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touche pas le reste des hommes. Le fataliste le
plus excessif oserait-il prétendre que le mal soit maintenu à un certain niveau, invariable, par une force obscure mais toujours égale à elle-même qu'il appelle une loi? » Ce philosophe nous accordera cependant que le monde pourrait être pire encore qu'il n'est en réalité, et à moins de récuser de parti pris la voix de la raison, il devra alors
reconnaître que lui-même pourrait être meilleur qu'il n'est \
Dans les livres de morale et de religion qui traitent ce sujet, on lit souvent que des médecins ont conseillé à des jeunes gens de contracter des liaisons en dehors du mariage; plus souvent encore on entend dire que cette recommandation a été faite par telle ou telle célébrité miédicale. Quand des paroles dites dans le cabinet d'un médecin ont été colportées de bouche en bouche, il n'est plus toujours facile d'en vérifier l'exactitude, et il peut en résulter bien des malentendus. J'ai entendu dire, par exemple, par un de mes malades, qu'un médecin renommé lui avait conseillé des rapports sexuels illégitimes. Or, je connais particulièrement le médecin en question et suis fermement convaincu que volontairement ou
(1) Loc. cU.j p. 67.
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involontairement, le malade avait altéré le sens de ses paroles. On ne doit pas considérer davanta^^e comme des « conseils médicaux » ceux de jeunes
étudiants en médecine plus ou moins lubriques
qui essayent d'entraîner leurs camarades dans une vie facile, sous prétexte que ce genre d'existence offre de grands avantages pour la santé. Je vous ai déjà cité les opinions des représentants les plus éminents de notre science, et je pourrais les multiplier à rinfini si je ne craignais de vous fatiguer. Qu'il me soit permis seulement de rappeler ici
que j'ai parcouru la plus grande partie de la littérature moderne, mais que nulle part je n'ai trouvé un encouragement plus direct aux rapports illégitimes que dans le passage suivant tiré d'un article sur l'onanisme : « Chez beaucoup de jeunes gens, les habitudes onanistiques cessent du moment qu'ils ont eu commerce avec une femme... Sans conseiller formellement le coït dans tous ces cas, il faudrait cependant le prescrire quand il y a urgence d'arracher Tindividu à la passion des attouchements solitaires qui se développe et s'enracine en lui. Mais la plupart trouvent si bien d'eux-mêmes ce remède qu'il est rarement nécessaire de le leur indiquer \ »
(1) Nouveau Dictionnaire de médecine et de càirurgie, t. XXIV, p. 494. "^
Je dirai plus loin ma façon de penser sur cette question particulière. J'ajoute seulement que j'ai
appris par
les arguments contradictoires de
Niemeyer *, qu'il existait réellement des livres écrits par des auteurs dont il tait les noms et qui conseillent aux jeunes hommes nouveUement mariés, faibles et nerveux, de se faire développer leurs sensations génitales par des filles débauchées. Je n'ai jamais rien lu de plus fort sortant d'une plume médicale, sur ce sujet, mais par contre j'ai
lu bien souvent des témoignages contraires. Je
me permets de citer encore une fois Acton : « Sans parler des raisons morales, je suis parfaitement convaincu qu'il n'est aucun motif physiologique ou d'autre sorte qui autorise le médecin à ordonner des rapports de promiscuité ou systématiques avec l'autre sexe, ou même qui l'autorisent à les approuver secrètement ' ». Il ajoute plus loin : « Le professeur émérite Newman, de « l'University collège » n'a dû puiser ses connaissances que dans des ouvrages erronés et extra-scientifiques, quand, dans sa brochure récemment parue, il reproche au corps médical d'encourager le vice. Puisse ce que je viens de dire à l'instant réfuter de la manière la plus
(1) Éléments de pathologie interne et de thérapeutique, 3" édit. française. Paris, G. Baillière, 1873, t. II, p. 80.
(2) Loc, cit., p. 33.
for,«eIIe celte accusation '. . H rappelle ensuite le jeu éhonté auquel se livrent à Londres de nom breux charlatans, leurs réclames, leurs ordonnances néfastes et leur usure K
Lionel S. Beale fait Ja remarque suivante • « Dans une conférence tenue dans la cure de Truro, l'évéque de celle ville s'exprima ainsi : « Je pourrais citer de nombreux exemples de médecins - malheur et honte à eux ! - qui ont conseillé a des jeunes gens de pécher pour conserver leur santé. » II est très regrettable que des hommes qu. occupent des fonctions telles que celles de lévêque de Truro, se permettent des expressions aussi Offensantes que celle de . nombreux
exemples ,. Me sera-t-il permis de lui demander combien il en connaît exactement comptés? Depuis trente-cinq ans que j'ai eu des occasions exceptionnellement fréquentes d'étudier cette question, j'ai peut-être rencontré en tout deux ou trois exemples de ce genre et encore ces faits ne sont-
1 s pas tellement incontestables que j'eusse été en
droit décrire par exemple au médecin : « Comme vous avez ordonné à X... de se procurer des haisons immorales, je vous prie de m'expliquer
les raisons qui vous ont autorisé à lui donner un
(i)Loc. cU., p. 36.
(2) Loc. cit., p. 220.
tel conseil. » Les médecins ont été souvent accusés à tort, sous bien des formes, de méfaits de ce ffenre et d'autres encore *. »
Quelqu'un s'étonnera peut-être que je n'aie pas ajouté toute l'importance qu'il mérite à un livre intitulé « les lois fondamentales de la sociologie »
et dont l'auteur est médecin ^. Je profite de cette occasion pour dire que ce livre m'est parfaitement connu, mais que j'ai rarement lu un ouvrage qui renferme une aussi riche collection d'erreurs et de contresens. Je laisse de côté la morale de ce livre, et ne m'attache qu'au côté purement médical. Dans ce qui va suivre, je vais réfuter les unes
après les autres les idées émises dans cet ouvrage. Si on voulait faire une critique détaillée du livre en question, et relever toutes les erreurs qu'il contient, il faudrait plus de temps que n'en comportent mes leçons tout entières. Une grande partie des erreurs contenues dans ces pages proviennent de ce que la première édition de ce livre a été publiée en 18o4, et que dans les éditions suivantes, on n'a
pas tenu suffisamment compte des progrès de la médecine. Les autres opinions que l'auteur avance ne sont que des hypothèses fort problématiques ou des impressions personnelles sans fondement.
(1) Loc. cil., p. 98-99.
(2) Samhdllslaraivs Grundrag, etc. 2* édition. Stocivholm, 1880,
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