DE LA PROPHYLAXIE PAR L’ALIMENTATION
Depuis, cette question a été reprise à un autre point de vue d« Bacillus et dans un travail entrepris par brancher et Deschamps (1), ces dans le sol. expérimentateurs se sont demandé ce que devenait le Bacillus typhosus lorsque les déjections des dothiénentériques sont jetées sur le sol ; ils ont démontré que le bacille ne filtre pas à travers le sol et qu’il s’arrête de40 à 50 centimètres de profondeur et que là il peut séjourner et se développer de telle sorte que, cinq mois après, on peut encore l’y retrouver. De plus, ils ont signalé ce fait que ce bacille ne pénètre jamais dans la pulpe des légumes sains.
Je dois vous signaler aussi les expériences entreprises sur la vitalité vitalité du bacille typbique dans l’eau, par Straus et Dubarry. typhosus Ils ont montré que ce bacille vivait encore au bout de quatre- dnn9leauvingt-un jours. Dans des expériences antérieures, Meade-Bolton avait constaté leur présence après trois semaines. Pour Wolffhugel et Riedel, la durée de la vie de ces microbes serait de vingt-huit jours. L’influence de la pureté de l’eau sur cette prolongation de la vie du Bacillus lyphosus est peu appréciable et, dans l’eau distillée ou dans l’eau de la Vanne ou dans celle du canal de l’Ourcq, Straus et Dubarry ont vu ces microbes pathogènes se développer d’une façon à peu près semblable. Quant à la virulence, elle est absolument intacte, quelle que soit la durée du séjour de ces microbes dans l’eau.
Faut-il admettre, comme le veut Brouardel, que sur 100 cas de fièvre typhoïde, 90 aient pour origine l’usage d’eaux contaminées? C’est là un point qui mérite d’être discuté. Tout en reconnaissant qu’il est indéniable que la contamination de la fièvre typhoïde se fait par des eaux souillées, il est probable qu’il y a d’autres facteurs qui nous échappent encore ; nous voyons, en effet, la fièvre typhoïde apparaître et disparaître dans certaines villes, et cela sans qu’aucune modification réelle n’ait été apportée à l’usage de leurs eaux.
Prenez les villes si nombreuses en France où les déjections vont toutes ou à peu près dans la rivière qui les traversent, et où la population ne boit que l’eau de cette rivière. La fièvre typhoïde y apparaît sous forme d’épidémie plus ou moins meurtrière, puis tout cesse, on ne constate plus que quelques cas isolés, et nous ne pouvons expliquer pourquoi, à certains moments, l’épidémie
(1) Granchcr et Deschamps, Recherches sur le bacille typhique clans le sol (Archives de médecine expérimentale, t. I, l°r janvier 1S89, p. 33).
202 DIXIÈME CONFÈRENCE.
a fait tant de victimes et a été si bénigne dans d’autres moments.
Même dans les villes où on ne fait usage que d’eaux absolument pures, la fièvre typhoïde n’a pas complètement disparu. A Vienne que fon se plaisait à citer à cet égard, de nouveaux cas se sont produits l’année dernière, de telle sorte qu’on est obligé d’admettre qu’il doit exister d’autres facteurs qui nous échappent encore.
Wernicli a soutenu que les viatides en putréfaction pouvaient déterminer la fièvre typhoïde, et il se basait sur l’analogie qui existe entre le bacille de la putréfaction et le Bacillus typhosus. Je crois que c’est là une opinion erronée. Que les viandes altérées donnent lieu, comme nous le verrons tout à l’heure, à des intoxications à forme typhoïde, cela est certain, mais elles ne donnent pas la lièvre typhoïde, c’est à-dire cet état particulier caractérisé par la présence du Bacillus typhosüs.
Cette question de la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par la viande d’animaux malades a été l’objet de récentes éLudcs en Allemagne, et on a surtout étudié, à ce sujet, les épidémies d’Audelfingen, de Kloten, de Birmenstorff, de Vùrenios et de Spreitcnbach. Dans ces épidémies, on a constaté des accidents graves et très fréquemment la mort, et l’autopsie a révélé des ulcérations intestinales, l’augmentation en volume des ganglions mésentériques, ainsi que celui de la rate. Aussi, certains auteurs soutiennent-ils qu’il s’agissait véritablement ici de fièvre typhoïde.
Je ne puis partager cette manière de voir; il est difficile d’admettre que la fièvre typhoïde puisse se développer sans l’introduction de bacille d’Eberth, et comme il est acquis que la lièvre typhoïde n’atteint pas les animaux, je persisLc à croire qu’il s’agissait de gastro-entérite infectieuse ou toxique, car si on se rapporte aux faits qu’a signalés Proust, la plupart des animaux, cause des accidents, étaient des vaches atteintes d'affection puerpérale, et on est en droit de se demander si les phénomènes observés sont dus soit aux plomaïncs que renfermaient ces viandes, soit aux microbes qui y étaient contenus (I).
Quoi qu’il en soit, on doit encourager tous les efforts qui seront
(1) Proust, Des épidémies de fièvre typhoïde provoquées par l'ingestion de la viande d'animaux malades ( tiüttëlin médical, 1 S 8 7 , p. 779).
LE LA PltOI'iiVLAXlE FA1Î l’alimentation.
fails pour donner aux populations des eaux saines et non conta- Nécessité minées, et quoique ce mouvement se soit produit bien lentement eaux pures, cti France, il faut constater cependant qu’aujourd’hui cette question s’agite de toutes parts et presque toutes nos villes tiennent aujourd’hui à honneur de donner à leurs habitants des eaux non polluées. Lorsque vous serez consultés dans ces cas, votre devoir sera d’exiger un captage très exact, j’allais dire très hermétique, de la source utilisée, de telle sorte qu’il soit impossible de la souiller et que les infiltrations du sol ne puissent y pénétrer.
En tout cas, pendant les épidémies, vous devez recommander ne de faire usage soit d’eaux bouillies, soit d’eaux de table. Dans 1 h,Jl"lhG les régiments où l’on possède des percolateurs pour faire le café, vous pouvez utiliser ces appareils, qui vous donneront pour une somme très minime de l’eau bouillie.
Pour la population riche, vous prescrirez les eaux de table nos aujourd’hui si nombreuses, qui nous rendent en pareille cir- e:u,x tle L"bie. constance de grands services. Vous repousserez les eaux de Seltz artificielles parce que la présence de l’acide carbonique ne s’oppose nullement à la culture des micro-organismes que ces eaux peuvent renfermer, et pour qu’elles fussent recommandables, il faudrait que l’eau de Seltz fût toujours faite avec des eaux soit bouillies, soit passées au filtre Chamberland.
Ce filtre, en effet, en privant l’eau de ses bacilles, est une Du fiUre garantie contre la propagation de la fièvre typhoïde, et vous devez cimmberinnd. le recommander dans tous les cas où vous redoutez la contamination par les eaux. Je n’ai pas ici à vous faire la description de ce filtre que vous connaissez tous ; il consiste dans le passage de l’eau à travers une bougie de porcelaine.
Ce que je dois surtout vous signaler, c’est la nécessité de vérifier si cette porcelaine est parfaitement intacte et ne possède pas de fêlures d’une part, et d’autre part, celle de nettoyer fréquemment cette bougie en l’exposant à la chaleur du gaz ou d’un foyer ardent.
En dehors de ce filtre et de tous ceux construits sur des types analogues, les autres appareils filtrants doivent être tous, repoussés, car, comme on l’a fait remarquer avec raison, si ces filtres plus ou moins compliqués peuvent débarrasser l’eau des principes nuisibles qu’elle contient, ils s’encrassent rapidement et deviennent alors une source de contamination pour les eaux
Influence
de
l’alimentation suc le
parasiticisme.
Des tænias.
même pures qui viendraient à les traverser; ils sont donc dans ce cas plus dangereux qu’utiles.
On a reproché au filtre Cliamberland d’exiger une forte pression que l’on trouve rarement. Mais aujourd’hui on peut les associer en batterie et obtenir, avec une pression presque nulle, une quantité d’eau potable suffisante pour la consommation journalière.
Eaux de table, eaux bouillies, eaux filtrées avec des appareils qui les débarrassent des micro-organismes, tels sont les moyens que l’on doit mettre en œuvre pour faire disparaître une des causes les plus actives de la propagation de la fièvre typhoïde.
Mais jusqu’ici, dans cette question d’hygiène prophylactique, je ne me suis occupé que de la transmission possible par l’eau ou les aliments des maladies microbiennes. 11 est d’autres affections d’un parasiticisme beaucoup plus élevé qui ont pour cause unique de leur transmission ces eaux et ces aliments, je veux parler des helminthes et en particulier du lænia, des kystes hydatiques et des trichines.
Je n’ai pas à vous rappeler ici les évolutions des tænias et des hydatides; j’ai traité cette question avec toute l’ampleur qu’elle mérite dans mes leçons de clinique thérapeutique et je vous y renvoie (4).
Je n’y reviendrai pas ici, je vous rappellerai seulement que pour le tænia, c’est par la consommation de viande de porcs ladres ou de bœufs atteints du cysticerque du tænia inerme que se fait cette propagation. Aussi, sur nos marchés, interdit-on avec grand soin la vente de ces viandes, ce qui n’empêche que les tænias sont devenus très fréquents et cela pour les raisons suivantes: c’est que s’il est facile pour le porc de reconnaître facilement la ladrerie, elle est beaucoup plus difficile à constater chez les bovidés, et qu’en outre l’usage de la viande crue en thérapeutique s’est grandement généralisée, car la cuisson est un moyen prophylactique qui, en détruisant le cysticerque, détruit par cela même le principe contagieux.
Sur ce point particulier de la cuisson, Decroix a soutenu la prétention suivante, qu’elle permettait, quand elle était complète, la consommation des animaux atteints de toutes les maladies réputées infectieuses et contagieuses et, au congrès d’hygiène
(1) Dujardin-Beaumetz, Clinique thérapeutique, 5° édition. Traitement des tænias , t. I, p. 804, ett. II, p. 145.
DE LA PROPllYLAXlE PAR l’aLIMENTATÎON. k20o
tenu à Paris, lors de l’exposition de 1878, il a soutenu par des expériences faites sur lui-même que l’on pouvait sans inconvénient manger les viandes d’animaux qui ont succombe a la morve, au charbon, au cancer, etc., pourvu quelles fussent cuites suffisamment.
Je crois que ce sont des principes qu’on ne saurait trop combattre. Nous ne pouvons jamais répondre de la cuisson absolue de nos aliments et comme il est démontré que le charbon peut se développer par l’absorption intestinale, il faut, au contraire, tenir sévèrement la main à ce que ces animaux soient absolument repoussés de nos balles et marchés, on ne saurait à cet égard se montrer trop sévère.
Cette cuisson joue encore le rôle le pl us important dans la transmission de la trichine. Tandis que la trichinose a été observée en Allemagne où il y en a eu de très nombreuses épidémies, en particulier celle d’Emersleben, où quarante-six personnes ont succombé, et dont Brouardel et Grancher ont donné la relation, épidémies qu’on a aussi constatées en Amérique, ces cas, en France, sont extrêmement rares. On peut dire qu’ils n’existent pas, et le seul que nous puissions citer est celui observé par Jolivet, à Crépy-en-Yalois, et dont Laboulbène a donné l’observation. Cette différence si tranchée résulte de ce fait que, tandis qu’en Allemagne on mange la viande de porc crue, en particulier des saucisses crues, en France nous faisons toujours subir à ces viandes un certain degré de cuisson.
Si les viandes sont les facteurs des tænias et de la trichine, ce sont les eaux qui transmettent les kystes hydatiques. Le tænia echinocoque a son habitat ordinaire dans l’intestin du chien et ses œufs sont expulsés avec les excréments de ce dernier. Lorsque l’eau des pluies a lavé les chemins, ces œufs sont entraînés et vont se rendre dans le ruisseau voisin ou dans la source proche et si l’on vient à boire ces eaux, on absorbe ainsi les germes du kyste hydatique qui, après avoir traversé le tube digestif sont arrêtés le plus souvent par le foie, mais peuvent franchir cette barrière et pénétrer alors dans tous les points de l’économie.
Il faut toujours avoir présente à l’esprit celte possibilité de la transmission d’une maladie grave par les eaux des ruisseaux ou des sources et ne jamais les boire sans les filtrer. Ici le filtre au charbon est parfaitement suffisant et vous trouverez dans le commerce des petits filtres do poche qui permettent de boire ces eaux
De
la trichinose.
Des kystes hydatiques.
sans inconvénient après tiltration. Je passe maintenant à la dernière partie de mon sujet, c’est-à-dire aux intoxications dclermine'es par les viandes putréfiées.
Des Lorsque je vous ai parlé des ptomaïnes et des leucomaïnes,
intoxications . . , ,. ... . .
par les viandes je vous ai dit que, a i instant meme ou la mort survenait, il se putr üee3, produisait des ptomaïnes et que certaines de ces ptomaïnes jouissaient d’un pouvoir toxique extrêmement grand. Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre que l’ingestion de viandes altérées soit capable de déterminer des accidents de la plus haute gravité et même la mort.
On a signalé surtout ces phénomènes d’empoisonnement pour les conserves de viande, de homards, la morue, les saucisses, le pâté de lièvre, le fromage de cochon, etc., et je vous renvoie à cet égard aux faits publiés par Robert, Durier, Camus, Schaumont, Bérenger-Féraud, Bâillon, Brouardel et Schmit (1). nos Toutes ces intoxications se produisent de cinq à vingt-quatre
symptômes . , ,,. . , ... 1
de l’empoison- lieurcs apres 1 ingestion des substances alterees, et 1 on peut alors
par îcTwandes distinguer deux périodes : l’une d’empoisonnement, l’autre d’éliputreQees. n-,j nation . La première est caractérisée surtout par de l’anxiété, des frissonnements et des frissons, de la céphalalgie avec vertige et éblouissements; la seconde par des vomissements, une diarrhée extrêmement abondante, etc., enfin la présence de l’albumine en très grande quantité dans les urines. A ces symptômes se joignent une algidité profonde, une tendance au sommeil et un anéantissement complet.
Cet ensemble symptomatique est très analogue à celui que détermine l’empoisonnement par les champignons, et en particulier la fausse oronge, et cela se comprend puisque l’action de certaines ptomaïnes est tout à fait analogue à celle de la muscarine.
Comme on peut le prévoir, la cuisson joue encore ici un rôle très important, et toujours les symptômes d’intoxication sont
(I) Faits observés en 1843 et en 18bG h la manutention de Paris j Robert (Contribution à l’ étude des ptoma'ines ( Annales d’hygiène, 1880); Duriez, Note sur dix cas d’empoisonnement par les conserves de bœuf (Archives de médecine militaire, 1884); Camus, Note sur l’altération des conserves par les ptoma'ines (Archives de médecine militaire, 1 SSG) ; Schaumont, Relation d’un empoisonnement par la morue (Archives de médecine militaire, 1878) ; Bérenger-Féraud, Recherches sur les accidents que provoque la morue altérée. Paris, 1888; Bâillon, pharmacien major, Des ptomaïncs (Archives de médecine militaire, 188b).