des armes et de l'escrime sans ressentir aucune fatigue des bras. Bouveret a rapporté le fait que voici : un homme d’affaires devient neurasthénique après avoir éprouvé une frayeur. Chez lui, l’asthénie neuro-musculaire intéresse à peu près exclusivement les membres inférieurs; il ne peut absolument pas rester debout plus de dix minutes. A ce moment, la sensation de fatigue apparaît si vite et devient telle qu’il est obligé de s’asseoir ou de s’appuyer le genou sur une chaise. Cette localisation de l’amyosthénie aux membres inférieurs est surtout commune dans la neurasthénie féminine. Elle en est parfois le symptôme dominant. Certaines malades obsédées, désespérées par celte faiblesse permanente, renoncent peu à peu à la marche et à la station debout; elles refusent de sortir pour passer leurs journées étendues sur une chaise longue.

11 est un autre caractère de l’asthénie neurasthénique qui mérite d etre souligné, c'est qu’elle ne va jamais jusqu’à réaliser une paralysie véritable et que, dans la majorité des cas, tout en étant plus ou moins continue, elle varie, s’atténue, se dissipe ou s'accroît du jour au lendemain, on pourrait dire

d'un instant à l’autre, et cela surtout sous l’influence de causes diverses, mais qui sont principalement d’ordre moral.

Nous verrons, en étudiant l'état mental des neurasthéniques, que celte impuissance motrice dépend pour une bonne part, au moins chez quelques-uns, d’un trouble purement psychique. Le neurasthénique comme certains ataxiques, comme certains malades affectés de sclérose en plaque ou d’autres lésions organiques de la moelle, amplifie inconsciemment, le trouble dont il est affecté. L’esprit arrive à croire à une fatigabilité et à une impuissance plus marquée que celle qui existe réellement. C’est de la sorle que le psychisme arrive à jouer un rôle important dans la pathogénie des troubles ressentis par le malade. Dans la pratique, celle notion a son importance. Nous montrerons ultérieurement quels profits on en peut tirer au point de vue thérapeutique.

d. Insomnie. — Ce symptôme de l’épuisement nerveux n'est pas rare, mais il est loin d’être constant; il fait souvent défaut dans la neurasthénie féminine, s’observe plus particulièrement dans la forme cérébrale de la neurasthénie lorsque celle-ci s’est développée sous l’influence d’un excès de travail intellectuel, de préoccupations tristes.

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L’insomnie des neurasthéniques se présente avec des caractères variables. Parmi les malades qui en sont affectés, il en est qui, dès qu’ils sont couchés, s'endorment facilement, mais après quelques instants de sommeil ils s’éveillent tout à coup dans un étal d’excitation qui persiste, quelques efforts qu'ils fassent pourse calmer; ils s’agitent, se retournent au lit et ce n'est qu’à une heure avancée de la nuit ou même aux approches du jour qu’ils parviennent à se rendormir; d’autres malades se couchent avec la crainte, la conviction même qu’ils ne dormiront pas. Il leur est extrêmement difficile en effet, et souvent même impossible, de s’endormir même un instant; ils sont tenus éveillés par une sorte d'inquiétude mentale, de cogitation incessante, parce qu’ils ont l’esprit harcelé par un défilé rapide d'images, d idées et de souvenirs vile associés et qu’il leur est impossible de réprimer. Enfin dans un certain nombre de cas, l'insomnie ne peut s'expliquer par rien; c'est l'absence pure et simple du besoin de dormir. Le sujet est calme, il a l’esprit en repos, aucune pensée inquiète ne le tourmente, il lui est seulement impossible de sommeiller.

Les rêves sont très fréquents; ils sont presque toujours pénibles et le patient y joue le mauvais rôle; il est témoin de quelque drame effrayant et

court les plus grands dangers, ou bien il est victime d’un accident grave, se voit poursuivi par des assassins, assiste impuissant à la mort violente de quelque personne qui lui esl chère. Ces cauchemars sont particulièrement fréquents dans les cas d’hystéro-neurasthénie traumatique et dans ceux d'épuisement nerveux consécutifs à des émotions subites et violentes. Ces songes terrifiants secouent les malades, les réveillent brusquement et les laissent dans un étal d’angoisse ou d’émoi qui longtemps s’oppose à la reprise du sommeil. Les rêves des neurasthéniques n’affectent pas toujours ces allures violentes, ils peuvent se prolonger durant la majeure partie de la nuit sans que le sommeil du malade en soit interrompu, mais ce sommeil traversé de songeries incessantes est presque aussi peu réparateur que l’insomnie ellemême, et l’on comprend aisément que le matin dès le réveil, la fatigue cérébrale, le malaise et la céphalée soient tout aussi grands que si le sujet n’avait pas fermé l'œil delà nuit.

e. Troubles digestifs. — États dyspeptiques des neurasthéniques. — Les troubles des fonctions digestives occupent une place très importante dans le tableau clinique de la neurasthénie. Leur apparition marque parfois le début même de la

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maladie; ils persistent le plus souvent autant qu’elle. Légers ou graves, ils contribuent, par les préoccupations, les inquiétudes qu’ils font naître dans l'esprit des malades, par le trouble qu’ils jellenl dans leur alimentation et leur nutrition, à entretenir ou à accroître l’épuisement nerveux.

On sait aujourd’hui, d’après des recherches nombreuses, que les étals dyspeptiques observés chez les neurasthéniques ne répondent nullement à une formule univoque. Depuis la publication du mémoire de Leube sur la dyspepsie nerveuse, maints auteurs, soit en Allemagne, soit en France, ont étudié avec soin cette question. Bien que les conclusions de leurs enquêtes diffèrent encore par quelques points importants, on en peut néanmoins déduire cette donnée essentielle que la dyspepsie des neurasthéniques est loin d’être toujours identique à elle-même et que le trouble des fonctions gastriques d’où elle dérive, de nature variable, diffère effectivement suivant le cas. Il s’ensuit que dans la pratique le médecin doit s’attacher, en utilisant tous les moyens d’information dont il dispose, à préciser autant que possible le caractère et le degré des troubles dyspeptiques présentés par chaque sujet. Une analyse méthodique de chaque cas particulier peut seule le conduire à des déduc-

Ballet. — Ilyg. du ncurasth. b

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lions pronostiques el thérapeutiques d'un réel intérêt.

1. Dyspepsie par atonie gastro-intestinale. — Le type de dyspepsie le plus fréquent est celui auquel on a appliqué les dénominations significalives de dyspepsie par atonie gastro-intestinale (Bouveret ou de dyspepsie nervo-molrice (Mathieu). C'esl par celui-ci qu’il convient de commencer l’élude analytique des troubles digestifs qu’on peut observer chez les neurasthéniques.

Le syndrome dyspeptique dont il s'agit ici est véritablement commun chez les sujets atteints d’épuisement nerveux, et, quoi qu’on ait dit, suffisammenl caractérisé pour qu'on puisse aisément le reconnaître. 11 mérite donc de prendre place parmi les symptômes cardinaux ou stigmates de la neurasthénie. Bouveret a décrit avec raison deux degrés, deux formes de l'atonie gastro-intestinale neurasthénique : la forme légère et la forme grave.

Et cette distinction nous semble parfaitement justifiée par l’observation clinique.

Forme légère. — Dans sa forme légère la dyspepsie alonique n'altère pas d’une manière sensible la nutrition générale des malades. Malgré les troubles digestifs dont il soutire, le neurasthénique conserve scs forces et son embonpoint ; il ne maigrit pas, mais il digère mal. L'appétit est

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généralement conservé. Il se montre seulement inégal, capricieux, et il est à remarquer que ses variations se règlent bien plutôt sur le moral du patient, sur sa disposition d’esprit, que sur l’état de ses voies digestives. L’appétit se maintient lorsque la dépression cérébrale est faible ou nulle, et diminue lorsque le malade est sous le coup de quelque idée triste, de quelque émotion pénible. L'anorexie persistante est une exception.

Il arrive parfois que les malaises débutent immédiatement après l’ingestion des aliments. Et cette apparition précoce des troubles dyspeptiques avait conduit Leube à les expliquer par l’irritation anormale, mais toute mécanique, produite par les aliments sur les terminaisons des nerfs sensitifs de l’estomac. Mais dans la majorité des cas les troubles fonctionnels n’apparaissent qu’une demi-heure et môme une heure après les repas. On observe même assez fréquemment que le malade éprouve aussitôt après qu’il a bu et mangé une sensation de bienêtre général : sa céphalée et sa lassitude se dissipent, il se sent plus fort et plus apte au travail. On a attribué cette amélioration passagère à l’absorption des liquides et au relèvement momentané de la tension artérielle qu’elle détermine. Quoi qu’il en soit, la période d’euphorie ne tarde pas à prendre fin, et dès lors apparaissent les signes

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d'une digestion laborieuse. Le malade accuse à l’épigastre une sensation de pesanteur, de barre ou de gonflement. 11 a la tête lourde, les joues chaudes, le visage congestionné. Le malaise se généralise; il éprouve de l'oppression, des palpitations, en même temps qu’un sentiment de torpeur, d'engourdissement. 11 est incapable de tout travail intellectuel; la marche, le mouvement l'importunent et il tombe parfois dans un état d’accablement soporeux. Durant l'accès dyspeptique, l’abdomen se ballonne dans la région épigastrique d’abord, puis la distension gazeuse s’étend à la zone intestinale, si bien que beaucoup de malades sont obligés de desserrer leurs vêtements. Si l'on procède à un examen direct, on constate par la percussion que la sonorité gastrique dépasse les limites de l'élat physiologique. La dépression brusque de la paroi produit à ce niveau un bruit de clapotement, mais ce bruit n’est perceptible que pendant les premières heures qui suivent le repas; et ceci indique que l’estomac est seulement distendu par le météorisme, mais non dilaté.

Pendant que la digestion gastrique se poursuit, le malade est encore tourmenté par des éructations de gaz inodores. Les renvois, les régurgitations acides sont ici exceptionnels. Enfin au bout de quelques heures, la digestion étant achevée, tout

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rentre dans l'ordre jusqu’au repas suivant, qui ramène la même théorie de malaises et de troubles.

La généralisation du météorisme abdominal et la constipation qui fait rarement défaut chez ces malades, indiquent que l'atonie neurasthénique ne frappe pas seulement l’estomac, mais qu’elle intéresse également l'intestin.

La constipation s’établit souvent dès le début; lorsqu'elle est opiniâtre et résiste à la plupart des purgatifs habituellement employés, il arrive que les malades restent trois, quatre jours et plus sans aller à la garde-robe. Elle s’accompagne alors de météorisme, de sensations de poids ou de tension dans certaines parties de l’abdomen. En pareil cas, elle devient pour les neurasthéniques le sujet de préoccupations hypocondriaques constantes; enfin elle peut à la longue se compliquer d 'entérocolite pseudo-membraneuse comme nous le dirons plus loin.

La motilité de l'estomac n'est pas sérieusement compromise dans celte forme légère de l'atonie; les signes de la dilatation proprement dite font défaut; on ne produit pas le bruit de clapotement par la succussion gastrique, lorsque le sujet est à jeun, et si on introduit la sonde six ou sept heures après le repas, on constate que le contenu sto-

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macal a élé évacué en temps opportun, mais à la longue la résistance de la paroi gastrique finit par être vaincue.

Souvent le premier degré de la dyspepsie alonique n’est que la première étape d’un processus qui aboutit à la forme suivante.

Forme grave. — Dans le second degré de l'atonie gastro-intestinale on retrouve, mais plus développés, plus intenses, les mêmes troubles qui figurent au tableau clinique de la forme légère. La crise dyspeptique qui suit les repas se déroule avec le même cortège de symptômes. Ce qui caractérise avant tout celte deuxième forme, c’est qu elle porte une atteinte sérieuse à la nutrition. Le patient maigrit, s’anémie et perd ses forces; cet amaigrissement est d'autant plus remarquable que la quantité d’aliments ingérés est souvent assez forte et quelle suffirait assurément à l'entretien d’un homme en bonne santé. Il se produit le plus souvent d'une manière rapide. En quelques mois le sujet subit une réduction de poids de 10, l.'i kilos et quelquefois plus. Dans les cas sévères, surtout lorsque l'épuisement, nerveux a élé provoqué par une émotion subite et violente et s’accompagne d’une dépression morale intense, la maigreur est quelquefois extrême; la peau devient sèche et terreuse; le faciès s’émacie cl l’aspect du sujet est celui

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d’un cancéreux arrivé à la période cachectique; et de fait, il arrive fréquemment que ces malades sont considérés comme atteints de cancer gastrique. Un autre caractère remarquable de la forme grave de l'atonie gastro-intestinale neurasthénique, c’est sa ténacité, sa longue durée, sa résistance aux traitements ordinairement dirigés contre les états dyspeptiques; il en est ainsi surtout chez les neurasthéniques avancés en Age. Chez les jeunes gens doués d'une vitalité plus grande, on obtient parfois une amélioration notable de l’état général, mais les récidives sont fréquentes et la guérison, lorsqu'elle se produit, ne s’obtient que par un progrès lent et discontinu.

La motilité de l’estomac est ici plus sérieusement atteinte et il n’est pas rare que sept heures après un repas ordinaire l’estomac contienne encore des aliments. La dilatation toutefois peut faire défaut dans les formes les plus sévères, et dans la plupart des cas elle n'est nullement appréciable qu’après plusieurs années d’état dyspeptique.

~1. Troubles de la sécrétion gastrique. Chimisme stomacal. — Naguère on recourait assez fréquemment chez les neurasthéniques à l’analyse du suc gastrique. Si cette opération a perdu beaucoup de son utilité pratique, ellea du moins servi à fixer certaines questions de chimisme stomacal qui ne sont

pas sans intérêt. A la vérité les cliniciens qui ont étudié les caractères de la sécrétion gastrique chez les malades affectés d’épuisement nerveux sont arrivés à des résultats dissemblables. Nous devons ici rappeler brièvement les conclusions essentielles auxquelles leurs recherches ont abouti.

Dans l’atonie gastro-intestinale des neurasthéniques, Bouveret constate que la sécrétion stomacale a subi des modilications qualitatives importantes. D'après lui, le fait capital, ou du moins celui que l’on peut le mieux apprécier jusqu'à présent, c'est la diminution ou même la disparition totale de l’acide chlorhydrique libre dans le liquide gastrique, à tous les moments de la digestion. « Il est même plus ordinaire, écrit-il, de constater l’absence complète que la simple diminution chez les malades qui sont de vrais neurasthéniques. » 11 ajoute que cette anachlorhydrie est un caractère précoce puisqu’il apparaît avec le premier degré de l’atonie gastro-intestinale ; qu’enfin elle se montre tenace, rebelle au traitement, h' hypochjorhijdrie et l’ anachlorhydrie doivent donc, suivant cet auteur, être considérées comme un élément important de la dyspepsie atonique.

Bouveret remarque cependant que les malades qui présentent la forme légère de cette dyspepsie ne maigrissent que peu ou point, malgré lapertur-

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bation réelle du chimisme gastrique el il suppose ou bien que les sécrétions intestinales et pancréatiques suppléent à l’insuffisance du suc stomacal ou bien que l'acide chlorhydrique existe dans ce liquide, mais en proportion si faible qu’à peine produit il est masqué soit par les albuminoïdes des aliments, soit par les peptones. La peptonisation dans l’estomac serait, dans ce dernier cas, seulement ralentie mais encore possible.

Quant à la proportion de pepsine contenue dans le suc gastrique, elle serait sensiblement égale au taux normal. Enfin l’acidité totale due aux acides organiques et à l’acide chlorhydrique combinés serait un peu supérieure à la moyenne physiologique. Dans les formes graves de l’atonie neurasthénique elle témoignerait, ainsi que le développement des gaz qui se produit dans la cavité stomacale pendant la digestion, de l’existence de fermentations anormales de la bouillie alimentaire, ces fermentations étant elles-mêmes imputables à l’affaiblissement du pouvoir antiseptique du suc gastrique dépourvu d’acide chlorhydrique libre.

Bouveret n’a constaté l’hyperchlorhydrie et l’hypersécrétion que dans un très petit nombre de cas; il estime qu'il s’agit alors d’une association fortuite et que les faits de ce genre doivent être distraits du cadre de la dyspepsie nerveuse alo-

nique proprement dite (Traité dns maladies de l'estomac, 1893).

Les recherches de Mathieu l'ont conduit à des résultats sensiblement différents de ceux qui précèdent.

Dans les cas qui répondent à la forme légère de la dyspepsie nervo-motrice ou atonie gastro-intestinale du premier degré, cet auteur constate qu'assez fréquemment la digestion se fait dans des conditions chimiques à peu près normales, qu'il y a de l’acide chlorhydrique libre, mais en proportion un peu moindre qu’à l’état physiologique, que la pepsine est produite encore dans des proportions qui ne paraissent pas s’éloigner beaucoup des proportions régulières, autant du moins qu'on en peut juger par les digestions artificielles faites à l’aide du suc gastrique filtré; qu'enfin la quantité des acides organiques de fermentation n'est pas sensiblement accrue.

Par contre, dans les cas graves, Mathieu remarque qu’il y a souvent diminution marqué de la sécrétion chlorhydrique, l’acide chlorhydrique étant nul et l'acide combiné en petite quantité; que l’acidité totale est tantôt normale ou supérieure à la normale suivant que la stase et les fermentations font défaut ou que ces deux conditions connexes existent à un degré notable. Mathieu constate

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en outre que l’hyperchlorhydrie peut s’observer chez les neurasthéniques et qu’elle y est assurément moins exceptionnelle que ne le croit Bouveret.

Herzog1 a publié sur ce sujet un travail important. Dans H cas de dyspepsie nerveuse observés à la clinique de Leyden, l’auteur a trouvé que la motilité était affaiblie 9 lois, et normale .'i fois. Des 9 malades dont la motilité gastrique était affaiblie, 3 avaient une acidité normale, 1 une acidité faible et 5 présentaient de l’hyperacidité ou hyperchlorhydrie. Parmi les o malades avec motilité intacte il y avait I cas d’acidité normale et i cas d’hyperacidité. D’après cet auteur, le trouble des fonctions gastriques consisterait donc le plus souvent en un affaiblissement de la motilité avec exagération de la sécrétion et hyperacidité.

Les recherches de Leyden2, de Stiller3 avaient déjà montré que, contrairement à l’opinion de Leube, la dyspepsie nerveuse peut provoquer des troubles graves de la sécrétion et de la motilité.

Malgré les divergences d’opinion qui séparent ces divers auteurs, il ressort clairement de l’ensemble de leurs observations que, dans la pratique,

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