Stiller, Die nervose Ma;/ en Krankhe, 1 SS
il faut s’attendre à rencontrer, dans le groupe des neurasthéniques :
1° Des étals dyspeptiques qui répondent à la forme légère ou grave de l'atonie gastro-intestinale et dans lesquels la sécrétion chlorhydrique est ou normale ou sensiblement diminuée. Dans ces mêmes étals dyspeptiques, la motilité est fréquemment intéressée, mais elle ne l'est le plus souvent qu'à un faible degré et il est rare que ces formes aboutissent à la stase avec grande dilatation permanente telle que l’a décrite Bouchard.
Ce sont là les formes les plus fréquemment observées chez les sujets atteints d’épuisement nerveux.
2° Des états dyspeptiques où dominent l'hyperchlorhydrie et l'hypersécrétion. Or la sécrétion exagérée de l'acide chlorhydrique peut, on le sait, se présenter sous trois aspects principaux : a. l'hyperchlorhydrie simple, qui n'est que l'exagération de l’acidité chlorhydrique au moment de la digestion; b. l’hypersécrétion chlorhydrique permanente continue; c. les crises intermittentes d'hypersécrétion chlorhydrique. Ces deux dernières modalités constituent les deux formes de la maladie de Reichmann. Rappelons brièvement les caractères cliniques propres à chacun de ces types de dyspepsie.
PRINCIPAUX SYMPTOMES OU STIGMATES
Hyperchlorhydrie simple. — L’état général est satisfaisant. L'appétit est généralement conservé et quelquefois même exagéré. Les repas provoquent l’apparition de crises gastralgiques qui apparaissent, non pas immédiatement après l’ingestion des aliments, mais au bout de deux, trois ou quaire heures, c'est là le Irait caractéristique de cette forme d’hyperchlorhydrie.
L’accès débute ordinairement par une sensation de chaleur, de brûlure, localisée à l’épigastre. Puis viennent des renvois aigres, acides, qui impressionnent péniblement la muqueuse de l'œsophage et produisent cette douleur rétrosternale particulière qu'est le pyrosis. Tout peut se borner à cela, mais à ces premiers malaises vient parfois s’ajouter un état de sécheresse de la muqueuse buccale accompagné de soif vive. Bientôt le malade accuse des sensations plus pénibles, des douleurs lancinantes, mais plus longtemps constrictives, « des crampes » qui s’irradient vers les hypocondres, derrière le thorax, dans les derniers espaces intercostaux. Il ne se produit pas de vomissement.
La crise, plus ou moins douloureuse, a une durée variable; elle n’a pas lieu fatalement après chaque repas et c’est après le repas de midi qu’elle se montre ordinairement et qu’elle est le plus accentuée. La plupart des malades n’ont qu’un seul
accès, celui de l’après-midi. Un autre caractère important de la crise douloureuse, c'est qu’elle se calme ou même disparaît après l'ingestion d'un aliment riche en substance albuminoïde, tel que le lait, le blanc d’œuf.
Cette dyspepsie acide s'observe plus particulièrement chez les neurasthéniques héréditaires, chez les descendants de goutteux et qui ont présenté eux-mêmes des accidents de nature manifestement arthritique; ces malades sont capables d'une certaine activité physique et ils n’appartiennent pas généralement à la catégorie des neurasthéniques à dépression cérébrale accentuée.
Forme intermittente de l'hypersécrétion chlorhydrique. — La forme intermittente de la maladie de Reich mann se rencontre très exceptionnellement chez les neurasthéniques. Elle ne se montre guère qu’à titre d’épisode passager et sous l'influence immmédiate de vives préoccupations morales, d’émotions intenses à caractère dépressif. Elle vient ainsi compliquer momentanément l'hyperchlorhydrie simple. Ses caractères essentiels sont les suivants : les accès sont plus ou moins fréquents, séparés par des intervalles dont la durée varie de quelques jours à plusieurs mois. Ils se prolongent durant un ou deux jours, quelquefois plus. La crise débute ordinairement le matin avant
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le premier repas; le malade éprouve un sentiment de brûlure à l’épigastre; il a des nausées et vomit quelques gorgées d’un liquide acide incolore, ou grisâtre, ou légèrement teinté par la bile, qui contient de la pepsine et de l’acide chlorhydrique et digère activement in vitro un fragment d’œuf cuit.
Les vomissements de liquide gastrique se répètent d’abord abondants, puis copieux suivant le degré de l’hypersécrétion stomacale, les boissons ingérées les provoquent; il y a de l'intolérance gastrique, rarement les douleurs sont intenses, mais la soif est vive, l'anorexie absolue. Le ventre est plutôt rétracté que météorisé. Le patient, accablé par les efforts de vomissement, présente un faciès pâle, aux traits tirés; son abattement est extrême pour peu que la crise se prolonge. L’accès cesse brusquement ou d’une manière progressive.
Hypersécrétion continue. — Dans celle forme particulièrement grave, les périodes de complète accalmie font tout à fait défaut. Elle succède assez souvent à l une des formes précédentes de l’hyperchlorhydrie. Il s’agit d’un malade qui souffre de l’estomac depuis plusieurs années et dont les troubles dyspeptiques ont souvent précédé l’apparition des premiers symptômes de l’épuisement nerveux. Interrompus, tout d’abord, par des phases d’amélioration plus ou moins longues, les troubles diges-
tifs sont devenus permanents, les forces du patient ont décliné, il s’est amaigri et, lorsque la maladie est arrivée à sa période d’étal, l’aspect du patient est tout à fait analogue à celui d'un malade atteint d’un cancer à l’estomac.
L’appétit est conservé, mais le malade mange peu afin de ne pas exaspérer ses douleurs; dans la matinée il ne souffre pas, mais trois ou quatre heures après le repas de midi éclate la première crise douloureuse, accompagnée de renvois et de régurgitations acides. Cette crise se prolonge pendant une heure ou deux, jusqu’à ce qu'un vomissement de liquide stomacal acide vienne en marquer le terme. Un second accès semblable au premier et souvent plus violent se produit après le repas du soir vers le milieu de la nuit. Le liquide vomi est en majeure partie composé de suc gastrique : il contient de la pepsine et de l’acide chlorhydrique. Cette hypersécrétion permanente s’accompagne de stase des aliments et de dilatation permanente de l’estomac. L’exploration à la sonde permet de constater, en effet, que, le matin à jeun, l'estomac contient en abondance des débris alimentaires, le liquide extrait après un repas d’épreuve présente une proportion exagérée d’acide chlorhydrique libre.
Tels sont les différents états dyspeptiques que
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l'on peut remarquer chez les malades alleints d’épuisement nerveux. Faut-il considérer toutes ces formes de dyspepsie comme appartenant à la neurasthénie, comme dérivant du trouble intime des centres nerveux qui régit les manifestations de cette névrose? Faut-il penser, comme quelques auteurs l'admettent, que la neurasthénie elle-même a souvent son origine, sa cause première dans l’état pathologique de l’estomac? C’est une question que nous discuterons ultérieurement au chapitre de la pathogénie. Ce que nous voulons retenir pour le moment de cet exposé rapide des modalités que peuvent revêtir les troubles digestifs des neurasthéniques, c’est leur diversité même et, partant, la nécessité qui s’impose au clinicien mis en présence d'un neurasthénique qui sou lire de dyspepsie, de préciser avec soin les caractères de cette dyspepsie, s'il veut être en mesure de réglementer judicieusement l’hygiène alimentaire du sujet.
/'. Dépression cérébrale (état mental). — Maladie générale des centres nerveux, la neurasthénie ne trouble pas seulement les fonctions somatiques; elle trouble aussi les psychiques . Quelle que soit la forme clinique qu’elle revête, elle s’accompagne toujours d’un état mental particulier, qui est même un élément symptomatique de premier ordre. Il
Hallet. — Hyp. du neurasth. w
l’hygiène du neurasthénique
domine souvent le tableau clinique et tient sous sa dépendance une foule de manifestations qui lui semblent au premier abord tout à fait étrangères. Nous ne saurions présenter ici une étude méthodique et complète des accidents mentaux de la neurasthénie; nous en indiquerons seulement les traits principaux et nous montrerons le parti qu'on en peut tirer au point de vue du traitement moral qui convient à cette catégorie de sujets.
Ces troubles mentaux peuvent être rangés en deux groupes comprenant : l'un, les modifications psychiques stables, permanentes, qui constituent le fonds même de l'état mental des malades; l'autre les troubles passagers, épidosiques. qui ne sont en quelque sorte que les accidents éventuels.
D’une manière générale il s'agit d'un amoindrissement conscient de la personnalité, d'une impuissance plus ou moins prononcée de toutes les facultés auxquels s’ajoutent accidentellement des idées fixes et des obsessions.
L 'aboulie, autrement dit l’affaiblissement de la volonté, est un des traits les plus communs de l’état mental des neurasthéniques. Les conséquences de ce trouble psychique sont nombreuses : dans la sphère intellectuelle il entraîne la perte on la diminution du pouvoir cV attention ; les malades sont habituellement incapables de méditer un sujet, de
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coordonner leurs idées avec précision et d’en diriger le cours. Leur pensée s’accroche à des points secondaires, à des détails futiles, il leur arrive de lire des pages entières sans avoir compris ce qu’ils ont lu. Lorsqu'ils se sont livrés, durant quelques instants, à un travail intellectuel un peu compliqué, ils sont tout à coup obnubilés; leur faible pouvoir d’allention s’éclipse comme soudainement épuisé. C'est ainsi qu’on les voit s'interrompre brusquement au cours d’une conversation et déclarer qu’ils ne savent plus ce qu’ils veulent dire, que leur tète est comme vide et sans pensée. La déchéance de leur volonté se traduit encore par des doutes, des hésitations interminables. Rien ne leur est plus pénible que de prendre une décision; souvent c’est de l’affaiblissement de la volonté que dépend l’asthénie motrice, plus encore que d’une débilité particulière des muscles.
La mémoire est également amoindrie chez ces malades. L’évocation des souvenirs est défectueuse parce qu’ils sont impuissants à soutenir l’effort d’attention nécessaire pour la recherche du souvenir perdu; parce que la plupart des événements survenus postérieurement au début de leur maladie sont perçus par eux faiblement et parlant mal rattachés à leur personnalité consciente. Souvent obsédés par quelque idée fixe, quelque préoccupa-
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lion hypocondriaque, ils vivent pour ainsi dire en élal de distraction perpétuelle : c'est là une des causes qui leur font percevoir d'une manière vague et incertaine les événements dont ils sont témoins. Aussi sont-ils incapables de les retrouver dans leur mémoire alors même qu'ils sont encore récents. Leurs oublis sont donc fréquents; ils portent sur les sujets les plus divers : l'amnésie des neurasthéniques est en effet indifférente.
Leur émotivité est extrême, tout les impressionne et chaque émotion leur est particulièrement pénible parce qu’ils perçoivent plus vivement les sensations diverses que déterminent dans les différents appareils (cœur, respiration, intestin, etc. tous les états émotionnels. C’est pourquoi on les voit éviter avec soin tout ce qui peut être pour eux une cause d’émoi. Ils sont timides, craintifs, ont perdu la confiance en eux-mêmes. La présence d’une personne étrangère à leur entourage habituel suffit à les décontenancer; aborder quelqu'un, lier conversation est une complication que beaucoup redoutent. Ils négligent leurs relations, recherchent volontiers la solitude et se déclarent incapables de diriger leurs affaires.
Les malades ont parfaitement conscience de leur infériorité morale. Les plus courageux s'en plaignent amèrement et déplorent, sans pouvoir en
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triompher, les défaillances de leur volonté, de leur mémoire, de leurs facultés intellectuelles. Ils s’essayent à des occupations, à des sujets d’étude qui leur paraissent propres à exciter leur intérêt, à réveiller leur activité; mais l’attrait de la nouveauté est pour eux éphémère. Ils se fatiguent vite, se dégoûtent de leur entreprise et l’abandonnent bientôt pour passer à d’autres sujets.
Il résulte de cet affaiblissement de la personnalité, de ce relâchement des liens qui assurent la synthèse du moi, que ces malades sont impuissants à résister à l'envahissement de certaines idées qui s’imposent à leur esprit et momentanément y régnent sans partage. Ils sont suggestionnables et, par conséquent, soumis à toutes sortes de craintes, d’obsessions qui leur viennent tantôt d’eux-mêmes et tantôt du milieu dans lequel ils se trouvent placés. Leur céneslhésie toujours troublée, les malaises, les troubles digestifs et circulatoires, la lassitude qui les accable, tout cela s’ajoutant au sentiment très net de leur impuissance mentale, les entretient en état de tristesse et leur suggère une foule de préoccupations hypocondriaques.
L'hypocondrie fait rarement défaut chez les patients frappés d’épuisement nerveux, mais elle n’a ni la ténacité, ni le caractère d’inconscience, ni la systématisation de l'hypocondrie vésanique.
Le neurasthénique, qui souffre plus particuliérement de sa rachialgie, se croira atteint d une maladie de la moelle épinière; cette idée le tourmente, le bouleverse, mais sa conviction n’esl pas solidement établie; il ne demande qu’à être rassuré et quelques paroles autorisées suffiront à le délivrer de sa crainte. Ce même malade pourra aussi, à quelques jours d’intervalle, se croire atteint d’une maladie de cœur ou de l’estomac, mais ses croyances erronées ne présenteront jamais les caractères d’une idée fixe, d’un délire systématique. Cependant les idées de nature hypocondriaque qu’un symptôme déterminé peut faire germer dans l’esprit de ces malades n’ont pas toujours cette mobilité. 11 en est qui s’installent pour ainsi dire à demeure et dont la persistance entraîne parfois de graves inconvénients. Nous avons vu que certaines femmes neurasthéniques, sans être en aucune façon paralysées, se croyaient complètement incapables de marcher et de se tenir debout et finissait par ne plus quitter le lit, se condamnant ainsi pendant des années entières à une déplorable immobilité. C’est encore à la faveur de leur affaiblissement mental, de leur suggestibilité que l’on voit se développer, chez beaucoup de neurasthéniques, ces obsessions intermittentes, ces peurs systématiques, ces phobies, ces étals
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d’anxiété passagère qui les impressionnent si vivement : l’agoraphobie, la claustrophobie ou peur des espaces étroits et clos, l’anthropophobie ou peur des foules, des réunions d’hommes, la slasophobie (Bouveret) peur de la station verticale, etc., en sont les modalités les plus communes. Tous ces étals d'anxiété présentent des caractères identiques : chaque lois que le patient se trouve placé dans les circonstances aptes à les provoquer, l’angoisse émotionnelle se produit avec une force d’automatisme irrésistible.
La suggestibilité des neurasthéniques explique encore l'influence qu’exerce sur leur état mental le milieu dans lequel ils vivent. Rien n’est plus propre à fomenter ou à entretenir chez ces malades la dépression morale et les préoccupations hypocondriaques que les soins assidus, les questions incessamment renouvelées sur leur état de santé et les recommandations que leur prodiguent les personnes de leur entourage.
On comprend par là quel doit être le traitement moral qui convient à ces malades et l’action bienfaisante qu’on est en droit d'en attendre. Ces neurasthéniques ne sont pas toujours hypnotisables, mais ils sont suggestionnables; c’est donc par des encouragements habiles, par une action su ggestive réconfortante et soutenue que le médecin, lors-
l’hvgiène uu neurasthénique
qu’il a su vis-à-vis d’eux garder son autorité et retenir leur confiance, pourra luller avec avantage contre leur dépression cérébrale et aider ainsi puissamment à leur guérison.