‹ L'hygiène du neurasthéniqueChapitre 34 sur 76 · Mœbius, Schmidls Jarbuch · texte numérisé non relu

Mœbius, Schmidls Jarbuch

PSYCHOTHÉRAPIE

L Hydrothérapie froide est encore un bon stimulant de l'énergie psychique. Un psychasténique à volonté débile, qui s’astreint à se lever chaque jour à une heure très précise, pour recevoir un jet d’eau froide, exerce incontestablement sa faculté de vouloir. Il en est de même de la règle de vie imposée au patient par le médecin : la discipline du traitement auquel il est soumis réveille et raffermit progressivemeut la volonté toujours somnolente. La régularité des heures de repas, de sommeil, tout cela agit favorablement sur le moral du malade. Il cesse de se morfondre dans l’inactivité veule et la méditation de ses maux qui lui sont coutumières; il reprend peu à peu confiance en lui-même et se prend de plus en plus à croire à la guérison plus ou moins prochaine de sa maladie.

Ici se pose la question de savoir si les neurasthéniques doivent s’abstenir de tout travail intellectuel, et, dans le cas contraire, dans quelle mesure et sous quelle forme le travail de l’esprit doit être permis. Il est évident qu’il n’est pas possible de formuler à cet égard de règle absolue. La conduite à tenir à ce sujet varie naturellement d'un cas à l’autre; elle dépend à la fois et du neurasthénique et aussi de la cause principale et de la forme môme de sa neurasthénie. Ainsi il est

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indiqué d’interdire non seulement tout travail mental, mais même toute lecture, aux malades qui ont versé dans la cérébrasthénie pure à la suite d’un labeur intellectuel exagéré. Ces surmenés s’améliorent vite sous l'influence du repos de l’esprit et d’un séjour à la campagne suffisamment prolongé, additionné de promenades et de quelques exercices physiques.

Par contre, un malade devenu neurasthénique à la suite de chagrins, de peines afflictives pourra bénéficier d’un travail intellectuel quotidien, mais modéré. Si, durant une heure ou deux, il applique chaque jour son esprit à un sujet d’étude ayant pour lui un attrait suffisant, il trouvera dans celte pratique une distraction efficace à ses préoccupations, un moyen de rompre le cours de ses soucis, de ses agitations douloureuses.

La plupart des malades, à l’exception toutefois de ceux qui, atteints de neurasthénie à forme grave, sont obligés à un repos complet du corps et de l’esprit, doivent être autorisés à s’adonner à la lecture durant une heure et demie au plus chaque jour. Le choix des livres est quelquefois très important et certains malades doivent être guidés dans leurs lectures. Ceci exige naturellement de la part du médecin une connaissance parfaite de l’état moral du patient, de ses ten-

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dances el de ses travers d’esprit, de son caractère, de ses préoccupations habituelles. Le moment de la journée auquel le malade se livre à la lecture n'est pas non plus indifférent: les neurasthéniques excitables, et plus particulièrement ceux qui souffrent d'insomnie, doivent s'abstenir de toute lecture dans les heures qui précèdent le coucher. Durant ces mêmes heures il importe également que les malades évitent les conversations longues, roulant sur des questions qui les touchent de près ou qui les intéressent par trop vivement. Tous ces petits procédés d'hygiène morale relatifs au travail intellectuel, au temps de repos et d’activité mentale à imposer au malade, sont souvent plus efficaces qu’on ne pourrait le penser, el le médecin qui dirige la cure doit se garder de les négliger lorsqu’il en vient à tracer à son malade le programme d’existence qu'il devra suivre pendant la durée du traitement.

Indépendamment de la lecture, il est un certain nombre de distractions qu’il faut non seulement permettre, mais encore conseiller à certains neurasthéniques. Le dessin, la pratique île la photographie, la musique amusent, égayent ces malades, surtout lorsqu’ils ont acquis un certain talent dans l'exercice de ces arts d’agrément et qu’ils sont susceptibles d’en tirer de sensibles satisfactions

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d’amour-propre. Mais en ceci comme en toutes choses, il importe de procéder avec modération, d’éviter l’abus et surtout la fatigue.

11 est une règle d’hygiène psychique dont l’importance nous paraît très grande et qui malheureusement est souvent fort difficile à appliquer dans la pratique courante : nous voulons parler du choix de la personne ou du petit nombre de personnes avec lesquelles les malades doivent entrer en contact journalier et avec lesquelles ils sont appelés à s’entretenir. Il n’est pas bon que les neurasthéniques vivent dans la solitude. Ils la recherchent et s’y complaisent bien souvent, soit parce que la présence d’une personne importune leur paresse intellectuelle, leur apathie, soit parce qu'elle les gène dans leurs rêveries, dans leurs méditations tristes, leurs préoccupations hypocondriaques. C’est pourquoi il faut faire en sorte qu ils aient souvent, disons constamment, près d'eux, durant les promenades et les heures de repos, une personne intelligente, garde-malade ou amie, qui sache habilement les intéresser et les distraire par ses propos, sans les fatiguer toutefois; rôle fort délicat, sans doute, mais on ne peut plus bienfaisant, lorsqu’il est bien rempli. C'est pour cela qu'il est nécessaire d’interdire formellement aux neurasthéniques placés dans les établissements spéciaux,

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et par conséquent vivant dans le voisinage immédiat d'autres neurasthéniques, le contact et la fréquentation de leurs pareils : la condition s’impose, mais sa réalisation pratique, il faut le reconnaître, est souvent fort difficile. Sur ce point le médecin ne saurait se montrer trop attentif ni trop exercer sa surveillance.

2° Rôle psychothérapique du médecin. Suggestion hypnotique. Suggestion à l’état de veille. Direction morale et psychothérapie par raisonnement [Psychothérapie directe).

A côté de la psychothérapie indirecte dont nous venons de parler prend place la psychothérapie directe, qui comprend l’ensemble des moyens psychiques dont le médecin peut user pour agir sur l'esprit du neurasthénique.

Avant de préciser en quoi celle-ci consiste et comment on en doit user, il est nécessaire de rappeler que cette psychothérapie, qui est, comme l’a très bien définie Grasset1, la thérapie par les moyens psychiques, n’est pas une. Elle comporte des modes divers entre lesquels le médecin aura à choisir et qu’il importe dès l’abord d’indiquer.

Les procédés psychothérapiques se peuvent en

t. J. Grasset, La Psychothérapie in Revue des Deux Mondes. 15 septembre 1905. — Voir aussi à ce sujet : Bernheim, Suy y es lion et Persuasion in Revue méd. de l’Est , 1905.

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réalité ramener à trois : la psychothérapie par suggestion hypnotique, celle par suggestion ù l'étal de veille, enfin la psychothérapie par persuasion qu’il est plus rationnel d’appeler la psychothérapie par raisonnement.

La première est celle qu'on exerce par l'intermédiaire du sommeil hypnotique. Nous allons montrer qu’elle est de peu de ressource dans le traitement de la neurasthénie et qu'elle y a plus d’inconvénients que d'avantages.

La seconde, la suggestion à l’état de veille, consiste, si on la prend au pied de la lettre, à user de l'autorité et du savoir-faire qu’a pu acquérir le médecin pour imposer, grâce à cette autorité et à ce savoir-faire, une idée, une croyance, une conviction opposée à l’idée, à la croyance, à la conviction morbides.

Quant à la troisième, dont on a beaucoup parlé dans ces derniers temps sous le nom de psychothérapie par persuasion, on l'a opposée à la seconde comme en étant foncièrement différente. Elle consiste à raisonner le malade, à discuter avec lui les causes et les symptômes de son affection, à lui démontrer pourquoi il souffre et le mécanisme moral de sa souffrance, à lui faire comprendre en quoi il se trompe et comment il pèche. L'appellation nouvelle dont quelques auteurs se sont servis

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pour désigner cette forme très ancienne de la psychothérapie, nous semble vicieuse.

La persuasion, en effet, n’est pas un moyen mais un résultat ou, si l'on veut, un but. Toute thérapeutique psychique, directe ou indirecte, quel qu'en soit le procédé, vise la persuasion du malade. Quand, à une hystérique paralysée de la main, on suggère l’idée que sa paralysie n’existe pas, on ne fait que la persuader par affirmation, ou, si l’on veut, par suggestion ; de même quand, à un dyspeptique qui se croit atteint de cancer, on démontre par un long raisonnement qu’il se trompe, on réalise encore la persuasion. Les voies et moyens dans les deux cas ont été différents, le but a été le même. 11 n’y a donc pas une méthode psychothérapique à laquelle on soit en droit de donner le nom de psychothérapie par persuasion : en revanche toute méthode psychothérapique peut être dite méthode de persuasion. Ce qu'on a improprement appelé la psychothérapie par persuasion, c’est la psychothérapie par raisonnement.

La psychothérapie par raisonnement est-elle si différente qu’on l’a dit de la psychothérapie par suggestion? Théoriquement peut-être; et l'on est en droit «le «lire, dans une certaine mesure, avec Grasset, que la seconde s’adresse au psychisme inférieur (pii comprend les actes inconscients,

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automatiques, involontaires, tandis que la première agit sur le psychisme supérieur auquel appartiennent les actes conscients et volontaires. Ce qui a permis de penser que, « si les deux psycholhérapies ont, l'une et l'autre, une action curative psychique, elles diffèrent, l'une de l'autre, en ce que la supérieure fortifie et l'inférieure affaiblit l’unité et la force du moi supérieur, conscient et libre 1 ». C'est la thèse qu’a développée longuement Dubois (de Berne) dans son livre sur le Traitement des Psychonévroses et qu’ont adoptée Pagniez et Camus dans le leur. Il est incontestable que la suggestion pure, qui suppose la soumission étroite du suggestionné au suggestionneur, n’est pas faite pour développer l’énergie volontaire et qu'elle tend plutôt à l’affaiblir; il n'est pas moins certain que, par le raisonnement, qui est un procédé de rééducation, on peut au contraire relever des énergies défaillantes, et accuser la personnalité du sujet. Mais, en pratique, il n'en va pas tout à fait ainsi : raisonnement et suggestion s'associent presque toujours dans une mesure plus ou moins large. Et si l’on peut à la rigueur supposer une suggestion à l’état de veille à laquelle toute considération logique soit étrangère, il n'est pas de

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