‹ L'hygiène prophylactiqueChapitre 10 sur 14 · RÉSULTAT DES VACCINATIONS CHARBONNEUSES · texte numérisé non relu

RÉSULTAT DES VACCINATIONS CHARBONNEUSES

Montons.

Mortalité Mortalité

pendant apres

Animaux la vaccination. la vaccination,

vaccinés. Pour 100. Pour 100.

Moyenne 0,50 Moyenne 0,40

Bœufs ou vaches.

Mortalité Mortalité

pendant après

Animaux la vaccination. la vaccination, vaccinés. Pour 100. Pour 100.

Moyenne 0,14 Moyenne 0,19

Ces chiffres sont éloquents et montrent que, sur le terrain pratique, les vaccinations pastoriennes donnent de remarquables résultats et qu’elles tendent à se généraliser de jour en jour.

Mais la question qui nous intéresse le plus est à coup sûr celle de la rage; c’est là la première application pratique à l’homme de la vaccination pastorienne.

Voyons d’abord quelle était la mortalité de la rage avant l’application de la méthode pastorienne. Les chiffres sont très variables. C’est ainsi que, pour les uns, la mortalité serait de 40 à bO pour 100 des personnes mordues, suivant Govers ; suivant Renault, de 33 pour 100; Liouley admettait le chiffre de 47 pour 100 ; enfin Leblanc celui de 10 pour 100. Si l’on admet comme exact le plus faible de ces chiffres, et vous verrez tout à l’heure qu’il s’approche beaucoup de la vérité, examinons maintenant quels sont les résultats que nous fournit la méthode pastorienne.

Des

vaccinations

antirabiques.

Chargé depuis bien des années, au Conseil d’hygiène et de sa-

•HS NEUVIÈME CONFÉRENCE.

lui) rité du déparlemcnt de la Seine, d’examiner les cas de rage qui se produisent, j’ai dans des rapports successifs montré les faits suivants (I) :

Grâce à des listes fort bien établies par les commissaires de police d’une part, qui noient toutes les personnes mordues par des animaux enragés, grâce aux registres de l'Institut Pasteur d’autre part, nous avons pu établir pour les années 1887 et 1888 les chiffres qui suivent :

En 1887, 306 personnes se sont présentées à l’Institut Pasteur ; elles se classent ainsi :

61 avaient été mordues par des animaux dont la rage avait été reconnue expérimentalement ;

199 par des animaux dont la rage avait été attestée par des vétérinaires ;

43 par des animaux sur lesquels on n’avait aucun renseignements.

Ces 306 personnes ont fourni 3 décès, 2 en 1887 et I en 1888, ce qui donne une mortalité de 0,97 pour 100 et de 1,14 pour 100 si on ne prend que les 263 personnes mordues par des animaux sûrement enragés.

Pendant la même année, 44 personnes mordues par des animaux enragés ne s’étaient pas présentées à l’Institut Pasteur ; elles avaient fourni 7 décès, ce qui donnait une mortalité de 13,90 pour 100.

En 1888, le même travail a été entrepris.

383 personnes se sont présentées à l’Institut Pasteur. Parmi elles :

103 avaient été mordues par des animaux dont la rage avait été reconnue expérimentalement ;

231 par des animaux dont la rage avait été attestée par des vétérinaires ;

49 par des animaux sur lesquels on n’avait aucun renseignement.

Ces 383 personnes ont fourni 3 décès, 4 en 1888 et 1 en 1889. Ce qui fait une mortalité de 1,29 pour 100, et si on ne prend queles 336 personnes mordues par descellions sûrement enragés, une mortalité de 1,49 pour 100.

(1) Dujardin-Beaumelz, Rapports au Conseil d’hygiène : Cas de rage humaine observés dans le département de la Seine pendant l'année 1S87 . Paris, 1S88. — Cas de rage pendant Vannée 1888. Paris, 1889.

DES VACCINATIONS PASTORIENNES. loJ

Pendant la môme année, 105 personnes mordues par des chiens enragés ne se sont pas présentées à 1 Institut Pasteur ; elles ont fourni H décès, ce qui fait une mortalité de 13,3 pour 100.

En résumé, la mortalité pour les personnes non traitées a été de : 15,90 pour 100 en 1887 ; 13,33 pour 100 en 1888. Ces chiffres, comme vous le voyez, se rapprochent beaucoup de ceux donnés par Leblanc.

Pour les personnes traitées qui avaient été mordues par des animaux sûrement enragés, la mortalité a été de 1,14 pour 100 en 1887 ; 1,49 pour 100 en 1888. Comme vous le voyez, les bénéfices du traitement pastorien sont indiscutables, puisque la mortalité est abaissée en moyenne de 15 à 16 pour 100 à 1 pour 100.

Ces résultats ne sont pas exclusifs à l’Institut Pasteur. Reportez-vous à cet égard au discours prononcé par Grancher à l’inauguration de l’Institut Pasteur (I) ; vous y trouverez des chiffres qui concordent absolument avec ceux que je viens de donner, et vous y verrez que la mortalité a été pour l’ensemble des individus qui se sont présentés à l’Institut Pasteur en 1886 de 1,34 pour 100 et en 1887 de 1,12. D’ailleurs, des instituts pastoriens se créent de toutes parts et on en peut compter vingt dans le monde entier. A Odessa, sous la direction de Gamalcia, la mortalité a été de 1,41 pour 100 en 1886, 1887 et 1888; à Moscou, elle a été de 1,27 en 1887 et de 1,60 en 1888 ; à Naples, elle a été de 1,5 ; à la Havane de 1 ,6.

On peut donc établir jusqu’à nouvel ordre que partout où a été appliquée la méthode pastorienne, la mortalité s’est abaissée en moyenne à 1,5 pour 100. C’est là un bienfait indiscutable et que l’on ne saurait trop opposer aux détracteurs de la méthode pastorienne.

Lorsqu’au lieu d’opérer chez l’homme on applique le traitement aux animaux, les résultats sont bien autrement probants. Hans les expériences faites par Pasteur, nous voyons les faits suivants: On prend 50 chiens auxquels on fait les inoculations préventives de la rage ; 50 autres chiens servent de témoins. Quand le traitement pastorien est fini, on inocule aux 100 animaux la rage des rues par inoculation intra-crânienne.

(1) Grancher, Inauguration de l’Institut Pasteur, 11 novembre 1888. Sceaux, 1888.

l'atténuation des virus par

les microbes.

Los 50 non inoculés succombent tous ; aucun des autres ne prend la rage.

11 y a plus, on peut môme empêcher chez les animaux, comme chez l’homme, le développement de la rage inoculée expérimentalement en employant les inoculations préventives. Mais, ici comme chez l’homme, il y a toujours une certaine mortalité.

En terminant, je vous signalerai de récentes expériences faites par Bouchard (I), qui constituent un autre groupe de moyens d’atténuer les virus et d’en constituer les vaccins, c’est d’utiliser les microbes eux-mêmes.

Emmerich avait déjà combattu le charbon en inoculant aux animaux le streptocoque de l’érysipèle et Powlxvski en se servant du pneumocoque.

Bouchard se sert du bacille pyocyanique; il inocule à des lapins d’abord la bactéridie charbonneuse, puis le bacille pyocyanique et voici le résume de ses expériences.

Sur vingt-six inoculations faites à des lapins soit avec des cultures, soit avec le sang charbonneux et auxquels on avait inoculé le bacille pyocyanique, il y a eu six morts par charbon, huit morts sans charbon et douze guérisons, tandis que les vingt lapins qui servaient de témoins et qui avaient été inoculés en même temps sont tous morts du charbon.

Cependant, dans ces circonstances, les lapins qui n’ont pas succombé n’ont pas obtenu, par cette inoculation du bacille pyocyanique, une immunité, car, inoculés quelques jours plus tard avec du sang charbonneux, ils ont tous succombé.

Charrin et Guignard (2) ont étudié cette action du bacille pyocyanique sur la bactéridie charbonneuse et se sont efforcés, par une série d’expériences, de démontrer le mécanisme de celle action. Leur conclusion est que l’atténuation du microbe du charbon par le microbe du pus bleu est surtout due aux lcucomaïnes fabriquées par ce dernier. Les toxines produites par le microbe pyocyanique seraient plus nocives pour la cellule végétale que pour la cellule animale; toutefois, cette action toxique

(1) Bouchard, Influence qu exerce sur la maladie charbonneuse l' inoculation du bacille pyocyanique ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, 8 avril 1889, page 713).

(2) Charria et Guignard, Action du bacille pyocyanique sur la bactéridie charbonneuse ( Comptes rendus de l' Académie des sciences, 8 avril 1889, page 76l>).

DES VACCINATIONS PASTORIENNES.

ne suffirait pas pour expliquer la destruction complète des bactéridies, et il faudrait faire aussi intervenir la phagocytose, qui profiterait de l’affaiblissement apporté à la vitalité des bactéries charbonneuses par ces toxines pour les détruire. Il est probable aussi que l’autre cause de cette atténuation résulte de l’épuisement de ces cultures par le microbe pyocyanique.

Je pourrais m’étendre encore longuement sur ce sujet, mais il me semble vous avoir suffisamment montré quels sont les bénéfices que la médecine peut tirer des méthodes créées par notre illustre compatriote. L’èrc de ces vaccinations est à son début et tout fait espérer que, à mesure qu’elles se perfectionneront, elles constitueront un des grands éléments de la préservation de l’homme et des animaux contre les maladies infectieuses.

DE LA PROPHYLAXIE PAR l’ ALIMENTATION.

Messieurs,

Dans les conférences précédentes, nous avons vu comment l’homme pouvait se préserver des maladies infectieuses par la désinfection, l’isolement, les vaccinations, il nous reste maintenant à montrer qu’on peut aussi, par l’examen rigoureux des substances alimentaires que l’homme absorbe chaque jour, s’opposer dans une large mesure soit aux intoxications, soit aux infections, soit aux toxi-infections auxquelles nous sommes exposés ; c’est ce que je vais faire dans cette leçon.

Les aliments peuvent être les vecteurs d’un certain nombre d’affections, les unes éminemment infectieuses et virulentes, comme la fièvre typhoïde et la tuberculose, les autres appartenant au groupe des alfections parasitaires, tœnias et kystes hydatiques, les troisièmes enfin faisant partie du groupe des intoxications et résultant de la présence de ptomaïnes toxiques. Enfin nous pouvons, dans les cas d’auto-intoxication résultant d’insuffisance des divers émonctoires de l’économie, diminuer par une hygiène spéciale les dangers de l’empoisonnement et en retarder l’éclosion. Ce sont ces points que j’examinerai successivement devant vous.

Mais avant d’aborder ce sujet, je désire vous montrer, et cela aussi rapidement que possible, le rôle que jouent les microorganismes dans la digestion. Déjà, dans des conférences précédentes, j’ai examiné les bases de l’antisepsie intestinale, je vous ai montré la production incessante de toxines dans toute l’étendue du tube digestif et leur élimination par les urines et parles matières fécales.

Je vous ai montré aussi que certains états du tube digestif, et en particulier la dilatation de l’estomac ou bien la constipation, HYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. 13

favorisent et la formation de ces toxines et leur pénétration dans l’économie, et qu’il faut attribuer à cette intoxication un rôle dans les phénomènes si bizarres et si multiples que présentent les dilatés d’estomac.

Je vous ai dit aussi que l’embarras gastrique devait être rapproché de ces intoxications et que son traitement consiste à neutraliser et à expulser les toxines qui ont été introduites dans le tuhe digestif ou qui s’y sont formées. Je ne reviendrai pas sur Du rôle tous ces points, vous renvoyant à ces conférences (1). Mais je

des micro- . d '

organismes veux aujourd’hui vous montrer le rôle favorable des microla digestion, organismes dans l’acte digestif.

Remarquons tout d’abord que la cavité buccale recèle un grand nombre de microbes, les uns favorables, les autres nuisibles, et dans un travail qui a été fait par Vignal, il a trouvé dans la bouche dix-sept espèces de ces micro-organismes qui agiraient sur les substances alimentaires; les uns dissolveraient l’albumine, d’autres le gluten, d’autres la caséine, certains transformeraient l’amidon en sucre, quelques-uns intervertiraient le sucre cristallisé.

Desmicrobes D’ailleurs ce qui se passe du côté de la bouche se reproduit tube digestif, dans toute l’étendue du tube digestif, et il est des microbes qui sécrètent des diastases au même titre que les autres ferments, et de même que la levure de bière sécrète de la sucrase, nous voyons certains micro-organismes liquifier l’albumine et la peptoniser. Ainsi les bactéries charbonneuses, le vibrion de la septicémie dissolvent la gélatine et la liquéfient, de telle sorte que ces corps si dangereux lorsqu’on les introduit sous la peau pourraient jouer un rôle utile dans la digestion.

Des ferments Comme l’a très bien dit Duclaux, on peut dire que le bon foncdigesuts tionnement du tube digestif résulte de l’équilibre entre la sécréorgauîsmes. tion régulière des ferments digestifs et le travail des micro-organismes. Cet équilibre, il faut le reconnaître, est souvent rompu, ou bien ce sont les micro-organismes qui dominent, et cela parce qu’ils ne sont pas détruits par le suc gastrique qui a perdu son acidité, ou bien parce qu’on en a introduit une trop grande quantité, ou bien enfin parce que les résidus de la digestion ne sont pas éliminés au dehors.

Dans l’autre cas, c’est la condition inverse qui se produit, il

(1) Dujardin-Beaumetz, les Nouvelles Médications, 8e édition. De la médication intestinale antiseptique, p, S8. Paris, 1687.

DE LA PROPHYLAXIE TAU l'alimentation. 195

n'y a pas assez de microbes et il y a exagération de production de ferments digestifs. C’est ce qui arrive dans cet état spécial que G. Sée a décrit sous le nom d 'hyperchlorhydrie. L’exagération de l’acidité du suc gastrique détruit les micro-organismes, et par cela même trouble le fonctionnement du tube digestif et arrête la digestion intestinale.

Que l’équilibre soit rompu par l’exagération des microbes ou l’exagération des ferments, il en résulte un ensemble symptomatique, véritable intoxication dont l’embarras gastrique et les congestions hépatiques seraient les manifestations les plus fréquentes.

N’oubliez pas, en effet, messieurs, le rôle important du foie dans celle pénétration dans l’économie des toxines produites à la surface du tube intestinal. Organe destructeur des alcaloïdes, le foie constitue une véritable barrière, une porte de sûreté qui s’oppose dans bien des cas à la pénétration de ces toxines dans l’économie tout entière ; mais leur présence n’en détermine pas moins une irritation locale du foie qui se traduit par une congestion de cet organe.

Duclaux, avec juste raison, insiste en se basant toujours sur l’utilité de ces micro-organismes dans l’alimentation sur l’importance des aliments fermentés. Ils apportent, en effet, avec eux leur contingent de micro-organismes et de ferments qui vont aider au travail digestif. Parcourez l’hygiène alimentaire de tous les peuples, vous y trouverez toujours des aliments fermentés ; de là futilité reconnue depuis si longtemps au point de vue digestif de certains fromages, dits fromages faits, la digestibilité plus grande de la choucroûte sur le choux, etc.

Mais s’il existe des micro-organismes favorables, il en est d’autres, au contraire, dont le rôle est pernicieux, et puisque j’ai parlé de la cavité buccale, je vous dirai qu’un grand nombre d’afleclions dentaires, et en particulier la carie dentaire, sont d’origine parasitaire. Les travaux de Miller (de Berlin) et surtout ceux de Galippe et Vignal (1) sont à cet égard absolument démonstratifs. Ces derniers auteurs ont décrit six variétés de micro-organismes qui toutes déterminent la carie dentaire. Il y a plus ; il est probable qu’un certain nombre de maladies infectieuses, telles que certaines pneumonies, peuvent résulter de la

(I) Galippe et Vignal, Note sur les micro-organismes de la carie dentaire Gazette des hôpitaux, 2 avril 1889, p. 365).

Du

rùle du foie.

Des aliments fermentés.

Origine microbienne do la

carie dentaire

pénétration dans les voies aériennes de certains micro organismes pathogènes séjournant dans la cavité buccale.

De Aussi, au point de vue de l’hygiène prophylactique, faut-il

de la boucbe. insister plus que jamais sur la nécessité de l’hygiène buccale et user surtout ici de dentifrices antiseptiques. Parmi ces derniers, je vous conseille particulièrement la formule suivante :

Acide phénique 15,00

Acide borique 25 ,00

Thymol 0 ,50

Essence de menthe xx gouttes.

Teinture d’anis 10s,00

Eau 1 litre.

On doit se rincer la bouche et frotter les dents avec de l’eau dans laquelle on mettra moitié de cette solution une ou deux fois par jour, et surtout après les repas. Il serait bon que, dans nos écoles et dans l’armée, on exigeât ces soins de propreté de la bouche au même titre que ceux des mains et du visage, et je passe maintenant au cœur même de ma question, c’est-à-dire au rôle que joue l’alimentation dans la propagation de certaines maladies, et en particulier de la tuberculose et de la fièvre typhoïde.

Transmission Depuis que Villemin nous a prouvé expérimentalement que la la tuberculose tuberculose est une maladie virulente, contagieuse et transmisîes alimenta, sible, et depuis que Koch nous a montré le principe même de cette contagion par la découverte du bacille tuberculeux, l’attention des hygiénistes s’est portée sur l’idée de la possibilité de la transmission de la tuberculose par l’usage dans l’alimentation des viandes et du lait provenant d’animaux tuberculeux. Examinons séparément chacune de ces questions, celle des viandes tuberculeuses et celle du lait.

Dos viandes Dans le récent congrès pour l’étude de la tuberculose qui tuberculeuses, g,eg^ £enue en sous Ja présidence de Chauveau, cette ques-

tion a été vivement et longuement débattue et je renverrai ceux qui voudraient connaître les discussions faites à ce congrès au volume où elles ont été recueillies (1).

Le congrès a adopté la proposition suivante formulée par Butel : 11 y a lieu de poursuivre par tous les moyens l’application

(1) Congrès pour l’étude de la tuberculose chez l’homme et les animaux, première session, 1888. Paris, 1889.

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