‹ L'hygiène prophylactiqueChapitre 8 sur 14 · CL · texte numérisé non relu

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Des divers éléments, collectifs.

Tous ces chiffres vous montrent que, pour la variole, les hôpitaux (l’isolement créent des foyers d’infection, et peuvent propager la maladie d’autant plus activement que les maisons sont plus rapprochées de l’hôpital.

11 nous reste maintenant à juger ce deuxième point, à savoir comment se fait cette propagation. Se fait-elle par l’air? se faitelle au contraire par les personnes? La question paraît jugée aujourd’hui. Si l’air des salles des varioleux peut renfermer, comme l’a montré Brouardel (1 ), des particules solides provenant des croûtes de varioles desséchées, ces particules cessent de se montrer dans l’air qui entoure ces salles. Aussi Colin fixe-t-il à 100 mètres la distance où l’air cesse d’être contaminé.

D’après les enquêtes souvent faites à ce propos, il paraît démontré que c’est par le contact direct que se fait cette propagation de la variole, et, comme on l’a dit fort judicieusement, le cabaret y joue un rôle plus considérable que l’influence atmosphérique.

Pour l’hôpital d’Aubcrvilliers, c’est en particulier un débit de vin, surnommé le Château des Alouettes, situé à la porte de l’hôpital et où les personnes accompagnant le varioleux venaient trinquer à sa santé, qui a été le plus actif propagateur de la variole au voisinage de cet hôpital. Ajoutons que quelques infirmiers, qui quittaient l’hôpital en franchissant les faibles barrières qui l’entourent, violant les règlements qui exigeaient d’eux qu’ils changeassent de costume avant de se rendre au dehors, ont été une cause de propagation de la maladie.

Aussi ma conclusion sera-t-elle aussi formelle que celle que j’ai donnée à la première question que soulevaient ces hôpitaux d’isolement et je la formulerai dans les termes que voici : La rigueur de l’isolement dans les hôpitaux spéciaux pour les infectieux est le plus sûr moyen d’empêcher que ces hôpitaux deviennent des foyers d’infection.

Une fois ces deux questions abordées, nous nous trouvons en face de la deuxième question à résoudre, savoir comment nous allons procéder à cet isolement collectif. Faut-il créer dans nos hôpitaux généraux des pavillons spéciaux? Faut-il au contraire constituer des hôpitaux pour chaque maladie infectieuse? Enfin, où peut-on placer ces hôpitaux d’isolement?

(1) Brouardel, Des confinions de propagation et de contagion de la variole (Société médicale des hôpitaux, 9 décembre 1870).

DE L’ISOLEMENT

Dans la longue et remarquable discussion faile par Fauvel et Vallin au Congrès international d’hygicne de 1S78, nous trouvons les conclusions suivantes qui répondent absolument aux diverses questions que je viens de poser (I ) :

1° L’isolement le plus près de la perfection est celui obtenu à l’aide d’un hôpital affecté à une seule maladie ou à plusieurs maladies traitées dans des pavillons séparés. C’est aussi le plus coûteux et le plus difficile à organiser ;

2° Un pavillon distinct, dans un hôpital général, donne une sécurité moindre, mais encore suffisante. L’installation en est notablement plus facile ;

3° Les services spéciaux sans communication avec le reste des bâtiments au milieu desquels ils sont placés sont une ressource précaire, fertile en déceptions.

■4° Quant à l’isolement dans des salles réservées, simplement attenantes aux services généraux, il vaut mieux sans doute que la promiscuité, mais il est d’ordinaire illusoire et donne une sécurité trompeuse.

Il nous faudra donc autant que possible créer des hôpitaux spéciaux pour les principales maladies infectieuses, et c’est à ces conclusions qu’arrive Chautcmps dans son rapport présenté au Conseil municipal sur les hôpitaux d’isolement (2).

Mais cette création d’hôpitaux d’isolement soulève immédiatement des questions fort embarrassantes à résoudre. Obligée de placer ces hôpitaux dans de vastes espaces éloignés des habitations, la ville de Paris a cherché dans la banlieue les lieux les plus propices; mais alors les communes suburbaines veulent s’y opposer.

Dans un rapport fort important de Colin, fait au Conseil d’hygiène en 1888, notre collègue a montré la nécessité d’éd i lier ces hôpitaux en dehors de Paris, et cela en particulier pour la variole, la rougeole, la coqueluche et la diphthérie.

a J’estime, dit-il, que la construction de semblables établissements, suivant les données modernes de l’architecture nosocomiale, n’est pas faile pour nuire à la salubrité des communes suburbaines (3). »

(1) Fauvel et Collin, Congrès international d'hygiène, 1878, p. G7G.

(“2) Chau temps, De l'organisation sanitaire de Paris. Paris, 1SS8.

( !) Colin, Construction dans ta banlieue d'hôpitaux d’ isolement (|0 août

Parallèle entre la désinfection et l'isolement.

Dans ces derniers temps, cette question de l’isolement dans les hôpitaux d’enfants a pris une face nouvelle, et cela surtout à la suite des essais faits simultanément à l’hôpital desEnfants- Malades, par le professeur Granclier, et à l’hôpital des Enfants- Assistés, par le docteur Sevestre (1).

Ces tentatives ont prouvé la supériorité de la désinfection sur l’isolement. Granclier a montré en elfet que l’isolement à l’hôpital des Enfanls-Malades n’avait pas produit tout ce qu’on en espérait, et les chiffres qu’il a signalés à cet égard paraissent des plus concluants. Ainsi pour la diphlhérie, voici les chiffres des cas intérieurs déclarés avant la création du pavillon d’isolement et depuis que ce pavillon a été ouvert, à savoir le 20 juillet 1882 :

Avant l'isolemont.

Après l’isolemont.

Comme vous le voyez, ces chiffres sont des plus significatifs et montrent que les cas intérieurs, malgré l’isolement, se sont accrus d’une façon véritablement effrayante, lien est de même pour la rougeole, et malgré la création, en (886, d’une salle d’isolement pour les rubéoleux dans l’hôpital même, les cas de contagion ont été tout aussi fréquents.

Les conclusions du docteur Sevestre sont à peu près les mêmes, et pour lui l’isolement des malades atteints de rougeole n’empêche que dans une proportion très restreinte la propagation de cette maladie.

Aussi le professeur Granclier propose-t-il de compléter l’isolement ou de lui substituer la désinfection aussi rigoureuse que possible, et voici comment il procède dans son service. Avec les étuves à vapeur sous pression, on désinfecte tous les objets de literie, la vaisselle et tous les objets auxquels le ma*ade a louché.

On exige de toutes les personnes qui onl approché les malades, qu’après un lavage au savon et à la brosse, elles se lavent avec des solutions de sublimé ainsi composées :

(1) Sevestre, VHospiec des Enfants-Assistés en 1 SS8 (Société des hôpitaux, 25 janvier 1889; Dulletin et mémoire de la Société des hôpitaux , n° 2, février 1889, p. 45).

DE L’ISOLEMENT

Sublimé 1 gramme.

Acide t.artrique 4 —

Eau 1000 —

On exige que les élèves aient un vêtement spécial, ainsi que tout le personnel des infirmières, et tous ces vêtements sont désinfectés après chaque visite. Les lits, facilement démontables, sont entourés de paravents en toile métallique qui empêchent les enfants, atteints d’une maladie ordinaire, d’approcher le malade infecté. Enfin, le personnel a été doublé, et pour vingtquatre enfants, il y a six infirmières (1). Telles sont les mesures mises en vigueur ; il faut que le temps permette maintenant d’apprécier la valeur de ce mode de procéder. En résumé donc, il faut toujours faire marcher de pair et l’isolement et la désinfection, et peut-être par la suite donner le pas à la seconde sur le premier.

Ce n’est pas tout de créer, pour les maladies les plus infectieuses du trans^m-i et les plus contagieuses, des hôpitaux d’isolement au pourtour des m,llad,J-sdes grandes agglomérations urbaines, il faut encore transporter les malades dans ces hôpitaux, et empêcher que par ce transport le malade ne devienne un agent actif de la propagation de la maladie infectieuse dont il est atteint. Pour répondre à ce desiderata, on a créé des services de transport pour les malades dans des voilures spéciales, destinées exclusivement à cet usage.

Ces voitures doivent être désinfectées après chaque voyage et elles sont à l’entière disposition de toute personne atteinte d’alfeclion contagieuse dont le transfert est jugé nécessaire. Aujourd’hui, à l’exemple de Londres et de Bruxelles, la ville de Paris possède un service analogue, dont Duchesne (2) nous a bien fait connaître le mécanisme : un dépôt situé à l’hôpital Saint-Louis, un autre à lTIôtcl-Dicu, permettent d’avoir rapidement à sa disposition les voitures, et pour que vous jugiez de l’importance de ces transports, je vous citerai les chiffres de ceux opérés pendant le deuxième semestre de l’année 1887.

(1) Grancher, Leçon d'ouverture , février 1889.

(2) Duchesne, Du transport à l’hôpital de malades atteints du maladies contagieuses ( Bulletins ut Mémoires de la Société de thérapeutique , 15 juillet 1888, p. 556).

SEPTIÈME COiNFÉIlEfiCE.

Des liùpilnu à pavillons isolés.

Juillet. Août. Sept. Ool. Nov. Déc. Total.

Fièvre typhoïde. 20 33 45 25 64 03 250

Variole 96 120 80 75 97 108 586

Rougeole 10 5 4 1 5 9 34

Scarlatine 47 25 12 24 13 20 108

Croup 10 11 9 22 15 22 89

Erysipèle 3 3 9 9 13 15 52

Divers 6 7 11 4 4 9 41

Malheureusement, ce service, qui fonctionne cependant depuis l’année 4881, est encore peu connu, et les 4160 malades transportes sont loin de représenter tous les cas d’affections contagieuses qui ont été amenés dans les hôpitaux, et si l’on se reporte aux statistiques, on voit que pendant le même laps de temps 1701 malades atteints de variole, de diphlhérie, de rougeole ou de scarlatine se sont servis d’autres moyens de transport.

C’est là une circonstance des plus fâcheuses, et des faits terribles ont démontré combien, pour la diphlhérie, par exemple, ce transport d’un enfant malade peut avoir de conséquences graves pour les autres enfants qui voyagent avec lui dans les voi turcs publiques commeles omnibus, par exemple, ou qui viennent à occuper la même voiture, sans que celle-ci ait subi de désinfection.

Pour les affections moins contagieuses, telles que la lièvre typhoïde et la tuberculose, je crois qu’il n’est pas nécessaire de créer des hôpitaux spéciaux, mais l’on pourrait alors réunir les malades atteints de ces affections dans des salles spéciales, et c’est ce projet que l’on peut réaliser à l’aide des hôpitaux à pavillons isolés.

x Ce que j’ai vu de plus complet en ce genre est l’hôpi tal- baraque Alexandre, de Saint-Pétersbourg. Dans cet hôpital, dont je vous présenleici le plan (voir lig. 25), chaque pavillon, construit sur un type uniforme, ne renferme que douze malades, et chacun d’eux est desliné à recevoir une maladie infectieuse spéciale.

Ces pavillons, d’ailleurs élégamment construits et sur lesquels je me suis déjà expliqué (I), et que vous trouverez décrits dans la thèse de mon élève le docteur Loris-Môlikoff (2), ont une

(1) Dujardin-Bcaumctz, Des hôpitaux-baraques russes et en particulier de l' hôpital-baraque Alexandre ( Gazette hebdomadaire , décembre 1888).

(2) Loris-Mélikoir, Des hôpitaux-baraques russes et en particulier de l’hôpital- baraque Alexandre (Thèse de Paris, 1888).

Fig. 25. Plan de l'hôpital Alexandre.

qu’il présente soient assez accusés, pour que le diagnostic de sa maladie devienne définitif, et de cette salle d’attente il est alors transporté dans la baraque qui lui est destinée.

Dès qu’il est admis, et avant de franchir l’enceinte de l'hôpital, le malade prend un bain, et tandis que tous ses vêtements sont envoyés à la désinfection, il rc'çoit les objets d'habillement de l’hôpital.

L’absence de corridors réunissant ces pavillons, si elle rend le service proprement dit de l’hôpital pénible pour le service médical, est très favorable à l’isolement relatif do ces maladies infectieuses. Je crois donc que c’est ce type de pavillons isolés qu’il

DE L’lSODEMEIVT.

disposition que Vous pouvez apprécier parle dessin que je mets sous vos yeux (voir lig. 26, 27, 28, 29).

Dans ces hôpitaux à pavillons isolés, la réception des malades se fait ainsi : Si l’affection dont le malade est porteur est reconnue au moment où il se présente à l’hôpital, il est transporté directetement dans le. pavillon affecté cà la maladie dont il est porteur. Lorsque le diagnostic est douteux, on l’envoie dans un pavillon, dit d’attente, et il y reste jusqu’à ce que les symptômes

nous faudra désormais adopter pour la construction de nos futurs hôpitaux, tout en reconnaissant cependant que nous pourrions augmenter le nombre de lits affectés à chaque pavillon et le porter à vingt. Le nombre de douze lits en effet par pavillon, comme à l’hôpital Alexandre, nécessite un personnel extraordinairement nombreux, et pour les — 30 malades que renferme cet hôpital, il y a un personnel traitant de 198 personnes.

Fig. 2G. — Elévation.

Fig. 27. — Plan.

Fig. 28. - Façade. Fig. 20. - Coupe.

Baraques de l'hôpital Alexandre.

rl — I

On pourrait encore modifier heureusement ces pavillons en y ajoutant une salle où les malades valides prendraient leurs repas, salle qui servirait à la fois de lieu de récréation, de bibliothèque et éviterait ainsi le séjour trop prolongé, dans les salles des individus valides, et je proposerais alors pour ces pavillons isoles le modèle que je mois sous vos jeux cl qui a élé dessmo çvcc grand soin pu un élève du service, M. Burais (voir iig. .30 31, 3-, 33).

On pourrait encore prendre pour modèle les doubles baraques qui servent aux convalescents à l’hôpital Alexandre, dont je vous

Projet de baraque pour le9 hôpitaux.

montre le plan (voir fig. 34). Un bâtiment central renfermant les services généraux, étayant une grande salle donnant sur une vérandah qui sert de lieu de récréation et de salle à manger aux malades, réunit deux baraques identiques où sont placés quinze lits dans chacune d’elles.

Des îiipitaux Enfin, il est un mode d’isolement pour les hôpitaux, peu employé à Paris, mais dont nos voisins d’outre-Manche font grand usage, je veux parler des hôpitaux flottants. Vous trouverez dans l’ouvrage de Lutaud et Hogg la description de ces deux hôpitaux qui se trouvent sur la Tamise à Londres, le Castalia et l 'Atlas.

A ces hôpitaux de la Tamise, se joint celui du port de Tène. Tous ces hôpitaux flottants résultent de l’aménagement d’anciens navires déclassés et sur lesquels on a élevé, comme à Tène, des constructions spéciales.

isolement Je ne me suis occupé jusqu’ici que de l’isolement collectif populations, dans nos hôpitaux et de l’isolement individuel, il nous faut maintenant jeter un coup d’œil sur celte grave question des quarantaines et des cordons sanitaires.

Les maladies pestilentielles, la peste, le choléra, la fièvre jaune, toutes nées sur des territoires plus ou moins éloignés de notre pays, ne peuvent l’atteindre que lorsqu’elles y sont importées. On s’est donc efforcé d’édicter des mesures sanitaires pour combattre cette importation.

C’est Venise qui, en 1348, créa le premier service de police sanitaire; en continuelles relations commerciales avec l'Orient, ravagée par des épidémies incessantes de peste, Venise songea à prendre des mesures propres à s’opposer à ces épidémies. Elle nomma d’abord des médecins provéditeurs chargés de la surveillance des navires qui pénétraient dans ses lagunes, puis en 1403, elle créa un lazaret, et à partir de ce moment, toutes les villes qui faisaient du commerce avec elle s’empressèrent de construire des établissements analogues.

Bien des années après, en 1821, l’apparition de la fièvre jaune dans le midi de la France nécessita des mesures spéciales consignées dans une loi adoptée le 3 mars 1822. Enfin, le choléra apparaissait en 1830, et à partir de ce moment ce fut surtout contre ces deux maladies et en particulier contre le choléra, que se réunirent des conférences sanitaires internationales, et je signalerai particulièrement celles tenues à Paris en 1852 et 1850 et celle de 1865 qui fut réunie sous l’inspiration de Fauvcl à Con-

DE L’ISOLEMENT

stantinople et où fut créée pour ainsi dire l’hygiène internationale. Tout récemment, en 1885, à Rome, la dernière conférence modifia dans une large mesure le système des quarantaines.

11 me faut maintenant vous dire quelques mots des cordons sanitaires, des lazarets, des quarantaines, de la patente de santé et de l’arraisonnement.

Fig. 32. — Façade.

On donne le nom de cordons sanitaires à des lignes composées de soldats qui s’opposent soit à la sortie des habitants d’une ville contaminée, soit à l’entrée d’un territoire sain. On comprend

Fig. 34. — Plan des baraques de convalescents à l’hôpital Alexandre.

que de pareilles mesures ne puissent être prises que dans des pays peu peuplés, et surtout où il n’existe pas de mouvement commercial très étendu.

En Orient et en Russie, ces mesures ont pu être quelquefois appliquées avec un certain avantage. Mais à mesure que les voies errees pénétrent dans tous les pays, que les relations commerciales prennent plus d'importance, ces cordons sanitaires doivent

Des cordons sanitaires.

être abandonnés, comme appartenant à un autre âge. Ajoutons que ce qui vient encore augmenter les causes d’abandon, c’est que les troupes elles-mêmes qui composent ce cordon sanitaire, peuvent être atteintes par l’épidémie, et être à leur tour la cause de la propagation de la maladie infectieuse qu’elles sont appelées à combattre.

Des . Si les cordons sanitaires s’appliquaient aux localités situées

quarantaines. . i

dans 1 intérieur des terres, les lazarets et les quarantaines, au contraire, concernent nos ports et nos villes maritimes.

Provenant presque toujours de contrées éloignées et qui ne peuvent avoir de relations commerciales avec notre pays qu’à l’aide delà navigation, c’est surtout à nos ports et à cette navigation que sont appliqués les lois et les règlements delà police sanitaire. Ces lois veulent que tout navire provenant d’une région où existe une maladie pestilentielle (choléra ou fièvre jaune) ne puisse pénétrer dans nos ports sans subir un temps d’arrêt qui permettra soit de le désinfecter, soit de constater l’état sanitaire des passagers, pour que toute maladie infectieuse en voie d’incubation ait le temps de se développer.

C’est ce temps d’arrêt plus ou moins prolongé auquel on donne le nom de quarantaine , quelle que soit sa durée, ne fût-elle que de vingt-quatre heures; il permet aussi de désinfecter les marchandises et tout ce qui a été en contact avec ce navire, si surtout, pendant sa traversée, des passagers sont morts d’une maladie infectieuse.

On distingue deux espèces de quarantaines : la quarantaine d’ohservation et la quarantaine de rigueur. Celte dernière comporte la désinfection du navire, et comme pour l’opérer, il faut qu’il soit abandonné des passagers, on transporte ces derniers dans des locaux spéciaux, véritables hôpitaux d’isolement, auxquels on a donné le nom de lazarets.

Des lazarets. Le plus souvent, ces lazarets occupent une île, ou bien encore ils sont constitués par des pontons formant ainsi des lazareis flottants. Leur organisation laisse beaucoup à désirer, et cela dans tous les pays. Ces mesures de quarantaine sont vexatoires et très préjudiciables au commerce maritime. Elles jettent dans nos relations commerciales une perturbation profonde, et l’on comprend facilement que l’on se soit efforcé de s’affranchir, autant que possible, de ces lois et de ces règlements, encore en vigueur aujourd’hui.

DE L’ISOLEMENT

Tout navire provenant d’un pays où règne endémiquement une maladie pestilentielle ne peut pénétrer dans nos ports qu’avec une patente de santé ; cette patente de santé, comme le dit fort bien Proust (1), est le passeport du navire, et constate son état sanitaire depuis le point de départ jusqu’au point de relâche. Il faut distinguer la patente de santé de l’arraisonnement qui est la déclaration du capitaine sur tous les incidents du voyage, pouvant intéresser la santé publique.

En présence des difficultés si nombreuses soulevées par cette question des quarantaines, on s’est efforcé de trouver des moyens qui permettraient défaire disparaître ces mesures vexatoires. Ces moyens ont été étudiés avec grand soin à la dernière conférence internationale qui s’est tenue à Rome en IS80. L’inspecteur général de nos services sanitaires, le professeur Proust, a proposé de substituer à ces quarantaines des mesures d’assainissement et de désinfection à prendre pendant la traversée.

Le Comité consultatif d’hygiène a adopté, le 1 1 mai 1886, un projet de règlement où ont été exposées avec une grande minutie toutes les mesures à prendre pour l’assainissement et la désinfection des navires.

Dans ce projet, le rôle du médecin du bord serait très important, et il lui incomberait une haute responsabilité. C’est lui qui déciderait à quel moment et comment doivent être appliquées ces mesures rigoureuses de désinfection. Vous en jugerez par les conditions générales fixées dans le projet de règlement concernant les médecins et dont je vous donne ici communication :

1° Dans l’intérêt de la santé publique et dans celui des compagnies de navigation, les médecins embarqués doivent user de tous les moyens que la science et l’expérience ont mis à leur disposition.

A. Pour préserver le navire des maladies pestilentielles exotiques (peste, fièvre jaune, choléra) et des autres maladies contagieuses graves.

B. Pour empêcher ces maladies, lorsqu’elles viennent à faire apparition à bord, de se propager parmi le personnel confié à leurs soins et dans les populations des divers ports que leur navire est appelé à fréquenter.

2° Dans le cas d’invasion à bord d’une maladie pestilentielle,

(I) Proust, Traité d'hygiène, 2 « édition, 1881.

le médecin doit veiller tà ne pas jeter le trouble dans l’esprit des gens faciles à démoraliser;

3° Le médecin embarqué doit toujours avoir présent à l’esprit que, pour prévenir la propagation à bord et l’importation, aux ports d’escale ou d’arrivée, des maladies pestilentielles, la désinfection ale premier rôle et le plus important.

Le rôle du médecin, comme vous le voyez, devenait prépondérant ; aussi le gouvernement proposait-il de nommer ces médecins directement sous sa propre responsabilité.

Communiqué au Congrès d’hygiène tenu au Havre en 1887, ce projet de règlement, malgré l’appui que lui prêtaient Proust et Brouardel, a rencontré une opposition très vive chez les armateurs et les grandes compagnies de navigation, qui ont vu, dans cette nomination directe d’un médecin par l’Etat, une atteinte portée à leurs attributions et à l’unité du commandement.

Mais il est à penser que l’accord se fera sur ce point. On pourrait peut-être prendre la mesure suivante : c’est que les compagnies soumettraient au gouvernement une liste de médecins parmi lesquels il ferait son choix après enquête préalable, ou bien après avoir fait subir un examen portant surtout sur les applications des mesures d’hygiène et de prophylaxie à prendre en cas d’épidémie, et je crois que la plupart des hygiénistes adopteront les conclusions formulées par Proust (1) dans les termes suivants : « La plupart de£ entraves imposées au commerce et à la navigation par les quarantaines ne sont que la conséquence de l’inobservation à bord des règles hygiéniques les plus élémentaires; ces entraves disparaîtront à peu près complètement, le jour où l’on voudra faire exécuter sur les bâtiments des prescriptions sanitaires rationnelles. »

Comme vous le voyez, messieurs, cette question de l’isolement soulève des points intéressants ; je n’ai fait ici que les effleurer, car pour les exposer longuement, il faudrait étudier tout notre système hospitalier, et surtout l’ensemble si diffus de nos règlements sanitaires, et examiner de près les bases si complexes de l’hygiène internationale.

Nous avons vu, dans les leçons précédentes, comment on peut préserver l’homme des maladies infectieuses par la désinfection

(1) Proust, Rapport au ministre du commerce et de l' industrie sur ta prophylaxie des maladies pestilentielles exotiques, 14 janvier 1SS5.

DE L’iSODEMENT.

et l’isolement. Il nous reste maintenant à examiner un autre mode de préservation, qui consiste à créer par des inoculations un milieu réfractaire aux maladies infectieuses, et dans deux leçons successives sur la vaccine et les virus atténués, je me propose d’étudier avec vous cet autre point de l’hygiène prophylactique.

HUITIÈME CONFÈRENCE

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE

Messieurs,

S’il est une maladie infectieuse qui a dû frapper les populations dès son apparition par les ravages qu’elle occasionne et le cortège repoussant des symptômes qui la caractérisent, c’est à coup sûr la variole. Confinée d’abord dans l’Asie, la variole apparaît en Europe au sixième siècle à la suite des invasions sarrasines, et, depuis, cette affection n’a cessé de faire de nombreuses victimes dans les différentes contrées du globe. Cependant, nous verrons que, grâce à des méthodes prophylactiques, certains pays, comme l’Allemagne par exemple, en édictant dans leurs lois des mesures de prophylaxie rigoureuses, ont pu faire disparaître cette affection de leur table de mortalité. Ces mesures prophylactiques résident tout entières dans la création d’un terrain impropre au développement de la variole. C’est ce qu’on obtient par la variolisation et la vaccination.

Les peuples de l’Asie, en se basant sur ce fait d’observation que les malades atteints de variole acquéraient une immunité à d’autres atteintes de la maladie, songèrent à inoculer la variole aux individus sains, et nous voyons, en Chine et dans l’Inde, ces pratiques appliquées dès la plus haute antiquité. C’est ainsi que les brahmes pratiquaient la variolisation à l’aide de sétons dont le fil avait été trempé dans du pus variolique , c’est ainsi que les Chinois inoculaient la variole à l’aide de croûtes provenant de pustules desséchées, qu’ils plaçaient dans le nez des patients.

De l’Inde et de la Chine, ces pratiques passèrent en Géorgie et en Circassic. Grâce à cette variolisation, on empêchait les jeunes esclaves que l’on amenait au marché de Stamboul d’être défigurées, et Emmanuel Timoni introduisait la variolisation à

De la

variolisation.

Constantinople dès le dix-septième siècle, en 1673. Lady Worthly Montagu, femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, se lit pratiquer cette inoculation en 1721, et, grâce à son appui, nous voyons cette variolisation introduite en Angleterre et de là se répandre dans les différentes contrées de l’Europe.

Vivement attaquée par les uns, non moins vivement défendue par d’autres, cette variolisation n’en constituait pas moins un véritable progrès sur toutes les autres méthodes de prophylaxie jusqu’alors proposées. Mais on comprend combien les résultats de ces inoculations devaient être variables, puisqu’il fallait, pour préserver de la variole, inoculer cette même variole, et il était impossible de prévoir, une fois cette inoculation faite, si cette maladie serait régulière, bénigne ou grave.

Jenner était un de ces médecins inoculateurs ; il était né en 1749. Il avait observé depuis longtemps, dans le pays où il exerçait, à Berkeley, que les garçons de ferme, qui contractaient aux mains des pustules communiquées par une éruption semblable qui siégeait au pis des vaches, étaient préservés de la variole; il inocula alors, en 1796, à un enfant dont l’histoire a gardé le nom, le jeune Phipps, le contenu des pustules qu’une tille de ferme, Sarali Ilelnis, avait gagnées en trayant des vaches, et il remarqua que cette inoculation déterminait une éruption semblable dans les points inoculés. Puis, et c’est là le trait de génie qui caractérise la découverte de Jenner, trois mois après il inoculait la variole à ce même enfant. Ces inoculations restèrent inactives ; la vaccine était découverte. Ce ne fut que deux ans après, en 1798, que Jenner publiait le résultat de ses découvertes dans une brochure de près de soixante pages, ainsi intitulée : An inquiry into the causes and effects of the variolx vaccinæ.

Je ne vous ferai pas passer par toutes les péripéties qu’a subies cctLe question de la vaccine depuis près de cent ans, et je n’insisterai ici que sur les points les plus importants et les plus pratiques de cette grande question de la vaccine.

On devait penser qu<e les travaux de Pasteur qui, par sa découverte géniale des virus atténués, ont ouvert de nouveaux horizons à la médecine et surtout à la prophylaxie, auraient modifié nos connaissances sur la vaccine jennérienne. Nullement, messieurs, et c’est là un des points les plus curieux de cette histoire. Il n’est pas douteux que la variole soit une maladie mi-

DE DA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE

crobienne ; il n’est pas douteux non plus que la vaccine soit une affection de môme nature, et cependant, malgré les recherches incessantes microbiologiques faites à ce sujet, nous ignorons la nature réelle de ces microbes, et surtout les points de contact qui pourraient exister entre les micro-organismes de l’une et l’autre de ces affections.

Malgré la bonne description qu’ont donnée Cornil et Babès de la pustule variolique et des micro-organismes qu’elle renferme, on est dans l’impossibilité de cultiver ces micro-organismes et d’en tirer le vaccin. Nous savions déjà par les beaux travaux de Chauveau, faits il y a vingt ans (1), qu’il existe dans le vaccin des corpuscules que l’on peut séparer par la liltration de la lymphe dans laquelle ils se trouvent. Ces corpuscules sont seuls actifs daifs le virus vaccin. On a soumis, bien entendu, ces corps à tous les procédés de culture jusqu’ici connus ; mais les résultats sont encore bien incertains, et on ne peut fonder sur eux aucune donnée positive. C’est ainsi que Cohn et Weiggert sont arrivés à une culture imparfaite, et que Quinst d’Helsindfors affirme avoir transmis la vaccine à l’aide de ces cultures ; mais ces faits sont niés par d’autres observateurs, de telle sorte que nous sommes encore sur ce point particulier dans une ignorance complète.

Ainsi donc, malgré les progrès incontestables qu’a faits dans ces dernières années la question des virus atténués, nous en sommes encore à discuter sur l’origine de la vaccine. Jenner, comme vous le savez, avait soutenu que le coiv-pox ne se développait pas spontanément chez la vache, mais que cette maladie était inoculée par les mains des individus qui soignaient les pieds des chevaux, où se développent parfois des vésico-puslules, affection à laquelle Jenner donnait le nom de grease. Cette affection serait ce qu’en France nous appelons les eaux-ctux-j arabes. Jenner, comme vous le voyez, attribuait au horse-pox l’origine de la vaccine.

Cette opinion paraît aujourd’hui abandonnée, et, si l’on se reporte aux expériences faites par la commission lyonnaise sous la direction de Chauveau, la vaccine serait bien du cow-pox et non du horse-pox.

(1) Chauveau, Nature du virus vaccin (Compte rendu de l'Académie des sciences, 10 Février I8G8) ; Nature des virus (Ibid., février 1808).

Des microorganismes du vaccin.

Do l'origine du vaccin.

Du vaccin de génisse.

Il est une opinion des plus séduisantes, qui a été soutenue par Depaul autrefois dans une discussion mémorable qui eut lieu à l’Académie de médecine, en 1863 ; c’est que le cow-pox ou le horse-pox ne seraient, en somme, que la variole des animaux. Cette opinion cadrerait parfaitement avec les idées nouvelles que nous nous faisons aujourd’hui sur les virus atténués, et il était logique de penser que la vaccine ne serait que la variole qui, en passant dans un autre organisme, comme nous le faisons aujourd’hui expérimentalement pour un grand nombre d’affections virulentes, verrait ses propriétés virulentes s’affaiblir, s’atténuer, et qui, ensuite reportée à l’homme, constituerait la vaccine.

Malheureusement, il n’en est rien. Malgré les expériences faites par Sunderland, en 1831, qui entourait le pis des vaches avec des couvertures de varioleux, malgré les recherches de Theilc, en Russie, qui inoculait la variole à la vache, puis reprenait celte éruption pour la reporter à l’homme, malgré les travaux de Cely et de Léonard Yoigt, de Hambourg, cette question paraît tranchée dans un sens contraire à toutes nos prévisions, et constamment la variole a donné la variole et la vaccine la vaccine.

Il paraît donc bien acquis que ces deux maladies sont nettement séparées l’une de l’autre. Cependant quelques expérimentateurs n’ont pas perdu courage et ont pensé que peut-être on pourrait, par des procédés spéciaux, atténuer le virus varioleux pour en faire la vaccine. C’est ainsi que l’on a proposé de mélanger le lait au virus varioleux et de faire un virus lacto-vario* leux. Papillaud suit une autre marche et conseille une double vaccination ; on commence d’abord par la vaccine, et on pratique ensuite la variolisation. Tous ces procédés paraissent abandonnés, et on est revenu au point de départ, c’est-à-dire à l’emploi du vaccin jennérien.

Comme toutes les maladies virulentes, la vaccine voit sa virulence augmenter ou diminuer lorsqu’elle passe d’un organisme dans un autre. Chez l’homme, par exemple, le passage successif de la vaccine de l’homme à l’homme pendant de longues années diminue l’activité du vaccin. Aussi les gouvernements accordent-ils des primes considérables pour les vaches présentant du cow-pox, ce cow-pox naturel permettant de donner une nouvelle vigueur et une nouvelle activité aux inoculations vaccinales. Lorsque, au contraire, on fait passer la vaccine de la vache à la

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE

vache, il semble que la virulence augmente. Chez ces animaux, les pustules vaccinales prennent un grand développement et iouinissent une source considérable de vaccin.

Si l’on ajoute que grâce à cet artifice on évite l’un des dangers de la vaccine, c'est-à-dire l’inoculation de la syphilis, on comprend le succès de cette vaccine animale, et 1 on peut due aujourd’hui que, dans tous les pays de 1 Europe, celte vaccine animale est généralement préférée, et, en Allemagne, elle est universellement adoptée.

L'idée de cultiver le vaccin sur la génisse est loin d être récente, et, des les premières expériences sur la vaccine, nous voyons ce procédé mis en usage. Car elle fut mise en pratique dès 1800, à Reims, par Duquémel, à Nancy, par Valentin, puis à Naples, par Troja, en 1803, et par Galbiati, en 1810.

Cette vaccine animale comporte deux procédés : dans 1 un c est le cow-pox qui a été inoculé de vache à vache ; c’est le procédé dit de IVlégry et que Chambon et Lannois ont propagé en l1 rance. Dans l’autre, il s’agit de vaccin humain transporté à la vache et qui constitue la rétrovaccine. Qu’il s’agisse de celte dernière ou de la vaccine spontanée transmise de vache à vache, il n’en reste pas moins acquis que l’organisme de la génisse augmente la virulence du vaccin, et l’on est d’accord pour admettre que même le vaccin de l’homme se régénère en traversant l’organisme de la vache.

Je ne puis ici entrer dans les détails de cette vaccination animale. Je vous renvoie à cet égard au travail du docteur Vaillard, qui nous a donné un excellent manuel pratique de la vaccination animale (1); vous y trouverez tous les détails que comporte cette question. Je me contenterai de vous dire comment se comporte celte éruption vaccinale chez la génisse.

C’est le cinquième jour, c’est-à-dire cinq fois vingt-quatre heures après l’inoculation qu’un liquide limpide parfaitement transparent apparaît au point d’inoculation fait à la génisse. Cette transparence persiste pendant le sixième jour, mais, à partir de ce moment, apparaissent des phénomènes généraux ; le liquide devient légèrement opaque, et, le septième jour, la purulence est bien marquée et la pustule commence à se couvrir de croûtes. C’est durant le cinquième et le sixième jour que le

De

l’éruptioa

vaccinale

clicz

la génisse.

(I ) Vaillard, Manuel pratique de la vaccination animale , Paris, 1886.

Du vaccin humain.

De l’éruption vaccinale.

vaccin doit èlre employé; c’est le moment où son activité parait la plus grande.

Lorsque vous vous servirez du vaccin humain, cette période où l’on peut puiser la lymphe vaccinale est un peu plus tardive et c’est le sixième ou le septième jour, que, le plus ordinairement, on utilise ce vaccin; mais, au delà du septième jour, la purulence fait perdre à la lymphe vaccinale ses propriétés actives.

Lorsque vous vous servirez d’enfants comme vaccinifères, il faut apporter une scrupuleuse attention à l’état de santé de l’enfant et surtout à celui des parents. Ne prendre que des enfants âgés de six mois, en parfait état de santé et qui soient indemnes de toute affection transmissible. Il faut même que cet examen remonte au père et à la mère, car si la syphilis vaccinale est rarement observée, elle n’en existe pas moins, et les faits constatés en Bretagne, à l’Académie de médecine et à Alger, sont à cet égard indiscutables. Cette possibilité de l'inoculation de la syphilis et la nécessité d’un examen rigoureux des enfants et de leurs père et mère font abandonner de plus en plus l’emploi du vaccin humain. Enfin la création d’instituts de vaccine dans les différents pays de l’Europe ont été encore une cause d’abandon de ce vaccin.

Mais avant d’aborder l’étude de ces instituts vaccinaux et des procédés que l’on y met en usage pour la conservation et la propagation du vaccin animal, je dois vous dire quelques mots des phénomènes que produit l’inoculation de la vaccine à l’homme.

Pendant les trois premiers jours qui suivent la piqûre, rien ne s’observe autour du point inoculé; c’est la période d’incubation. Vers le quatrième jour apparaît une petite élevure entourée d’une légère induration. Le cinquième jour, la vésicule est bien formée, et le sixième, on aperçoit une ombilication à son centre et la lymphe que renferme cette vésicule est claire et transparente. Le septième jour la vésicule est à son apogée. A partir de cette période, la maturation commence, le liquide devient opalescent. Une croûte se forme à la surface de la pustule; cette croûte se détache, laissant une cicatrice apparente, qui permet de constater par la suite que l’individu a été vacciné. Cette éruption vaccinale peut présenter des anomalies et des complications qui sont décrites avec grand soin dans tous les traités de vaccine, traités auxquels je vous renvoie, et en particulier aux articles que les deux dictionnaires de Dechambre et de Jaccoud ont consacrés à cette élude.

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE. 159

Aujourd’hui que tout le monde paraît d’accord pour reconnaître les avantages de la vaccination et de la revaccination, on a songé à créer dans les grands centres de populations des établissements qui permissent de fournir à ces populations la quantité de vaccin qui leur est nécessaire. Ces instituts vaccinaux tendent à se répandre de plus en plus, et nous voyons, à l’instar de ce qui se passe à notre Académie de médecine, qui, parmi ses attributions, a celle de conserver et de répandre la vaccine, nous voyons, dis-je, à Lyon et à Bordeaux se créer des instituts vaccinaux, et récemment une discussion assez vive s’est élevée entre ces instituts au sujet de la supériorité des moyens employés pour la conservation et la propagation du vaccin. A l’étranger, ces instituts sont aussi nombreux, et nous les voyons se multiplier en Allemagne, en Suisse, en Italie.

Tous ces établissements se servent du vaccin animal; je vous ai dit tout à l’heure les avantages de ce vaccin, qui a plus d’activité que le vaccin humain et qui s’oppose à la transmission de la syphilis par la vaccine. Avant d’aller plus loin, il faut que je repousse cette hypothèse que la génisse pouvant être atteinte de tuberculose, on pourrait transmettre à la fois la vaccine et la tuberculose. C’est là une hypothèse absolument gratuite, aucun fait expérimental n’a été cité à l’appui de celte opinion; aussi, je crois que l’on doit repousser comme illusoire cette possibilité de la transmission de la tuberculose par la vaccine. D’ailleurs, pour enlever même l’idée de cette transmission, dans les instituts vaccinigènes, on ne fait usage du vaccin que lorsque l’animal qui l’a fourni a été sacrifié et que l’on a constaté la parfaite intégrité de ses viscères.

Mais où les discussions commencent, c’est de savoir si l’on doit préférer la vaccination directement de l’animal à l’homme, ou bien, au contraire, se servir de ce vaccin conservé pour propager cette vaccine animale; les uns affirmant que l’inoculation directe de l’animal à l’homme est une garantie pour la réussite de l’inoculation , les autres, au contraire, soutenant que celle nécessité du transport de la bête près des personnes à vacciner est un procédé barbare, et cela d’autant plus que la conservation du vaccin faite avec soin ne fait rien perdre des qualités de ce dernier.

Si l’on s’en rapporte à des expériences fort précises entreprises à Bruxelles, en 1881, par l’inspecteur du service de santé de

Des

instituts

vaccinaux.

Du vaccin conservé.

Do la

conservation du vaccin.

l’armée sur le vaccin animal conservé ou vivant, l’avantage resterait toujours au vaccin conservé, et, sur les quatorze mille inoculations pratiquées de 1864 à 1885, voici les proportions obtenues avec les deux especes de vaccin :

Vaccin conservé : 38 pour 100 de bonnes pustules; 60 pour 100 de succès (y compris les fausses pustules).

Vaccin vivant : 33 pour 100 de bonnes pustules ; 48 pour 100 de succès (y compris les fausses pustules).

Tels sont les chiffres cités par Titeca(l), médecin de régiment à Bruxelles.

Si l’on ajoute que les vaccinations faites avec le vaccin animal vivant exigent trois fois plus de temps que celles faites avec le vaccin conservé et que surtout cette conservation du vaccin permet d’en fournir de grandes quantités à de grandes distances, on comprend que le nombre des partisans du vaccin animal conservé sur le vaccin animal vivant devienne de jour en jour plus considérable, et il arrivera peut-être un jour où il suffira d’un seul établissement vaccinal en France pour envoyer sur tous les points du territoire, et en suffisante quantité, du vaccin animal conservé. Il me reste maintenant à vous dire quels sont les meilleurs procédés de conservation de ce vaccin animal.

Un de mes élèves qui s’est le plus occupé de cette question de la conservation du vaccin animal, le docteur Giaudo (de Nice) (2), nous a fait connaître les méthodes que nous devions employer pour sa conservation.

On a abandonné ces tubes que vous connaissez tous, tubes fermés avec soin à leurs deux extrémités effilées et dont la partie centrale renflée renfermait le virus vaccin à l’abri de l’air. C’est là un procédé coûteux et délicat, qui ne peut être utilisé lorsque l’on veut faire des vaccinations sur uu grand nombre d’individus.

On a abandonné encore plus rapidement les plaques enduites de vaccin, ces dernières n’empêchant pas l’action de l’air, et, par suite, ne s’opposant pas à l’altération du virus vaccin. Ce procédé, qui a été longtemps employé par notre Académie, est,

(t) Titeca, Uu vaccin animal conservé ou vivant (Congrès international de Vienne, 1887).

(2) Ciaudo, Du vaccin de génisse ( Etude comparative du vaccin animal et du vaccin humain. Mémoire couronné par l’Académie de médeoine. Paris, 1882).

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE

il faut le reconnaître, des plus défectueux, et il a été pour quelque chose dans les résultats négatifs obtenus si fréquemment à ! aide de ces plaques fournies par l’Academie.

On a songé alors à se servir de pointes d’ivoire qu’on enduisait de vaccin, vaccin qui s’y desséchait et que l’on faisait pénétrer par la piqûre faite par la lancette. Varlomont (1), à qui nous devons un beau traité sur lavaccine, s’est fait pendant longtemps le propagateur de ces pointes d’ivoire.

C’est là un procédé qui, quoique supérieur à celui des plaques, présente encore de sérieux inconvénients, et l’on paraît préférer aujourd’hui de beaucoup l’emploi du vaccin lui-même soit à l’état de poudre, soit, ce qui estbien préférable encore, à l’étatde pulpe.

C’est Verardini qui a surtout conseillé la poudre vaccinale; il dessèche, à l’aide de la machine pneumatique, la lymphe vaccinale, et il réduit cette lymphe ainsi desséchée en poudre. Cette poudre est conservée à l’abri de l’air et on peut s’en servir pour pratiquer les inoculations. Mais son inoculation se fait difficilement; aussi préfère-t-on de beaucoup la pulpe glycérinée.

On fait avec la lymphe vaccinale et la glycérine une pâtehomo- De la pulpe gène, et c’est cette pâte dans laquelle on trempe l’instrument vaC01Qal°inoculatcur. Cette pâte ou pulpe vaccinale se conserve fort bien et cela pendant longtemps ; elle est d’un transport facile et elle paraît renfermer les propriétés virulentes du vaccin, aussi bien que si on prenait ce vaccin directement sur l’animal.

Il existe plusieurs procédés pour obtenir cette pulpe vaccinale : celui employéà l’Institut de vaccination de Milan, celui de Pissin, de Leipzig, celui de Pfeitïer de Weimar, celui de Varlomont et celui de l’Institut de Lyon. Voici comment on procède, dans l’armée, pour obtenir cetLc pulpe glycérinée, et, ici, permettez-moi de citer textuellement les termes de la circulaire ministérielle :

« Pour l’obtenir, on gratte les boutons vaccinaux de la génisse à l’aide d’une curette tranchante, et l’on dépose la matière obtenue dans un petit mortier rigoureusement propre. On ajoute au produit du raclage un volume égal de glycérine neutre, chimiquement pure , et on mélange, par une trituration prolongée, jusqu’à formation d’une substance homogène, mielliforme, sans

( I ) Varlomont, Traité de la vaccine. Bruxelles, 1 883 ; Relevé de 5 020 revaccinations et de 500 vaccinations pratiquées en 1870 et 1871, au moyen du vaccin animal, sur pointes d'ivoire de L’Institut vaccinal de T État (Bulletin de l’Académie royale de médecine de Dclyique, 1871, t. V, n° ?•).

UYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. \\

Do la

vaccination.

Ili2 HUITIÈME CONFÉRENCE.

grumeaux. La pulpe est alors introduite dans des tubes de verre stérilisés, qui seront fermés par un bouchon et cachetés à la cire. »

Si on s’en rapporte aux chiffres donnés par Hubert, chaque génisse donnerait 4e, 50 de pulpe pure, dose suffisante pour vacciner 1 000 hommes, et le prix de revient, d’après Vallin, sci ait, par homme, de 0f,049. Si on se servait de vaccin d’enfants, la dépense, par homme, serait de 0f,237.

Il me resterait maintenant, pour terminer ce qui a trait à cette vaccination, à vous parler du procédé opératoire à employer ; je vais le faire aussi brièvement que possible.

Bien des procédés ont été conseillés pour pratiquer l’inoculation de la vaccine. Nous avons d’abord le procédé le plus naturel, celui de la friction, que Morlamm a conseillé; puis le procédé par le vésicatoire, procédé absolument abandonné aujourd’hui. Bourgeois, lui, a conseillé de placer le vaccin sous le derme et de pratiquer une véritable injection hypodermique de virus vaccin ; puis arrive l’inoculation par piqûre, que l’on fait soit avec l’aiguille ordinaire, soit avec les aiguilles canules de Dcpaul ou de Mathieu.

Le procédé le plus ordinaire est celui qui a été conseillé par Sutton, et qui consiste à soulever l’épiderme à l’aide de l’extrémité d’une lancette et à introduire par cette voie le virus vaccinal. C’est le procédé employé par Chambon, qui se sert, lui, de véritables aiguilles à cataracte. On a propose aussi de faire des incisions plus profondes avec la lancette, et enfin même de pratiquer des scarifications. Ce dernier procédé ne doit pas cire absolument abandonné, et lorsque l’on a affaire à des personnes réfractaires au vaccin, il me paraît utile de pratiquer dans ce cas la vaccination en scarifiant le point que l’on veut inoculer et en répandant à la surface de ces scarifications la lymphe vaccinale.

Le même procédé peut être employé, quand on veut, à l’aide de ces vaccinations, faire disparaître certaines taches de naissance. C’est là, comme vous le savez, un procédé très en usage pour combattre ces nævi materai, et qui donne souvent de bons résultats. Enfin, on a construit des appareils plus ou moins complexes, tels que le scarificateur de Monlcil, celui de Umé, le vaccinateur de Varlomonl et celui plus complexe de Burcq.

Quel que soit le procédé que vous mettiez en usage, il faut toujours éviter les hémorragies dans la vaccination. Lorsque le sang apparaît, il entraîne le virus vaccin et, par cela même,

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE

s’oppose à l'inoculation. Il faut aussi bien mettre en contact avec le derme dénudé le virus vaccinal, et c'est ce qui donne à la méthode dite suttonienne un avantage très marqué sur la méthode par piqûre.

Dcpaul, pendant de longues années, a pratiqué à l’Académie de médecine ces inoculations par piqûre à l’aide d’une aiguille qui porte même son nom, et, si ce procédé est très rapide et peu douloureux, il est souvent inefficace, l’aiguille en traversant les tissus ne porte pas toujours dans le derme le virus dont elle est chargée, et l’on a vu bien souvent ces inoculations par piqûre rester inefficaces.

Il est, enfin, une dernière précaution qui malheureusement est trop souvent négligée, c’est d’avoir soin d’employer les méthodes antiseptiques, lorsque, surtout, on a à pratiquer de très nombreuses inoculations. Dans ces cas, vous devez avoir un assez grand nombre de lancettes qui vous permettent, une fois l’inoculation faite à un individu, de plonger celle-ci dans une solution désinfectante avant de la chargera nouveau de vaccin pour inoculer un autre individu.

Il ne faut pas oublier en effet que, si la loi n’a pas encore introduit dans notre pays la vaccine obligatoire, nous exigeons cependant que tous les soldats soient revaccinés à leur arrivée au corps, et, comme aujourd’hui tous les Français passent au régiment, on peut affirmer que les hommes sont tous revaccinés de vingt à vingt et un ans. Gomme, d’autre part, le ministre de l’instruction publique vient d'exiger aussi que, dans tous les établissements scolaires, les revaccinations soient pratiquées, vous êtes appelés à faire des vaccinations sur un très grand nombre de sujets, et par cela même vous devez employer les méthodes les plus rapides et les plus sûres pour arriver au meilleur résultat.

L’endroit le plus ordinairement choisi pour pratiquer les inoculations est la partie supérieure du bras. Pour éviter les marques que laissent les cicatrices vaccinales, marques désagréables pour les femmes, on a proposé de pratiquer celte vaccination à la jambe ou bien encore sur les parties latéi’ales du thorax. Les vaccinations à la jambe ne doivent être faites que sur la demande expresse dos familles; chez le très jeune enfant, les pustules sont en contact avec les urines et les matières fécales, ce qui peut être une cause d’inflammation et de complication. Chez

De

l'antisepsie.

Du point ou

l'on pratique la vueeinalion.

lût

l’adulte, les frottements des bas et les efforts de la marche joints à l'inflammation que développent toujours ces inoculations, augmentent l’intensité de cette dernière, ce qui nécessite souvent un repos de plusieurs jours au lit. Je crois que, si on voulait éviter les marques vaccinales au liras, rien ne serait plus simple que de vacciner sur les parties latérales du thorax ; mais je ne sache pas que cette pratique soit adoptée.

Ce serait aujourd’hui chose banale que d’insister devant vous sur l’utilité de la vaccination. La lutte entreprise entre les partisans et les adversaires de la vaccine depuis la découverte de Jenner, qui avait été encore vive durant ces dernières années, paraît aujourd’hui avoir cessé par la déroute et la défaite complète des anlijennériens. La cause de celte déroute résulte surtout de ce grand fait qui vient de se passer dans un pays voisin, en Allemagne, où, grâce à l’application rigoureuse d’une loi sur les vaccinations et revaccinations, on a pu faire disparaître complètement la mortalité par variole dans l’empire allemand, et ce fait est assez démonstratif pour que vous me permettiez d’y insister quelque temps devant vous, en vous signalant ici pourquoi cette loi a été adoptée et comment elle est appliquée. Nous trouvons dans cette étude de nombreux enseignements, dont notre pays pourrait grandement profiter.

Après nos désastres, l’armée allemande remporta dans ses foyers la variole, et, de 4870 à 4 874, celte maladie lit des ravages terribles dans tout l’empire allemand, et la mortalité s’éleva en moyenne par an au chiffre de 252,27 par 400 000 habitants. En présence de celte mortalité par la variole toujours croissante, la Société médicale de Kœnigsbcrg soumit au Rcischladt un projet de loi pour rendre la vaccination et la revaccination obligatoires. Cette loi fut adoptée le 8 avril 4874-, et rendue exécutoire dans tout l’empire allemand le 4 "avril 1875.

Celte loi veut que la vaccination soit obligatoire pour tous les enfants dans la première année, et rend la revaccination obligatoire pour tous les enfants de douze ans. Les pères, les tuteurs et les parents adoptifs qui n’exécutent pas la loi, sont soumisàune amendequi ne dépasse pas 450 marcs (187 fr. o0), ou d’un emprisonnement d’un à quinze jours. La loi fixe avec soin le vaccin dont on doit se servir, les procédés opératoires, etc.

Dans la discussion qui précéda l’adoption de cette loi, les adversaires de la vaccine firent une suprême tentative, et on les vit

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE. 1 05

invoquer tour àtour la possibilité de l’inoculation de la syphilis, celle de 1 érysipèle, la transmission de la tuberculose, de la lièvre typhoïde, de la diphthérie, de la rougeole, de la scrofule. Sauf pour la syphilis et l’érysipèle, les adversaires de la vaccine ne fournirent aucun fait positif à l’appui de leur manière de voir, et l’on montra que, pour la syphilis, il suffisait pour l’éviter d’avoir recours au vaccin animal. Quant à l’érysipèle infectieux, transmissible par l’inoculation, l’antisepsie mettait à l’abri d’une pareille transmission.

Le docteur Jeunhomme (1), qui nous a fait connaître d’une façon très précise l’état de la vaccination et de la revaccination en Allemagne, nous a montré les grands bénéfices qu’avait tirés ce pays de l’application de cette loi, en prouvant qu’en moins de treize ans l’empire allemand a fait disparaître la mortalité par variole, et cela à ce point que les statistiques mortuaires ont supprimé la variole de leur tableau. Voulez-vous des chifTfres à l’appui de cette affirmation ?

En voici quelques-uns.

Pcpper affirme qu’il n’y a plus un seul décès par variole dans l’armée allemande, depuis 1874. Pour la ville de Berlin, il vous suffira de jeter les yeux sur les deux tableaux suivants qui comparent la mortalité par variole pour 100000 habitants, de 1880 à 1888.

Mortalité par la variole à Paris et à Berlin par 100000 habitants.

Années. Paris. Berlin.

On peut encore invoquer des chiffres tout aussi intéressants dans les autres pays. Ainsi à Zurich, la loi d’obligation sur la

(1) Jeunhomme, De la vaccination et de ta revaccination en Allemagne Revue d’hygiène et de police sanitaire, 20 octobre 1888, t. X, p. 874).

Des résultats de la

vaccination.

Des

rcvnccinnlions.

IGG HUITIÈME CONFÉRENCE.

vaccine n’a plus été appliquée depuis 1883, et la mortalité variolique annuelle s’est élevée de 8 à 83 par 100 000 habitants. Dans notre pays môme ou la vaccine est obligatoire dans l’armée, la mortalité n’est plus en 1883 que de 6 pour 100 000 soldats, et aujourd’hui elle est, comme en Allemagne, absolument nulle, et cela surtout depuis les nouveaux règlements qui président aux vaccinations et aux rcvaccinations dans l’armée.

Vous n’ignorez pas, en effet, que, depuis le 21 novembre 1888, la vaccine animale est devenue obligatoire dans l’armée, et 3 centres vaccinogènes ont été créés : 1 à Paris, 1 à Chàlons, 1 à Bordeaux et les 2autres en Algérie. Et je vous renvoie à la note très complète qui a paru cà ce sujet dans le Bulletin officiel du ministère de la guerre , et à l’article que le docteur Vallin a consacré à ce même sujet dans la Revue d’hygiène et de police sanitaire ( I ).

Mais c’est Ritchie qui a fourni cà l’égard des bénéfices de la vaccine les chiffres les plus saisissants. Il prend ce qui s’est produit à Schcffield où, sur 100000 enfants de moins de dix ans, il y en a 93 000 qui ont été vaccinés et 3 000 qui ne l’ont pas été. Les 93 000 vaccinés ont fourni 180 cas de variole avec 2 décès. Les 3 000 non vaccinés ont eu 172 cas de variole avec 70 décès. « Si fous les enfants de Scheffield, dit Ritchie, avaient été vaccinés, il y aui’ait donc eu 200 cas de variole et un peu plus de 2 décès. Au contraire, si aucun de ces 100 000 enfants n’avait été vacciné, il y aurait eu 3 377 cas de variole avec 1330 décès, c’est-à-dire une mortalité six cents fois plus grande. »

Ce bénéfice de la vaccination est-il acquis à toutes les périodes de la vie? Nullement, messieurs, et il semble que tous les dix ans cette immunité acquise tend à s’atténuer ; de là la nécessité des rcvaccinations. Il semblerait qu’à mesure que l’on avance en âge, la faculté de contracter la variole diminue. Dans une inléressanle communication faite à la Société de médecine pralique, Toledano (2) a montré qu’au point de vue de la vaccine il n’en était pas ainsi, et que les revaccinations pratiquées à l'hôpital des Invalides avaient donné des résultats tout aussi favo-

(1) Bulletin officiel du ministère de la guerre , 1888, n° G3, p. 87S; Vallin, de la vaccination animale dans un corps d’armée [Revue d'hygiène et de police sanitaire, 20 septembre 1887, p. 713).

(2) Toledano, Résultat des vaccinations pratiques dans les écoles du septième arrondissement ( Journal de médecine de Paris, 1er juillet 1S8S).

DE LA VACCINATION ANTI-VARIOLIQUE. 167

rallies chez les vieillards que chez les jeunes gens. Vous pouvez en juger par les chiffres suivants :

De 20

30 ans,

2 succès sur

6 revaccinations, «oit.

33 pour 100.

50 pour 100.

82 pour 100 .

îl

60 pour 100.

GO

68 pour 100.

îl

84 et demi.

îi

77 pour 100 .

îi 100 —

100 pour 100 .

Total... 125 succès sur 169 revaceinations, soit. 70 pour 100.

D’ailleurs, les résultats obtenus par les vaccinations sont extrêmement variables et oscillent entre 40 et 50 pour 100 de succès, et cela résulte du procédé opératoire employé et du vaccin dont on s’est servi. Le docteur Antony qui s’est beaucoup occupé de cette question, a obtenu dans l’armée jusqu’à 70 pour 100 de succès, et il pense qu’on doit attribuer ce résultat à la multiplicité des piqûres, qu’il conseille de pratiquer. Un résultat encore plus remarquable a été obtenu dans l’armée par le docteur André qui, sur 190 hommes revaccinés, a obtenu 182 succès. Vallin (1), dans le 3° corps d’armée, a obtenu une moyenne de 46 pour 100 de succès.

Il me reste à discuter ici la valeur du nombre des inoculations vaccinales, au point de vue de l’immunité acquise par la vaccination.

Il semble que, plus les cicatrices vaccinales sont nombreuses et accentuées, plus l’immunité est grande. Le relevé fourni par Marson sur 6 000 sujets vaccinés, admis au London Swallpox Hospital en vingt-cinq ans, est à cet égard des plus intéressants. Chez les sujets vaccinés qui n’avaient plus de cicatrices appréciables, la mortalité par variole a été de 21 pour 100; avec une cicatrice, de 75 pour 100; avec deux cicatrices, de 4, 12 pour 100 ; avec trois cicatrices, de 1 ,7 pour 100 ; avec quatre cicatrices et plus, de 0,07 pour 100.11 en résulte donc que nous ne devons pas nous tenir à une seule piqûre, et qu’il faut en faire trois à quatre pour conférer à l’individu une réelle immunité.

Du nombre des

inoculations.

1 1 ) Vallin, La vaccination animale dans un corps d’armée ( Revue d'hygiène et de police sanitaire, 20 septembre 1887).

Des cicatrices vaccinales.

, Oppert était déjà arrivé à des résultats analogues, et voici les chillres fournis par cet observateur :

Nombre de cicatrices.

Cas graves pour 100.

A propos de ces cicatrices, le docteur Paul Lalagade d’Albi (1), a soutenu cette doctrine qui paraît assez étrange, c’est que, plus on a de l’aptitude à prendre la vaccine, plus on a aussi d’aptitude à prendre, une nouvelle vaccination ; en un mot, que, plus l’individu a des cicatrices antérieures nombreuses et bien marqués, plus il est disposé à reprendre de nouveau une nouvelle vaccine, et le docteur Lalagade fonde ce fait sur la statistique suivante qui paraît en effet démonstrative :

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